Caméra

Keszler, Eli: L-Carrier

L-Carrier est une installation mécanique et Web, à l'intérieur de laquelle les deux pans de réalité se répondent par une boucle de rétroaction interne mise en place par l’artiste. Présentée dans l’espace du Eyebeam Art + Technology Center de New York du 7 au 23 juin 2012, l’installation physique alimente le site Web. En effet, une caméra est placée dans l’espace de la galerie afin de détecter les mouvements des visiteurs. Ces mouvements sont interprétés par divers algorithmes qui vont modifier les images visibles sur le site Web. Celles-ci modifient à leur tour le mécanisme de l’installation physique, en actionnant plusieurs cordes de piano installées à Eyebeam. Ces cordes, qui sont attachées à des dispositifs captant le son, créent ainsi une ambiance sonore unique à l’intérieur du centre, retransmise sur le site Web.

Belpaire, Bérénice: _trajets

Le projet _trajets est une idée originale de Bérénice Belpaire et Clément Charmet. Ils proposent aux internautes de participer de manière inédite à la création d’un film collaboratif à partir d’un scénario imaginé à l’avance. La conception, le scénario et le story-board ont été réalisés par Bérénice Belpaire; le développement et l’ingénierie par Estelle Senay et Marvin Balungidi, la conception du design sonore  par Jan Deweille.

 _trajet  met l’internaute au cœur de la conception d’une œuvre originale, à la réalisation de laquelle il peut lui même collaborer. Pour devenir cinéaste, il suffit de s’inscrire sur le site. L’expérience s’adresse à tous, que vous soyez néophytes ou professionnels. Une fois votre pseudonyme et votre mot de passe créés, vous avez accès au story-board du scénario dans votre espace personnel de travail. Des scènes du film vous sont alors proposées de manière aléatoire. Le film ne se construit pas dans l’ordre chronologique, mais au fur et à mesure des choix de tournage effectués par les participants.

Le story-board est réalisé de manière très efficace: les informations y sont claires et concises. Elles sont suffisamment précises pour permettre la cohérence du film, tout en laissant assez de marge pour que chaque réalisateur puisse donner libre cours à son imagination et à sa personnalité. L’espace personnel de travail propose une bibliothèque de travail et de téléchargement, un espace de gestion des vidéos en cours, un accès à l'ensemble de la base de données du film  (story-board et vidéos réalisées). Toutes les techniques de mise en image peuvent être utilisées: vidéo, animation 2D et 3D. Les vidéos doivent être réalisées en mp4, AVI ou MOV et être produite au format 16:9 selon les indications de tournage fournies dans le scénario. Les vidéos peuvent être visionnées par tous, taggées et commentées. Chaque participant peut aussi créer son montage personnel du film par marquage en favori et diffuser sa participation sur ses espaces Web personnels: blogues, Facebook, etc. Le site devrait être développé sous peu afin de s’adapter aux téléphones mobiles et d’intégrer de nouvelles fonctionnalités de communication entre les participants.

_trajets  est un véritable work in progress multimédia. En plus du site Internet principal qui présente le projet et donne accès à l’espace personnel de travail, Bérénice Belpaire alimente un blogue qui permet de suivre l’actualité du film. L’artiste organise aussi des ateliers. Le premier a eu lieu du 23 au 25 juin 2011 dans le cadre du festival OPEN, Théâtre Paris-Villette. Les premières scènes du film ont été tournées à cette occasion avec le public et ont donné lieu à des performances en direct. Car, en plus d’être  réalisateur, vous pouvez devenir acteur dans ce récit fluctuant aux facettes multiples. _trajets propose ainsi une expérience qui peut s’étendre hors de l’espace strict du Web pour devenir l’objet d’une rencontre vivante dans le cadre de festivals (d’autres ateliers sont à venir), mêlant performance théâtrale, cinéma et Web.

Dans ses œuvres, Bérénice Belpaire propose une réflexion très pertinente sur le potentiel créatif des médias numériques. _trajets promet à la fois un film fragmentaire et continu, une histoire singulière aux visions multiples, une esthétique hybride et universelle.

Le site du projet euh? est le «multimedia-weblog» expérimental [1] de l’artiste néerlandais Sylvain Vriens. Produit entre 2002 et 2005, le projet euh? accueille encore à ce jour plus de 4400 visiteurs quotidiennement. [2] On y retrouve au total 56 entrées différentes correspondant à 56 œuvres de l’artiste. Pour naviguer à travers les entrées du «weblog», l’internaute peut utiliser le menu semi-circulaire situé dans le coin supérieur gauche de l’écran, qui permet de sélectionner une œuvre et de la visualiser, ou encore utiliser la fonction de navigation aléatoire en cliquant sur le lien «euh?», ce qui déclenche la redirection automatique de l’internaute vers une des 56 œuvres sélectionnée au hasard. Les œuvres faisant partie du projet euh? sont: 3dcursor; 404; Back by dope demand; Banner; Battle; Battle 2; Fort The Birdz; Blind; Breathe; broken; Cubes; Cursors; Distance; Distort; Emergency; Falling; Hand; Handkerchief; Heaven; Hidden File; Inspiration; Invasion; Kaleidoscope; Kiezen; megaByte; Remember this name; Nerd; Nerdsaver; not_home; Number; Pixel-gallery; Poll; Pong; Pop; Preloader; Receipt; Run; Schoonmaak; Scrabble me this, scribble me that; Sitegun; Sleeping; Slowxxx; Window-Snake; Sponsor; Sterren; Surveillance; Teeth; The Bar; Amsterdam, het einde; Threaten; Trapped; Tree; tv; tv2; Webcam; Word Up.

Les formes d’interactivité proposées dans le projet euh? sont aussi variées que les œuvres qui le composent. Si certaines œuvres ne réclament aucun investissement particulier de l’internaute en-dehors de son rôle de simple spectateur (c’est le cas par exemple des animations de Back by dope demand, Battle 2, Cubes ou Preloader), d’autres nécessitent des interactions plus complexes et l’acquisition d’une certaine maîtrise technique pour être appréciées pleinement. Dans For The Birdz, l’internaute devra ainsi télécharger le logiciel de simulation offert par Vriens, régler les paramètres de sa webcam et apprendre à synchroniser ses propres mouvements avant de réussir à faire voler son avatar-oiseau dans l’environnement 3D créé par l’artiste. Quant à l’œuvre Threaten, elle invite l’internaute à insérer dans une boîte de texte le nom d’un ennemi, qui sera ensuite gravé sur une balle de fusil virtuelle, et à fournir les coordonnées électroniques de la personne à «menacer» afin de générer l’envoi d’un courriel. Fondamentalement, cette remarquable diversité des expériences interactives proposées découle de la nature même du projet euh?, défini avant tout comme un espace d’expérimentation.

Sauf quelques exceptions, la plupart des œuvres présentées dans le projet euh? sont compactes et adoptent une esthétique «low-tech» rappelant les débuts de l’informatique. L’approche est souvent humoristique, voire parodique, et exploite l’identité de «nerd» autoproclamé de l’artiste. [3] Du reste, les entrées du projet flirtent constamment avec l’intimité de l’artiste qui semble se servir de son «weblog» autant comme espace d’expérimentation que comme espace de dévoilement. Ainsi, la proximité d’œuvres introspectives où Vriens parle de suicide, de contact humain et de solitude (Falling, Handkerchief, Sleeping, Sterren, Amsterdam, het einde, tv) et des œuvres plus ludiques et éclatées rappelant les premiers jeux vidéo sur ordinateur (Pong, Window-Snake) jettent sur ces dernières un éclairage différent qui permet de les resituer dans un univers personnel complexe plus sombre et teinté de nostalgie. L’utilisation de la fonction de navigation aléatoire, quoique déconcertante au début, s’avère être un dispositif très efficace pour mettre en valeur la richesse de l’univers de l’artiste et illuminer la lecture de certaines œuvres plus énigmatiques (The Bar, Teeth, Kiezen). Telles les entrées d’un blogue plus traditionnel, les entrées du «weblog» de Vriens entrent en dialogue les unes avec les autres, tissant une toile complexe.

Le projet euh? – avec ses œuvres remplies d’humour, de références aux jeux vidéo issus d’une autre époque, de réflexions sur la vie, la mort, la solitude, et ses obsessions pour le terrorisme, la surveillance et le voyeurisme –, se présente ainsi comme une fenêtre ouverte sur un imaginaire marqué par les préoccupations de toute une génération (la célèbre Génération X) dont Vriens s’avère être un porte-parole exemplaire. Au-delà du premier mouvement d’égarement engendré par le caractère aléatoire de l’expérience de navigation, la descente dans le projet euh? est pour l’internaute un lieu de reconnaissance du familier et du partagé. En se perdant dans les méandres du projet, l’internaute découvre un univers tout en sensibilité où se révèle la fragilité humaine de l’artiste dont la mise à nu progressive finit par nous inciter, au lieu du «euh?» suggéré dans le titre, à nous exclamer «ah!».

[1] Vriens, Sylvain (2002) "info", euh?. En ligne: http://www.project-euh.com/info.html (consulté le 8 décembre 2009)

[2] Données compilées par Statbrain.com. En ligne: http://statbrain.com/ (consulté le 8 décembre 2009)

[3] Voir Nerd, une des œuvres du projet.

Last Breath in Alaska
Last Breath in Alaska est constituée d'une image que Pascual Sisto a trouvé sur Google Street View et conservée. Celle-ci révèle ce qui a été capturé par une caméra obstruée à l'aide d'un sac de plastique. Probablement placé par un citoyen en grogne contre les caméras disposées ça et là dans la ville de Fairbanks (Alaska), ce sac de plastique représente une certaine forme de résistance contre la présence de plus en plus répandue des caméras de surveillance. L'internaute peut interagir de façon minimale avec l'oeuvre en agrandissant l'image ou en contrôlant la rotation de la caméra, mais l'image reprend toujours son format et sa vitesse de rotation initiale dès que l'internaute cesse de manipuler l'interface de contrôle.
Vriens, Sylvain: surveillance

surveillance s'inscrit dans le vaste projet euh? de l'artiste Sylvain Vriens, comprenant quelque 56 oeuvres. Lorsque l'internaute arrive sur la page principale de surveillance, les mots "start surveillance" apparaissent au centre de l'écran, alors que les phrases "help me..." et "they are watching..." alternent dans le coin supérieur droit. En cliquant sur le lien "start surveillance", l'internaute provoque l'ouverture d'une petite fenêtre intempestive dans laquelle on voit un homme debout à une fenêtre, image qui semble avoir été saisie par une caméra de surveillance. L'homme, d'abord immobile, se met en mouvement lorsque l'internaute clique dans cette nouvelle fenêtre: on le voit alors sortir du cadre de l'image, pour réapparaître traversant un couloir dans une seconde fenêtre intempestive, et finalement disparaître derrière une porte dans une troisième fenêtre, comme pour se cacher du regard du spectateur qui l'espionne via son écran. Toutefois, lorsque l'internaute clique sur la dernière fenêtre, une fois la séquence vidéo terminée, l'homme ressort de derrière la porte et accompli le chemin en sens inverse, pour revenir à sa position initiale.

Pour plus de détails, voir la fiche média de l'oeuvre.

Cette œuvre présente plusieurs séquences vidéo, passées en boucle, qui ont été tournées avec ce qui semble être une caméra pouvant filmer dans l'obscurité. Les scènes se déroulent dans un endroit comprenant plusieurs objets, peut-être un dépotoir. En déplaçant les traits qui se troube au bas de l'écran, l'internaute peut abréger les séquences.
“Urban Generation” utilise des caméras CCTV pour diffuser en direct des images londoniennes urbaines qui sont, par la suite, générées par un logiciel sur Internet. L’internaute à l’impression de se trouver face à une tapisserie en mosaïque mouvante, ou encore de regarder la ville à travers un kaléidoscope.
L’hypertexte a été créé sous une seule contrainte, employer le participe passé. Une histoire est racontée, accompagnée d’un collage de photos dont les images répondent au besoin du texte. L’objet, une étrange sculpture de glace ayant résistée à la fonte des neiges, se trouve dans le milieu d’un champ et attire l’attention de tout le monde, extra-terrestre y compris. Or, à la longue, les caméras des médias finissent par l’écraser jusqu’à ce qu’il craque en mille morceaux.
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