Art engagé

Andrews, Jim: The Club

The Club est une oeuvre de Jim Andrews créée à l'aide de son logiciel dbCinema. The Club consiste essentiellement en une animation de 59 min 39 s où les visages de 17 hommes célèbres se fondent les uns dans les autres, créant des figures hybrides. Ces hommes célèbres sont des politiciens, des hommes d'affaires et des psychopathes américains et canadiens qui ont marqué l'imaginaire médiatique des 30 dernières années: Ronald Reagan, Brian Mulroney, Conrad Black, Patrick Bateman (seul personnage fictif du groupe), Jeffrey Dahmer, Paul Wolfowitz, Dick Cheney, Donald Rumsfeld, George W. Bush, Andrew Fastow, Jeffrey Skilling, Bernard Ebbers, Dennis Kozlowski, Joseph Nacchhio, Bernie Madoff, Stephen Harper et Russell Williams. Andrews les présente comme étant tous coupables d'au moins un crime méritant condamnation - délits d'initiés, fraudes fiscales, agressions militaires contre d'autres pays, meurtres en série, etc. Sur la gauche, une liste de ces 17 personnalités permet à l'internaute d'accéder aux pages qui leur sont dédiées sur Wikipédia. Dans le coin inférieur gauche, un lien renvoie vers une galerie photo dynamique sur dbCinema de différents portraits hybrides créés par Andrews.

L'œuvre Mouchette propose à l'internaute de découvrir le personnage de Mouchette, fillette de 13 ans inspirée du personnage principal du film éponyme de Robert Bresson. Toutefois, la version Web engage l'internaute davantage dans une structure que dans un récit: escorté de Mouchette — personnalisée par une petite mouche se baladant sur l'écran —, l'internaute doit poser des actions concrètes telles que répondre à Mouchette, engager un dialogue avec elle, obéir à ses ordres et même l'incarner. Alors que dans l'œuvre de Bresson, Mouchette est une enfant violée au père alcoolique et à la mère mourante, elle devient, dans l'œuvre de Neddam, une adolescente hollandaise morbide et suicidaire. 

La navigation dans l'œuvre, rendue labyrinthique par les nombreux hyperliens dissimulés, porte graduellement l'internaute à la rencontre de la jeune fille qui l'encourage à poser des gestes pernicieux comme tuer un chat, écraser une mouche, la conseiller sur la meilleure façon de se suicider à 13 ans ou même coller sa langue à la sienne. Un glissement s'effectue subrepticement: l'internaute ne s'amuse plus à explorer le site Web d'une enfant de 13 ans à l'esthétique volontairement kitsch; il se retrouve confronté aux questions difficiles que sont le viol, le suicide, la sexualité précoce et le meurtre. Neddam alimente ce malaise en parsemant l'oeuvre d'images et de sons suggestifs. 

Passionnée par la performativité du langage, Neddam a trouvé avec Internet un espace de liberté (surtout à l'époque de la création de Mouchette) qui lui «permettait de mettre en scène le langage et la participation par le langage et en même temps de créer la vie, de simuler la vie à travers un personnage.»[1] Elle a donc longtemps gardé l'anonymat, conservant la crédibilité de Mouchette en tant qu'unique auteure de «Mouchette.org», site qui reproduit l'aspect de la page personnelle en suivant la logique du journal intime. C'est là l'un des principaux enjeux de l'œuvre de Neddam: le brouillage délibéré des sphères publique et intime. En sollicitant directement les internautes, leur demandant leur courriel, intégrant leurs réponses à l'œuvre, les rendant coupables de certaines actions (d'avoir tué son chat, par exemple), le personnage de Mouchette transforme le Web, espace essentiellement public, en un espace intime — espace qui, malgré tout, permet la diffusion publique d'informations plus personnelles. Que l'internaute soit conscient ou non du caractère fictionnel de Mouchette importe finalement peu. Il se crée inévitablement une relation de réciprocité entre le dispositif interactif — Mouchette — et celui qui le consulte — l'internaute — puisque ce dernier devient partie intégrante de l'œuvre qui, elle, repose sur son acceptation «d'une mythographie artistique et d'une identité fabriquée pour qu'il se prête au jeu et libère ses émotions en ajoutant ses propres fantasmes à la construction du personnage.»[2]

Ce n'est pas sans raison que l'œuvre de Neddam a été très commentée dans le milieu des arts hypermédiatiques. Non seulement a-t-elle exploré des concepts fondamentaux du net.art, tels que l'interactivité et l'identité fictionnelle, mais elle l'a fait via les thématiques très connotées que sont le suicide et la pornographie infantile. À sa création, le site a soulevé les passions. Des parodies du site se sont multipliées, le style de Mouchette a été imité, l'œuvre a même été censurée par la veuve de Bresson qui n'appréciait par l'utilisation des images du film sur le site... Un site Web anti-mouchette a même vu le jour [3], mais encore une fois, impossible de savoir s'il était l'œuvre de Neddam ou celle d'internautes outrés par l'insensibilité de Mouchette. Aujourd'hui, l'anonymat de Neddam a été levé, mais Mouchette demeure une œuvre centrale dans le paysage hypermédiatique de par le vaste discours critique qui lui est consacré ainsi que par le nombre d'œuvres ultérieures s'inscrivant dans son sillage. D'ailleurs, Neddam elle-même n'a cessé d'être fascinée par la possibilité de performativité du langage qu'offrent les personnages virtuels puisque, à la suite de Mouchette, elle a continué à travailler sur deux nouvelles identités fictionnelles: David Still[4] et Xiao Quian[5]. Finalement, même si la fonction courriel n'est plus aussi active qu'aux débuts du site, il est encore possible d'écrire à Mouchette, de lui proposer les meilleurs idées de suicide et de voir, suite à des remerciements courriels de la part de la principale intéressée, lesdites suggestions affichées dans la section forum. 

 

[1] Item (03/2008) «Martine Neddam». En ligne: http://www.item.uqam.ca/mai2008/neddam.html (consulté le 8 juillet 2010)

[2] Fourmentraux, Jean-Paul (01/2008) «La création au risque d'Internet», Ethnologie française. En ligne: http://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=ETHN_081_0059 (consulté le 15 juillet 2010)

[3] http://www.ihatemouchette.org/

[4] www.davidstill.org 

[5] http://turbulence.org/Works/XiaoQian/

Mama Kills Animals, Peta

Détournant le concept de la série de jeu de Nintendo Cooking Mama, l'organisme PETA, qui lutte pour la défense des droits des animaux, propose un nouveau titre à la série. Cooking Mama est un jeu de cuisine qui s'adresse aux enfants. Les joueurs doivent préparer des repas en respectant le temps limite. La version Mama Kills Animals de PETA respecte le principe à la base de la série, mais cette fois faire la cuisine n'a jamais été une activité aussi sanglante. L'objectif avoué de ce détournement est de produire une image choquante de la préparation de la viande animale en cuisine afin d'inciter les internautes au végétarisme. 

Achong, Deanne: Translations/Traductions

Translations/Traductions est une oeuvre en 5 tableaux qui s'intéresse à la question de la traduction sur le Web. Utilisant les outils de traduction offerts aux internautes, Deanne Achong traduit des textes et des vidéos politiquement chargés disponibles sur Internet. (Les textes sont traduits grâce à Google Translator et les images sont vectorisées en Flash. Achong fait aussi appel à un logiciel de synthèse vocale pour la lecture de certains textes.) Les résultats, agencés en animations dont quelques-unes sont interactives, exposent les différences existant entre l'original et la copie. En retour, le contenu politique de l'oeuvre exacerbe l'importance que prennent ces différences dans l'intention et l'interprétation de ces documents traduits.

Il est à noter que les films et les textes choisis par Achong ne sont pas contemporains; le plus ancien date de 1894 et les plus récents de 1953. Ces films et ces textes traitent de sujets allant de l'énergie atomique à la révolution cubaine, de la campagne électorale de Dwight Eisenhower aux liens entre la culture de la banane et l'esclavage. L'internaute navigue d'un tableau à l'autre à l'aide de liens placés au bas de l'image.

La Mano del hombre est une oeuvre qui vise à sensibiliser les internautes à propos des changements climatiques et de leur impact sur l'environnement. Dans un cercle bleu représentant la planète Terre, apparaissent 16 poissons agissant comme hyperliens que l'internaute peut activer. Chacun de ces poissons mène à une page de Wikipedia dédiée aux questions climatiques.

L'oeuvre a été présentée en 2007 dans le cadre de l'exposition "The Trouble with the Weather: A Southern Response" à l'UTS Art Gallery de Sydney, en Australie.

Cette oeuvre, à la mémoire des disparus par la dictature militaire en Argentine, offre à l'internaute la possibilité de connaître les noms des agents de répression de cette sombre période et celui des disparus. La présence des premiers est marquée par de minuscules carrés verts et celle des deuxièmes par de minuscules carrés bleus. L'image prend ainsi l'allure d'un ciel étoilé dans lequel la présence des victimes se fait beaucoup plus imposante. Dans une autre image s'ajoute aussi la représentation par des petits carrés, les morts, les jamais retrouvés. La couleur des petits carrés représente ici leur âge respectif. On peut aussi apercevoir en arrière-plan une vidéo de la marche qu'ont réalisé les "Madres" à la Plaza de Mayo.

The Public Broadcast Cart est une performance où les gens peuvent se promener avec un chariot contenant un microphone, un ordinateur, un amplificateur et un système de transmission. Le spectateur capte les bruits environnants alors qu'il se déplace, bruits qui sont retransmis sur une fréquence radio.

Sur le site Web présentant le projet, l'internaute retrouve des extraits audio enregistrés et mixés par les participants, des photos, des séquences vidéo, la fiche technique détaillée du dispositif (incluant le schéma nécessaire pour assembler le transmetteur), différentes informations sur l'histoire des expérimentations radiophoniques, et une série de liens vers des radios engagées et des projets actuels mêlant radio et art.

Cette oeuvre présente une sorte de paysage interactif dans lequel l'internaute peut cheminer à l'aide de son curseur. L'oeuvre montre différents points de vue de la vie urbaine, d'une manière parfois très engagée et critique, d'autres fois plutôt poétique et métaphorique.
"Arbre" est une œuvre plastique qui traite de la fragmentation et de la défragmentation : des données premières sont réappropriées et détournées pour leur faire dire autre chose que leur contenu initial. Ici, les framents (des images de reportages télé sur des manifestants grenoblois habitant des arbres pour empêcher leur destruction) sont réinvestis dans des images matrices représentant des photographies d'arbres du bois de Vincennes.
No War One World, Martha Carrer

Au premier abord, cette oeuvre propose un jeu dans lequel l'internaute choisit, parmi quelques personnages armés, deux protagonistes représentés sous forme de pions. Ainsi, un duel semble se former entre les pions disposés l'un à l'autre. L'internaute clique sur le dé et le nombre inscrit sur le dé correspond au nombre de cases que chacun des pions doit passer, chacun leur tour, et l'un vers l'autre. À coup de dé vers le lieu de rencontre des protagonistes, des citations de poètes, de scientifiques et d'écrivains apparaîssent au-dessus du jeu. Ces citations parlent de paix, de monde uni créant ainsi un étrange paradoxe au sein du jeu. Lorsque finalement les deux personnages se rencontrent, ils s'unissent pour former une planète au lieu de s'entretuer comme l'internaute aurait pu l'envisager.

Anciennement hébergée au http://www.nowaroneworld.com.br/, l'oeuvre est maintenant disponible au http://www.martha.com.br/art/nowaroneworld/.

Supebad est une oeuvre qui propose à l'internaute de découvrir l'univers plutôt sordide d'une famille anonyme. L'internaute aura accès, au cours de sa navigation, à des lettres écrites entre les differents membres de la famille, des récits d'événements concernant un ou plusieurs personnages, des images animées, des photographies et des oeuvres graphiques. L'exploration, sans être tout à fait aléatoire, n'est pas clairement dirigée. L'internaute choisit le lien à activer mais, très souvent, rien ne guide son choix sinon le hasard. Le site est très circulaire et il est facile de se retrouver au même endroit plusieurs fois. À travers les pages imagées, parfois abstraites, parfois figuratives se retrouve un propos humoristique sur la société actuelle, la consommation.
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