Absurde

Nelson, Jason: Stunningly Harmful Songs

Stunningly Harmful Songs est une collection de 6 poèmes sonores de Jason Nelson, accompagnés d'animations en Flash: «Super Heaven», «Sebastopol», «Apples! Amazing Apples!», «And A Hunting We Will Go», «Colonization is Fun!» et «Dead! Dead! Dead!». Chaque poème se présente sous la forme d'une vidéo où Nelson improvise une chanson en filmant ce qui l'entoure - par exemple, le contenu de son réfrigérateur, un cimetière, un chien dans un appartement, etc. Les chansons sont constituées des mêmes mots répétés encore et encore (c'est le cas de «Super Heaven» et de «Sebastopol»), de descriptions factuelles de ce que filme la caméra («Colonization is Fun!») ou encore d'instructions étranges («And A Hunting We Will Go» donne des instructions partielles pour jouer à Pix Pix Pick Up Sticks). En arrière-plan, des animations Flash présentent des images sans lien ni avec ce qui est filmé, ni avec le sujet du poème. Le résultat final est plutôt déstabilisant.

Nelson, Jason; Heckman, Davin: endings eventually end

endings eventually end est une collection de 25 courts textes de Jason Nelson et Davin Heckman qui relatent 25 apocalypses fictives de plus ou moins grandes importances. Ces «apocalypses» vont de la petite apocalypse personelle sans grande conséquence («In March of 2009 you will lose a shoe» - apocalypse no 17) à l'apocalypse multi planétaire radicale (destruction simultanée de Jupiter et de la Terre lors de la première rencontre officielle entre deux espèces intelligentes - apocalypse no 10). Plusieurs types de scénarios fictifs sont explorés par Nelson et Heckman: scénarios religieux, scénarios scientifiques, scénarios sociaux, etc.

Chaque apocalypse est associée à un compte à rebours en temps réel, montrant combien il reste de temps avant sa réalisation. Un lien placé dans le coin supérieur droit d'un compte à rebours permet d'ouvrir une fenêtre contenant une description de l'apocalypse, sa date, son échelle d'impact et une liste de ses effets possibles (par exemple, «souls eaten by rabbits with fangs of carrots and orgasmic jumping castles forever inflated» - apocalypse no 6). À titre de blague, lorsque l'internaute passe d'une page à l'autre (les apocalypses sont divisées sur trois pages), les logos des sponsors fictifs Ecumenical Eschatology Working Group et Singularity Watch apparaissent brièvement.

Nelson, Jason: i made this. you play this. we are enemies.

i made this. you play this. we are enemies. est un jeu vidéo halluciné de Jason Nelson proposant une critique des lois sur le droit d'auteur et la propriété intellectuelle sur Internet. Chacun des 10 tableaux du jeu présente des éléments visuels et des extraits de textes légaux tirés de sites Web où la question du droit d'auteur est problématique: Google, Yahoo!, Fark, Huffington Post, Disney, RIAA, Mininova, Something Awful, MetaFilter, Boing Boing, Joystiq. Les éléments du jeu (obstacles, «monstres», télétransporteurs, etc.) sont gribouillés à même la trame visuelle formée par les images de sites Web ainsi piratés par Nelson. Différents éléments activables permettent de faire apparaître du texte ou des animations qui mettent en valeur le propos critique engagé du jeu.

Comme dans plusieurs autres oeuvres de Nelson, le contenu critique demeure cependant profondément entremêlé à un contenu plus délirant, voire franchement absurde. La plupart des vidéos ne font aucun sens (une des vidéos finales n'est par exemple qu'une longue énumération d'objets sans lien entre eux) et les théories proposées par Nelson sont souvent totalement farfelues (il annonce entre autres la destruction future d'Internet par un robot géant).

Nelson, Jason: With love, from a failed planet

With love, from a failed planet est une oeuvre de Jason Nelson composées de 45 courtes vignettes satiriques écrites à propos de 45 grandes corporations, pays, institutions, etc. qui façonnent notre monde actuel. Dans chaque vignette, sur le mode du récit d'anticipation, Nelson imagine la chute de l'entité concernée, selon des modalitées toutes plus loufoques les unes que les autres: McDonald's tombant en faillite à cause d'un virus mortel dans la graisse des friteuses; CNN ruiné par des enfants cherchant à venger leur mère, une journaliste injustement congédiée; les Canadiens changeant le nom de leur pays pour une séquence binaire sarcastique après que des robots aient pris le contrôle de leurs ressources naturelles; Apple disparaissant quand Bill Gates, à sa mort, active le redoutable iDoom; etc.

L'interface de navigation prend l'apparence d'une sphère, figurant un globe terrestre, couverte de 45 logos et drapeaux. Les mouvements de la sphère sont contrôlés par les mouvements du curseur de la souris. En plaçant le curseur sur un des logos, l'internaute provoque l'apparition du texte qui lui est associé dans la partie inférieure de l'écran. En trame sonore, une mélodie composée de notes de clavier espacées plonge l'ensemble dans une ambiance de science-fiction de série B. Il est possible de télécharger une version textuelle des 45 vignettes à partir du site Web de l'oeuvre.

Spencer, William; Baker, Chris; Lacher, Mike: Charity Bribes

Charity Bribes est un site créé par William Spencer et Chris Baker, avec l'aide de Mike Lacher. Ce site permet aux utilisateurs de soumettre des actions qu'ils souhaitent qu'une célébrité accomplisse, en échange de dons qui iront à un organisme de charité. Il est possible de voter pour les soumissions les plus intéressantes afin de déterminer la prochaine campagne endossée par le site: par exemple, par le passé, les utilisateurs ont été invités à donner de l'argent à la Humane Society pour entendre Morgan Freeman narrer des vidéos d'animaux sur Internet et à faire des dons au NRDC pour que Larry David se crée un compte Twitter... Dans les deux cas, les artistes ont accepté de jouer le jeu et l'argent a bel et bien été versé aux organismes choisis.

Fait intéressant, les célébrités ne sont pas informées des campagnes qui les concernent avant qu'elles soient lancées et n'ont aucun contrôle sur celles-ci. C'est là le principe même du «pot-de-vin» tel que conceptualisé par les artistes: les propositions soumises par les utilisateurs sont souvent totalement absurdes (par exemple, demander à Donald Trump de prendre une photo de ses cheveux le matin ou à Christian Bale de revêtir le costume de Batman, époque Adam West) et ce n'est que grâce à l'argent donné via Charity Bribes que les célébrités peuvent être «forcées» de s'y soumettre...

Sur la page d'accueil du site, l'internaute peut prendre connaissance des détails concernant la campagne en cours, faire un don et s'informer sur la dernière campagne complétée. Des liens renvoient vers le formulaire de soumission permettant de proposer une nouvelle campagne, vers les listes des propositions soumises au vote et à différentes sections informatives expliquant le fonctionnement du système Charity Bribes, conçu à l'origine comme une blague. Un blogue et un fil Twitter permettent aussi de suivre les campagnes passées et en cours.

Lacher, Mike: Which is it: Mark Twain Quote or Iron Maiden Album Cover?

Which is it: Mark Twain Quote or Iron Maiden Album Cover? est une oeuvre particulièrement absurde de Mike Lacher qui prend la forme d'un jeu questionnaire mettant à l'épreuve la culture générale de l'internaute. On présente à l'internaute une suite d'images de couvertures d'albums du groupe métal Iron Maiden et de citations de Mark Twain. Ces images et ces citations sont sélectionnées au hasard dans une banque préexistante. À chaque fois qu'un nouvel élément s'affiche, on demande à l'internaute de dire s'il s'agit d'une citation de Mark Twain ou d'un album d'Iron Maiden en se servant des deux boutons au bas de l'écran. Le score de l'internaute (sur 7) est affiché à la fin de l'exercice. Mais notons qu'il n'y a là aucun défi: comment en effet confondre la photographie d'un album métal et une citation de Mark Twain, composée exclusivement de texte? Si l'internaute n'a aucune difficulté à accomplir sa tâche, elle n'en demeure pas moins déconcertante.

Mike Lacher a produit un peu plus tôt en 2010 une première oeuvre sur le même principe (Which is it: Jane Austen Title or Still From Demolition Man?). Cette première oeuvre propose toutefois à l'internaute de démêler des titres de Jane Austen et des images du film Demolition Man plutôt que des citations de Mark Twain et des couvertures de disques d'Iron Maiden.

Lacher, Mike: Which is it: Jane Austen Title or Still From Demolition Man?

Which is it: Jane Austen Title or Still From Demolition Man? est une oeuvre particulièrement absurde de Mike Lacher qui prend la forme d'un jeu questionnaire mettant à l'épreuve la culture générale de l'internaute. On présente à l'internaute une suite d'images tirées du film Demolition Man, mettant en vedette Sylvester Stalone, Wesley Snipes et Sandra Bullock, et des titres de romans de Jane Austen. Ces images et ces titres sont sélectionnés au hasard dans une banque préexistante. À chaque fois qu'un nouvel élément s'affiche, on demande à l'internaute de dire s'il s'agit d'un titre de Jane Austen ou d'une image de Demolition Man en se servant des deux boutons au bas de l'écran. Le score de l'internaute (sur 7) est affiché à la fin de l'exercice. Mais notons qu'il n'y a là aucun défi: comment en effet confondre une photographie tirée d'un film d'action et un titre de roman, composé exclusivement de texte? Si l'internaute n'a aucune difficulté à accomplir sa tâche, elle n'en demeure pas moins déconcertante.

Mike Lacher a produit une deuxième oeuvre sur le même principe, toujours en 2010 (Which is it: Mark Twain Quote or Iron Maiden Album Cover?). Cette deuxième oeuvre propose toutefois à l'internaute de démêler des citations de Mark Twain et des couvertures de disques d'Iron Maiden plutôt que des titres de Jane Austen et des images du film Demolition Man.

Lacher, Mike: Like Fighter

Like Fighter est une application Facebook créée par Mike Lacher qui permet à l'internaute d'exprimer ses préférences sur une multitude de sujets. Le principe est on ne peut plus simple: l'internaute doit d'abord se connecter à Facebook et autoriser l'application à accéder à ses informations de base. Ensuite, sur une page noire, on lui donne le choix entre deux éléments sélectionnés au hasard, par exemple: "THE BRAT PACK", "SNOW", "RIDING LANMOWERS", "COMMUNISM", "BRUCE WILLIS AS JOHN MCCLANE", "GERALDINE FERRARO"... L'internaute doit cliquer sur le bouton "Like" situé sous l'élément qu'il préfère. Une entrée est alors ajoutée sur le mur de son Facebook indiquant qu'il aime "cylons more than Communism", ou "colonizing the moon more than Styx", etc., selon la question qui lui était posée. L'internaute a aussi la possibilité de sauter une question s'il n'a pas envie de lui répondre. Cette oeuvre de Lacher met en évidence le choc des différentes sphères culturelles sur le Web tout en questionnant l'utilisation que nous en faisons: les zombies ou la Guerre des Deux-Roses? Stephen Hawking ou Sega Dreamcast?

Lacher, Mike: Books2Barcodes

Books2Barcodes de Mike Lacher offre 12 classiques de la littérature convertis en codes QR. L'internaute n'a qu'à choisir l'oeuvre de son choix dans la liste de gauche; en cliquant sur le titre voulu, l'internaute est redirigé vers une page Web contenant une longue suite de codes QR. Il lui suffit alors de scanner chacun des codes dans l'ordre à l'aide d'un dispositif mobile équipé d'une Webcam, d'un accès Internet et d'une application permettant de lire les codes QR.

Cette remédiatisation par Lacher des classiques littéraires est cependant totalement absurde: cette conversion rend le texte illisible, le nombre de codes QR nécessaires pour traduire chaque oeuvre étant ridiculement élevé. L'internaute ne peut que s'y sentir totalement perdu... L'oeuvre de Lacher se présente ainsi comme une critique de l'engouement social excessif pour les codes QR et autres petits gadgets du même genre: devant leur surabondance, qui se donne vraiment la peine de consulter l'information à laquelle ils renvoient?

Le site du projet euh? est le «multimedia-weblog» expérimental [1] de l’artiste néerlandais Sylvain Vriens. Produit entre 2002 et 2005, le projet euh? accueille encore à ce jour plus de 4400 visiteurs quotidiennement. [2] On y retrouve au total 56 entrées différentes correspondant à 56 œuvres de l’artiste. Pour naviguer à travers les entrées du «weblog», l’internaute peut utiliser le menu semi-circulaire situé dans le coin supérieur gauche de l’écran, qui permet de sélectionner une œuvre et de la visualiser, ou encore utiliser la fonction de navigation aléatoire en cliquant sur le lien «euh?», ce qui déclenche la redirection automatique de l’internaute vers une des 56 œuvres sélectionnée au hasard. Les œuvres faisant partie du projet euh? sont: 3dcursor; 404; Back by dope demand; Banner; Battle; Battle 2; Fort The Birdz; Blind; Breathe; broken; Cubes; Cursors; Distance; Distort; Emergency; Falling; Hand; Handkerchief; Heaven; Hidden File; Inspiration; Invasion; Kaleidoscope; Kiezen; megaByte; Remember this name; Nerd; Nerdsaver; not_home; Number; Pixel-gallery; Poll; Pong; Pop; Preloader; Receipt; Run; Schoonmaak; Scrabble me this, scribble me that; Sitegun; Sleeping; Slowxxx; Window-Snake; Sponsor; Sterren; Surveillance; Teeth; The Bar; Amsterdam, het einde; Threaten; Trapped; Tree; tv; tv2; Webcam; Word Up.

Les formes d’interactivité proposées dans le projet euh? sont aussi variées que les œuvres qui le composent. Si certaines œuvres ne réclament aucun investissement particulier de l’internaute en-dehors de son rôle de simple spectateur (c’est le cas par exemple des animations de Back by dope demand, Battle 2, Cubes ou Preloader), d’autres nécessitent des interactions plus complexes et l’acquisition d’une certaine maîtrise technique pour être appréciées pleinement. Dans For The Birdz, l’internaute devra ainsi télécharger le logiciel de simulation offert par Vriens, régler les paramètres de sa webcam et apprendre à synchroniser ses propres mouvements avant de réussir à faire voler son avatar-oiseau dans l’environnement 3D créé par l’artiste. Quant à l’œuvre Threaten, elle invite l’internaute à insérer dans une boîte de texte le nom d’un ennemi, qui sera ensuite gravé sur une balle de fusil virtuelle, et à fournir les coordonnées électroniques de la personne à «menacer» afin de générer l’envoi d’un courriel. Fondamentalement, cette remarquable diversité des expériences interactives proposées découle de la nature même du projet euh?, défini avant tout comme un espace d’expérimentation.

Sauf quelques exceptions, la plupart des œuvres présentées dans le projet euh? sont compactes et adoptent une esthétique «low-tech» rappelant les débuts de l’informatique. L’approche est souvent humoristique, voire parodique, et exploite l’identité de «nerd» autoproclamé de l’artiste. [3] Du reste, les entrées du projet flirtent constamment avec l’intimité de l’artiste qui semble se servir de son «weblog» autant comme espace d’expérimentation que comme espace de dévoilement. Ainsi, la proximité d’œuvres introspectives où Vriens parle de suicide, de contact humain et de solitude (Falling, Handkerchief, Sleeping, Sterren, Amsterdam, het einde, tv) et des œuvres plus ludiques et éclatées rappelant les premiers jeux vidéo sur ordinateur (Pong, Window-Snake) jettent sur ces dernières un éclairage différent qui permet de les resituer dans un univers personnel complexe plus sombre et teinté de nostalgie. L’utilisation de la fonction de navigation aléatoire, quoique déconcertante au début, s’avère être un dispositif très efficace pour mettre en valeur la richesse de l’univers de l’artiste et illuminer la lecture de certaines œuvres plus énigmatiques (The Bar, Teeth, Kiezen). Telles les entrées d’un blogue plus traditionnel, les entrées du «weblog» de Vriens entrent en dialogue les unes avec les autres, tissant une toile complexe.

Le projet euh? – avec ses œuvres remplies d’humour, de références aux jeux vidéo issus d’une autre époque, de réflexions sur la vie, la mort, la solitude, et ses obsessions pour le terrorisme, la surveillance et le voyeurisme –, se présente ainsi comme une fenêtre ouverte sur un imaginaire marqué par les préoccupations de toute une génération (la célèbre Génération X) dont Vriens s’avère être un porte-parole exemplaire. Au-delà du premier mouvement d’égarement engendré par le caractère aléatoire de l’expérience de navigation, la descente dans le projet euh? est pour l’internaute un lieu de reconnaissance du familier et du partagé. En se perdant dans les méandres du projet, l’internaute découvre un univers tout en sensibilité où se révèle la fragilité humaine de l’artiste dont la mise à nu progressive finit par nous inciter, au lieu du «euh?» suggéré dans le titre, à nous exclamer «ah!».

[1] Vriens, Sylvain (2002) "info", euh?. En ligne: http://www.project-euh.com/info.html (consulté le 8 décembre 2009)

[2] Données compilées par Statbrain.com. En ligne: http://statbrain.com/ (consulté le 8 décembre 2009)

[3] Voir Nerd, une des œuvres du projet.

Do You Want Love or Lust? est une œuvre de l’artiste français autodidacte Claude Closky, commandée par le Dia Center for the Arts en 1997. Il s’agit d’une œuvre-collage constituée d’une collection de questions portant sur la carrière, la politique, l’amour, l’argent, les relations sociales, l’alimentation, le sexe, etc. tirées de tests publiés dans des magazines réels.

Lorsque l’internaute accède au site Web de l’œuvre, la première question, qui est aussi le titre de l’œuvre, est inscrite en rouge sur fond rose, au milieu de l’écran: «Do you want love or lust?» Les mots «love» et «lust» sont soulignés et clignotent dans le texte, invitant l’internaute à cliquer sur l’un d’eux pour indiquer son choix. Chacun de ces choix-réponses est en fait un hyperlien qui ouvre sur un nouvel écran contenant une nouvelle question, présentée selon le même principe: la question est inscrite simplement sur un fond de couleur uniforme et les deux choix de réponses sont soulignés pour indiquer la présence de nouveaux hyperliens. Parfois, une image accompagne le texte, mais seulement lorsque celle-ci est nécessaire à la compréhension de la question. L’esthétique est donc minimaliste, «pop» et légère: couleurs vives et joyeuses, police de caractère uniforme d’un écran à l’autre pour une lisibilité maximale, absence de décorations superflues. Légèrement kitsch dans sa présentation, le questionnaire qui constitue l’œuvre est d’une extrême convivialité. Toutefois, au fur et à mesure que l’internaute avance dans son expérience de l’œuvre, la disparité des thèmes abordés dans les différentes questions fait apparaître l’absurdité de l’entreprise. Ces questions sont-elles seulement liées par un quelconque fil logique? Si les changements périodiques des couleurs en fond d’écran peuvent laisser croire à une certaine division par catégories, celles-ci deviennent rapidement suspectes, reposant davantage sur le besoin de sens de l’internaute comme lecteur que sur une organisation réelle de l’information qui défile à l’écran. Qui plus est, le questionnaire de Closky est privé de sa conclusion logique: même si l’internaute passe des jours eà répondre aux questions qui se succèdent, jamais il ne peut atteindre une quelconque fin. Les résultats ne sont pas compilés et n’ouvrent sur rien, privant l’internaute de l’instant de révélation promis par les tests auxquels les questions de Do You Want Love or Lust? ont été empruntées. Closky revient ainsi à un de ses thèmes favoris, soit la liste pour la beauté de la liste, l’énumération trouvant en elle-même sa propre finalité. L’hyperlien dans Do You Want Love or Lust? est une parodie de lui-même [1], un simple procédé pour parcourir une liste autrement dépourvue de logique interne.

Bref, le temps que passe l’internaute dans l’œuvre est rythmé par les clics stériles de sa souris et révèle le caractère illusoire de sa liberté comme agent. En présentant ainsi une véritable enquête sur la nature du libre-arbitre [2] sous le couvert d’une entreprise de découverte de soi, Closky s’attaque directement à notre besoin de différenciation. Frustré dans ses attentes, l’internaute n’a qu’un seul choix: fermer son fureteur, quitter l’œuvre, abandonner. Même si l’apparence générale de l’œuvre et les thèmes abordés dans les différentes questions suggèrent une certaine légèreté de l’ensemble («When was the last time you went to a club, yesterday or a century ago?», «Do you see life as blue or pink?», «What's your best profile, right or left?», etc.), le sentiment qui persiste au sortir de l’œuvre est donc amer:

When frustration wells up, the only option is to quit, yet in doing so the temptation to dismiss the whole enterprise as meaningless, as a pointless game, a mere jest, never quite carries conviction. For, by hesitating, deliberating, and pondering one has already invested time, activated desire, and flirted with the possibility of revelation... [3]

Do You Want Love or Lust? est au final une œuvre duale. Légère et ludique d’une part de par son contenu et la naïveté de l’entreprise de recension qu’elle propose, elle n’en demeure pas moins d’autre part révélatrice de nos névroses et de nos quêtes de sens déçues.

[1] et [2] Blair, Dike (11/2003) «Openings: Claude Closky - Critical Essay», ArtForum. En ligne: http://findarticles.com/p/articles/mi_m0268/is_3_42/ai_110913977/ (consulté le 14 octobre 2009)

[3] Cooke, Lynne (1997) «Introduction to Claude Closky's "Do you want love or lust?"», Dia Center for the Arts. En ligne: http://awp.diaart.org/closky/intro.html (consulté le 14 octobre 2009)

When I Was President, A Portrait of Absolute Power est une œuvre hypermédiatique satirique d’Alan Bigelow qui critique avec ironie la vie sociale et politique des États-Unis d’Amérique. L’oeuvre développe la fiction d’un président utopique qui fut mis au pouvoir sans qu’il y ait de nomination, de vote ou d’élection, et qui transforma la réalité politique et sociale américaine pour la rendre parfaite, sans violence ni racisme. La satire raconte, par exemple, que tous les citoyens américains ont été teints en gris afin de contrer le racisme. Ou encore qu’un système de santé gratuit a été instauré où les animaux ont la priorité. Et que le siège gouvernemental a été déménagé de Washington DC à Brooklyn NY et que les réunions ont maintenant lieu sur le porche de l’établissement. Le dollar américain se retrouve quant à lui à la hausse grâce à la substitution sur le billet des visages d’anciens présidents pour l’image du derrière du nouveau président. L’Internet, dont le réseau fut jugé trop plein, a été vidé. De plus, il y a eu abolition des frontières et du concept de pays, arrêt des guerres et adoption d’un nouveau slogan, «peace with a purpose». Les mots les plus longs furent bannis du dictionnaire. Finalement, la semaine de travail de deux jours fut normalisée avec un week-end de cinq jours afin que la population ait plus de temps libre pour jouer. Or, à la centième journée de son mandat, ce président de rêve fut assassiné par une suicidaire à la bombe, une enseignante d’école secondaire qui ne supportait pas ce nouveau système. Pour elle, la mort du président était l’unique manière de ramener le monde dans le droit chemin. Une conclusion bien ironique pour une œuvre qui se veut une critique ironisant le fonctionnement social et le gouvernement américain.

L’introduction de When I Was President, A Portrait of Absolute Power présente une phrase apparaissant sur un fond noir, annonçant «there where no election, no nomination, no vote…». Ensuite, l’animation débute et l’internaute se trouve face à une image de la Maison-Blanche, où le titre est écrit. Cet interface constitue le menu permettant de naviguer dans l’oeuvre. Chacune des lettres du mot «president» est activable et dirige l'internaute vers une fenêtre où le texte animé défile rapidement avec, en arrière-plan, des images de lieux politiques américains et des objets emblématiques comme le drapeau des États-Unis et la célèbre statue du président Lincoln, ou encore des pièces de la Maison-Blanche. Une musique techno accompagne le tout, rythmant la lecture et la visualisation. Le texte défile rapidement à l’écran, dans un flux continu où les mots apparaissent et disparaissent à une vitesse variable. Ainsi, le débit de la lecture n’est pas toujours constant, et l’internaute doit être attentif, car il lui est impossible d’immobiliser le texte ou de faire un retour en arrière. Ce rythme de défilement oblige parfois une relecture afin de parvenir à capter ce qui aurait pu être manqué. Ceci est particulièrement vrai pour la conclusion, où le flux des mots coule très rapidement. Enfin, l’œuvre se lit d’une manière tabulaire. Elle se doit d’être parcourue en entier afin d’activer la conclusion qui apparaît automatiquement à l’écran.

Il est à noter qu'une adaptation française de l'oeuvre a été publiée dans la revue de littérature hypermédiatique en ligne bleuOrange, en 2009. Cette adaptation, réalisée en collaboration avec Gabriel Gaudette, peut être consultée au http://revuebleuorange.org/bleuorange/02/bigelow/.

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