Activation

Déf. Un geste de l’internaute (souvent un clic de souris) est requis pour accéder à l’œuvre.
Cherry, Paul; Morton, Chris: Googlism

Googlism, initiative de Paul Cherry et Chris Morton, n'est d'aucune façon affilié à Google.com (Google Inc), même s'il s'y alimente. Le principe de Googlism est simple: savoir ce que Google pense d'une chose, d'un lieu, d'une date, d'une personne. Pour ce faire, l'internaute est invité à entrer un mot quelconque et à sélectionner la sous-section appropriée («Who», «What», «Where», «When» ou «About»). Il peut également sélectionner un mot parmi les plus populaires, proposés sous chaque section. Googlism sélectionne ensuite dans Google toutes les occurrences du terme choisi qui sont suivies de «is». Par exemple, si l'internaute désire savoir ce que Google pense de Madonna, il inscrit Madonna et sélectionne la sous-section «Who». Les résultats auront tous la forme de «Madonna is ...». 

En 2004, Googlism était si populaire que Google a ajusté ses serveurs pour l'empêcher d'accéder à de nouvelles données. Le site fonctionne donc encore bien, mais il est impossible de trouver de l'informations sur des éléments qui se seraient inscrits dans le cyberespace après cette date.

Miltos Manetas, chef de file du mouvement Neen, considère le site de Cherry et Morton comme précurseur du Neen Art.

That can be my next tweet!

That can be my next tweet! est une oeuvre de Wimer Hazenberg, connu sur le Web sous le pseudonyme de Monokai. Cette oeuvre propose à l'internaute de générer des "tweets" en saisissant le nom de son compte Twitter. L'oeuvre peut ainsi accéder aux archives des "tweets" de l'internaute et créer un nouveau "tweet" en procédant à l'agencement de syntagmes puisés dans les archives du compte. Le site propose également, en bas de la page, les archives de certains "tweets" qui ont été générés par l'oeuvre.

Philipp Lenssen: Turn Your Name Into a Face

Turn Your Name into a Face est une oeuvre minimaliste qui propose à l'internaute de saisir son nom dans une barre de recherche. Pour chaque nom, le logiciel génère un visage pixelisé et caricatural.

Strasser, Reiner; Sondheim, Alan: Tao
Tao

Tao est une oeuvre composée d'un court poème accompagné de deux vidéos d'Alan Sondheim et d'une trame sonore de shakuhachi (sorte de flûte droite japonaise). Le poème apparaît peu à peu au bas de l'écran, sur fond noir: il évoque vaguement les bombardements de Baghdad, en insistant toutefois sur les notions taoïstes de circulation et d'équilibre. Les deux vidéos sont quant à elles présentées côte-à-côte au-dessus du poème. Deux contrôles permettent à l'internaute de faire pivoter les vidéos, comme dans un miroir, pour créer différents effets (a)symétriques.

Ezzat, Sharif: Like Stars in a Clear Night Sky

Like Stars in a Clear Night Sky est une collection de poèmes de Sharif Ezzat traitant de sa famille, des étoiles, de l'eau, de l'Égypte, de son amoureuse, du Paradis, de l'humanité. Ces poèmes prennent la forme de petites tranches de vie ou de contes flirtant parfois avec la parabole.

Lorsque l'internaute accède à l'oeuvre, une nouvelle fenêtre de navigation entièrement noire s'ouvre et occupe tout l'écran. On entend des tintements de cloches pendant qu'une voix récite en arabe le texte d'introduction, traduit en anglais à l'écran. Pendant toute l'introduction, des étoiles apparaissent peu à peu. Notons que leur disposition est différente à chaque visite de l'internaute. Certaines étoiles sont bleues et plus grosses que les autres. En passant sur elles le curseur de sa souris, l'internaute peut voir le sujet des récits auxquels elles sont liées. Il suffit de cliquer sur une de ces étoiles pour faire apparaître un poème.

Geniwate: Semtexts

Semtexts est une exploration poétique par Geniwate qui reprend à peu près le même dispositif que Concatenation et que When You Reach Kyoto, en poussant toutefois l'exploration oulipienne des possibilités du cut-up à la William Burroughs un cran plus loin. En effet, au lieu de simplement mélanger les mots de poèmes préexistants pour former de nouveaux vers, Geniwate s'attaque ici aux syllabes, créant des mots et des concepts inédits. La tâche de donner du sens à ces agencements surprenants de lettres revient entièrement au lecteur, qui cherche à identifier des motifs dans ces créations aléatoires. Une fois l'oeuvre activée, l'internaute peut cliquer en bas du vers pour en générer un nouveau ou encore se servir du curseur de sa souris pour cliquer sur les lettres de son choix et les faire disparaître, façonnant ainsi manuellement la suite des syllabes à l'écran. Une étrange musique - presque un bruit de fond très sourd - accompagne l'oeuvre.

Geniwate; Stefans, Brian Kim: When You Reach Kyoto

Conçu grâce au même moteur que Concatenation, When You Reach Kyoto est un poème de Brian Kim Stefans remédiatisé par Geniwate sur le principe du cut-up de William Burroughs: au fil des clics de l'internaute, les éléments textuels du poème de Stefans se réorganisent pour créer des vers inédits, leur succession aléatoire occasionnant des effets parfois surprenants. Pendant la lecture, l'internaute n'a qu'à cliquer pour passer d'un vers à l'autre. En trame sonore, une musique inquiétante, quasi industrielle, accompagne la lecture. Notons que les mouvements du curseur à l'écran altèrent la hiérarchisation des éléments: plus le curseur bouge, plus l'image servant de toile de fond pâlit, laissant apparaître une foule de fragments de mots et de lettres en arrière-plan.

Le poème lui-même traite d'impressions diverses accompagnant le retour d'un voyageur à Tokyo. Ces impressions gravitent surtout autour du sentiment d'abandon du narrateur, de sa tristesse, de son silence. Les images reprennent dans des teintes sombres différentes vues de la ville.

Geniwate: Concatenation

Concatenation est un poème de Geniwate construit sur le principe du cut-up de William Burroughs: au fil des clics de l'internaute, une foule d'éléments textuels se réorganisent pour créer des vers inédits, leur succession aléatoire occasionnant des effets parfois surprenants. Pendant la lecture, l'internaute n'a qu'à cliquer pour passer d'un vers à l'autre. En trame sonore, une musique inquiétante accompagne la lecture. Notons que les mouvements du curseur à l'écran altèrent la lisibilité du texte, celui-ci devenant de plus en plus pâle au fur et à mesure que l'internaute bouge sa souris. Quant aux thèmes abordés, ce poème traite de la violence institutionnelle dans la société contemporaine et des profondes tensions qu'elle engendre.

Beiguelman, Giselle; Stein, Helga: Code Move 1

Code Move 1 est une animation de Giselle Beiguelman accompagnée d'une musique électronique d'Helga Stein. Dans cette oeuvre, Beiguelman s'intéresse à la poétique de la programmation et à l'esthétique du code. Sur fond blanc, des lignes de code hexadécimal s'animent pour former différents motifs à l'intérieur de différentes séquences. L'internaute a la possibilité de relancer l'animation lorsqu'elle se termine (PLAY AGAIN).

Mencia, Maria: Birds Singing Other Birds' Songs

Birds Singing Other Birds' Songs est une exploration de Maria Mencia sur le thème de la traduction. À l'écran, l'internaute voit des nuages qui défilent et une suite de 13 contrôles permettant d'activer et d'arrêter 13 séquences différentes. Chaque séquence est composée de la silhouette animée d'un oiseau traversant le ciel accompagnée de son chant. Or, le chant de l'oiseau est en fait l'enregistrement d'une voix humaine imitant celui-ci, et la silhouette est elle-même composée de lettres se donnant à lire comme la transcription de ce même chant. Plusieurs séquences peuvent être activées simultanément. Notons que cette oeuvre de Mencia a aussi été présentée en installation, notamment à La Havane (Cuba) et à Medway (Royaume-Uni).

Lacher, Mike: People Sighing On Twitter

People Sighing On Twitter est, selon la description de l'artiste, «a tool to help you keep up with the constant malaise being tweeted around the world» (http://wondertonic.tumblr.com/post/353748106/people-sighing-on-twitter). En fait, l'oeuvre se présente comme une page couverte de nuages gris en haut de laquelle la phrase "People Sighing On Twitter" est inscrite entre deux petits arbres morts. Le centre de la page est occupé par une liste de 15 tweets contenant le mot "sigh", signifiant "soupir", publiés dans les dernières minutes. L'internaute peut cliquer sur le lien "Sigh again" pour rafraîchir la page et afficher 15 nouveaux tweets. La juxtaposition aléatoire des tweets crée des effets surprenant, alors que le tweet de l'adolescent se plaignant d'un examen surprise côtoie celui de la femme venant de perdre ses parents dans un accident de voiture. Il s'agit, en quelque sorte, d'une petite échelle de la tristesse.

Lacher, Mike: The "Oh My God Guys, I Can't Believe Senior Year Is Almost Over" B

The "Oh My God Guys, I Can't Believe Senior Year Is Almost Over" Button de Mike Lacher se présente, comme son nom l'indique, sous la forme d'un énorme bouton rose sur lequel est inscrite la phrase "Oh My God Guys, I Can't Believe Senior Year Is Almost Over". En cliquant sur celui-ci, l'internaute active la trame sonore de l'oeuvre, constituée d'un répertoire impressionnant de chansons ayant pour thèmes communs le passage du temps et le passage à l'âge adulte, les amis oubliés et les souvenirs de jeunesse: "I Don't Want to Wait" de Paula Cole, "I Will Remember You" de Sarah McLachlan, "Closing Time" de Semisonic, etc. Plusieurs de ces pièces musicales ont d'ailleurs été utilisées dans des films et des séries télé traitant de l'adolescence et de l'école secondaire (pensons notamment à la très populaire série Dawson's Creek). Chaque clic permet de changer la chanson en cours d'écoute. Notons que les chansons se succèdent aléatoirement au fil des clics.

Cette oeuvre de Lacher souligne de façon brillante le brouillage des souvenirs personnels de l'individu et des clichés véhiculés par les médias à une époque où les adolescents et les jeunes adultes sont sur-sollicités par les compagnies de marketing et l'industrie du divertissement. Comment déterminer l'origine exacte des sentiments que font naître les chansons choisies par Lacher? S'agit-il de souvenirs personnels ou de souvenirs empruntés? Le caractère cliché de la phrase "Oh My God Guys, I Can't Believe Senior Year Is Almost Over" pointe d'ailleurs dans cette même direction: à quoi cette phrase fait-elle d'abord référence pour l'internaute? À sa propre expérience ou à celle de tous ces personnages de fiction qui l'ont utilisée au cinéma et ailleurs?

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