Allemand

Schön Ile d'Utopie reprend avec beaucoup d'humour quelques-uns des grands modèles de cités utopiques conçues par l'homme - en les adaptant toutefois à la gente canine. Pour naviguer dans l'oeuvre, l'internaute peut choisir de cliquer soit sur les "tours de cellules à chiens" (en bas à gauche), soit sur les mots "Schöne Ile d'Utopie" (en bas à droite). Les "tours de cellules à chiens" permettent d'accéder à une carte représentant le monde, à la manière d'une carte du début de la Renaissance: en cliquant sur les différentes agglomérations, l'internaute peut ensuite faire apparaître les images des différentes "utopies" - "Royales-Canines d'Arc-et-Senans", "Bauhaus models for social dog's habitation", "Canilistère", etc. Les mots "Schön Ile d'Utopie" permettent quant à eux d'ouvrir un court texte qui explique le concept du "Chenil d'Utopie". Des hyperliens dans le texte donnent accès aux mêmes images d'utopies canines que l'interface de la carte. Notons également que le texte de base est une réécriture de « La bibliothèque de Babel » de Jorge Luis Borges.

Bram.org est le portail de l'artiste hypermédiatique Annie Abrahams, active sur le Web depuis 1997. Le portail permet d'accéder à un répertoire de toutes ses oeuvres classées par année ou période. Le site de cette pionnière de l'art sur le Web permet de mesurer l'évolution de sa carrière aussi bien au niveau technique que dans sa démarche artistique.

Une partie de la production artistique d'Annie Abrahams repose sur le principe de la création collaborative et participative. Par exemple, ses oeuvres Wishes/Voeux (1999-2000), SolitudeS (2004), Peurs (2007) et Violence (2008) sollicitaient les internautes sur plusieurs sujets ayant trait à des émotions intimes et personnelles, et les textes soumis par les internautes ont été employés de plusieurs manières, que ce soit à l'occasion de performances dans des galeries d'art et des festivals ou en étant compilés et reproduits à l'écran.

La démarche artistique d'Annie Abrahams aborde la question de l'identité à l'ère du numérique. Les fluctuations de son état émotionnel sont mises de l'avant dans certaines de ses oeuvres, dans une démarche d'extimité qui est commune à plusieurs artistes contemporains (notamment Ana Clara Voog). Les oeuvres d'Annie Abrahams doivent donc être considérées dans une logique de réseau identitaire où chaque nouvelle mise à nu par l'artiste s'inscrit dans un processus continu visant à former un portrait complexe et mouvant de l'artiste.

Le site d'Annie Abrahams lui permet également de recenser des archives de ses performances par le biais de textes et de vidéos documentant les événements auxquels elle a pris part. Ces archives peuvent également être consultées par catégorisations: collectif writing, performance, net art, video, curation, interviews, articles.

Le narrateur, Jacob Maker (alias David Blair), raconte sur un ton égal l'histoire de sa famille et sa vie de scientifique comme créateur de mires dans un centre d'essais militaires du Nouveau-Mexique. Le tout bascule rapidement dans le fantastique et plonge le spectateur dans un voyage dans le temps où il est question de réincarnation, de communion avec les morts, fusionnant science-fiction, mythes bibliques et étude des abeilles en une fable surréaliste, psychédélique. L'œuvre est disponible en cédérom ou, depuis 1994, sur le Web à l'adresse suivante: www.waxweb.org. 
Le projet tanGo est né d’une idée de Martina Kieninger, chimiste et auteure native de Stuttgart, résidant à Montevideo (Uruguay). Il a été réalisé avec l’aide de Johannes Auer, artiste de l’hypermédia installé à Stuttgart, et de Reinhard Döhl, un des fondateurs du Groupe de Stuttgart, très actif dans le domaine de la poésie concrète. Il s’agit d’un projet collaboratif autour de la thématique générale du tango : incluant la danse au sens large, la chanson, leurs imaginaires, leurs esthétiques, etc. Différents artistes allemands et uruguayens étaient invités à envoyer leurs contributions par courriel à l’un des responsables du projet. Comme le spécifie Kieninger dans la présentation de tanGo: «NOUS PRENONS TOUT! ascii/Bild/Link/Java/GIF/html/quicktime/real-audio/VRML et autres formats. [1]» Trois serveurs ont été mis sur pied afin d’abriter le projet: un à Munich, un à Montevideo et un à Stuttgart. (Notons que tanGo a été réalisé avec l’aide du Goethe-Institut de Montevideo et de la bibliothèque municipale de Stuttgart.) Ont contribué, en plus de Kieninger, Auer et Döhl, Wolfgang Tischer, Klaus F. Schneider, Oliver Gassner, Hermann-Joseph Wehner, Svenja Wieser, Kenneth Irving et Oscar Ventura. Pour la traduction: Daniel Maggiolo et Johanna V. Spinak. Programmation du site: Frank Amos et Bernhard Knoblach.

Lorsque l’internaute accède au site Web du projet, la page d’accueil lui offre la possibilité de parcourir les différents textes de présentations écrits par Kieninger (dans les sections «WER», «WARUM», «WAS», «WIE» et «WELCHE»). Il peut aussi grâce à des liens externes, lire deux essais qui traitent de tanGo («Vom Schreiben auf glatten Oberflächen» de Kieninger, qui relate les origines du projet, et «Der Leser als DJ» d’Auer, qui offre un court commentaire critique sur le sujet); ou encore se rendre directement aux différentes entrées des collaborateurs qui constituent l’œuvre proprement dite en cliquant sur «DIE MATRIX». La démarche derrière tanGo est donc extrêmement bien documentée et la multiplication des liens vers les textes explicatifs sur la page d’accueil encourage l’internaute à en prendre connaissance avant de faire l’expérience de l’œuvre.

Il est à noter que la section «WER» contient une courte liste de «premiers exemples» choisis par Kieninger pour illustrer sa vision du projet. On y retrouve, entre autres, des liens vers Pietistentango (Döhl et Auer), Kill the Poem (Auer), Die Boutiqueria transpyrieret Lambaden (Schneider et Auer), Textspiel/Tango – Tanga (Auer, Döhl et Frank Amos), Tango-Bar (Tischer), worm applepie (Auer), Das Ziegenballett (Döhl et Bernhard Knoblach), et tango rgb (Gassner). Toutes ces œuvres ont d’ailleurs été intégrées à la «matrice» du projet.

Dans «DIE MATRIX», plusieurs possibilités de navigation s’offrent à l’internaute. La plus classique, d’abord: en cliquant sur le lien «credits und ein ‘normales’ Inhaltsverzeichnis» au bas de la page, l’internaute peut accéder à une liste des crédits pour les différentes parties de tanGo (nom de l’entrée + nom de l’auteur). En cliquant sur le nom des entrées, l’internaute accède directement aux différentes parties de l’œuvre. Ou encore, «à l’aveugle»: en cliquant sur les personnages qui dansent sur la page de «DIE MATRIX», l’internaute accède chaque fois à une partie différente de l’œuvre. Toutefois, il est souvent impossible de savoir quel est le nom de l’entrée visualisée ou de son auteur. Finalement, la plupart des entrées dans tanGo regorgent d’hyperliens qui mènent d’une entrée à l’autre, sans avoir à repasser par la «matrice». Souvent, la logique derrière ces liens demeure obscure et c’est donc un peu au hasard que l’internaute navigue dans l’œuvre.

Pour ce qui est des entrées de tanGo, on retrouve effectivement un peu de tout: des paroles de schlagers allemands, des extraits musicaux, des photos, des hypertextes, des jeux, des environnements 3-D, un «cimetière de données» dans lequel l’internaute est invité à «enterrer» ses données personnelles, des rébus, etc. L’internaute pourra donc, au cours de ses navigations, en apprendre un peu plus sur la biographie de Mozart, se questionner sur le chat de Schrödinger, regarder des chèvres danser, parcourir des notes sur Kafka, comparer les types de yodles en fonction des régions, approfondir ses connaissances théoriques sur l’art du tango, se recueillir dans le «temple du globe», etc. (Certaines parties en Java sont toutefois brisées dans neuf des entrées de Kieninger.)

Bref, tanGo est un hommage «au kitsch et au cliché [2]», à l’hétéroclisme, à tout ce qui peut naître quand la capitale du tango (Montevideo) rencontre l’Allemagne de la valse, des schlagers et des randonnées en montagne. Plus encore, pour reprendre l’expression enthousiaste de Kieninger lorsqu’elle pensa pour la première fois cette rencontre interculturelle: le projet «devra être une véritable orgie de kitsch et de clichés [3]». D’ailleurs, la présentation même du projet, écrite par Kieninger, regorge de paroles de vieux schlagers allemands des années 1920. Et tant pis pour le mauvais goût. Car la véritable question derrière tanGo n’est pas celle du contenu, mais du processus: «Pourquoi un autre projet d’écriture collaborative? Parce que je ne sais toujours pas ce que c’est, la littérature Internet. Mais peut-être vais-je avoir une réponse là-dessus d’ici Noël. Si c’est le cas, je vous en informerai ici. [4]»

[1] Martina Kieninger, tanGo (en ligne). 1997. en ligne: http://www.netzliteratur.net/tango/ (consulté le 14 juillet 2009) (je traduis)
[2] Kieninger, Martina (1999) "Vom Schreiben auf Glatten Oberflächen: zur Geschichte des MehrautorenProjekts Tango und yber Schwierigkeiten bei der Realisation eines mehrsprachigen Projekts", netzliteratur.net. en ligne: http://www.netzliteratur.net/tango/s/martina_vortrag.htm (consulté le 14 juillet 2009) (je traduis)
[3] ibid.
[4] Martina Kieninger, tanGo. 1997. en ligne: http://www.netzliteratur.net/tango/ (consulté le 14 juillet 2009) (je traduis)
Denkseite für Reinhard Döhl (1934-2004) est une création collective mise sur pied pour commémorer la vie et l'oeuvre de Döhl, membre fondateur du Groupe de Stuttgart. L'oeuvre est divisée en six sections: «Texte / Bilder», «Zitate», «Döhllinks», «Schreiben», «BioBibliograffiti» et «n'perdu...». On y retrouve, en vrac: des poèmes (en l'honneur de Döhl, par des poètes étudiés par Döhl ou par Döhl lui-même); des dessins et des collages; des extraits d'échanges de courriels; des liens vers différentes oeuvres signées par Döhl (dont der tod eines fauns et das buch gertrud) ou créées en l'honneur de Döhl (uhu-topia, mundorgel für döhl); des extraits de journaux; des liens vers des textes critiques écrits par Döhl ou sur Döhl et son oeuvre; des notes biographiques et bibliographiques; des partitions musicales écrites par Döhl; etc. En cliquant sur «n'perdu...», l'internaute accède aussi à un collage aléatoire formé d'adresses Web et de la célèbre «pomme» de Döhl (1965) manipulée. Ont participé, entre autres: Oliver Gassner, Gerd Hergen Lübben, Susanne Martin, Dirk Schröder et Stefan Tatendurst.

Trauerseite für Jirí Kolár est une oeuvre collective créée à la mémoire de l'écrivain et artiste tchèque Jirí Kolár, décédé à Prague en 2002 à l'âge de 87 ans. Ont participé: Reinhold Koehler; Bohumila Grögerovás; Josef Hiršal; Reinhard Lehmitz; Inga Schnekenburger; Armin Elhardt; Wolfgang Ehehalt; Karel Trinkewitz; Johannes Auer; Reinhard Döhl; Klaus Groh; Wil Frenken; Franz Mon; Hans Brög; Barbara Wichelhaus; Kei Suzuki; Sibyll Beth; William Jackdaw; Dieter Göltenboth; Václav Havels; Beat Suter; Hein E. Hirscher. Un lien au bas de la page permet d'accéder au formulaire pour soumettre de nouvelles contributions (poèmes, collages, oeuvres hypermédiatiques, courts textes, etc.). Un autre lien, «Jirí Kolár und die Stuttgarter Gruppe Schule», mène l'internaute vers une collection de textes théoriques sur la contribution de Kolár au développement de la poésie concrète et ses liens avec le Groupe de Stuttgart.

Le même principe avait été utilisé pour Vorhang für Ernst Jandl, H.H.H. (Hommage à Helmut Heißenbüttel) et das buch gertrud.

Dans da live-t, l'internaute promène le curseur de sa souris sur un espace blanc. À chaque fois qu'il se déplace, «da» (qui signifie «ici») apparaît à l'écran à l'endroit indiqué par le curseur. Une voix prononce alors «da» («ici») pour accompagner l'apparition du mot. La voix se répète à chaque fois que l'internaute déplace la souris et fait apparaître un nouveau «da». Frieder Rusmann (pseudonyme de Johannes Auer) a dédié cette oeuvre à Sylvia Egger (alias serner).

L'oeuvre Der Tag danach... («le jour d'après») présente à l'internaute un dessin en noir et blanc qui représente un paysage champêtre traditionnel allemand. Au-dessus du dessin, on retrouve les mots «Freie Kunst im Fall» («art libre en chute»); sur le dessin lui-même, les mots «Frei Kunst» («art libre»), en rouge, bougent tranquillement. En cliquant sur «freier Künstler im Fall» («artiste libre en chute») dans le coin droit de l'écran, l'internaute fait apparaître un personnage nu en 3-D qui tombe en criant, l'air affolé, et traverse l'écran. L'oeuvre de Frieder Rusmann (pseudonyme de Johannes Auer) est dédiée à Beat Suter, Toni et Olo.
Perlen der Weissheit («perles de sagesse») propose à l'internaute un aphorisme à propos de l'avant-garde artistique (je traduis): «La véritable avant-garde, c'est lorsque l'on brûle le dessin à l'instant même où il est terminé.» Toutefois, en cliquant sur le lien «finale Perle» («perle finale»), l'internaute fait apparaître une remise en question de la possibilité même de l'avant-garde (je traduis): «Correct! Mais pourquoi cela s'appelle-t-il 'avant-garde'?» Sans autre explication, l'internaute demeure perplexe. Grâce à ce procédé, Frieder Rusmann (pseudonyme de Johannes Auer) amène ainsi l'internaute à continuer à réfléchir à la question, même après avoir quitté Perlen der Weissheit.
Lorsque l'internaute accède à Hundstage, la première image qui s'offre à lui est celle d'un petit caniche noir en 3D. En cliquant sur le caniche, l'internaute fait apparaître un poing géant juste au-dessus de celui-ci accompagné du titre «Faust III». Puis soudainement, le poing s'abaisse sur le caniche pour l'écraser et le sous-titre «Die Rückkehr» («le retour») apparaît sous le titre «Faust III». Cette oeuvre de Frieder Rusmann (pseudonyme de Johannes Auer) est un clin-d'oeil humoristique au Faust de Goethe (divisé en deux parties - I et II) dans lequel Méphistophélès se présente d'abord à Faust sous la forme d'un chien noir laineux.
Great American Nude fait partie du même groupe d'oeuvres que Protest Akt. Dans un premier temps, l'écran est occupé par le drapeau américain. Lorsque l'internaute passe le curseur de la souris sur le drapeau, celui-ci se lève comme un rideau et l'on entend l'hymne américain. Apparaît alors à l'écran une femme nue assise sur un canon, un flambeau à la main. (Il s'agit du même personnage que la fausse Statue de la Liberté dans Protest Akt.) L'internaute peut alors cliquer sur «nuke 'em» pour que l'image s'anime: la femme tourne son visage vers l'internaute (elle lui sourit) et utilise son flambeau pour faire feu. On entend alors effectivement le bruit d'un coup d'artillerie lourde et du feu sort du bout du canon.
La première image de Protest Akt présente à l'internaute l'image en ASCII-art d'une femme nue tenant un flambeau, rappelant la posture de la Statue de la Liberté. Lorsque l'internaute passe le curseur de la souris sur les mots «full scharf protest», on entend l'hymne américain et l'image en ASCII-art cède la place à une version en 3-D de la femme nue. L'internaute remarque alors la poitrine démesurée de celle-ci et son aspect pornographique (épilée, plastique, anatomiquement détaillée). Notons aussi qu'elle tient le flambeau à l'envers. Frieder Rusmann (pseudonyme de Johannes Auer) joue ici sur le double sens de "full scharf protest": en effet, «scharf» signifie à la fois «cinglant, acide, vif, accusé» et «pimenté, piquant» (pour référer à quelque chose d'attirant sexuellement ou de suggestif).
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