Couple

Guillocher, Charles; Vidal Andres, Joan: Comme si de rien n'était

Comme si de rien n’était est une œuvre hypermédiatique textuelle à propos d’un couple dans une situation d’intimité. L’originalité du texte de Guillocher et Vidal Andres est qu’il en existe deux versions: l'une où le couple est en amour et fait preuve de tendresse, l'autre où l’homme est un prédateur sexuel qui a kidnappé une femme pour la violer. Ce sont les choix de l’internaute qui dictent quelle version apparaît.

En effet, lors de la lecture de l’œuvre, l’internaute a le choix de cliquer sur deux mots ou expressions dans le texte pour chaque nouveau fragment, ce qui permet de déterminer quelle version du paragraphe suivant (amour ou viol) s’affichera. Le texte se termine avec la phrase «Comme si de rien n’était», au moment où les deux personnages se rhabillent. Cliquer sur cette dernière ramène l’internaute au début du texte et lui permet de le relire en changeant ses choix.

Bouchardon, Serge; Dumas, Léonard; Volckaert, Vincent; Zénouda, Hervé; di Rosari

Opacité (aussi en anglais, Opacity, et en italien, Opacità) est un récit hypermédiatique en quatre tableaux imaginé par Serge Bouchardon et Léonard Dumas. Chacun des tableaux, tous très brefs, permet à l'internaute de découvrir les réflexions d'un homme en quête de transparence et d'intimité. Or, plus le récit progresse, plus le narrateur abandonne l'idée de transparence et lui préfère celles d'opacité et de mystère. La figure de la femme, comme autre inaccessible, est présente tout au long du récit, objet des pensées et lieu des angoisses du narrateur.

Pour visualiser chacun des tableaux, l'internaute doit promener le curseur de sa souris sur différentes zones de l'écran et accomplir ainsi certaines tâches précises: faire apparaître l'image caché d'un circuit électronique, effacer la buée sur la vitre d'une douche, etc. À la fin de chaque section, la voix de la femme interpelle à la fois le narrateur et l'internaute: «Où es-tu?», «Que cherches-tu?», «Je t'éclaire», «Où suis-je?».

Bigelow, Alan: The Quick Brown Fox

The Quick Brown Fox raconte une rupture en 26 phrases, associées aux 26 lettres de l'alphabet (chaque phrase commence par une lettre différente): une femme découvre que son mari la trompe, en ressent de la honte et de la culpabilité, se réfugie dans son jardin, puis décide enfin de tout quitter. À l'écran, l'internaute n'a qu'à glisser le curseur de sa souris sur une lettre pour voir apparaître la phrase qui lui est associée. D'une lettre à l'autre, l'histoire se précise, le fil des évènements se clarifie, jusqu'à ce que l'internaute accède à une vue d'ensemble du récit enfin reconstitué.

Le récit se présente sous deux formes différentes: une forme pangrammique et une forme alphabétique. Dans la forme pangrammique, la première à s'afficher à l'écran, les lettres forment la phrase «The quick brown fox jumps over a lazy dog». Comme les lettres à l'intérieur de cette phrase apparaissent dans le désordre, l'histoire est éclatée, non-linéaire. Ce n'est qu'une fois que l'internaute a visité au moins une fois toutes les lettres de cette version pangrammique que la version alphabétique devient accessible, permettant de reconstruire le fil logique de l'histoire: la phrase qui commence par a vient avant celle qui commence par b, la b avant la c, la c avant la d, etc.

Chacune des 26 phrases constituant le récit apparaît accompagnée d'une animation constituée de vidéos reprises sur le Web par Bigelow et manipulées pour en faire de nouvelles images.

Malloy, Judy: its name was Penelope

its name was Penelope est un hypertexte de fiction de Judy Malloy divisé en six sections, très librement inspiré de l'Odyssée d'Homère. Dans chaque section, on retrouve Anne, une artiste photographe, à un stade différent de sa vie: enfant, alors qu'elle passe son temps à faire des esquisses dans son cahier; jeune artiste débutante à San Francisco, au plein coeur de l'épidémie du sida; jeune femme se débattant dans différentes relations amoureuses vouées à l'échec; femme complètement fauchée, devant travailler comme commis de bureau et voler de la nourriture pour survivre; et finalement en tant qu'artiste mature, semblant avoir trouvé un peu de stabilité en-dehors de la ville, avec son amant et ses chats. Bien que chaque section soit autonome, des passages des sections précédentes sont parfois intercalés dans les suivantes, donnant à l'ensemble une impression de répétition, de retour du passé.

Pour naviguer dans l'hypertexte, le lecteur possède peu d'options: il appuie simplement sur le lien «Next» ou sur la touche Retour pour passer d'une lexie à l'autre à l'intérieur d'une même section. De plus, deux onglets accessibles au bas de l'écran, «Sea» et «Song», permettent de sauter d'une section à l'autre - sans toutefois permettre de sélectionner une lexie en particulier. Même si le procédé peut sembler linéaire, il faut noter que l'ordre des lexies varie à chaque lecture. De même, si le lecteur revient en arrière puis reprend son chemin, il découvrira que les lexies ne se présentent plus dans le même ordre, offrant une nouvelle variante du récit. Aussi, tant que le lecteur continue à appuyer sur la touche Retour, il reste dans une même section, les lexies revenant en boucle dans des ordres différents; il faut nécessairement passer par les onglets «Sea» et «Song» pour sortir d'une section en cours de lecture.

Humphrey, Clark: The Perfect Couple

The Perfect Couple est un hypertexte de fiction de l'auteur Humphrey Clark. On y découvre la relation fusionnelle de Sam et Charlie, deux amants cherchant par la méditation et par différents exercices sexuels, télépathiques, etc., à se guérir l'un l'autre de leurs traumatismes passés. Au fil des années, les expérimentations de Sam et Charlie deviennent toutefois de plus en plus étranges, jusqu'à ce qu'ils s'isolent complètement du monde, convaincus d'être parvenus à penser et à agir comme un seul corps, transcendant littéralement la matière, le temps et l'espace. Or, ont-ils vraiment réussi à accomplir l'impossible ou se sont-ils simplement enfoncés dans la psychose et la désillusion, victimes de charlatans new age?

L'hypertexte est monté sur HyperCard et contient 178 scènes, chaque scène étant contenue sur une carte unique. Chaque carte est accompagnée de quatre liens menant vers quatre autres cartes différentes; le lecteur peut ainsi parcourir le récit en fonction de ses humeurs, en sélectionnant les liens qui l'intéressent le plus (par exemple, "To see what happens at the seminar, click here", "For Sam's later beliefs about success, click here" ou "For their approach toward total ecstasy, click here"). Une fonction de sauvegarde permet de reprendre plus tard une session de lecture momentanément laissée de côté.

Swigart, Rob : Down Time

Down Time est un recueil de 21 courtes nouvelles de Rob Swigart. De facture minimaliste, ces nouvelles portent sur les difficultés qu'ont les gens à communiquer, sur la désaffiliation émotive, la solitude, l'attente, la violence du quotidien et la mort. Les personnages qui les peuplent sont tous liés entre eux, ce qui confère à l'ensemble l'allure d'une vaste fresque sociale contemporaine.

Pour naviguer dans Down Time, le lecteur doit d'abord sélectionner une nouvelle dans l'index principal. Ensuite, il est redirigé vers l'interface de lecture. Sur la gauche, une fenêtre contient la lexie consultée. Sur la droite, des options permettent de contrôler le volume de la narration ou de l'interrompre, de passer d'une lexie à l'autre ou de revenir à l'index principal. L'hypertexte peut être lu selon plusieurs logiques différentes. Premièrement, chaque nouvelle peut être lue pour elle-même, d'un bout à l'autre. Il suffit d'utiliser les flèches de navigation dans les options de droite. Toutefois, les lexies peuvent aussi être réorganisées pour former de nouvelles lignes narratives, selon une logique thématique. Il faut pour cela cliquer sur le lien "Storyline" et saisir un mot-clé qui servira à regrouper les lexies (il est à noter qu'un certain nombres d'histoires sont déjà proposées dans cette section). Lorsque le lecteur lit une histoire plutôt qu'une nouvelle, il saute ainsi d'une nouvelle à l'autre, ce qui met en valeur l'unité thématique de l'hypertexte et le tissage des intrigues parallèles. D'ailleurs, deux lignes de texte placées dans la partie supérieure de l'écran indiquent à tout moment la position relative du lecteur à la fois à l'intérieur de la nouvelle et à l'intérieur de l'histoire en cours de consultation. Dans les lexies elles-mêmes, certains mots en bleus renvoient à des fenêtres médiatiques complémentaires contenant tantôt du texte, tantôt des images, tantôt de courtes vidéos. Les mots en rose, quant à eux, permettent une navigation thématique similaire à la navigation par histoire proposée sous "Storyline". Finalement, l'hypertexte peut être annoté par le lecteur et des signets peuvent être indexés.

Un palpitant est une œuvre hypermédiatique de l’artiste français Nicolas Clauss créée avec le soutien de L’espal scène conventionnée du Mans dans le cadre d’une résidence à l’@telier multimédia en 2005-2006. Il s’agit de l’aboutissement d’un projet communautaire intergénérationnel instigué par l’artiste, dans le cadre duquel sept jeunes étaient invités à rencontrer des personnes âgées pour leur parler d’amour, de vieillesse et de mort. Pendant ces rencontres, les témoignages des personnes âgées autant que ceux des jeunes ont été enregistrés sur support audio alors que certaines séquences ont été captées sur vidéo. De même, plusieurs photos – parfois mises en scène, parfois non – ont été prises. Ces photos, ces vidéos et ces témoignages constituent la matière première de l’œuvre hypermédiatique Un palpitant, divisée en neuf tableaux interactifs.

Notons que l’œuvre Un palpitant a reçu le prix de la Création nouveaux médias Vidéoformes 2008 au 23e festival international arts vidéo et nouveaux médias de Clermont-Ferrand (France).

Pour passer d’un tableau à l’autre dans l’œuvre, l’internaute peut utiliser le menu principal, dans lequel une suite de neuf images renfermant des hyperliens donne accès aux neuf tableaux, ou encore se servir de la flèche située dans le coin inférieur droit de chaque tableau pour passer de l'un à l’autre, sans retourner au menu. Chaque tableau interactif aborde un aspect différent du projet derrière Un palpitant.

Dans le premier tableau, «chanson», l’internaute fait apparaître différentes séquences vidéo répétitives en promenant son curseur sur l’écran et en cliquant sur la droite. Ces séquences montrent les personnes âgées et les jeunes ayant participé au projet en train de se saluer et de s’embrasser, ou des mains en train de manipuler un vieil album de photos. En fond sonore, on entend des bribes de chansons chantées par les personnes âgées et des bruits de cloches. Dans le deuxième tableau, «époux», l’internaute active, en cliquant à l’écran, des séquences audio dans lesquelles les personnes âgées parlent de leur mariage et de leur couple. Les mouvements de la souris permettent de contrôler des figurines anciennes de gâteau de mariage qui défilent comme par vagues. Dans le troisième tableau, «cœur», les clics de souris et les déplacements du curseur font se superposer à l’écran plusieurs représentations de cœurs, en rouge, pendant qu’on entend des gens donner leur définition de l’amour. Le quatrième tableau, «vieux», présente quant à lui une mosaïque de courtes séquences vidéo que l’internaute peut faire changer ou s’accélérer d’un clic de souris. Lorsque l’internaute place son curseur à l’extérieur de la mosaïque, une seule séquence prend tout l’écran. On peut activer des témoignages audio des jeunes parlant de leur perception des personnes âgées avec qui ils ont travaillé en cliquant dans les marges. Le cinquième tableau, «vieillesse», s’ouvre sur un couple presque nu traversant le bas de l’écran. En cliquant sur celui-ci, l’internaute fait apparaître une scène au centre de laquelle des jeunes portant des masques de vieux imitent des personnes âgées. À chaque nouveau clic, l’internaute active des séquences audio où les personnes âgées parlent des changements physiques et sociaux qui accompagnent la vieillesse (perte d’autonomie, solitude, nostalgie, etc.). Le sixième tableau, «vanité», présente le témoignage audio d’un infirmier qui travaille avec des personnes mourantes en milieu hospitalier. Au bas de l’écran, des squelettes de carnaval en toges noires dansent frénétiquement alors que des enfants portant le masque de la mort président à leur assemblée. Dans le septième tableau, «bio», des images de fœtus, d'une jeune fille déguisée en vieille dame, de chromosomes et de cellules alternent à l'écran en fonction de la position du curseur de la souris de l’internaute. En fond sonore, on entend des enfants discuter de la mort – sa définition, ce qu’il y a après, les moyens de la contourner, etc. Dans le huitième tableau, «visages», une superposition floue d’images (une pomme, des visages, etc.) accompagne les témoignages audio des jeunes parlant de la vieillesse, et plus spécifiquement de leur perception des personnes âgées. Pour activer les segments audio, l’internaute doit déplacer son curseur dans les marges autour de l’image centrale. Finalement, le neuvième tableau, intitulé «mort», présente de vieilles photos d’enfants tachées de sang, dans un cadre brisé. En cliquant sur l’image, l’internaute active des segments audio dans lesquels des personnes âgées parlent de l’instant de la mort lui-même, et notamment de la peur qu’il inspire.

L’esthétique de cette œuvre de Nicolas Clauss demeure un brin bancale, voire baroque:

Palimpseste d’archives, de vidéos, de dessins, de rires, de mascarades et d’étoiles: l’en deçà n’est jamais très loin, pour convoquer Bosch, ou Bacon.» [1]

Il y a des détails dans tous les coins, les images se superposent jusqu’à ce qu’il soit impossible de les dénombrer et, dans tout ce fouillis, il est souvent difficile de déterminer ce que contrôle au juste l’internaute. De plus, les choix visuels de Nicolas Clauss donnent à l’œuvre une noirceur certaine: les couleurs sont sombres, les images choisies sont souvent inquiétantes (photos tachées de sang, fœtus, squelettes, etc.), les cœurs de fleur y côtoient des cœurs de chair ayant l’air d’avoir été fraîchement «arrachés», tout y est un peu décrépit, rayé, brisé… Comme le remarque Aude Crispel dans sa critique pour poptronics, on se croirait dans une photo de Joel-Peter Witkin [2]. Pourtant, dans les témoignages audio entendus en trame sonore, même lorsqu’il est question du moment même de la mort, jamais le discours n’est à ce point lourd ou obscur pour inspirer à lui seul une telle imagerie. L’effet est au final plutôt saisissant, créant un contraste qui vient charger de double-sens un discours somme toute innocent. Au-delà du projet communautaire réel, de l’interaction des gens, Nicolas Clauss s’est ainsi totalement approprié le matériel pour créer une œuvre qui lui est toute personnelle, fidèle à ses propres obsessions et à son propre imaginaire.

Bref, Un palpitant est une œuvre dont le contenu audio permet de replonger dans une expérience intergénérationnelle des plus intéressantes – mais il n’en demeure pas moins que, visuellement, elle nous entraîne dans un univers signé 100% Nicolas Clauss.

[1] Leborgne, Corinne (2006) «Un palpitant: les saisons du coeur», sur Sextant. En ligne: http://www.sextant-revue.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=249&Itemid=136 (consulté le 3 août 2010)

[2] Crispel, Aude (11/03/2008) «Nicolas Clauss, un coeur qui bat», sur poptronics. En ligne: http://www.poptronics.fr/Nicolas-Clauss-to-be-Or-not-toupie (consulté le 3 août 2010)

Non-Weddings est une oeuvre comprenant deux moteurs de recherche dans lesquels l'internaute est appelé à faire une requête sur le moteur de recherche Google. Pour chacune des deux requêtes qui seront effectuées, le logiciel affichera une image qu'il aura sélectionnée dans les résultats de la recherche sur Google. L'artiste affirme que c'est un dessin de Jacques Lacan dans "L'insistance de la lettre dans l'inconscient" qui l'a inspiré dans la création de cette oeuvre.

NON_roman multimédia est un roman-feuilleton écrit et réalisé par Lucie de Boutiny et hébergé sur le Web par la revue SYNESTHESIE. On y suit la relation d’un couple de jeunes professionnels, Madame et Monsieur, à l’ère de la consommation et de la globalisation des médias. Pour naviguer sur le site Web de NON_roman multimédia – qui renferme aussi un dossier de presse, un dossier sur la littérature hypertextuelle, le CV de Lucie de Boutiny et la liste des prix remportés par l’œuvre –, l’internaute devra utiliser principalement les icônes (d’ailleurs bien identifiées) réparties dans les différents écrans, de même que les hyperliens placés dans le texte. À l’intérieur de l’œuvre proprement dite, de faux bandeaux publicitaires ainsi que des petites flèches situées tantôt à gauche, tantôt en bas de l’écran permettent aussi de progresser dans le récit. Toutefois, la lecture demeure plutôt facile et l’expérience est conçue pour être essentiellement linéaire: même s’il arrive que l’écran contienne plusieurs liens, ceux-ci mènent le plus souvent tous au même endroit. De même, à certains moments (par exemple, dans l’épisode 3), l’internaute n’a qu’à activer les différentes «parties» de l’œuvre pour que le texte et les images défilent d’eux-mêmes, sans nécessiter d’autre intervention. L’œuvre demeure ainsi facilement accessible, même pour un lecteur peu habitué aux hypertextes.

Le premier épisode, paru en août 1997, est consacré à la rencontre des deux protagonistes: Monsieur fait partie de la division commerciale d’une grande compagnie et habite Silicon Saclay, mais rêve déjà d’un transfert à Sophia-Antipolis, dans le sud de la France; Madame est déléguée commerciale à Pékin pour Planetcome et passe tout son temps à l’hôtel, devant son écran d’ordinateur. Après une série d’échanges virtuels sur le site de rencontre haut-de-gamme Joystick et quelques rendez-vous torrides lors des visites de Madame à Silicon Saclay, Madame apprend toutefois qu’elle perdra bientôt son emploi suite au rachat de sa firme par des intérêts étrangers. Ce sera pour elle l’occasion de s’installer chez Monsieur. Dans le deuxième épisode, paru en mai 1998, Madame et Monsieur habitent ensemble. Monsieur travaille le jour et Madame écoute la télé, installée sur son divan. On y découvre, minute par minute, une soirée typique du couple: Monsieur rentre tard et veut attraper un reportage sur Kadhafi aux nouvelles de 20h; Madame écoute son téléroman favori et fait semblant de ne pas savoir où se trouve la télécommande. L’épisode se termine alors que Monsieur prétexte vouloir écouter un programme sur Malraux afin de rester devant la télévision pendant que Madame se prépare à aller au lit – profitant ensuite de sa solitude pour zapper sur les films pornographiques de fin de soirée. Le troisième épisode, paru en juillet 1999, est constitué d’une juxtaposition de slogans et de fausses images publicitaires empruntées à Adbusters. L’internaute y découvre les nouvelles angoisses de Monsieur et Madame: quoi consommer? Comment se comporter? Que désirer? Militer – mais pour quoi? Pour reprendre un passage de la première partie de l’épisode: «LE POUVOIR DE LA TVISION EST NET / RENDONS-LUI HOMMAGE». Dans le quatrième épisode, paru en janvier 2000, l’internaute accède à une série de sept lettres adressées à Madame par le fan club de Jesus Chanchada, héro de son téléroman favori. Apparemment, Madame se sent coupable de se laisser séduire par un personnage de fiction et a peur de ce qu’elle ressent… Mais heureusement, les spécialistes du fan club sont là pour la rassurer et lui offrir une foule de produits dérivés, de l’écran masque aux couteaux de cuisine à l’effigie de Jesus Chanchada: «Quoi de plus naturel, étant donné les misères quotidiennes, que de vouloir, confortablement installée face à JC, rechercher des sensations érotisantes dont l'ingratitude de la vie quotidienne vous prive. Et maintenant que vous comprenez les mécanismes de votre bonheur, regardez sans crainte votre héros du jour...» Le cinquième épisode, paru en mai 2000, nous permet de suivre Madame et Monsieur dans divers commerces, alors qu’ils recherchent un nouveau réfrigérateur pour remplacer l’ancien de Madame, souvenir trop douloureux laissé par un ex-amant. Suit alors une gratifiante séance d’achats: le bonheur est dans l’électroménager. Finalement, le dernier épisode, paru en octobre 2000, se présente plutôt comme un commentaire philosophique sur le monde de Madame et Monsieur: dictature de la télévision, adoration de Saint A – pour Argent –, marchandisation et exploitation de l’enfance, libéralisme économique, consommation, capitaux, spéculation et crédit, mobilité des forces de travail… Le tout se termine sur ces trois phrases, inquiétantes: «Restez couché tout va bien. Les dormeurs refusent de s’éveiller pour continuer de rêver à l’A. Ils ne veulent pas se réveiller de peur de la peur des rêves qu’ils font circuler et dans leurs rêves ils entendent la Voix.»

Bref, l’œuvre de Lucie de Boutiny est constituée essentiellement d'un commentaire sur le devenir de la société de communication/consommation née de la mondialisation des échanges. Cette orientation se reflète d’ailleurs dans l’appellation même que donne de Boutiny à l’écriture qu’elle pratique: «Lucie de Boutiny appelle son écriture ‘HTX™’, soit l'abréviation de ‘HyperTeXte’. Pour elle, HTX™ est aussi un acronyme sonore qui se lit ‘Achetez X’ et qui dénonce le monde de la consommation passive encouragée par les médias. [1]» Le message n’est peut-être pas toujours subtil, mais le style de Lucie de Boutiny demeure toutefois suffisamment marqué par une longue expérience en littérature érotique pour générer la tension nécessaire au maintien de l’intérêt chez l’internaute.

[1] van der Klei, Alice (2008) «NON-roman, de Lucie de BOUTINY (France), 1997-2000», Magazine électronique du CIAC, no 30. En ligne: http://www.ciac.ca/magazine/archives/no_30/oeuvre3.htm (consulté le 18 août 2009)

The Virtual Disappearance of Miriam est une œuvre hypermédia écrite par Martyn Bedford et réalisée par Andy Campbell. Elle est hébergée sur le site de ce dernier, Dreaming Methods. L’oeuvre met en scène un homme qui a perdu sa femme. Le narrateur raconte comment il s’est réveillé sans elle à ses côtés et essaie depuis de comprendre ce qui s’est passé. Quatre épisodes font état des diverses pistes de recherche explorées afin de retrouver la disparue. L’internaute a également accès à des informations supplémentaires sur la vie de Miriam et de son mari, grâce à des hyperliens activant des fenêtres contextuelles. Par exemple, le premier hyperlien activable, «Miriam», ouvre une fenêtre où apparaît un portrait descriptif d’une femme qui n’est pas Miriam, mais qui lui ressemble. L’internaute peut ainsi se faire une idée de son identité grâce aux nombreuses allusions du narrateur à son sujet. Aussi, un peu plus loin, un hyperlien sur le mot «sex» ouvre sur une fenêtre affichant «Information temporarily unavailable. Please try again later».

Le ton est toujours à l’humour et les concepteurs se moquent ici de l’internaute trop curieux qui veut en savoir toujours plus. Entre les nombreux clins d’œil qui font sourire, le temps qui semble se figer pour le narrateur et sa panique liée à l'échec de ses recherches désespérées émerge une atmosphère d’étrangeté. Où est Miriam, c’est ce que l’internaute tente de savoir tout au long de son parcours dans l’œuvre. Or, il ne le saura pas, car la réponse dépend de lui. En fait, on lui demande de choisir entre trois fins possibles - «sad ending, happy ending, postmodernist ending». Une autre manière de le taquiner en lui refusant un dénouement unique.

Il est à noter que la référence au jeu vidéo est constante. Bien qu’il ne soit pas demandé à l’internaute de participer, les clins d’œil sont trop importants pour être passés sous silence. Un exemple assez frappant sont les «levels» qui renvoient aux niveaux des jeux, dominant la moitié de l’animation. Aussi, la relation entre l’internaute et la protagoniste disparue tient du duel, alors qu’apparaît cette notice à l’écran, telle la mention du programme débutant: «You and Miriam». Il y a également un compteur à la fin de la deuxième partie qui détermine le temps écoulé avant la fin du tableau, accompagné d’un combat assez intense qui clôt la section «House of Sam» par un «Game Over».

Une fois à l’intérieur d’une des quatre parties du récit, seule l’exploration chronologique est possible. Les possibilités d'interaction se limitent à l'activation des fenêtres contextuelles. Or, cela ne change en rien le déroulement de l’histoire. La navigation se fait par l’activation de flèches vertes situées dans le bas de l’écran. Il est uniquement possible d’aller au segment suivant ou de revenir au précédent, ce qui oblige l’internaute à suivre le déroulement temporel de l’intrigue. L’exploration du récit hypermédiatique demeure assez fidèle à la forme romanesque. Campbell confie dans un article que «Miriam was designed to be displayed 'page by page'» [1] comme un livre, et doit être lu de la manière la plus conventionnelle. Bien que l’interactivité soit minime et que l’expérience de lecture ne soit pas trop déstabilisante, l’œuvre s'avère tout de même riche grâce à la diversité des supports qu’elle présente. Le narrateur exprime ses pensées et transmet des informations de plusieurs façons - par des séquences audio, des photos, des images, des animations graphiques, des conversations en ligne, des pages Web, un scénario cinématographique, un journal intime et un jeu vidéo. La particularité de l’œuvre réside dans cette pluralité des médias juxtaposés, ce qui lui permet aussi de se distinguer du livre. L’animation qu’elle comprend plonge l’internaute dans l’univers hypermédiatique où le monde du numérique émerge à chacune de ses activations.

Anciennement disponible au http://www.dreamingmethods.com//uploads/dm_archive/objects/html/t_object_342657_268084_thickbox.html?height=378&width=800

[1] Campbell, Andy (2006) «Extracts from interviews with Andy Campbell», Dreaming Methods, en ligne: http://www.dreamingmethods.com/default.asp?idno=190 (consulté le 15 juillet 2009)

Your Place and Mine: The story of a Relationship est une adaptation hypermédiatique de Thérèse Raquin d’Emile Zola. Cette œuvre a été écrite en directe par le duo surnommé Nicci French. Du 7 au 11 avril 2008, pendant une heure, chaque nuit, le couple a écrit en direct l’histoire de Laurence et Terry. Les spectateurs pouvaient alors voir le processus d’écriture se dérouler devant leurs yeux en temps réel.

Your Place and Mine, fait partie du projet lancé par Penguin UK intitulé We Tell Stories, dans le cadre duquel six auteurs revisitent six oeuvres classiques dans une adaptation hypermédiatique sur Internet.

Domestique est un hypertexte de fiction dont le narrateur raconte l'histoire de sa séparation amoureuse. Il aborde le sujet de la dégradation d'une relation qui devient conflictuelle. Le texte est ponctué de certains mots hyperliés qui mènent tantôt à des billets du blogue de l'auteur ou encore à des page Web situées à l'extérieur de son site.
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