Générateur de texte/d'image/de son

Marsh, Bill: Tools Built by Anonymous Ancestors

Tools Built by Anonymous Ancestors est une oeuvre de Bill Marsh construite autour de 5 poèmes en prose. Ces poèmes ont été générés à partir de recherches Web effectuées en 2002 et 2003 avec l'expression «tools built by anonymous ancestors», empruntée à un livre du linguiste Charles Goodwin. Pour naviguer dans l'oeuvre, l'internaute doit choisir une des 5 images de l'interface d'accueil, menant chacune vers un poème différent. Les poèmes eux-mêmes sont présentés dans une interface divisée en plusieurs sections: au centre, le texte du poème lui-même; à droite, un menu permettant de sauter d'un poème à l'autre ou de revenir à la page d'accueil; à gauche, l'image attribuée au poème (représentant toujours un outil de fabrication humaine), le titre du poème et un lien pour activer la fonction «open source». La fonction «open source» permet d'ajouter une couche textuelle, picturale et/ou sonore au poème, inspirée de l'esthétique du code source de l'oeuvre: extraits de recherches brutes, masquage de certaines parties du poème, couleurs fluctuantes illustrant le flux des données, etc.

Les poèmes eux-mêmes mélangent plusieurs thématiques relatives aux technologies humaines: progès, archéologie, violence, guerre, économie.

Taroko Gorge Remixed est l’appellation non officielle qui désigne un ensemble de petits générateurs textuels programmés depuis 2009 à partir du code du générateur de poésie Taroko Gorge de Nick Montfort. Il ne s’agit pas d’un projet organisé ou fermé, ni même planifié, mais d’une initiative spontanée de plusieurs artistes qui se sont mis, un peu à la blague, à détourner le code de Montfort à toutes les sauces et à mettre en ligne les résultats. Taroko Gorge Remixed est probablement le meilleur exemple actuel d’une idée contagieuse qui s’est propagée au hasard des conférences académiques et des blogues, mobilisant les professionnels de la littérature hypermédiatique autant que les amateurs qui n’avaient jamais tâté du code auparavant.

Le code originel de Nick Montfort a été conçu sous contraintes en langage de programmation Python. Les contraintes de Montfort étaient de créer un générateur dont le code tiendrait en une seule page (c'est-à-dire n’excédant pas 66 lignes de 80 caractères) et de le terminer en un jour. Taroko Gorge a ainsi été écrit lors d’une visite au Parc national de Taroko, à Taïwan, et dans l’avion qui ramenait l’artiste aux États-Unis, le 8 janvier 2009 [1]. Les vers générés par Taroko Gorge décrivent de façon minimaliste la beauté naturelle du Parc national de Taroko. Trois types de vers sont générés pour créer le rythme du poème: les vers qui expriment le mouvement, la marche dans les sentiers du parc, et qui apparaissent au début et à la fin de chaque strophe; les vers de «sites», qui décrivent passivement un lieu; et les vers de «caverne» («cave»), qui suggèrent le passage à travers les tunnels creusés dans la roche par l’armée de Tchang Kaï-chek [2]. Si Montfort a choisi de créer Taroko Gorge en Python, c’est surtout pour la beauté et la simplicité du code, facile à lire et à s’approprier. Après la série ppg256, programmée en Perl, Montfort souhaitait effectivement revenir à une esthétique plus pure, moins hermétique [3].

Peu de temps après la mise en ligne de Taroko Gorge, Scott Rettberg, un ami et collaborateur de longue date de Nick Montfort (Implementation, Grand Text Auto), a décidé de «pirater» le code du générateur et de le détourner pour créer une nouvelle œuvre, intitulée Tokyo Garage. Dans un texte de 2012, Rettberg s’explique ainsi:

I have never been much of a fan of nature poetry, and I near always feel an urge to jump in and improve Nick’s text. Opening the program in my web browser through the simple act of selecting «view source» I was able to quickly gain access to the textons of Taroko Gorge, to explore the structure of the program and see its variables. Without asking Nick’s permission, or really informing him at all, I set about rewriting it, first by substituting what I perceived as a rather limited vocabulary with one that is considerably more verbose. I was interested in seeing if I could take the basic structure of Nick’s poem and invert its meaning yet again, taking a minimalist poem about ordered nature in which humans are virtually absent, and turning it into a maximalist poem about the chaotic city in which humans are everywhere in all their imaginative messiness. I wanted to take Nick’s rather reflective, somewhat serious tone, and explode in a more comical, rather absurdist direction. And so overnight «Taroko Gorge» became «Tokyo Garage.» [4]

Là où Montfort parle de nature et de calme, Rettberg s’attarde à la faune bigarrée de Tokyo et au caractère glauque de la ville, peuplée de junkies, de prostituées, d’hommes d’affaires, de policiers, de touristes et de pickpockets…

À la base, Rettberg admet qu’il s’agissait avant tout d’une blague et que Montfort était le seul public qu’il avait en tête en mettant en ligne son Tokyo Garage [5]. Cependant, la blague s’est rapidement répandue et a vite été adoptée par plusieurs autres artistes qui se sont mis eux aussi à reprendre Taroko Gorge pour créer de nouveaux poèmes. Au moment d’écrire ces lignes, en novembre 2012, on comptait au moins 20 versions du générateur, produites par 18 artistes différents. Liste des reprises répertoriées, en plus de celle de Rettberg:

Waiting for Tarako Gorge de Sepand Ansari, qui génère des dialogues inspirés de Waiting for Godot de Samuel Beckett et fait partie de l’œuvre hypermédiatique en ligne Waiting for Gwodot (Sepand Ansari et Raschin Fatemi);

Tournedo Gorge de Kathi Inman Berens, qui offre une perspective féministe sur les questions de la programmation et de la cuisine en proposant un mash-up improbable des deux;

Tasty Gougère d’Helen Burgess, un hommage à la cuisine française et à la pâtisserie (les gougères étant ces petites pâtisseries faites de pâte à choux et de fromage);

GORGE, WHISPER WIRE et Along the Briny Beach de J. R. Carpenter, trois œuvres reprenant le code de Taroko Gorge pour évoquer respectivement le corps et l’intime, la communication et le non-sens, et des paysages côtiers inspirés de «The Walrus and The Carpenter» de Lewis Carroll;

Alone Engaged de Maria Engberg, qui se pense comme un ballet de solitudes données à voir à travers une perspective intimiste queer;

MAKATO, GUILE de Damian Esteves, générant des vers inspirés du jeu d’arcade Street Fighter;

Taroko Gary de Leonardo Flores, alimenté par le poème «Endless Streams and Mountains» de Gary Snyder;

Designer Gulch de Brendan Howell, qui dresse un portrait du monde du travail dans le domaine du design (l’œuvre, conçue pour défiler sur des écrans cathodiques standards, est installée dans le hall de la Berliner Technische Kunsthochschule);

FRED & GEORGE de Flourish Klink, une improbable fan fiction érotique mettant en scène Fred et George Weasley, deux personnages jumeaux de la série Harry Potter;

Snowball d’Alireza Mahzoon, qui évoque une promenade méditative sous la neige;

Scholars contemplate the Irish beer de Judy Malloy, qui propose un portrait romantique de paysages irlandais entrecoupé par des bribes de folklore local et des références à la fête, à la musique et à l’alcool;

TOY GARBAGE de Talan Memmott, où des vieux jouets interagissent les uns avec les autres comme s’ils étaient doués d’une vie propre;

TAKEI, GEORGE de Mark Sample, inspiré par l’acteur George Takei – son personnage dans Star Trek, ses positions publiques, son homosexualité, ses fans, ses détracteurs, etc.;

YOKO ENGORGED d’Eric Snodgrass, qui évoque une performance sexuelle bizarre mettant en scène John Lennon, Yoko Ono et une horde de fans entassés dans une chambre d’hôtel;

Inside the House de Sylvain Adam, pensé de manière à rendre compte de la géographie labyrinthique particulière du roman House of Leaves de Mark Z. Danielewski;

Camel Tail de Sonny Rae Tempest, une version du générateur nourrie des paroles des neufs albums studio principaux du groupe rock Metallica.

À cette liste s’ajoute finalement Argot Ogre, OK! d’Andrew Plotkin qui, à la différence des autres reprises citées jusqu’ici, s’intéresse à la réécriture du code lui-même plutôt qu’à son contenu. En effet, là où les autres artistes se contentent de changer ou d’élargir le vocabulaire de Montfort tout en conservant la structure initiale de Taroko Gorge, Plotkin remixe les codes-sources des générateurs de deuxième génération (les reprises) pour proposer des mash-ups inédits:  TOY GARBAGE + Taroko Gorge = TOY Gorge; TOY GARBAGE + Tokyo Garage = TOY Garage; TAKEI, GEORGE + YOKO ENGORGED = TAKEI, ENGORGED; etc. En quelque sorte, Plotkin offre ainsi un méta-remix de Taroko Gorge et nous permet d’accéder à un deuxième degré de l’expérience collective de Taroko Gorge Remixed.

Bref, depuis 2009, l’expérience Taroko Gorge Remixed est devenue un genre de «Who’s Who» de la littérature hypermédiatique. Les artistes y réfèrent dans leurs articles respectifs, on y fait allusion dans les conférences, des jeunes étudiants sont invités à produire leurs propres reprises… Ce n’est sûrement pas ce que Nick Montfort avait en tête en créant Taroko Gorge, mais l’aventure de Taroko Gorge Remixed n’en demeure pas moins aujourd’hui un magnifique exemple des détournements ludiques permis par la logique de l’open source ainsi qu’un très amusant exercice de communauté pour les acteurs du monde de l’hypermédia.

 

[1] Nick Montfort (01/2012) «XS, S, M, L. Creative Text Generators of Different Scales», The Trope Tank. En ligne: http://trope-tank.mit.edu/TROPE-12-02.pdf (consulté le 12 novembre 2012)

[2] Nick Montfort (06/2012) «"Taroko Gorge" Printout», The New Everyday. En ligne: http://mediacommons.futureofthebook.org/tne/pieces/taroko-gorge-printout (consulté le 12 novembre 2012)

[3] Ibid.

[4] Scott Rettberg (2012) «A Response to Nick Montfort's "Programming for Fun, Together"», ELMCIP. En ligne: http://elmcip.net/sites/default/files/files/attachments/criticalwriting/a_response_to_nick_montfort_0.pdf (consulté le 12 novembre 2012)

[5] Ibid.

Montfort, Nick: The Two

The Two est un générateur textuel de Nick Montfort disponible en JavaScript et en Python. Le principe est simple: trois banques de phrases sont utilisées pour générer de courts scénarios en trois temps, toujours sous le même format. Dans un premier temps, deux individus se rencontrent (un étudiant, un libraire, un conducteur, un piéton, un officier de police, un survivaliste, un sauveteur, etc.); dans un deuxième temps, ils s'engagent dans une interaction définie («he hugs him», «she begs her», «he berates her», «she smacks him», etc.); et dans un troisième temps, la situation se résout («six years later, neither one remembers the incident», «they wait in silence», «the underdog ends up on top», «they feel better after a good cry», etc.).

Les courts scénarios générés en temps réel défilent sur la gauche de l'écran, en blocs de trois phrases. Jusqu'à six scénarios sont affichés simultanément, chaque nouveau bloc venant chasser le plus ancien. Trois autres versions du générateur sont disponibles en ligne: une en espagnol, intitulée Los Dos et traduite par Carlos León (http://nickm.com/poems/los_dos.html); une en français, intitulée Les deux et traduite par Serge Bouchardon (http://nickm.com/poems/les_deux.html); et une en russe, intitulée Двое et traduite par Натальи Федоровой (http://nickm.com/poems/dvoje.html). Le code en version Python est disponible à même le site Web du générateur.

LeMay, Eric: Losing the Lottery

Losing the Lottery est une oeuvre d'Eric LeMay qui s'intéresse à la loterie américaine à partir de plusieurs angles différents: statistiques, histoire, impact social, anecdotes personnelles, faits divers, etc.

La première page de l'oeuvre montre 49 boules numérotées comme pour un tirage. On demande à l'internaute de cliquer sur 6 d'entre elles, qui forment alors son numéro de mise. Dès que les 6 numéros sont sélectionnés, l'internaute accède à l'interface de navigation principale, divisée en deux parties. L'oeuvre est constituée de 49 fragments textuels, qui apparaissent à la gauche. Le premier fragment, qui constitue un genre de texte d'introduction, est le seul à être attribué à une position fixe. Les 48 autres se réorganisent aléatoirement à chaque visite. Au bas du texte, des flèches permettent d'avancer ou de reculer d'un fragment à l'autre. Sur la droite, l'internaute peut voir son numéro de mise. Tout juste en-dessous, une série de numéros gagnants défilent, générés aléatoirement plusieurs fois par seconde. Encore plus bas, les statistiques concernant les gains fictifs de l'internaute sont compilées: gains de 2$ (3 numéros), de 70$ (4 numéros), de 1 500$ (5 numéros) ou de 24 600 000$ (6 numéros); total des gains; total des mises (1$ par mise). Comme les systèmes de calcul des gains et de tirage sont les mêmes que ceux utilisés notamment par la loterie classique d'Ohio et par celles de New York, de l'Oregon et du Texas, l'internaute peut voir les coûts réels du jeu – et constater à quel point gagner est improbable.

Le ton général de l'oeuvre est doux-amer, Eric LeMay s'attardant longuement à la question des presque gagnants, de ceux qui sont passés à deux doigts du gros lot, et à leur déception, leurs angoisses, leurs espoirs. Jouer à la loterie, selon LeMay, est essentiellement une question d'apprendre à perdre, encore et encore et encore.

Kim, Yong Hun: The Aleph

The Aleph, nommé en l'honneur de la nouvelle de Jorge Luis Borges, est un générateur de portraits composites alimenté par le site de partage de photographies Flickr. Le script du générateur, programmé sur Processing, permet de repérer sur le Web des photos identifiées avec un même mot-clé – par exemple, «funeral», «divorce», «wedding» ou «end». Ensuite, 10 000 visages sont identifiés sur les photographies sélectionnées et automatiquement redimensionnés en format 100 x 100 pixels, formant une banque d'images de référence. Ces 10 000 visages servent finalement à créer un portrait composite, pixel par pixel: le premier pixel du premier visage identifié aléatoirement est dupliqué dans les 100 premiers pixels du portrait (carré de 10 x 10 pixels), le deuxième pixel du deuxième visage est dupliqué dans les 100 suivants, etc. On obtient ainsi un visage «moyen», nourri des caractéristiques de 10 000 visages individuels. Comme la banque d'images identifiées par le script de l'oeuvre est constamment mise à jour, il est à noter que le portrait obtenu change lui aussi continuellement.

The Aleph est conçu pour être présenté en galerie, sur un écran LCD connecté à un ordinateur. Sur son site Web, l'artiste explique le fonctionnement de l'oeuvre, présente le script utilisé, partage plusieurs portraits obtenus grâce au générateur et donne accès à une vidéo où l'on peut voir The Aleph en action.

Johnston, David Jhave: Extinction Elegies

Extinction Elegies est un poème de David Jhave Johnston (Jhave) qui aborde les thèmes de la dégénérescence, de la mort et de la disparition à l'ère atomique. Tout au long du poème, une voix étrangement personnelle s'adresse au lecteur et le confronte, annonçant le désastre, décrivant ses conséquences et dressant un portrait sombre de la société à venir – ou plutôt de sa fin.

Le poème initial est composé de 27 fragments. L'internaute passe d'un fragment à l'autre en utilisant les flèches horizontales de son clavier ou en cliquant sur les flèches de part et d'autre de l'écran. Or, en revenant en arrière ou en repassant plusieurs fois sur un même fragment, l'internaute y provoque des mutations profondes: d'abord ce sont les mots qui changent, puis les lettres à l'intérieur des mots, le sens des vers se perdant peu à peu d'une mutation à l'autre. L'intensité des mutations peut être contrôlée à l'aide des flèches verticales du clavier ou des flèches apparaissant en haut et en bas de l'écran. Notons qu'il ne semble pas avoir de plafond supérieur associé à ce contrôle, l'internaute décidant seul jusqu'où il veut aller. En arrière-fond, des images vidéo représentant des paysages plus ou moins désertiques, des surfaces industrielles, des ombres grises ou d'autres motifs du genre se succèdent. En trame sonore, on entend une musique d'ambiance inquiétante et métallique.

Une traduction française de l'oeuvre, réalisée par AvdK, est disponible à même le site.

Howe, Daniel C.: automatype

automatype est une oeuvre de Daniel C. Howe créée avec RiTa, une librairie en langage naturel adaptée pour la littérature générative. À l'écran, un rectangle divisé en neuf cases apparaît. Dans chaque case est inscrit un mot, sélectionné au hasard. Les mots sont ensuite soumis à une suite de transformations, lettre par lettre: ajout d'une lettre, modification d'une lettre, retrait d'une lettre. La seule règle est que chaque nouvel état du mot doit être reconnu comme un mot anglais déjà existant. L'algorithme d'automatype permet ainsi d'établir des liens entre une multitude de mots, sur la simple base de leurs similarités orthographiques.

Tout au long du processus, on entend le bruit rythmé d'une machine à écrire, rappelant l'écriture. Les lettres soumises à des modifications sont aussi brièvement identifiées en couleur, ce qui permet à l'internaute de mieux suivre les altérations au fur et à mesure qu'elles se produisent.

Carpenter, J. R.: TRANS.MISSION [A.DIALOGUE]

TRANS.MISSION [A.DIALOGUE] est un générateur de texte conçu par l'artiste canadienne J. R. Carpenter à partir de l'adaptation en JavaScript du code du poème génératif The Two de Nick Montfort [1], originalement programmé en Python. Les textes produits par TRANS.MISSION explorent les thèmes de l'immigration et des difficultés à communiquer pour ceux qui ont jadis traversé l'océan pour venir s'installer en Amérique depuis l'Irlande, l'Angleterre ou l'Écosse: lignes télégraphiques peu fiables, lenteur du service postal, isolation des bateaux en haute mer, etc. Le ton est parfois intime, donnant la parole aux acteurs du passé et à leurs angoisses, parfois détaché, s'intéressant avec le recul aux traces laissées par ces immigrants d'une autre époque. Carpenter souligne d'ailleurs que les textes générés se présentent comme des dialogues «to be read aloud in three voices» [2]: rappel, réponse et interférence – ou passé, présent et entre-deux.

Il est à noter que la page se recharge automatiquement à intervalles réguliers, ce qui modifie le texte affiché. Il est aussi possible d'appeler un nouveau texte en rechargeant soi-même la page.

Pour une autre discussion sur TRANS.MISSION [A.DIALOGUE], voir l'article de Barbara Bridger, paru dans Exeunt Magazine [3].

 

[1] Montfort, Nick (2008) The Two. En ligne: http://nickm.com/poems/the_two.html (consulté le 14 août 2012)

[2] Carpenter, J. R. (2011) «Artist's Statement», Luckysoap & Co. En ligne: http://luckysoap.com/statements/transmission.html (consulté le 14 août 2012)

[3] Bridger, Barbara (01/02/2013) «Dramaturgy and the Digital», Exeunt Magazine. En ligne: http://exeuntmagazine.com/features/dramaturgy-and-the-digital/ (consulté le 7 février 2013)

Bootz, Philippe: petite brosse à dépoussiérer la fiction

petite brosse à dépoussiérer la fiction de Philippe Bootz est avant tout un générateur de texte qui permet de produire de courtes histoires façon roman noir. L'intrigue est toujours un peu la même: la marquise, trop fatiguée pour sortir, demande à son fils d'aller chercher quelque chose dehors. Ensuite, parfois c'est le fils qui tue la marquise, parfois c'est un voleur du nom de Jacques Dessetrouce qui s'en charge, parfois encore l'un des personnages meurt d'une crise cardiaque... Dans tous les cas, quelqu'un finit par crever dans des circonstances souvent franchement loufoques. Et le tout est écrit dans le style des fables de Jean de La Fontaine.

La lecture des textes n'est toutefois pas évidente: l'écran apparaît comme recouvert d'une épaisse poussière grise et, en utilisant le curseur de la souris, l'internaute ne parvient à écarter la poussière et à révéler le texte que pendant un bref instant. Il faut donc passer plusieurs fois sur une même ligne avant de réussir à en saisir tous les mots et progresser lentement, ce qui entrave grandement le processus de lecture.

Bizzocchi, Jim: Re:Cycle

Re:Cycle est une oeuvre qui fait partie d'une série de vidéos ambiantes (Ambient Videos) réalisées par Jim Bizzocchi. Théoriquement, la vidéo de Re:Cycle est une vidéo générative qui peut continuer de jouer à l'infini, sans jamais se répéter tout à fait: elle se nourrit d'un ensemble de séquences tournées dans les Rocheuses canadiennes et d'un ensemble de transitions dont l'enchaînement (séquence / transition / séquence / etc.) est déterminé au hasard.

L'oeuvre, programmée en MaxMSP, est conçue pour être présentée en galerie. Sur le site Web de Bizzocchi, on retrouve les spécifications techniques pour l'installation de l'oeuvre, un court texte explicatif et un échantillon vidéo (captation présentée sans édition, directement à partir du logiciel).

Il est à noter que les images ont été tournées sous la direction photographique de Glen Crawford. De même, Jim Bizzocchi a bénéficié du support des étudiants Saeedeh Bayatpour et Selim Mete ainsi que du professeur Tom Calvert pour la réalisation du projet (notamment pour l'intégration de la fonctionnalité métadonnées).

Anstey, Josephine; Pape, Dave; Intermedia Performance Studio: Office Diva

Office Diva est une oeuvre conçue pour être présentée en galerie. Il s'agit d'un personnage psychotique virtuel, récitant un interminable monologue sur le mode du «stream of consciousness» (flux de conscience). Essentiellement, la «diva» de Office Diva se plaint de son travail: le manque d'éthique de ses collègues, son licenciement, les rumeurs qui circulent à son sujet, etc. Elle prend l'apparence d'une silhouette de flammes portant un masque et se déplaçant dans ce qui ressemble à un bureau des années 1950.

Le texte récité par le personnage est généré à partir de fragments écrits par les artistes, puis lu par un logiciel de synthèse vocale; les mouvements de la «diva» sont eux aussi générés par ordinateur, mais à partir de mouvements saisis en filmant un acteur. Ces deux opérations sont programmées en c++ et le script qui permet de les coordonner est en python. Malgré cet aspect génératif aléatoire, il est à noter que l'oeuvre est tout de même programmée pour conserver une structure dramatique, certains segments servant à générer les comportements de la «diva» étant associés à des humeurs différentes. Les moments de crises les plus intenses peuvent d'ailleurs être déterminés à partir de données externes, comme par exemple l'heure, la luminosité ou la température externe.

Sur son site Web, l'artiste Josephine Anstey présente une vidéo de l'installation de même que quelques images. L'oeuvre a été présentée dans plusieurs festivals en 2008 et 2009, notamment le FILE de Sao Paulo.

Ansari, Sepand; Fatemi, Raschin: Waiting for Gwodot

Waiting for Gwodot est une remédiatisation libre de la célèbre pièce de Samuel Beckett, Waiting for Godot. Cette remédiatisation, présentée par les artistes comme «A Tragicomedy in HTML», est en fait une oeuvre générative utilisant la pièce de Beckett comme structure modèle.

Sur la page principale, les différents actes de la pièce sont identifiés par des images cliquables représentant le décor où se joue la longue attente de Vladimir et Estragon. On y voit un arbre et une route, de même que quelques buissons. Une nouvelle image est générée pour chaque acte à chaque visite, le même décor se déclinant ainsi selon d'infinies variations. Il est à noter que le nombre d'actes n'est pas limité: lorsque l'internaute arrive vers la fin de la liste, de nouveaux actes sont automatiquement générés. Chaque acte est lui-même composé de répliques générées aléatoirement dans le style de la pièce de Beckett et de divers activités interactives, variant à chaque visite: génération de descriptions automatiques, accompagnées d'hyperliens; petit programme permettant de «créer Godot» sous la forme d'une figurine tridimensionnelle; génération de listes d'images à partir de Flickr; etc. Encore une fois, le couplage des textes et des activités se fait aléatoirement, changeant à chaque fois que l'internaute accède à un des actes de la pièce. Pour passer d'une section à l'autre (entre les actes ou à l'intérieur de ceux-ci), l'internaute doit cliquer sur des liens identifiés par des expressions se référant à l'univers de Beckett, comme «wait», «do something» ou «Vladimir exits to piss».

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