Dialogue

LeMay, Eric: Mondrian Mood

Mondrian Mood d'Eric LeMay est un court hypertexte de fiction de cinq lexies qui donne la parole à des toiles de Mondrian en train de se faire peindre. On y suit les divagations de trois voix différentes, identifiées par trois couleurs (noir, rouge, jaune): une des voix se plaint de ne pas réussir à verser une larme, alors que la brosse du pinceau lui gratte la cornée; une autre propose sans cesse d'ajouter un héron à l'image, au grand dam de la première; et la troisième s'interpose brièvement pour suggérer de mettre des fleurs sauvages à la place, espérant peut-être ainsi régler le débat. Le ton est à la fois absurde et ludique, définitivement déjanté.

Pour passer d'une lexie à l'autre, l'internaute doit cliquer sur la silhouette d'un héron. Les passages entre les lexies s'accompagnent d'une réorganisation des sections géométriques formant les toiles de Mondrian.

Lialina, Olia: My Boyfriend Came Back From The War

My Boyfriend Came Back From The War est un hypertexte de fiction, accompagné de quelques images, de l'artiste hypermédiatique russe Olia Lialina. Dans une esthétique minimaliste, l'oeuvre relate le retour de la guerre d'un personnage à travers une série de propos échangés par deux (ou plusieurs) personnages. L'activation des hyperliens subdivise peu à peu l'interface de navigation en espaces de plus en plus restreints. L'impossibilité d'attribuer les dialogues à un personnage précis et la multiplicité des textes affichés à l'écran confèrent un effet de polyphonie impressioniste à l'oeuvre. Il s'établit graduellement au cours de la lecture une forme de théâtre aveugle formé par une série de questions, restant sans réponse, et d'aveux intimes.

À noter, l'oeuvre a donné lieu à une importante série d'adaptations, disponibles à l'adresse suivante: http://myboyfriendcamebackfromth.ewar.ru/ (ce site Web est baptisé Last Real Net Art Museum).

slippingglimpse est une œuvre créée par la poète Stephanie Strickland, la programmeuse Cynthia Lawson Jamarillo et le cinéaste Paul Ryan. Il s’agit d’un poème en dix parties traitant de l’évolution des techniques associées à l’écriture, de la gravure sur pierre au développement des nouvelles technologies de l’hypermédia.

Sur la page d’accueil, le lien «introduction» permet d’accéder à un court texte décrivant les principaux modes de navigation dans chacune des parties du poème et expliquant sommairement la démarche des artistes. Au bas de ce texte, un autre lien mène vers un article théorique plus complet écrit par Stephanie Strickland et Cynthia Lawson Jaramillo sur les principes de lecture appliqués au code, à la poésie et aux chréodes [1]. L’internaute peut débuter la lecture du poème comme tel en cliquant sur n’importe laquelle des dix images disposées en rectangle sur la page d’accueil. Chacune de ces images est associée à une des parties du poème. En activant l’un de ces dix liens, l’internaute est redirigé vers une nouvelle interface où apparaît d’abord un des courts-métrages de Paul Ryan. Ces courts-métrages présentent différents mouvements de l’océan, filmés en plan plus ou moins rapproché. Accrochés à la surface des vagues et autres tourbillons, une douzaine d’extraits tirés de la partie du poème associée à chaque court-métrage (sélection aléatoire) évoluent en suivant les mouvements de l’eau. Il s’agit du premier mode de visualisation offert pour chacune des parties du poème, c’est-à-dire la visualisation «full-screen» (plein écran). Au bas de l’écran, un lien à l’extrême gauche («home») permet de revenir à l’accueil. Plus au centre, trois autres liens peuvent être utilisés pour passer d’un mode de visualisation à l’autre ou pour régénérer le poème dans son mode actuel. (En cliquant sur «regenerate», le court-métrage est repris du début, servant de support à un nouvel ensemble d’extraits textuels sélectionnés aléatoirement.) Le mode de visualisation «high-rez video» est similaire au mode «full-screen», sauf que le court-métrage apparaît avec une meilleure résolution et occupe à l’écran une surface moindre. Quant au mode de visualisation «scroll text», il est composé de deux parties distinctes: dans la partie supérieure, le même court-métrage auquel se superposent différents extraits textuels (voir modes de visualisation «high-rez video» et «full-screen») demeure visible. Dans la partie inférieure, une version texte complète de la partie du poème associée au court-métrage apparaît comme «imprimée» sur une feuille. Cette feuille défile dans un espace rectangulaire qui ne permet d’en découvrir qu’une petite section à la fois. Une barre munie d’un curseur au bas de l’écran permet toutefois à l’internaute de contrôler la vitesse de défilement de la feuille et sa direction (de haut en bas ou de bas en haut). Finalement, à gauche et à droite des liens servant à passer d’un mode de visualisation à l’autre, deux flèches peuvent être utilisées pour passer d’une partie du poème à l’autre sans revenir à la page d’accueil.

Les dix parties du long poème au cœur de slippingglimpse sont composées à partir de différents extraits d’entrevues menées avec des artistes visuels utilisant les technologies numériques, de vers composés par Stephanie Strickland elle-même et d’un vieux conte folklorique, «The Passion of the Flax», qui explore d’anciennes technologiques de capture d’image/texte, comme par exemple la fabrication du papier à partir de la fibre de lin [2]. Les textes issus de ces sources ont été fractionnés et recombinés pour les dissocier de leurs origines, de manière à ne conserver que le motif sous-jacent [3]. Lorsque les courts-métrages sont lancés, le programme de l’œuvre analyse l’image à toutes les dix secondes pour identifier les changements de couleurs aux dix pixels [4]. Un extrait textuel est alors associé aléatoirement à chacun des points identifiés, se déplaçant en fonction des mouvements des différentes zones «suivies» par le programme. Tel que le proclame Stephanie Strickland elle-même: «The metaphor is that the water's motions provide a scanning, as our eyes scan text. [...] In the poem, we aim to give equal weight to two kinds of language: to weight natural languages and human readers equally with non-human languages and non-human readers» [5]. L’eau est un premier lecteur non-humain, tout comme l’ordinateur, qui affecte le texte «by gravity, by chaotic attractors and catastrophic changes in state, patterning itself into forms that continuously renew» [6]. Les mots finissent ainsi par former des «chréodes», terme emprunté à la théorie de la catastrophe du mathématicien René Thom et désignant des espaces de transition et de changement à l’intérieur d’un motif défini.

Au final, slippingglimpse emprunte autant aux théories de la lecture qu’aux théories du chaos. Pour reprendre l’analyse de Rachel Daley, «slippingglimpse is about the cycle of things coming about or together and breaking apart, about the violence of this cycle (seen in video and verbal images), and about how despite this violence and the changes that result, systems have a way of reliably returning to patterns» [7]. Même si le texte est parfois obscurci par toutes les transformations subies (fractionnement, mélange, mise en mouvement, etc.), il n’en demeure pas moins que la démarche des artistes témoigne d’une compréhension intéressante de la nature et de notre relation au monde largement marquée par les courants écolo-philosophiques [8] à la mode au début des années 1990. D’ailleurs, Paul Ryan avait déjà publié en 1993 un ouvrage intitulé Video Mind, Earth Mind traitant de la pratique écolo-philosophique du «threeing» [9] dont les principes ont inspiré slippingglimpse [10].

[1] Strickland, Stephanie et Cynthia Lawson Jaramillo (2007) "Dovetailing Details Fly Apart - All Over, Again, in Code, in Poetry, in Chreods", dans ebr. En ligne: http://www.slippingglimpse.org/pocode (consulté le 10 mai 2010)

[2] Malloy, Judy (2008) "How New Media Narrative is Created", dans authoring software. En ligne: http://www.well.com/user/jmalloy/elit/elit_software.html (consulté le 4 mai 2010)

[3] Daley, Rachel (2009) "Pink Acid Cloud and Digital Love: The Slipstream Worlds of Stephanie Strickland's Zone: Zero", dans Jacket Magazine, no 37. En ligne: http://jacketmagazine.com/37/r-strickland-rb-daley.shtml (consulté le 4 mai 2010)

[4], [5] et [6] Greenstreet, Kate (10/2008) "An Interview with Stephanie Strickland", dans Bookslut. En ligne: http://www.bookslut.com/features/2008_10_013547.php (consulté le 4 mai 2010)

[7] Daley, Rachel, op. cit.

[8] Malloy, Judy, op. cit.

[9] Ryan, Peter (1993) Video Mind, Earth Mind. New York: Peter Lang, 437 p.

[10] Malloy, Judy, op. cit.

 

sphinx est une oeuvre participative qui invite l'internaute à écrire une question dans un formulaire prévu à cet effet. Par la suite, il recevra par courriel une réponse qui correspond à ce que le sphinx pourrait répondre. Cette réponse est générée par un logiciel créé par l'artiste, qui dit avoir travaillé à reproduire la structure, la syntaxe et les expressions propres au sphinx. L'internaute pourra également répondre à une question posée par un autre internaute. Cette oeuvre est d'abord et avant tout une invitation au dialogue.

Twitter Battle donne à lire les échanges (disposés parallèlement) de Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État chargée de la Prospective et du Développement de l'économie numérique pour le gouvernement de Nicolas Sarkozy, avec d'autres membres de Twitter. Le sous-titre, (discussion?), est à l'image des échanges présentés à l'internaute: si Twitter est vanté pour les mérites d'échanges rapides entre internautes, il n'en reste pas moins qu'il semble y avoir un important décalage entre les tweets de Kosciusko-Morizet et ses suivants. Twitter Battle est un projet artistique au concept simple, mais qui met en lumière non seulement la possibilité des dialogues creux qu'on retrouve sur les différents réseaux sociaux existants à ce jour, en plus de l'illusion de ces «conversations en temps réel». L'internaute, s'il dispose d'un compte Twitter, pourra se joindre à la partie et envoyer des message à Nathalie Kosciusko-Morizet.
The Fall Book est un roman graphique en ligne de 96 pages qui présente une discussion entre deux protagonistes au sujet de la chute du paradis de Satan (librement inspiré du roman Paradise Lost de John Milton). Les deux personnages sont représentés grâce à des photographies manipulées par ordinateur, dont la posture et l'expression faciale varient peu ou pas du tout de page en page. Le roman graphique est présenté dans une interface qui reprend admirablement bien la figure du livre: il est possible pour l'internaute de "saisir" un coin d'une page, de la manipuler comme bon lui semble et enfin de la tourner.
A Dialogue Between Two Eyeballs est une oeuvre dans laquelle est représenté un dialogue entre deux yeux. Les répliques qui constituent le dialogue défilent textuellement sous les yeux de l'internaute, bougeant sans cesse de gauche à droite et rendant la lecture malaisée. Pour poursuivre sa lecture du dialogue, l'internaute doit activer un lien en cliquant sur le texte.
Blind Side of a Secret 1 est une oeuvre poétique abordant la thématique du secret. L'oeuvre se présente sous forme d'animation, d'ambiances sonores et d'une discussion syncopée entre deux interlocuteurs.
Cette oeuvre propose trois «sound toys» permettant de tisser jusqu'à huit voix simultanément pour recréer des discours sur la douleur, la commercialisation et la mécanisation. L'internaute peut régler le volume pour chacune des voix et le degré de volume dans le champ gauche et droit des haut-parleurs (panning) pour profiter au maximum de cette expérience audio. Du texte et des images bougent sur l'écran durant la navigation et ajoutent un rhytme visuel à l'oeuvre.
Ce site présente une hyperfiction comportant des dialogues à teneur sexuelle. L'internaut est invité à cliquer sur les hyperliens contenus dans le texte afin d'accéder aux dialogues, souvent fantasmatiques, complets. La solitude et la cybersexualité sont les principaux thèmes abordés.
Peggy est un hypertexte de fiction qui fait le récit des aventures de Peggy. L'oeuvre est de facture assez minimaliste et présente d'abord un intérêt historique. De courts segments de textes sont ponctués d'hyperliens permettant à l'internaute d'effectuer plusieurs parcours de lecture.
agonistics: a language game, Warren Sack

Agonistics est un jeu de combat où les participants s'affrontent dans des discussions argumentatives en ligne (forums alimentés par envoi de courriels). Les participants doivent déstabiliser leurs adversaires pour gagner des points, mais ils risquent ainsi d'entraver le processus démocratique... Il s'agit ainsi avant tout d'une réflexion sur la philosophie politique. Chaque participant peut choisir le groupe de discussion auquel il participe (sujet et langue).

Anciennement hébergé au http://hybrid.ucsc.edu/Agonistics/Artport/description.html, le site se retrouve maintenant au http://artport.whitney.org/gatepages/artists/sack/.

Syndiquer le contenu