Activation

Déf. Un geste de l’internaute (souvent un clic de souris) est requis pour accéder à l’œuvre.
Tailspin, Christine Wilks

Tailspin est une oeuvre en Flash de Christine Wilks, divisée en huit tableaux. Chaque tableau est composé de plusieurs spirales noires tournant sur un fond texturé. En passant le curseur de sa souris sur ces spirales, l'internaute fait apparaître du texte et déclenche simultanément diverses petites animations accompagnées d'effets sonores. Une fois que toutes les spirales d'un tableau ont été activées, une spirale bleue apparaît au centre et permet de passer au tableau suivant. Le récit est composé des réflexions d'une femme adulte venue dîner chez ses parents avec son conjoint et ses enfants et des réflexions de son père, un vieil homme sourd et aigri. La femme essaie de comprendre pourquoi son père refuse de porter un appareil auditif; parallèlement, les souvenirs du vieil homme révèlent qu'il a été témoin pendant la guerre de plusieurs accidents impliquant de jeunes pilotes morts brûlés vifs au sol, dans leurs avions, et que s'il désire ne plus entendre, c'est pour ne plus jamais faire face à l'horreur des sirènes et des cris des brûlés.

Up Against the Screen Mother Fuckers, Justin Katko

L'animation Up Against the Screen Mother Fuckers de Justin Katko est née d'une simulation ratée sur CAVE writing text editor. CAVE est un environnement virtuel de la grosseur d'une pièce ordinaire où un utilisateur peut s'immerger et manipuler différents éléments graphiques et/ou textuels projetés sur les murs. Lorsque Katko a essayé de visualiser son poème «Up Against the Screen Mother Fuckers» sur le simulateur CAVE writing text editor, une erreur s'est glissée dans le code et a donné lieu à un chaos de couleurs partant dans toutes les directions. L'artiste a décidé de conserver cette simulation ratée et de l'éditer en y ajoutant une trame sonore improvisée et une simple lecture du poème. Le poème appelle l'internaute à briser l'écran, à entrer dans une lutte anarchique contre les protocoles de l'image.

Voyage Into the Unknown, Roderick Coover

Voyage Into the Unknown est un documentaire interactif conçu par Roderick Coover et traitant de la première expédition d'exploration menée sur la rivière Colorado, en 1869. Coover y invite l'internaute à se glisser dans la peau de Mr. Bradley, un des membres de l'équipe de l'explorateur John Wesley Powell. L'oeuvre se présente comme une très longue carte de la rivière Colorado, sur laquelle se superposent parfois des photos plus récentes de ses berges. Sur cette carte, des icônes servent à marquer les découvertes de Powell ou à renvoyer l'internaute vers des extraits des journaux tenus par les différents membres de l'expédition. L'internaute peut utiliser les flèches rouges situées de part et d'autre de l'écran pour faire dérouler la carte ou encore se servir du menu placé sur la gauche pour passer directement à l'un ou l'autre des 20 segments de l'oeuvre. Deux icônes plus massives, situées dans les segments 18 et 20, donnent accès à des réflexions plus contemporaines sur l'expédition de Powell et ses contributions réelles à l'histoire américaine.

Letterscapes, Peter Cho

Letterscapes est une série de 26 tableaux poétiques ou «paysages animés» créés par l'artiste Peter Cho. Chaque tableau présente une des lettres de l'alphabet qui se déplace et subit différentes mutations en fonction des mouvements de la souris de l'internaute, rappelant les procédés de la poésie cinétique tels qu'on les retrouve aussi chez Brian Kim Stefans. Pour sélectionner un tableau, l'internaute doit cliquer sur la lettre de son choix dans l'interface principale, constituée des 26 lettres de l'alphabet tournant tranquillement sur un fond bleu foncé, un peu à la manière d'étoiles dans le ciel. Il est possible de revenir à cette interface en tout temps en cliquant sur le cadre des «paysages animés» de Cho.

Joy, Jérôme: nocinema

nocinema est une application créée par Jérôme Joy permettant de générer des films de "documentaire/fiction" [1] à l'aide d'images captées en temps réel par des webcams dispersées dans le monde. Lorsque l'internaute active nocinema, la date et l'heure apparaissent à l'écran. Les images captées par les webcams se succèdent alors au hasard, avec de faux travelings et autres effets cinématographiques issus du processus de montage en ligne. La trame sonore est quant à elle le fruit d'une collaboration entre plusieurs artistes de la France, du Canada et du Japon: à partir d'une banque de sons régulièrement mise à jour par les collaborateurs de Joy, nocinema mixe en temps réel une trame inédite pour chaque nouveau film généré. L'internaute est invité à faire lui-même sens du film ainsi créé, cherchant dans la juxtaposition accidentelle des sons et des images les traces imaginaires d'une possible narration.

Le site de nocinema offre une variété de ressources pour comprendre le projet: historique de l'aventure nocinema, textes techniques, carte des webcams, mini-site wiki (F.A.Q., liste des performances, hypothèses de travail, etc.)... L'internaute peut accéder à la version nocinema actuelle, générant des films en temps réel avec images et sons; à des "interludes", composés de montages retravaillés par Joy et ses collaborateurs; au nocinema radiomix, offrant la possibilité de manipuler le montage sonore à l'aide d'une console de quatre pistes, tous collaborateurs confondus; et au nocinema audiomix, une seconde console de montage sonore permettant quant à elle de travailler à partir des extraits fournis par un seul collaborateur à la fois, les extraits étant divisés en différents "sets" identifiés par les initiales de chacun.

[1] Voir la section "about". En ligne: http://nujus.net/~nocinema/htmljs/info/info.html (consulté le 26 juillet 2011)

Morisset, Vincent: BLA BLA

BLA BLA, un film interactif réalisé par Vincent Morisset, explore les thématiques du langage et de la communication. Chaque chapitre du film (il y en a six au total) est consacré à un aspect de la communication: la construction des mots, l'apprentissage, la pratique, le dialogue, les interactions sociales complexes et l'expression des émotions. Les chapitres mettent en scène de petits personnages très expressifs possédant des têtes énormes. En promenant son curseur sur l'écran ou en cliquant à divers endroits, l'internaute provoque diverses réactions: les personnages se mettent à rire, à articuler des syllabes, à se saluer entre eux, etc. Lorsque l'oeuvre est activée, l'internaute passe automatiquement d'un chapitre à l'autre selon un rythme prédéterminé par l'artiste (un sablier dans le coin inférieur gauche permet d'évaluer le temps écoulé). Il peut aussi utiliser un menu situé au bas de l'écran pour aller directement au chapitre de son choix. Un second menu, placé sous le premier, donne accès à différentes informations complémentaires sur le projet: approche, équipe (production Hughes Sweeney, programmation Édouard Lanctôt-Benoit, réalisation Vincent Morisset, conception visuelle Caroline Robert, conception sonore Philippe Lambert), photos documentant le processus de création, liste de films de l'ONF abordant des thématiques similaires et kit de presse. Notons qu'une grande variété de techniques d'animation ont été utilisées pour donner vie aux petits personnage de BLA BLA: dessin sur papier, papier mâché, xérographie, ActionScript, etc.

Drouhin, Reynald: Plus

Plus est un projet de Reynald Drouhin créé en réaction à la décision des Beaux-Arts de Paris de décrocher une oeuvre controversée de l'artiste chinoise Ko Siu Lan le 11 février 2010. Cette oeuvre, qui présentait deux banderoles noires portant des inscriptions différentes sur chaque face (sur la première, «travailler» et «gagner»; sur la deuxième, «plus» et «moins»), rappelait en effet trop un slogan de Nicolas Sarkozy, «Travailler plus pour gagner plus».

Plus s'ouvre sur les mots «SURVEILLER PLUS» affichés en blanc sur fond noir, allusion à la censure politique dont a été victime Ko Siu Lan. Lorsque l'internaute active l'oeuvre, des verbes se terminant en «-er» se succèdent aléatoirement à l'écran, suivis du mot «plus»: «expliquer plus», «graver plus», «injecter plus», «afficher plus», «gouverner plus», etc.

Aaron Oldenburg, Peripheral Amnesia

Peripheral Amnesia est un jeu créé par Aaron Oldenburg. Le joueur est invité à incarner un thésauriseur (hoarder) faisant l'inventaire des objets qui l'entourent. Pour visualiser un objet, le joueur n'a qu'à déplacer sa souris jusqu'à ce que le rectangle central de son champ de vision se pose sur celui-ci. Chaque objet est associé à la photographie d'un utilisateur de Facebook, affichée dans le coin supérieur gauche; cette photo se dégrade si le joueur ne regarde pas assez l'objet qui lui est associé, mais la préservation de la photo s'accompagne de sa déformation graduelle... En gardant un objet suffisamment longtemps dans le rectangle central, le joueur peut aussi s'en saisir et le déplacer dans la pièce. En trame sonore, on entend des status mis à jour en temps réel par des utilisateurs de Facebook, lus par le logiciel vocal Anna de Microsoft.

Joseph, Chris: NRG
NRG

NRG est un jeu à vocation éducative créé par Chris Joseph. Le joueur y incarne le nouveau président du World Energy Directorate, un organisme chargé de réguler le développement des énergies (nucléaire, thermale, hydroélectrique, etc.) pour l'ensemble de la planète. Au début du jeu, on informe le joueur de la situation énergétique en 2010: population mondiale, volume de CO2, consommation globale. Ensuite, pour chaque tranche de 10 ans, le joueur doit déterminer quelles seront les quatre sources d'énergie mises en valeur au niveau mondial. L'interface de sélection donne accès à du contenu éducatif (texte et vidéo) sur les formes d'énergie proposées. Lorsque le joueur a fait ses choix, il est redirigé vers une autre interface présentant les conséquences des politiques du World Energy Directorate. Il est à noter que plusieurs scénarios sont disponibles et que les mêmes choix n'ouvrent pas toujours sur les mêmes conséquences. Au terme de la partie, on présente au joueur le bilan de son mandat de 40 ans, sous la forme d'une entrée de journal intime qui l'invite à poser un regard plus réflexif sur ses propres pratiques énergétiques. Aussi, bien que le discours écologiste du créateur encourage l'adoption de stratégies minimisant la production mondiale de CO2, le joueur optant pour des énergies «sales» n'est pas pénalisé. En effet, aucun dispositif n'informe le joueur de sa situation de «gagnant» ou de «perdant»; sa propre conscience est le seul juge de sa réussite.

NRG a d'abord été conçu pour être montré en installation. L'installation NRG, présentée dans différents festivals, est alimentée par des dynamos fixés sur des bicyclettes, ce qui lui confère une empreinte écoénergétique nulle. Il est toutefois possible de télécharger une version .iso du jeu sur le Web, permettant d'en créer une version CD-ROM compatible Mac et PC.

rybn: Xpl1c1+ C0n+3n+ - d34dl1nk5

Xpl1c1+ C0n+3n+ - d34dl1nk5 (lire: Explicit Content Deadlinks) explore les questions des droits d'auteur et de la censure sur les sites Web de partage de vidéos. L'oeuvre est constituée d'une sélection de vidéos retirées temporairement ou de façon permanente du site YouTube suite à des réclamations de droits d'auteur ou à des plaintes déposées par les usagers pour contenu inapproprié. Ainsi, sur une même page, des vidéos de Madonna côtoient des discours de leaders nazis contemporains, des extraits de séries télévisées de grandes chaînes américaines et des vidéos présentant des scènes d'une violence extrême. Toutefois, lorsque l'internaute cherche à activer ces vidéos, la plupart d'entre elles renvoient effectivement à des messages d'erreur de YouTube: «Cette vidéo n'est plus disponible suite à une réclamation pour atteinte aux droits d'auteur soumise par Parallel Media LLC», «Cette vidéo a été supprimée, car son contenu ne respecte pas les conditions d'utilisation de YouTube», etc.

Andrews, Jim: The Club

The Club est une oeuvre de Jim Andrews créée à l'aide de son logiciel dbCinema. The Club consiste essentiellement en une animation de 59 min 39 s où les visages de 17 hommes célèbres se fondent les uns dans les autres, créant des figures hybrides. Ces hommes célèbres sont des politiciens, des hommes d'affaires et des psychopathes américains et canadiens qui ont marqué l'imaginaire médiatique des 30 dernières années: Ronald Reagan, Brian Mulroney, Conrad Black, Patrick Bateman (seul personnage fictif du groupe), Jeffrey Dahmer, Paul Wolfowitz, Dick Cheney, Donald Rumsfeld, George W. Bush, Andrew Fastow, Jeffrey Skilling, Bernard Ebbers, Dennis Kozlowski, Joseph Nacchhio, Bernie Madoff, Stephen Harper et Russell Williams. Andrews les présente comme étant tous coupables d'au moins un crime méritant condamnation - délits d'initiés, fraudes fiscales, agressions militaires contre d'autres pays, meurtres en série, etc. Sur la gauche, une liste de ces 17 personnalités permet à l'internaute d'accéder aux pages qui leur sont dédiées sur Wikipédia. Dans le coin inférieur gauche, un lien renvoie vers une galerie photo dynamique sur dbCinema de différents portraits hybrides créés par Andrews.

Lynda Williams, Andy Campbell et Matthew Wright: Changed

Changed est une courte fiction basée sur un script de Lynda Williams. (La musique est d'Andy Campbell et de Matthew Wright, le design et le code sont d'Andy Campbell.) L'oeuvre est optimisée pour iPad mais peut aussi être visualisée sur un ordinateur standard. Le récit de Changed est raconté à la première personne: la narratrice est une adolescente victime d'un viol particulièrement traumatisant - à la pointe d'un fusil - qui se cache dans un tunnel, le temps de mettre de l'ordre dans ses idées. Le texte est composé de ses réflexions et de ses hésitations, de même que de fragments narratifs permettant de reconstituer le fil des évènements. Pour naviguer dans l'oeuvre, l'internaute fait glisser latéralement un long canevas représentant tantôt l'intérieur du tunnel où se cache l'adolescente, tantôt l'intérieur d'une maison. Ici et là, des mots sont inscrits en blanc; il suffit de cliquer sur ceux-ci pour faire apparaître le texte. Certains objets (une lampe, une armoire) peuvent être manipulés et déplacés à l'aide du doigt (sur iPad) ou de la souris. Toutefois, l'oeuvre ne fonctionne pas sur Mac. 

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