Chute

Carpenter, J.R.: a sleep I fell

a sleep I fell est une œuvre poétique de J.R. Carpenter abordant le thème de la chute, tout particulièrement de la chute dans le sommeil (to fall asleep). Jouant autour de ce concept, l'artiste l'explore librement, abordant autant la chute de la réalité vers le sommeil que la chute inverse, où désenchantement et déprime accompagnent le dur retour à la réalité.

L'œuvre est divisée en quatre sections: «a quote», «a theory», «a story», «a word». Chacune de ces sections renferme un contenu différent en lien avec son titre. «a quote» est une compilation de citations d'auteurs sur la chute et le rêve. «a theory» est un regroupement de formules de physique mécanique et de courts poèmes de l'artiste touchant la théorie de la gravitation. «a story» est composée de plusieurs courtes histoires de l'artiste. «a word» est la section où l'artiste explique son œuvre et fait ses remerciements.

La navigation sur a sleep I fell est plutôt simple. Un clic sur la barre de navigation située au coin supérieur droit mène à un deuxième menu, qui permet d'afficher les différents poèmes et récits.

Rozendal, Rafaël: falling falling

falling falling est une œuvre qui occupe la totalité de l’écran du fureteur. Celui-ci se remplit d’une couleur qui s’effondre ensuite, laissant apparaître une nouvelle couleur, qui s’effondre à son tour, et ainsi de suite, à l’infini. Une ambiance sonore accompagne l’œuvre et accentue l’impression de chute évoquée par la succession des couleurs. Aucune interaction n’est possible avec l'œuvre à proprement parler; cependant, un menu au haut de la page permet d’accéder aux autres œuvres de Rozendaal. L'œuvre s'inscrit dans la série d'oeuvres Neen de Rozendaal.

Explication de texte est un hypertexte du cinéaste français Boris du Boullay. Après avoir passé l’écran d’accueil, l’internaute accède à un court texte contenant vingt-six hyperliens. Au bas du texte, un vingt-septième lien indiqué par le signe «©» permet de rediriger l’internaute vers les autres sites Web de du Boullay et de consulter la section «Au sujet du site…» comprenant la déclaration d’intention de l’artiste.

Le texte principal qui contient les vingt-six hyperliens apparaît en vert sur fond noir. En cliquant sur les hyperliens (abrités par les mots soulignés en vert vif), l’internaute fait apparaître des courtes digressions tout autour du texte central. Ces digressions sont de différentes couleurs (bleu, vert, rose, orangé, etc.) et contiennent souvent elles-mêmes d’autres hyperliens qui mènent vers d’autres digressions. Au total, quatorze espaces peuvent être occupés par des digressions différentes – quatre sur la ligne du haut, quatre sur la ligne du bas, trois sur la gauche et trois sur la droite. Les nouvelles digressions viennent constamment remplacer les anciennes. Au bout d’un moment, une nouvelle fenêtre intitulée «voir venir» s’ouvre à l’écran, sous l’URL http://www.lesfilmsminute.com/explication/fin.htm. Il s’agit de la conclusion de l’œuvre: quatorze fragments de photographie reprennent la disposition des quatorze digressions autour du texte principal. Ces fragments en noir et blanc laissent deviner l’image incomplète d’un jeune enfant se penchant en souriant au-dessus d’un bébé. En passant le curseur de la souris au-dessus de chacun des fragments, l’internaute fait apparaître de courtes phrases, toujours construites sur le même modèle: «je comprends pas», «je trouve pas», «je travaille pas», «je distingue pas», «je connais pas», «je viens pas», «je suis pas», «je détache pas», «je sais pas», «je vois pas», «j'entends pas», «je prends pas», «j'oublie pas», «je pense pas».

Dans cette œuvre de du Boullay, tout passe par le clic. Grâce au dispositif de l’hypertexte, l’artiste entreprend une tentative d’épuisement du souvenir. C’est d’ailleurs en épousant la logique de la mémoire et de ses méandres que cette œuvre introspective prend forme: chaque mot amène une image, chaque image ouvre une nouvelle porte, jusqu’à ce que les pensées se recroisent et nous ramènent sur les chemins déjà parcourus. L’internaute se laisse glisser sur le souvenir en se laissant guider à l’instinct par les mots sur lesquels il clique. Les thèmes centraux de l’œuvre de du Boullay soulignent d’ailleurs la pulsion nostalgique qui anime la démarche. Dans un premier temps, le texte de base nous présente l’image d’un enfant que nous supposons être l’artiste plus jeune en train de traverser un pont, en équilibre précaire, déjà un peu en train de tomber. À la fois sur le pont et en bas, gorgé de l’eau «verte, épaisse, irréelle, interdite» du souvenir, la figure de l’enfant appelle la perte, la mort, l’oubli. Il est le passé auquel s’adresse l’artiste, le souvenir fuyant de sa propre vie. De lien en lien, les digressions suivent ensuite le cours du souvenir à travers l’écoulement des fluides et les eaux stagnantes: ponts, plages, rivières, goudron. La mère, le frère, les amis et les amoureuses se succèdent, appelant chacun les souvenirs des petites choses. Puis, au fur et à mesure que l’expérience progresse, l’internaute devine la présence impossible du père disparu, du passé déjà perdu que l’artiste s’efforce désespérément de ressaisir par le discours: «Oui, je le croyais. / ‘Le’ ? / La place du mort, à qui je m’adresse

À travers cette expérience, l’artiste ne cherche pas à perdre l’internaute ou à parodier le dispositif dont il fait usage (l’hypertexte). Bien au contraire, la multiplication des digressions est à la mesure du souvenir, jamais excessive ni déplacée. L’utilisation de couleurs différentes pour les digressions permet d’ailleurs à l’internaute de suivre avec facilité la réflexion de l’artiste: chaque nouveau thème est annoncé par une nouvelle couleur. Lorsque le fil d’une idée s’essouffle et amène une bifurcation vers un autre thème, le changement de couleur des digressions permet d’identifier facilement les points de rupture. Avec un minimum d’attention, l’internaute peut donc facilement parvenir à faire le tour complet de l’œuvre; il suffit de suivre les pistes laissées par l’artiste.

Explication de texte est donc à la fois une tentative d’épuisement du souvenir parce qu’il présente tout ce qu’il en reste et un exercice de poursuite de l’impossible, de la part perdue qui n’est déjà plus. Ultimement, le souvenir est destiné à échapper à celui qui le possède; dans l’écran final, c’est ce que nous rappelle la série de négations qui viennent ponctuer la photographie éclatée et incomplète de l’enfant («je comprends pas», «je trouve pas», «je connais pas», «je sais pas», etc.). Cette œuvre s’inscrit ainsi pleinement dans le projet plus général de du Boullay, qui, sur son site Web personnel, déclare  chercher par son art à «restituer le temps antérieur en lui substituant des traces de l’absence» [1]. Se souvenir implique la réécriture constante de nouveaux mots qui viennent masquer ceux qui les ont précédés, à l’image des digressions de du Boullay qui se succèdent et s’effacent les unes les autres à l’écran, après chaque clic de souris.

[1] du Boullay, Boris (2009) «bio-filmo», les films minute. En ligne: http://www.lesfilmsminute.com/media/bio_boris.pdf (consulté le 17 novembre 2009)

Plessas, Angelo: Symmetry Of Chaos

Symmetry of Chaos présente deux avatars constitués de rectangles. L'internaute peut les manipuler avec son curseur afin de les déplacer et de les faire rebondir. Dans la fenêtre, on retrouve aussi trois escaliers qu'il est également possible de déplacer. Les chocs provoqués par le contact entre les avatars et les objets activent des couleurs et des effets sonores. La symétrie suggérée par le titre de l'oeuvre se révèle impossible à atteindre à partir du moment où l'on met en mouvement les avatars et les objets, qui s'entrechoquent dans le désordre le plus complet. L'oeuvre s'inscrit dans la série d'oeuvres Neen de Plessas.

L'oeuvre Der Tag danach... («le jour d'après») présente à l'internaute un dessin en noir et blanc qui représente un paysage champêtre traditionnel allemand. Au-dessus du dessin, on retrouve les mots «Freie Kunst im Fall» («art libre en chute»); sur le dessin lui-même, les mots «Frei Kunst» («art libre»), en rouge, bougent tranquillement. En cliquant sur «freier Künstler im Fall» («artiste libre en chute») dans le coin droit de l'écran, l'internaute fait apparaître un personnage nu en 3-D qui tombe en criant, l'air affolé, et traverse l'écran. L'oeuvre de Frieder Rusmann (pseudonyme de Johannes Auer) est dédiée à Beat Suter, Toni et Olo.
The Fall Book est un roman graphique en ligne de 96 pages qui présente une discussion entre deux protagonistes au sujet de la chute du paradis de Satan (librement inspiré du roman Paradise Lost de John Milton). Les deux personnages sont représentés grâce à des photographies manipulées par ordinateur, dont la posture et l'expression faciale varient peu ou pas du tout de page en page. Le roman graphique est présenté dans une interface qui reprend admirablement bien la figure du livre: il est possible pour l'internaute de "saisir" un coin d'une page, de la manipuler comme bon lui semble et enfin de la tourner.
Plessas, Angelo: One after the other

Cette oeuvre présente des oiseaux qui tombent le long d'arcs-en-ciel. Les oiseaux, en noir et blanc, chutent sur un rectangle noir au bas de l'écran, rebondissent un instant sur celui-ci, puis s'y engouffrent définitivement. Quand l'internaute clique sur ce rectangle, les arcs-en-ciel disparaissent et les oiseaux tombent à une vitesse plus grande. Le curseur de l'internaute se transforme alors en une bande noire rappelant le principe du jeu vidéo casse-briques : l'internaute peut sauver les oiseaux d'une mort certaine en les faisant rebondir sur son curseur. L'oeuvre s'inscrit dans la série d'oeuvres Neen de Plessas. 

Cette oeuvre présente, à l'aide de deux images, des accidents de voitures sous plusieurs angles et au ralenti. L'accident donne l'impression d'une caresse puisque son mouvement est ralenti considérablement.
H. Hoogerbruger: Parade

Parade est une oeuvre dans laquelle est représentée une parade de cavaliers identiques que l'internaute peut faire tomber en les pointant avec le curseur de sa souris. Les chevaliers cheminent dans un décor abstrait et l'oeuvre est accompagnée d'une musique ambiante et répétitive. Anciennement disponible au http://www.neen.org/demo/parade.swf. Pour davantage d'informations, consulter la fiche média de l'oeuvre.

Le site présente dix-sept différentes images d'arbre issues de la même photo, auxquelles des segments de textes ont été ajoutés.
Il s'agit d'une oeuvre vidéo, créée par Jérôme Game, dans laquelle le texte semble correspondre à ce qui est montré. Par exemple, le mot bouture est mentionné et il apparaît que l'auteur a justement « bouturé » des fragments de textes. Quand il est question de déviation, l'internaute aura l'impression que l'avion filmé dévie. Il est aussi question dans le texte de rupture, de blocage. Ce fragment semble aussi avoir influencé d'autres éléments de l'oeuvre, car l'internaute entendra le narrateur bloquer sur certains mots. Au même moment, l'avion n'est plus, laissant place à un écran noir: ce qui était visible a disparu, le contact est, en quelque sorte, rompu, bloqué.
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