Affichage aléatoire

Déf. Des données textuelles, visuelles ou sonores sont traitées par un logiciel. La génération sans insertion est un cas particulier d’affichage aléatoire.

Comme son titre l'indique, Ulysses 101 est une adaptation transmédiatique du roman de James Joyce publié en 1922 dont les événements se déroulent le 16 juin 1904, soit 101 ans avant la mise en ligne de l'oeuvre hypermédiatique. Sur un fond blanc, trois fenêtres carrées sont juxtaposées horizontalement afin de constituer un bandeau. Un nombre est attribué à chacune des fenêtres, la première est identifiée par « one », la seconde par « zero » et la dernière à nouveau par « one », transformant ainsi l’écart initialement noté (101) en nombre binaire (101, c’est-à-dire 5). Ces fenêtres renferment deux types de contenus : de courtes séquences filmées et des extraits de texte disposés adroitement. Le triptyque qu’elles constituent est aléatoire.

Les séquences filmées offrent tour à tour des images d'une femme interviewée dans un café, d'une chaise berçante juchée sur un meuble, d'un homme attablé dans un café dessinant sur les pages d'un cahier, d'une porte couverte de graffitis qui s'ouvre en grinçant, de gens marchant la nuit dans les rues mouillées de Québec, d'une femme jouant de l'accordéon dans un local, d'un homme interviewé dans un bar et dépité de ne pouvoir lire le roman de Joyce, etc.

Les textes, quant à eux, offrent de brefs moments d'une textualité fragmentée et décousue. Les segments sont dispersés dans les fenêtres. Parfois ils se déplacent et dérivent comme des bateaux sans gouvernail; à d'autres moments, ils vibrent et se disloquent. Ils se suivent dans le désordre, de sorte qu'ils ne paraissent nullement constituer une totalité. Ils pourraient provenir d'un des 18 épisodes du roman, du tout premier : « Telemacus », comme du douzième: « The Cyclops ». Ce sont des citations sans véritable signification sauf celle, première et essentielle, d'indiquer explicitement la présence du roman à l'écran. Ce sont ses mots, ses phrases qui sont ici agencées pour créer un matériau visuel complémentaire des séquences filmées, dans un système de permutations qui font se côtoyer des contenus séparés par plus d'un siècle.

Mais cette dispersion n'est qu'un effet de surface. Les extraits éparpillés dans l'œuvre hypermédiatique n'ont pas été choisis au hasard, ils proviennent tous d'un même épisode, le cinquième, « The Lotus Eaters ». En fait, ils sont extraits de trois paragraphes de la page 79 de l'édition Oxford de 1993 du roman.

Le travail de David Clark, dans Ulysses 101, joue en surface sur des figures de texte qui, telles des fleurs de Lotus, distraient et laissent oublier ce qui se cache sous leurs atours; mais par son choix de puiser ses extraits à même l'épisode des Lotophages, il nous enjoint de suivre l'avertissement d'Ulysse de ne pas céder au chant de l'oubli, quel que soit l'attrait de sa mélodie. Il nous enjoint de retourner au texte et à sa lecture. Malgré l'éclatement que ses collages hypermédiatiques suggèrent, son œuvre amorce un mouvement de retour vers le roman, au moment même où elle semble nous en éloigner. Ulysses 101 peut alors être consodéré comme un manuel d'introduction à cette œuvre phare du vingtième siècle.

Solaas, Leonardo : Migraciones

Migraciones est une oeuvre d'art génératif qui puise aléatoirement dans deux bassins textuels distincts: le Don Quichotte de Cervantes et les nouvelles quotidiennes de la BBC. Dans la fenêtre d'affichage, l'internaute verra des segments de texte s'animer et former des arabesques. Des lettres apparaissent en rouge, et sont prononcées par une voix, avec un accent espagnol si la lettre est dans le segment de Don Quichotte, ou bien anglais si la lettre dans le segment de la BBC. L'internaute peut par la suite cliquer sur ces segments et ces lettres afin de se rendre sur le site de la nouvelle BBC sélectionnée ou encore sur le fragment du Don Quichotte qui a été utilisé par l'oeuvre.

Plus de détails, dont une navigation filmée, dans la fiche média de l'oeuvre. 

Photo Noise est une oeuvre qui procède à l'affichage aléatoire de photographies qui sont trouvées dans Google grâce à un algorithme qui fait des recherches à partir des mots clés "Sony", "Kodak", "Casio", "Nokia", etc. Ainsi, l'internaute peut observer les photos les plus diverses, le seul liens les unissant étant la marque de l'appareil qui les a capté.











Ulysses 101

Comme son titre l'indique, Ulysses 101 est une adaptation transmédiatique du roman de James Joyce publié en 1922, et dont les événements relatés se déroulent le 16 juin 1904, soit 101 ans avant la mise en ligne de l'oeuvre hypermédiatique. Sur un fond blanc, trois fenêtres carrées sont juxtaposées horizontalement afin de constituer un bandeau. Un nombre est attribué à chacune des fenêtres, la première est identifiée par « one », la seconde par « zero » et la dernière à nouveau par « one », transformant ainsi l’écart initialement noté (101) en nombre binaire (101, c’est-à-dire 5). Ces fenêtres renferment deux types de contenu, soit de courtes séquences filmées et des extraits de texte disposés adroitement. Le triptyque qu’elles constituent est aléatoire. Les séquences filmées offrent tour à tour des images d’une femme interviewée dans un café, d’une chaise berçante juchée sur un meuble en bois, d’un homme attablé dans un café et dessinant sur les pages d’un cahier, d’une porte couverte de graffitis qui s’ouvre en grinçant, de gens marchant la nuit dans les rues de Québec, d’une femme jouant de l’accordéon dans un local, etc. Les segments de texte affichés pourraient provenir de n’importe lequel des 18 épisodes du roman; ce sont des citations sans véritable signification sauf celle, première et essentielle, d’indiquer explicitement la présence du roman de Joyce. Ce sont ses mots, ses phrases qui sont ici agencées pour créer un matériau visuel complémentaire des séquences filmées, dans un système de permutations qui fait se côtoyer des textes séparés par plus d’un siècle.

Le site Désordre, créé et géré par l’artiste Philippe De Jonckheere, existe depuis 2001 et demeure en constante évolution. Dans la section La page historique, l’auteur propose son archivage personnel des diverses modifications qu’a subit le site Désordre au fil des ans. On peut y observer la toute première interface visuelle du site, qui contenait alors 73 fichiers. De Jonckheere, capable d’autodérision, y affirme que ce site «[...] ressemblait à tout ce qu[‘il] n’aime pas qu’un site soit.» Au fil du temps, l’organisation du site aura rendu justice au titre donné par l’auteur, puisque ce désordre contenait, lors du dernier recensement publié par son auteur en 2004, quelques «24 188 fichiers regroupés dans 614 dossiers et sous-dossiers» pour un poids informatique total de 906 mégaoctets. Le site de Philippe de Jonckheere se caractérise ainsi par la constante évolution de son contenu et par l’ajout de données qui sont mises en relations à l’aide d’hyperliens. La quantité de liens maintenant disponibles sur le site rend pratiquement impossible une saisie totale de l’oeuvre, puisqu’on a tôt fait de s’y égarer. De plus, le mode de fonctionnement de la navigation ne permet pas une lecture systématique pour un lecteur qui viserait d'en effectuer une lecture complète. La visite du Désordre de Philippe de Jonckheere est liée au plaisir de la dérive et de la découverte aléatoire des divers fragments qui le composent.

Le statut du site, problématique, est un bon indicateur quant à l’aspect novateur de la démarche artistique de l’auteur. Comme le Désordre contient l’ensemble de la production de De Jonckheere, nous pouvons nous demander à juste titre s’il s’agit davantage d’une vitrine artistique que d’une oeuvre proprement dite. L’archivage de sa production artistique que propose l’auteur, par la mise en relation qu’il opère entre chacune des parties qui la constituent, permet d’appréhender le site de Philippe de Jonckheere comme étant un recueil hypermédiatique. En effet, bien que son Désordre apparaît être une zone de dépôt où sont rangées et exposées ses créations, le fonctionnement du site dépasse le simple catalogue en ce qu’il propose un agencement particulier de ces oeuvres par leur mise en relation. D’abord, le plan du Désordre, qui est également la page d’accueil du site, offre une véritable cartographie de la production de l’artiste, affichant, bien que de manière confuse, les relations multiples qui existent entre chacune des pièces indépendantes. La navigation au sein du site permet rapidement de constater que l’ensemble des oeuvres qui figurent dans cet espace virtuel contient des hyperliens qui renvoient à d’autres oeuvres disponibles sur le site, celles-ci renvoyant à leur tour à d’autres oeuvres du site, rendant l’exploration labyrinthique. C’est donc dire que Philippe de Jonckheere propose un mode d’appréhension du recueil qui est innovateur, puisqu'il est délinéarisé et étroitement lié au support qui le rend possible, l’espace hypertextuel du Web.

Philippe de Jonckheere est un artiste multidisciplinaire provenant du milieu de la photographie. De fait, Désordre contient plusieurs oeuvres qui sont des agencements de photographies prises par l’auteur, par exemple cette série intitulée Algues. Il est important de remarquer que chacune de ces photographies est également un hyperlien qui mène à d’autres oeuvres de Philippe de Jonckheere. Ainsi, favorisant une approche pluridisciplinaire de la création, l’artiste tisse des liens entre ses pratiques photographiques et ses créations littéraires. Par exemple, une photographie de champignon, lorsqu’elle est activée par le curseur de l’internaute, mène à un extrait de La cible, le feuilleton quotidien de l’auteur. Ce procédé de mise en réseau d’oeuvres qui fonctionnent également de manière autonome permet de constater le paradoxe au coeur du Désordre de l’artiste. En effet, il apparaît clairement que derrière l’apparent désordre de la page d’accueil se cache un réseau complexe et structuré. Désordre se compose donc d’un agencement d’hypertextes de fiction (par exemple, Chinois (ma vie)), de photographies (par exemple, Berlin), mais également de textes qui s’apparentent à l’écriture du blogue ou qui sont de nature essayistique (l’essai sur Samuel Beckett), ainsi que de certains jeux, par exemple celui intitulé Memory.

L’une des clés de lecture qui permet d’établir une cohérence thématique à l’ensemble des oeuvres que l’on retrouve sur le Désordre est sans doute la filiation que Philippe de Jonckheere établit avec l’oeuvre de Georges Perec. En effet, en plus de reprendre plusieurs oeuvres de Perec, dont sa Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, le projet esthétique de Jonckheere, à plusieurs égards, est à mettre en parallèle avec celui de Perec. D’abord, la volonté d’épuisement des lieux, la description exhaustive typique à Perec (voir Espèces d’espaces) sont à mettre en parallèle avec le foisonnement constant du Désordre depuis sa création. De la même manière, le goût marqué de Perec pour l’ordinaire, le trivial (voir L’infra-ordinaire), a une influence indéniable sur le rapport qu’entretient de Jonckheere avec la création. Par exemple, le projet photographique intitulé Le quotidien n’est pas sans rappeler les descriptions que l’on retrouve dans les récits de Perec. À la volonté d’explorer le réel dans sa totalité par l’écriture, au rapport étroit qu’entretient la création littéraire avec la mémoire chez Perec, nous pouvons comprendre que Jonckheere répond en utilisant le support d’un site Web pour offrir un aspect hypermédiatique à cette approche artistique.
 
Consultez l'article de Simon Brousseau à propos de cette oeuvre
« Emotepoem » est une générateur de poésie dont l'internaute peut contrôler sept différents paramètres d'émotivité, soit la quantité de violence, d'érotisme, de matériel, de beauté, de calme, d'élévation et de surréalisme. Après avoir choisi le degré de chacun de ces ingrédients pour le poème qui sera généré, l'internaute n'a qu'à appuyer sur « Go » pour lire le résultat des agencements qu'il a opéré.
« Roulette » est une oeuvre de poésie interactive qui offre à l'internaute une interface graphique pour en effectuer la lecture. Trois cubes en mouvement contenant eux-même plusieurs cubes sont activables par le curseur de l'internaute. En cliquant sur l'un d'eux, celui-ci modifie le court texte qui se trouve en bas de l'écran. L'oeuvre propose ainsi plusieurs fragements dont chaque partie est déterminée par l'activation d'un des trois cubes.
« No Time Machine » est une oeuvre qui utilise un moteur de recherche afin de générer des agencements de phrases susceptibles de créer un effet poétique. Un programme fait des requêtes dans les moteurs de recherche à propos des termes « I don't have time for » ou encore « You can't find the time for », etc. Ensuite, celui-ci extrait de leur contexte ces phrases provenant de partout sur le web afin de les agencer dans des philactères qui apparaissent dans l'oeuvre. Ainsi, « No Time Machine » propose une réflexion quant aux rapports que les gens entretiennent avec le temps.

Conçu dans le cadre d'un projet de maîtrise (MFA) à l'USC (University of Southern California), flOw est une oeuvre où l’internaute manipule un être microscopique nageant dans un fond marin. On doit nourrir la créature de micro-organismes ou de plancton afin qu’elle évolue et qu'elle puisse survivre en eau de plus en plus profonde. Ces mécaniques de jeu ne sont pas sans rappeler le nouveau jeu de Will Wright (cérateur de The Sims), le jeu vidéo Spore, pourtant lancé deux ans plus tard.

À la fois jeu et œuvre artistique, flOw réanime le débat sur la pertinence de percevoir les jeux vidéo en tant que forme d’art. Si l’on en croit Ernest W. Adams (« Will Computer Games ever be a Legitimate Art Form?”, 2001), un jeu peut être considéré une œuvre artistique, pourvu que la critique le perçoive ainsi. La présence d’un véritable discours et d’un souci artistique dans flOw suggère bien qu’il peut être analysé et critiqué comme œuvre et non comme produit de consommation. FlOw tire son nom du « flow », un des concepts fondamentaux du design vidéo ludique, renvoyant aux phénomènes de présence, d’immersion et d’abandon.

Cette oeuvre présente une suite de Haïkus écrits par des écrivains tels Issa, Tairo, Gyôdai et Ryokan. L'internaute, en cliquant sur l'image de lune à l'aide de son curseur, peut faire apparaître un nouveau haïku. S'il attend un certain temps, le changement d'un nouveau haïku s'effectuera de lui-même.
Je me souviens du Memory - une tentative d'autoportrait en 2500 facettes est une oeuvre visuelle qui se présente d'abord à l'internaute comme étant un carré contenant plusieurs petites étoiles dessinées au stylo. L'internaute, en naviguant à l'intérieur de ce carré à l'aide de son curseur, peut faire apparaître une nombre considérable d'images qui sont elles-mêmes des hyperliens. Ces hyperliens renvoient à une autre oeuvre de Philippe de Jonckheere, qui est une reprise transmédiatique du texte Je me souviens de Georges Perec. Après plusieurs visites de la page, l'internaute pourra constater que les images présentées apparaissent de façon aléatoire.
L'oeuvre «Fly Cab» utilise la base de données des parcours GPS de taxis circulant dans San Francisco. L'internaute peut manipuler l'image d'un tracé GPS tridimensionnel, différent à chaque visite. Ce dessin illustre les déplacements physiques du taxi sur une période de cinq jours (dont la vitesse de défilement est 2000 fois plus rapide dans l'animation). En plus de montrer ces déplacements spatiaux, le point représentant le taxi s'élève graduellement, créant ainsi une tour qui illustre la durée. L'internaute pourra remarquer cinq couches bien définies de déplacements. D'autre part, l'artiste a fait le choix de conserver les imperfections du relevé des coordonnées, que l'internaute pourra remarquer par des secousses brusques de l'image.
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