Envoi d'image

Déf. L’internaute peut envoyer des images, par courriel ou par téléversement, qui seront ou ne seront pas utilisées par l’artiste.

InOut s'intéresse à la création connective. Ce site permet la mise en relation de projets artistiques connectés en réseau. Les échanges de flux s'effectuent en temps réel: chaque projet se nourrit de flux extérieurs et rend disponible le résultat de sa production. Les trois types de flux (vidéo, audio, données) peuvent être intégrés dans tout type d'environnement logiciel. Les projets sont répartis dans différents lieux et un simple accès Web permet la participation. Tout d’abord, les participants doivent s’inscrire pour avoir accès au serveur d’In/Out, après quoi la connexion s’effectue entre les différents projets et leurs profils.

In/Out peut être considéré, selon les mots de Maurice Benayoun, comme un «écosystème» favorisant une approche opensource et créative. Chaque participant doit à la fois recevoir des flux de données mais aussi en produire afin d’alimenter le réseau. Les artistes peuvent à la fois utiliser les flux, les détourner ou bien les ignorer. Chaque projet artistique constitue une «cellule» à la fois émettrice et réceptrice, interconnectée: «chaque cellule constitue une création en soi et n’est pas à considérer comme un élément d’une création collective. (…) Chaque production doit avoir une forme de visibilité/audibilité. Que ce soit en ligne ou dans un lieu d’exposition, l’œuvre se donne à voir et/ou à entendre.»

In/Out a fait l’objet d’une exposition intitulée IN/OUT x.0 qui a eu lieu du 1er au 10 Décembre 2008. Artistes et chercheurs s’y sont appropriés les potentialités d’échange de flux de données en temps réel au travers d’œuvres interconnectées présentées dans plusieurs lieux.

In/Out abrite ainsi plusieurs projets: Qualia de Vincent Ciciliato, Comme vous, je connais l'oubli d’Olivier Perriquet, Collectionnisme 2.0 de Mayumi Okura et Dominique Cunin, Driving de Florent di Bartolo, Gestes: trois variations sur la Naissance d’Yves-Marie L'Hour et Benoit Meudic, Cartels d'identité de Thomas Cheneseau, Générateur Poiétique d’Olivier Auber, Tempo d’Emilie Brout et Maxime Marion, "f ∞ .." de Vincent Goudard.

Nous détaillerons particulièrement deux œuvres faisant partie du réseau In/Out. Tout d’abord Qualia de Vincent Ciciliato: il s’agit d’un projet d’installation vidéo générative inspirée du film Tango de Zbig Rybczynski (1980) et de Salo de Pier Paolo Pasolini (1975). L’œuvre est avant tout une réflexion sur la gestuelle et le foisonnement. L’œuvre consiste en différents tableaux habités par des acteurs, ici dénommés avatars, chacun se voyant attribuer le flux de données d’une des autres œuvres composant le réseau In/Out. Les données entrantes sont traduites en comportements gestuels aléatoires que les acteurs doivent performer. Qualia envoie ensuite à son tour des images et des données dans le réseau. Nous avons affaire à un même système caractéristique de flux dans l’œuvre de Florent Di Bartolo. DrivingVanishing Point de Richard C. Sarafian. La simulation fait ensuite l’objet d’une installation, dans laquelle le flux de données tiré de In/Out permet de composer aléatoirement les comportement de la voiture: intensité des phares, trajectoires, accélérations etc. L’œuvre envoie elle aussi à son tour des données pour alimenter le réseau.

reproduit numériquement une Dodge Challenger de 1970, inspirée du film

Finalement, si In/out constitue en premier lieu un outil de création pour les artistes qui s'y connectent, elle finit par devenir en même temps elle-même une oeuvre composite, en mutation incessante. In/Outtémoigne de «la diversification et la fluidification des échanges rendus possibles par la multiplication des réseaux et des systèmes de communication (...)»(1)

1Benayoun, Maurice (sans date) "La création transactionnelle", CiTu. En ligne: http://www.citu.fr/wiki/index.php?title=Intentions (consulté le 8 septembre 2009)

Le projet tanGo est né d’une idée de Martina Kieninger, chimiste et auteure native de Stuttgart, résidant à Montevideo (Uruguay). Il a été réalisé avec l’aide de Johannes Auer, artiste de l’hypermédia installé à Stuttgart, et de Reinhard Döhl, un des fondateurs du Groupe de Stuttgart, très actif dans le domaine de la poésie concrète. Il s’agit d’un projet collaboratif autour de la thématique générale du tango : incluant la danse au sens large, la chanson, leurs imaginaires, leurs esthétiques, etc. Différents artistes allemands et uruguayens étaient invités à envoyer leurs contributions par courriel à l’un des responsables du projet. Comme le spécifie Kieninger dans la présentation de tanGo: «NOUS PRENONS TOUT! ascii/Bild/Link/Java/GIF/html/quicktime/real-audio/VRML et autres formats. [1]» Trois serveurs ont été mis sur pied afin d’abriter le projet: un à Munich, un à Montevideo et un à Stuttgart. (Notons que tanGo a été réalisé avec l’aide du Goethe-Institut de Montevideo et de la bibliothèque municipale de Stuttgart.) Ont contribué, en plus de Kieninger, Auer et Döhl, Wolfgang Tischer, Klaus F. Schneider, Oliver Gassner, Hermann-Joseph Wehner, Svenja Wieser, Kenneth Irving et Oscar Ventura. Pour la traduction: Daniel Maggiolo et Johanna V. Spinak. Programmation du site: Frank Amos et Bernhard Knoblach.

Lorsque l’internaute accède au site Web du projet, la page d’accueil lui offre la possibilité de parcourir les différents textes de présentations écrits par Kieninger (dans les sections «WER», «WARUM», «WAS», «WIE» et «WELCHE»). Il peut aussi grâce à des liens externes, lire deux essais qui traitent de tanGo («Vom Schreiben auf glatten Oberflächen» de Kieninger, qui relate les origines du projet, et «Der Leser als DJ» d’Auer, qui offre un court commentaire critique sur le sujet); ou encore se rendre directement aux différentes entrées des collaborateurs qui constituent l’œuvre proprement dite en cliquant sur «DIE MATRIX». La démarche derrière tanGo est donc extrêmement bien documentée et la multiplication des liens vers les textes explicatifs sur la page d’accueil encourage l’internaute à en prendre connaissance avant de faire l’expérience de l’œuvre.

Il est à noter que la section «WER» contient une courte liste de «premiers exemples» choisis par Kieninger pour illustrer sa vision du projet. On y retrouve, entre autres, des liens vers Pietistentango (Döhl et Auer), Kill the Poem (Auer), Die Boutiqueria transpyrieret Lambaden (Schneider et Auer), Textspiel/Tango – Tanga (Auer, Döhl et Frank Amos), Tango-Bar (Tischer), worm applepie (Auer), Das Ziegenballett (Döhl et Bernhard Knoblach), et tango rgb (Gassner). Toutes ces œuvres ont d’ailleurs été intégrées à la «matrice» du projet.

Dans «DIE MATRIX», plusieurs possibilités de navigation s’offrent à l’internaute. La plus classique, d’abord: en cliquant sur le lien «credits und ein ‘normales’ Inhaltsverzeichnis» au bas de la page, l’internaute peut accéder à une liste des crédits pour les différentes parties de tanGo (nom de l’entrée + nom de l’auteur). En cliquant sur le nom des entrées, l’internaute accède directement aux différentes parties de l’œuvre. Ou encore, «à l’aveugle»: en cliquant sur les personnages qui dansent sur la page de «DIE MATRIX», l’internaute accède chaque fois à une partie différente de l’œuvre. Toutefois, il est souvent impossible de savoir quel est le nom de l’entrée visualisée ou de son auteur. Finalement, la plupart des entrées dans tanGo regorgent d’hyperliens qui mènent d’une entrée à l’autre, sans avoir à repasser par la «matrice». Souvent, la logique derrière ces liens demeure obscure et c’est donc un peu au hasard que l’internaute navigue dans l’œuvre.

Pour ce qui est des entrées de tanGo, on retrouve effectivement un peu de tout: des paroles de schlagers allemands, des extraits musicaux, des photos, des hypertextes, des jeux, des environnements 3-D, un «cimetière de données» dans lequel l’internaute est invité à «enterrer» ses données personnelles, des rébus, etc. L’internaute pourra donc, au cours de ses navigations, en apprendre un peu plus sur la biographie de Mozart, se questionner sur le chat de Schrödinger, regarder des chèvres danser, parcourir des notes sur Kafka, comparer les types de yodles en fonction des régions, approfondir ses connaissances théoriques sur l’art du tango, se recueillir dans le «temple du globe», etc. (Certaines parties en Java sont toutefois brisées dans neuf des entrées de Kieninger.)

Bref, tanGo est un hommage «au kitsch et au cliché [2]», à l’hétéroclisme, à tout ce qui peut naître quand la capitale du tango (Montevideo) rencontre l’Allemagne de la valse, des schlagers et des randonnées en montagne. Plus encore, pour reprendre l’expression enthousiaste de Kieninger lorsqu’elle pensa pour la première fois cette rencontre interculturelle: le projet «devra être une véritable orgie de kitsch et de clichés [3]». D’ailleurs, la présentation même du projet, écrite par Kieninger, regorge de paroles de vieux schlagers allemands des années 1920. Et tant pis pour le mauvais goût. Car la véritable question derrière tanGo n’est pas celle du contenu, mais du processus: «Pourquoi un autre projet d’écriture collaborative? Parce que je ne sais toujours pas ce que c’est, la littérature Internet. Mais peut-être vais-je avoir une réponse là-dessus d’ici Noël. Si c’est le cas, je vous en informerai ici. [4]»

[1] Martina Kieninger, tanGo (en ligne). 1997. en ligne: http://www.netzliteratur.net/tango/ (consulté le 14 juillet 2009) (je traduis)
[2] Kieninger, Martina (1999) "Vom Schreiben auf Glatten Oberflächen: zur Geschichte des MehrautorenProjekts Tango und yber Schwierigkeiten bei der Realisation eines mehrsprachigen Projekts", netzliteratur.net. en ligne: http://www.netzliteratur.net/tango/s/martina_vortrag.htm (consulté le 14 juillet 2009) (je traduis)
[3] ibid.
[4] Martina Kieninger, tanGo. 1997. en ligne: http://www.netzliteratur.net/tango/ (consulté le 14 juillet 2009) (je traduis)
Denkseite für Reinhard Döhl (1934-2004) est une création collective mise sur pied pour commémorer la vie et l'oeuvre de Döhl, membre fondateur du Groupe de Stuttgart. L'oeuvre est divisée en six sections: «Texte / Bilder», «Zitate», «Döhllinks», «Schreiben», «BioBibliograffiti» et «n'perdu...». On y retrouve, en vrac: des poèmes (en l'honneur de Döhl, par des poètes étudiés par Döhl ou par Döhl lui-même); des dessins et des collages; des extraits d'échanges de courriels; des liens vers différentes oeuvres signées par Döhl (dont der tod eines fauns et das buch gertrud) ou créées en l'honneur de Döhl (uhu-topia, mundorgel für döhl); des extraits de journaux; des liens vers des textes critiques écrits par Döhl ou sur Döhl et son oeuvre; des notes biographiques et bibliographiques; des partitions musicales écrites par Döhl; etc. En cliquant sur «n'perdu...», l'internaute accède aussi à un collage aléatoire formé d'adresses Web et de la célèbre «pomme» de Döhl (1965) manipulée. Ont participé, entre autres: Oliver Gassner, Gerd Hergen Lübben, Susanne Martin, Dirk Schröder et Stefan Tatendurst.

Trauerseite für Jirí Kolár est une oeuvre collective créée à la mémoire de l'écrivain et artiste tchèque Jirí Kolár, décédé à Prague en 2002 à l'âge de 87 ans. Ont participé: Reinhold Koehler; Bohumila Grögerovás; Josef Hiršal; Reinhard Lehmitz; Inga Schnekenburger; Armin Elhardt; Wolfgang Ehehalt; Karel Trinkewitz; Johannes Auer; Reinhard Döhl; Klaus Groh; Wil Frenken; Franz Mon; Hans Brög; Barbara Wichelhaus; Kei Suzuki; Sibyll Beth; William Jackdaw; Dieter Göltenboth; Václav Havels; Beat Suter; Hein E. Hirscher. Un lien au bas de la page permet d'accéder au formulaire pour soumettre de nouvelles contributions (poèmes, collages, oeuvres hypermédiatiques, courts textes, etc.). Un autre lien, «Jirí Kolár und die Stuttgarter Gruppe Schule», mène l'internaute vers une collection de textes théoriques sur la contribution de Kolár au développement de la poésie concrète et ses liens avec le Groupe de Stuttgart.

Le même principe avait été utilisé pour Vorhang für Ernst Jandl, H.H.H. (Hommage à Helmut Heißenbüttel) et das buch gertrud.

as time goes on: absolute wreaders se présente comme une simple page Web divisée en cinq sections. Chaque section contient du texte ainsi que deux boutons – «Scroll», pour faire dérouler le texte, et «Up», pour revenir au début. Sur la gauche, quatre sections superposées proposent des textes sur l’Homme et la Machine, la lecture et l’écriture. Sous forme de dialogues d’inspiration philosophique ou de courts textes poétiques plus ou moins hermétiques, ces textes offrent à l’internaute une réflexion sur le rôle de l’auteur, sa relation au lecteur et la médiation de la machine; toutes les permutations entre l’homme qui écrit-lit et la machine qui lui sert d’outil d’écriture-lecture sont pour ainsi dire envisagées. La section de droite contient quant à elle les instructions de l’artiste pour faire l’expérience totale de l’œuvre : l’internaute doit, dans l’ordre ou le désordre, faire varier la taille des différentes sections en déplaçant les cloisons; faire des zooms sur la page ou le texte; faire dérouler les textes des différentes sections à l’aide des boutons «Scroll» et «Up»; etc. L’artiste invite aussi l’internaute à faire appel à son imagination : bien que les couleurs du fond de l’écran (blanc) et de la police (noire) soient fixées, l’internaute peut-il en imaginer d’autres? Ou encore, peut-il visualiser mentalement d’autres polices pour mettre le texte en valeur? Finalement, lorsque l’internaute a le sentiment d’avoir atteint un stade satisfaisant dans son expérience de visualisation, l’artiste l’invite à faire une saisie d’écran pour montrer ce qui apparaît dans son fureteur et à lui faire parvenir le résultat par courriel. Par contre, ces saisies d’écran ne sont pas accessibles via le site Web de l’œuvre et semblent être réservées à l’usage personnel de l’artiste.

Les quatre textes superposés à gauche de l’écran sont en fait tirés de l’œuvre Der Schrank. Die Schranke de Martina Kieninger. Der Schrank. Die Schranke est une pièce de théâtre hypertextuelle conçue pour deux programmes-espions (des «démons») et un commutateur (en allemand : «Schrank», qui signifie aussi «armoire») qui invite déjà l’internaute à adopter différents modes de lecture : lecture linéaire classique ou lecture hypertextuelle, privilégiant l’exploration et l’égarement. En effet, en cliquant sur les différents hyperliens dans Der Schrank. Die Schranke, l’internaute accède à des chansons à boire, des poèmes, des devinettes, des faux programmes en Fortran, des «boucles» dans le texte, des retours en arrière, des culs-de-sacs, etc. Ainsi, la pièce de théâtre, qui se veut être un pastiche à mi-chemin entre le Faust de Goethe et le théâtre absurde de Ionesco, propose déjà une réflexion sur la machine, la prise de parole, la manipulation du texte, la lecture – et l’égarement, dans l’absurde, du lecteur-machine ou de la machine-qui-lit.

Si Gassner a repris ce texte de Kieninger pour la réalisation de son œuvre, c’est avant tout parce que la démarche derrière as time goes on: absolute wreaders s’inscrit dans le cadre de The Famous Sound of Absolute Wreaders, projet réalisé en collaboration par Martina Kieninger, Reinhard Döhl, Oliver Gassner, Sylvia Egger, Johannes Auer et Beat Suter en 2003. Pour ce projet, chaque artiste devait soumettre une de ses œuvres, œuvre qui servirait ensuite de base de travail aux autres artistes du groupe. Kieninger a ainsi proposé Der Schrank. Die Schranke, Döhl das buch gertrud, Gassner tango rgb, Egger piep-show - around the world in a minute, Auer Log-Book of a Common Journey, et Suter c1berf1ction.ch. À partir de la réinterprétation et du collage de ces oeuvres, chaque artiste devait ensuite produire une nouvelle œuvre : concrete_maschine (Auer), voyage automatique - webcam's revenge (Egger), Aus dem Logbuch eines Traumkapitän (Döhl), as time goes on: absolute wreaders (Gassner), Fenster 1 2 3 4 5 6 (Kieninger), et *kunstrad1o : 1o : 1o : v1suelles rad1o: scrabble mit döhl* (Suter et Bauer). La relecture de Kieninger par Gassner pour as time goes on: absolute wreaders est donc déjà empreinte des questionnements à la base de The Famous Sound of Absolute Wreaders, c’est-à-dire la perte de contrôle sur le texte à travers la médiation de la machine, la performance du lecteur, les pratiques de collage-mixage, la possibilité du «multitasking», etc. Cette approche, qui met l’emphase sur le jeu, la performance, l’expérimentation, les brouillages et le métissage, s’inscrit dans une tradition d’avant-garde allemande forte, élaborée par le Groupe de Stuttgart auquel appartenait Reinhard Döhl. Pour reprendre un passage du manifeste du Groupe, écrit par Max Bense et Döhl en 1964 : «Nous préférons une poésie du métissage. Nos critères sont l’expérimentation et la théorie, la démonstration, le modèle, le spécimen, le jeu, la réduction, la permutation, l’itération, le hasard (brouillage et diffusion), la série et la structure.[1]»

Bref, as time goes on: absolute wreaders fait appel à une sensibilité esthétique tournée vers une approche collaborative du travail créatif, la performance du texte par la lecture et l’expérience esthétique du texte au-delà de ses limites techniques. La combinaison des moyens techniques, mis à la disposition de l’internaute par Gassner pour manipuler l’œuvre, et de l’appel à «imaginer» le texte autrement nous semble ainsi, en permettant une interactivité qui dépasse le concept même de la machine, particulièrement significative.


[1] Bense, Max et Reinhard Döhl (1964) "Zur Lage", Universität Stuttgart, en ligne: http://www.uni-stuttgart.de/ndl1/zurlage.htm, (consulté le 2 juin 2009)

H.H.H. (pour «Hommage à Helmut Heißenbüttel») avait été conçu à la base en 1996 comme un hommage-cadeau à Heißenbüttel, un des membres fondateurs du Groupe de Stuttgart, pour son 75e anniversaire. Or, comme Heißenbüttel est décédé cette même année, l'oeuvre est rapidement devenue un épitaphe à la mémoire de Heißenbüttel, un peu à la manière de l'oeuvre das buch gertrud (épitaphe à Gertrude Stein - aussi une réalisation de Reinhard Döhl). Dans H.H.H., l'internaute peut accéder à des textes écrits par plus de 80 personnes et organismes à la mémoire de Heißenbüttel (dans des langues aussi variées que l'allemand, le turc, le japonais, le néerlandais et l'espagnol, quand ce n'est pas en notation musicale alphabétique allemande), à un «Épitaphe trouvé» écrit par Heißenbüttel en 1955 (qui fait d'ailleurs le pont entre H.H.H. et das buch gertrud), à différentes listes de mots qui explorent les jeux de sonorités recherchés par le Groupe de Stuttgart (poésie concrète), à des fragments de textes écrits par Heißenbüttel, etc. Bref, le site de H.H.H. offre ce que l'on pourrait appeler une véritable «archéologie» de Heißenbüttel.

das buch gertrud est un hommage en deux parties à la mémoire de Gertrude Stein, poétesse, écrivaine, dramaturge et féministe née aux États-Unis en 1874 et décédée à Paris en 1946. Dans la première partie de l’œuvre, l'internaute est invité à explorer trois environnements différents constitués de séries de mots disposés de façon à former divers motifs que l'internaute peut modifier à chaque clic de souris. Ces trois environnements explorent les thèmes de la mémoire, de l’héritage poétique de Stein et de la mort, symbolisés par les noms des trois sous-sections: les pierres colorées (« bunte steine/coloured stones »), le jardin de roses («rosengarten/rose-garden») et la pierre tombale («grabstein/tombstone»). Notons que la première partie de das buch gertrud est aussi disponible sur le CD-ROM kill the poem. Epitaph Gertrude Stein, la deuxième partie de l’œuvre, a quant à elle été mise sur pied avec l’aide de Johannes Auer. Il s’agit d’un projet collaboratif: l'internaute est invité à composer une épitaphe pour Gertrude Stein à partir de la dernière strophe des Stanzas in Meditation et à soumettre par courriel son texte ou sa collaboration visuelle. (Les règles complètes du jeu sont disponibles en allemand et en anglais sous la rubrique « Spielregeln ».) Plusieurs des documents reçus sont affichés en différentes langues sur le site. Pour les épitaphes visuelles, l’ajout d’une fonction créée par Johannes Auer permet, en cliquant sur un lien dans le coin inférieur gauche de l’image (« Die Töne »), de convertir l’œuvre visuelle en texte musical (notation musicale alphabétique allemande). En-dehors de das buch gertrud, ce même principe d’hommage collectif (créé en « mail-art ») a été repris par Reinhard Döhl et Johannes Auer pour créer un Hommage à Helmut Heißenbüttel (H.H.H.), un « rideau » pour Ernst Jandl (Vorhang für Ernst Jandl) et une page de deuil pour Jirí Kolár (Trauerseite für Jirí Kolár).
das buch gertrud a été mis en ligne en 1996 pour le 50e anniversaire de la mort de Gertrude Stein et a été officiellement présenté au public à l’occasion d’une exposition à la mémoire de Stein qui a ouvert à la Galerie Buch Julius le 27 juillet 1996. Cette exposition était elle aussi une création collective: sur les invitations pour le vernissage, la galerie fournissait aussi les instructions aux visiteurs pour soumettre leurs propres contributions. Le but derrière de cette action était de rouvrir, à partir de l’œuvre de Stein, un dialogue artistique international.[1] Il faut dire que les premiers textes qui constituent das buch gertrud ont été écrits par Döhl vers 1965-1966. Quelques-uns, plus vieux encore, datent même de 1961. (das buch gertrud faisait de plus partie à l’origine d’un projet de trilogie sur le thème des portraits de femmes: « das buch es anna », « das buch gertrud », « das buch heidi ».)

Historiquement, cet intérêt de Döhl pour Gertrude Stein demeure indissociable de son affiliation au Groupe de Stuttgart: « Nous préférons une poésie du métissage. Nos critères sont l’expérimentation et la théorie, la démonstration, le modèle, le spécimen, le jeu, la réduction, la permutation, l’itération, le hasard (brouillage et diffusion), la série et la structure.[2] » En effet, quelque dix ans après la fin de la guerre, les artistes et écrivains allemands étaient à la recherche d’une voie pour rouvrir une littérature malmenée par son passé nationaliste. Lorsque la première traduction allemande de l’œuvre de Stein paraît en 1955, elle tombe à point. Ses affinités avec Picasso, Matisse et Cézanne, ses liens avec le cubisme et ses expérimentations poétiques en font la figure de proue parfaite pour opérer la résurrection de l’avant-garde, thème cher aux jeunes membres du Groupe. Döhl lui-même, en plus de produire une quantité impressionnante de textes poétiques expérimentaux inspirés par Stein (dont certains seront repris dans différentes versions de das buch gertrud), est aussi l’auteur de plusieurs essais critiques à tendances biographiques sur Stein.

Bref, das buch gertrud constitue à la fois un exemple de poésie concrète intéressant pour qui veut explorer les principes esthétiques du Groupe de Stuttgart, une fenêtre sur les imaginaires qui se sont développés autour de la figure de Gertrude Stein et un témoignage précieux du rôle central de Stein dans la renaissance de la littérature d’avant-garde allemande dans la période d’après-guerre.

[1] Döhl, Reinhard (1996) "Memorial Gertrude Stein [Epitaph Gertrude Stein]", Universität Stuttgart, en ligne: http://www.uni-stuttgart.de/ndl1/steinmem.htm (consulté le 25 juin 2009)

[2] Bense, Max et Reinhard Döhl (1964) "Zur Lage", Universität Stuttgart, en ligne: http://www.uni-stuttgart.de/ndl1/zurlage.htm (consulté le 2 juin 2009)
Cette oeuvre a été créée dans le cadre du projet collaboratif The Famous Sound of Absolute Wreaders. En effet, as time goes on: absolute wreaders est la «réponse» de Gassner à der schrank die schranke de Martina Kieninger. À la gauche de l'écran, l'internaute peut voir quatre textes traitant des relations de l'Homme et de la machine: est-ce la machine ou l'Homme qui écrit? La machine peut-elle lire ce que l'homme écrit, et vice-versa? À quoi ressemblerait un dialogue entre l'Homme et la machine autour de la question du texte? À la droite de l'écran, une cinquième fenêtre contient des indications pour guider l'internaute dans son expérience de l'oeuvre: on l'invite à modifier la grandeur de chaque fenêtre, à faire dérouler simultanément tous les textes, à s'imaginer différentes couleurs de fond et de police pour mettre les textes en valeur, etc. Finalement, lorsque l'internaute a le sentiment d'atteindre un stade satisfaisant dans son expérience de lecture, l'artiste lui conseille de faire une saisie d'écran pour montrer ce qui apparaît dans son fureteur et de lui envoyer le résultat par courriel.
Fabrikverkauf est la vitrine Web de la [walking exhibition] de Frieder Rusmann (pseudonyme de Johannes Auer). Sur le site, l'internaute peut acheter différents t-shirts arborant des oeuvres et des slogans de Rusmann. Lorsqu'il reçoit sa commande, il est ensuite invité à publier sur le site les lieux et les dates où il portera le t-shirt, devenant ainsi partie prenante de l'«exposition marchante». S'inspirant de la démarche d'Andy Warhol et de Marcel Duchamp, Rusmann veut ainsi questionner les rapports entre e-commerce et arts. En plus de la section qui permet d'effectuer les achats, le site contient une liste des «modèles» qui participent déjà à la performance (il est aussi possible de les contacter individuellement par courriel), les instructions de lavage des t-shirts, les détails de la garantie de qualité des t-shirts et une revue de presse sur la [walking exhibition]. La dernière performance signalée par un des modèles sur le calendrier de la [walking exhibition] date de juillet 2005.
Carte sonographique de Montréal

Projet mis sur pied par Max Stein, de l’Association des étudiants en électroacoustique de Concordia (CESSA), la Carte sonographique de Montréal a pour objectif de «concrétiser une collection des sons enregistrés à la grandeur de l’île.» L'ampleur du projet étant de taille, les internautes munis d'une enregistreuse sont invités à mettre leur ouïe à profit. Une façon originale de redécouvrir le paysage (sonore) montréalais et de penser autrement la ville, dont la représentation est trop souvent dictée par le visuel, mais aussi de prendre conscience des niveaux de bruits environnants. L'internaute curieux pourra activer les différentes pastilles colorées représentant les extraits sonores, disposées sur une interface Google Maps. On en dénombre 110 en juin 2009. Il est aussi possible de faire une recherche par types de contenus, qu'il s'agisse du lieu de l'enregistrement, de la date ou même de l'équipement utilisé.

Apparu en 2000 à São Paulo, le FILE Electronic Language International Festival est le plus important festival d'art et technologie du Brésil. Sur leur site Web, l'internaute a accès à sept sections différentes couvrant les activités du FILE: la section NEWS qui présente les événements à venir et les appels à soumission; la section dédiée au festival comme tel (celui-ci a lieu annuellement); les archives du FILE Script Magazine; la section Symposium consacrée aux autres conférences et rencontres du FILE en dehors du festival; la section Hypersonica qui traite des manifestations musicales, sonores, visuelles et performatives de l'art électroniques; les archives du FILE, proposant une sélection importante de sites Web, textes et livres sur l'art électronique; la section du FILE Labo dédiée aux activités de recherche du FILE (résidences et échanges internationaux, etc.); et la section Theory regroupant les textes théoriques écrits par les membres du FILE.
L'oeuvre das buch gertrud est un hommage en deux parties à la mémoire de Gertrude Stein (1874-1946). Dans la première partie, l'internaute se promène dans trois environnements différents: les pierres colorées ("bunte steine/coloured stones"), le jardin de roses ("rosengarten/rose-garden") et la pierre tombale ("grabstein/tombstone"). Chacun de ces environnements est constitué de séries de mots simples (par exemple "die stein rose in meinem stein garten ist" ou "a rose is a rose is a rose") disposés de façon à former différents motifs que l'internaute modifie à chaque clic de souris. La deuxième partie est un projet collaboratif: l'internaute est invité à composer un épitaphe pour Gertrude Stein à partir de la dernière strophe des Stanzas in Meditation et à soumettre son texte ou sa collaboration visuelle à l'adresse courriel de l'artiste. Plusieurs des documents reçus sont affichés en différentes langues sur le site. La première partie de l'oeuvre est aussi disponible sur CD-ROM (http://www.nt2.uqam.ca/repertoire/das_buch_gertrud_0).
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