Cimetière

Réminiscence apocryphe: Dumontier, Annie-Ève; Nault, Gil; Dionne, Étienne

Réminiscence apocryphe se présente comme une errance photographique dans la mémoire religieuse du Québec. Les trois artistes à la base du projet se servent de photographies de cimetières, de statues religieuses, d'objets de dévotion, etc. et de citations tirées du Catéchisme pittoresque de Victorin Germain, prêtre (XIIIe tirage, 1954) pour brosser le portrait vague d'une certaine religiosité perdue. Les artistes se défendent bien d'offrir une image objective du patrimoine religieux québécois; leur démarche se situe du côté de l'affectif, de l'émotif. L'oeuvre s'ouvre d'ailleurs avec la définition des deux termes du titre, «réminiscence» désignant un «souvenir vague, imprécis, où domine la tonalité affective», et «apocryphe» référant à une chose ou à une idée «dont l'authenticité est au moins douteuse».

Pour naviguer dans l'oeuvre, l'internaute est invité à cliquer sur les images apparaissant à l'écran à l'aide du curseur de sa souris, qui prend la forme d'une croix. Parfois, deux images sont présentées côte-à-côte; la position du curseur de la souris détermine alors quelle image est mise en évidence. Parfois, une seule image occupe tout l'écran. L'internaute fait succéder les images en cliquant. À la fin de chaque série, des citations du catéchisme apparaissent, questionnant les notions de mort, de péché mortel et d'enfer. «Communion», le dernier mouvement de la Messe de Liverpool de Pierre Henry (1967), accompagne l'oeuvre en trame sonore et confère à l'ensemble une ambiance lourde, inquiétante. L'oeuvre se termine sur une citation du Refus Global de Paul Émile Borduas, signifiant la fin du règne de l'Église au Québec - et reléguant définitivement les images de l'oeuvre au rang des réminiscences.

Au bas de l'écran, un menu donne accès à des hyperliens vers des articles et ouvrages traitant de la relation qu'entretient le peuple québécois avec la religion catholique. Une autre section, «Films reliés», permet de naviguer parmi d'autres films de l'ONF abordant des thématiques semblables. Finalement, un formulaire en ligne est prévu pour que l'internaute puisse envoyer ses commentaires. Les commentaires ne sont toutefois pas visibles sur le site Web de l'oeuvre.

Plus de détails sont disponibles sur la fiche média de l'oeuvre.

Amsterdam, het einde est un court métrage traitant du suicide, réalisé par l'artiste néerlandais Sylvain Vriens. En introduction, un court article de journal intitulé "Zelfmoord simpel in Amsterdam" ("Suicide easy in Amsterdam") est présenté à l'internaute: on y explique qu'à Amsterdam la grande majorité des personnes ne chercheront pas à arrêter quelqu'un qui tente de se suicider. Lorsque l'internaute clique pour voir la suite de l'article, il est redirigé vers le court métrage lui-même. Un avertissement au début du film informe l'internaute de la nature sensible du sujet et qu'il s'agit d'une oeuvre de fiction ne visant pas à faire la promotion du suicide. Le court métrage alterne entre des scènes contemplatives en couleurs, filmées dans un cimetière par une belle journée d'été et des scènes en noir et blanc où l'on voit un jeune homme vêtu de noir se suicider de diverses manières dans différents endroits d'Amsterdam. Le contraste entre le calme des scènes filmées dans le cimetière et l'ambiance angoissante des scènes de suicide est troublant, obscurcissant le message anti-suicide de l'artiste.

The Cemetery of Lost Data / Le Cimetière des Données Disparues est une œuvre du Marseillais BlueScreen conçue pour permettre à l’internaute d’«enterrer» des données perdues dans un cimetière virtuel. Lorsqu’on accède au site Web du Cimetière, le titre de l’œuvre apparaît en anglais au milieu de l’écran. L’internaute doit alors sélectionner la langue d’utilisation à l’aide des options situées sous le titre («english | français») pour lancer l’introduction. Dans la partie d’introduction, du texte défile à l’écran sans que l’internaute n’ait à intervenir. Vingt fragments se succèdent ainsi en un peu moins de 45 secondes, relatant la perte d’une donnée anonyme: «Elle était là… / il y a un instant encore / je ressens toujours / sa présence […] TOUT EST FINI / il ne reste plus / qu’à l’enterrer…».

Apparaît ensuite le Cimetière comme tel, composé d’une multitude de tombes carrées grises sur fond noir. D’abord lointain, le Cimetière se rapproche rapidement, comme si l’internaute plongeait vers celui-ci. Finalement, la plongée s’interrompt et l’internaute demeure suspendu au-dessus des tombes, sur lesquelles apparaissent maintenant les noms des données enterrées. En déplaçant le curseur de la souris, l’internaute provoque un déplacement similaire amplifié du cimetière sur l’écran, ce qui permet d’en couvrir l’entièreté sans avoir à utiliser les traditionnelles barres de défilement, celles-ci étant d’ailleurs absentes du Cimetière. Lorsque le curseur de la souris passe sur l’une des tombes, celle-ci s’agrandit automatiquement. Sur la tombe sont alors visibles, en plus du nom de la donnée disparue, la date de naissance et de décès de la donnée et l’épitaphe laissé par l’internaute à qui elle a jadis appartenu. Dans le coin inférieur droit, deux liens permettent encore de contacter par courriel l’internaute endeuillé (si celui-ci a bel et bien laissé ses coordonnées lorsqu’il a rempli le formulaire d’enterrement) et/ou de visualiser les informations complémentaires sur la perte de la donnée. Tout au long de la visite de l’internaute dans le Cimetière, une barre au bas de l’écran indique la date, le nombre de tombes (le 13 octobre 2009, le Cimetière en comptait 246) et la langue d’utilisation sélectionnée. À côté de la langue de visualisation, un lien permet finalement d’accéder au formulaire d’enterrement pour déposer une donnée dans une nouvelle tombe.

Dans le Formulaire d’enterrement, on demande à l’internaute de fournir le nom du défunt, la date de naissance du défunt, la date de décès, la taille estimée du défunt, la cause du décès, la nature de la perte (temps, argent, sentimentale), l’ampleur estimée de la perte sur une échelle de 1 à 5, la description de la perte, l’épitaphe de la future tombe, son nom et son prénom en tant que demandeur, son adresse courriel et l’URL du demandeur, le cas échéant. Toutes ses informations sont optionnelles et les formulaires incomplets sont eux aussi traités. Une fois le formulaire soumis, l’internaute est ramené à l’écran d’accueil de l’œuvre. En repassant par l’introduction pour revenir au Cimetière, l’internaute pourra alors voir la nouvelle tombe de sa donnée disparue apparaître à l’extrême droite de l’ultime rangée inférieure. Les tombes s’ajoutent ainsi les unes aux autres, au fil du temps.

L’artiste BlueScreen appartient au regroupement Transitoire Observable créé par Philippe Bootz, Alexandre Gherban et Tibor Papp. Le Cimetière est d’ailleurs conçu selon les principes de l’œuvre procédurale transitoire observable prônés par Bootz, Gherban et Papp dans leur manifeste de 2003:

L’auteur crée un programme mais le lecteur ou le spectateur interagit avec un processus observable qui échappe aux volontés et à la logique algorithmique que l’auteur a manifestées dans ce programme. […] Ainsi donc, l’auteur créé mais ne fixe pas obligatoirement ce qui est observé par le spectateur/utilisateur. Les éléments observables par l’un et l’autre diffèrent parce qu’ils ne sont pas des objets stables et reproductibles, quand bien même le voudrait l’auteur, mais des états transitoires du processus d’exécution. C’est un fait. [1]

Si le programme demeure, l’œuvre elle-même est changeante, modifiée à jamais par l’ajout de chaque nouvelle tombe. Le Cimetière est d’ailleurs l’espace de réappropriations actives et de détournements qui dépassent sa vocation initiale de «cimetière de données»: ainsi, au milieu des disques durs défectueux et des fichiers corrompus, on retrouve des tombes érigées pour des personnes réelles décédées, des partis politiques défaits, l’amour-propre d’un tel ou différents personnages tirés de l’imaginaire collectif – quand ce n’est pas tout simplement pour «ta mère», «ta sœur», etc. Pour reprendre une fois de plus le manifeste du Transitoire Observable: «L’auteur crée un programme mais le lecteur ou le spectateur interagit avec un processus observable qui échappe aux volontés et à la logique algorithmique que l’auteur a manifestées dans ce programme. [2]»

Mais ce qui rend le Cimetière si intéressant est aussi l’étrange subversion qu’il opère: ce qui est perdu et enterré, les «données disparues», est exactement ce qu’Internet est sensé abriter et protéger en tant que «palliatif de la mémoire humaine. [3]» Il ne s’agit pas d’un véritable exercice de mémoire, mais de la mise en évidence de ses ratés. Le Cimetière constitue donc un amusant pied-de-nez ludique aux failles de l’informatique, une célébration d’un «là» qui n’est plus – bref, un cimetière conçu pour fêter la permanence paradoxale de l’éphémère.

[1] et [2] Bootz, Philippe, Alexandre Gherban et Tibor Papp (01/02/2003) «Transitoire Observable: Texte fondateur», Transitoire Observable, section Manifestes. En ligne: http://transitoireobs.free.fr/to/article.php3?id_article=1 (consulté le 5 octobre 2009)

[3] Malbreil, Xavier (2006) «Comme des pantins électroniques dans un théâtre d'ombres... Ou la face cachée du Net», Magazine électronique du CIAC, no 26. En ligne: http://www.ciac.ca/magazine/archives/no_26/dossier.htm (consulté le 5 octobre 2009)

 

Cette oeuvre propose à l'internaute de mettre à la poubelle un URL qu'il choisit, préférablement le sien s'il possède un site Web. Il sera averti par courriel lorsque l'URL sera recyclé. Une pierre tombale apparaîtra en signe de la mort du site en question. L'internaute peut commander cette tombe dont l'URL est gravé dans le marbre et l'acheter pour environ 500$.
UPDATE `me` propose à l'internaute une façon de créer et de détruire des données. L'œuvre consiste en une fenêtre de texte qui peut être modifiée instantanément et sauvegardée sur le serveur. UPDATE `me`est un hommage aux données électroniques éphémères qui s'écrivent, se réécrivent, se succèdent et se remplacent. On y trouve d'ailleurs un cimetière de toutes les versions de l'œuvre, avec dates de naissance et de décès électroniques de chaque incarnation. Le site propose également à l'internaute d'envoyer un commentaire, une question, une insulte ou un spam à l'artiste.
Syndiquer le contenu