Calligramme

Exquisite Copse est une oeuvre d'art génératif qui se nourrit de certains classiques de la littérature afin de produire des calligrammes en forme d'arbre. L'internaute est d'abord appelé à choisir un texte qui servira de source à l'oeuvre parmi les suivants: The Hitchhiker's Guide to the Galaxy de Douglas Adams, 1984 de George Orwell, The Metamorphosis de Franz Kafka, Alice in Wonderland de Lewis Carroll, Not I de Samuel Beckett, Moby Dick de Herman Melville, ou encore The Last Battle de C.S. Lewis. Après avoir choisi l'une des oeuvres, l'internaute doit taper un mot de son choix,  celui-ci devant toutefois être contenu dans l'ouvrage qu'il a sélectionné. Ensuite, l'oeuvre procédera à la génération d'un calligramme en forme d'arbre dont le premier mot sera celui sélectionné par l'internaute. Le calligramme sera conçu à partir de la banque de mots contenus dans le livre choisi par l'internaute. La génération de l'arbre s'étale sur un long laps de temps et l'internaute pourra, s'il le souhaite, suivre en temps réel la croissance de son arbre littéraire.

Cette oeuvre est à cet égard représentative de deux tendances de la création artistique sur le Web. D’une part, elle démontre avec force le potentiel des logiciels d’art génératif, mais également les possibilités qu’offre l’écran d’ordinateur de conférer une valeur plastique et/ou iconique au texte. Cette possibilité pour le texte d’avoir à la fois une valeur langagière et plastique/iconique est généralement décrite en tant que phénomène d’iconotextualité.

Le logiciel qui génère les calligrammes dans Exquisite Copse permet de jeter un regard neuf sur les classiques de la littérature qui y sont abordés. Le texte est fragmenté selon le point de vue du lecteur qui aura choisi le mot de départ ou, pour reprendre le vocabulaire proposé par l’auteur, la «graine» de l’arbre qui sera généré. Par exemple, si nous choisissons Moby Dick de Melville, et que nous désignons le mot «whale» en tant que point de départ de l’aventure sémantique, nous verrons se dresser à l’écran un arbre dont chacune des branches est une phrase contenant le mot «whale» dans le roman. Plus qu’un simple générateur de calligrammes, Exquisite Copse devient dans cette optique un outil servant à la visualisation de fragments textuels portant sur un thème bien précis dans le texte sélectionné. Le titre de l’oeuvre, Exquisite Copse, qu’il faut traduire par taillis exquis, souligne le lien que cette génération d’arbre sémantique entretient avec le cadavre exquis, ce jeu inventé par les surréalistes qui consiste à écrire collectivement un texte, phrase par phrase, en prenant soin qu’aucun collaborateur ne puisse lire les fragments écrits par les autres. De la même façon, Exquisite Copse propose à l’internaute d’écrire un mot qui aura son importance dans la génération de l’oeuvre, sans que celui-ci connaisse à l’avance la portée de ce choix aléatoire. De plus, notons qu’un taillis est un ensemble de jeunes arbres. Dès lors, il est permis de croire que cette oeuvre est pensée par l’artiste dans une logique de l’exploration; il ne s’agit pas tant de générer un seul arbre que d’apprécier le vaste champ des possibles offerts par l’art génératif. En effet, chaque arbre constitue, à sa manière, un regard neuf jeté sur le texte dont il est issu.

Mandel.brot regroupe les créations hypermédiatiques d'Alexandra Saemmer et de Bruno Scoccimarro. Celles-ci sont temporairement exposées sur le site et, après quelques mois, elles sont remplacées par de nouvelles œuvres et disparaissent à jamais.



Le titre du site semble avant tout être un hommage à Benoit Mandelbrot, un mathématicien franco-américain né à Varsovie en 1924, qui a travaillé au début de sa carrière sur des applications originales de la théorie de l’information, puis a développé ensuite une nouvelle classe d’objets mathématiques: les objets fractals. Ceux-ci peuvent «être envisagés comme des structures gigognes en tout point – et pas seulement en un certain nombre de points, comme les attracteurs de la structure gigogne classique. Cette conception hologigogne (gigogne en tout point) des fractales implique cette définition tautologique: un objet fractal est un objet dont chaque élément est aussi un objet fractal.»  [1] Cette notion de fractal s’avère faire partie de la vision esthétique des deux artistes. Par exemple, les titres des œuvres sont proposés autour d'une branche, tels des arborescences, chaque œuvre appartenant à un même tout en étant à la fois indépendante et complémentaire aux autres parties. Mandel.brot est aussi un jeu de mots entre l’allemand «mandeln» – qui signifie «amande» et renvoie ainsi au choix esthétique du site de représenter une branche d'amandier –, et le mot «brot», signifiant «pain» mais aussi «travail» au sens figuré, via l'expression «gagner son pain».



Les œuvres d'Alexandra Saemmer et Bruno Scoccimaro offrent pour la plupart une réflexion sur les relations entre textes et images. L'iconicité, les aspects calligrammatiques – l’expressivité graphique du texte en résonance à son thème – et le mouvement sont des caractéristiques majeures de la pratique poétique des deux artistes. Le désir d’unir les mots aux images et de faire de la lettre «un élément iconographique» est très prégnant. Pour Alexandra Saemmer, le numérique «se caractérise par le transport et la fusion entre deux régimes sémiotiques, le texte et l’image. Contrairement au texte, l’image paraît profondément immergée dans l’univers de la matière»[2]. Les œuvres qui vont et viennent sur le site emploient non seulement le texte et l'image mais également la vidéo et le son, créant des environnements qui évoluent entre sens et sensation.


[1] 
Boulanger, Philippe; Cohen, Alain, Le Trésor des Paradoxes, Éd. Belin, 2007.
[2]Saemmer, Alexandra, Matières textuelles sur supports numériques, Presses universitaires de Saint-Etienne, 2007, p.98.

 

« Light Water : A Mosaic of Meditations » est un recueil de poésie hypertextuelle qui aborde des thèmes assez variés. Chaque poème est accompagné d'un support visuel qui vient appuyer la thématique développée par celui-ci.
Les anipoemas de Ana Maria Uribe sont des agencements de lettres animées, agencées en des formes particulières et représentant des animaux. C'est plus l'iconicité de la lettre que sa sonorité ou le mot qui construit le poème.
The Sweet Old Etcetera est un poème qui reprend à la fois le concept de la navigation à choix multiples et du calligramme : l'internaute est appelé à activer les branches de l'arbre-texte qu'il souhaite voir grandir (qu'il souhaite lire). L'intérêt de cette oeuve est à la fois textuel et visuel.
Invention (Cyberpoetry) est une oeuvre visuelle minimaliste qui nécessite le déplacement du curseur de la souris pour faire apparaître les mots qui la constitue. Zervos utilise des sons et des animations pour créer des effets poétiques intéressants.
« Scripturae » est le site web personnel de Marie Bélisle. On y trouve des explorations textuelles qui tentent d'allier poésie, mathématiques, technologie, image et collaboration. Les textes sont construits de façon à être activés par l'internaute. Des phrases se déconstruisent et se reconstruisent, des mots, des lettres ou des vers entiers sont inversés ou remplacés par d'autres. Les possibilités de l'écran comme support du texte sont ici redéfinies.
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