2011

Montfort, Nick: Concrete Perl

Concrete Perl est une série de quatre poèmes concrets de Nick Montfort programmés en Perl: «All the Names of God», «Alphabet Expanding», «ASCII Hegemony» et «Letterformed Terrain». Les poèmes de la série Conrete Perl sont écrits sous contrainte: les codes de chacun d'entre eux ne font que 32 caractères. Sur le site Web du projet, l'internaute peut télécharger les codes des poèmes ou encore les copier/coller directement à partir de la fenêtre de navigation de son fureteur. Les poèmes téléchargés sont conçus pour être visualisés dans des fenêtres de terminal.

Montfort a présenté les poèmes de Concrete Perl à Stanford, en juin 2011. Plusieurs cartes contenant les codes des poèmes avaient aussi été imprimées par l'artiste sur une imprimante matricielle et distribuées aux lecteurs. Une de ces cartes est affichée sur le «Interactive Poetry Wall» du café Coho, à l'Université de Stanford.

Johnston, David Jhave: TYPOEMS

TYPOEMS est un générateur de texte conçu par David Jhave Johnston qui s'alimente des fautes de frappe commises par l'artiste dans les six derniers mois. Pour générer des textes, l'internaute n'a qu'à cliquer sur le lien identifié «generate a typoem». À chaque clic, trois blocs sont générés: deux poèmes faisant l'usage d'une même faute de frappe (par exemple, «integratify», «metapore» ou «malgorithm») et une définition fantaisiste de cette faute, comme s'il s'agissait d'un nouveau mot. Ainsi, en même temps que deux poèmes contenant le terme «malgorithm», l'internaute aura aussi accès à une définition du genre:

MALGORITHM:
SICK CODE.
As in: "Wht a recursive malgorithmic maestro.'

Les blocs de texte (poèmes et définitions) apparaissent dans des tuiles dont la disposition s'adapte automatiquement au format de la fenêtre du fureteur de l'internaute. Chaque nouvel ensemble de trois tuiles vient pousser les tuiles plus anciennes vers le bas et entraîne une réorganisation en arborescence de leur disposition.

Johnston, David Jhave: McLu-uhms

McLu-uhms, de l'artiste multimédia David Jhave Johnston, est une courte oeuvre mariant texte et vidéo. En toile de fond, plusieurs vidéos jouent en boucle: coucher de soleil, balle de tennis roulant dans une flaque d'encre, nuages dans un ciel bleu, détritus abandonnés sous un arbre, etc. En superposition, différents blocs de texte défilent en se fondant les uns à la suite des autres (fade in/fade out). Les blocs se succèdent automatiquement à toutes les 4 secondes environ, mais l'internaute peut aussi utiliser les flèches ← et → de son clavier pour avancer et reculer à son propre rythme.

Le texte raconte sur un ton intimiste l'influence qu'a eu la découverte des livres de Marshall McLuhan sur l'éveil érotique du narrateur lorsqu'il était adolescent. Ce récit étrange et troublant, où le narrateur confie notamment s'imaginer Marshal McLuhan en train de suer dans un costume de Teletubbies, est accompagné de citations théoriques tirées d'ouvrages de McLuhan et de théoriciens ayant écrit à propos de McLuhan.

Holman, Tim: Concentrics

Concentrics est une œuvre visuelle générative qui fait partie d’une série d’expérimentations de Tim Holman utilisant l’élément Javascript canevas pour le HTML 5.0. Il s’agit d’un générateur de formes concentriques (cercles ou carrés).

L’internaute peut utiliser plusieurs contrôles permettant de modifier les paramètres du générateur: taille des formes, espacement, couleur, caractère aléatoire, etc. Il peut donc modifier à sa guise les concentrics affichés. Il est également possible de télécharger une image pour déterminer le contour de zones de couleurs dans la toile formée par les concentrics. À l'intérieur de ces zones, les concentrics demeureront toutefois générés avec les paramètres préalablement établis. L'internaute peut télécharger l'image générée en format PNG.

Drouhin, Reynald: GridFlow

GridFlow est une oeuvre produite par Reynald Drouhin, avec le support de l'ingénieur Sébastien Courvoisier. L'oeuvre s'alimente en temps réel des fils RSS de plus de 2200 blogues pour produire une mosaïque mouvante d'images. À l'écran, les images défilent une à une du coin supérieur gauche de l'écran jusqu'au coin inférieur droit, glissant doucement d'une colonne à l'autre jusqu'à leur disparition finale. Il s'agit pour l'artiste de créer un genre d'instantané du Web, une image éphémère des tendances actuelles, au moment même où elles adviennent.

GridFlow se décline sous plusieurs formes: site Web, tirages photographiques 1x1 mètre, installation générative vidéo en galerie (avec laquelle il est possible d'intéragir par téléphone intelligent) et livre imprimé. Sur le site Web, l'internaute peut entrer l'adresse d'un nouveau blogue syndiqué RSS à la banque des adresses servant à générer le flux d'images de l'oeuvre. À n'importe quel moment, il est aussi possible de télécharger une image instantanée en haute définition des images affichées. Il est à noter qu'en plaçant le curseur de la souris sur une image, l'internaute peut voir la date et l'heure exacte à laquelle celle-ci a été mise en ligne. En cliquant sur l'image, l'internaute est aussi automatiquement redirigé vers son blogue d'origine.

Smith, Jennifer L.: Suits: A Narrative of About Twenty-Seven Hours, More or Less

Suits est une oeuvre hypermédiatique de Jennifer L. Smith qui explore les thèmes de la mort et du deuil. Au centre de l'écran, on voit l'image d'un veston d'habit assorti à une chemise et à une cravate. En cliquant sur le veston, l'internaute déclenche la lecture d'un court extrait audio accompagné d'un fragment de texte. Le texte apparaît en double: fixe, en bleu, au-dessus du veston; et mobile, en gris, en surimpression. Dans les extraits audio, on entend une voix faire la narration d'extraits du récit de Suits. À chaque fois que l'internaute clique sur le veston, un nouvel extrait audio accompagné de texte est appelé au hasard.

Suits raconte la visite d'une jeune femme dans un salon funéraire. Venant de perdre son père, elle doit apporter les vêtements dans lequel il sera mis en terre. Une version linéaire du texte est accessible à partir de la section «about» de l'oeuvre.

Carpenter, J. R.: Wanderkammer

Dans son ensemble, Wanderkammer de J. R. Carpenter est composé de 58 citations, tirées majoritairement d’œuvres littéraires imprimées, et d’un petit nombre de déclarations citées diverses. Les citations littéraires dans Wanderkammer proviennent principalement d’œuvres en prose, mais on y retrouve de même des citations de poèmes variés et de textes académiques. Le titre complet, Wanderkammer – A Walk Through Texts, constitue déjà une introduction au thème de l’œuvre, l’errance. J. R. Carpenter décrit le terme «Wanderkammer» comme: «1. a web-based collection of hyperlinked quotations from curious and rare writings on the topic of wandering. 2. a walk through texts» [1]. Cette définition exprime l’ambiguïté inhérente du terme: d’une part, «Wanderkammer» suggère que l’idée principale qui traverse les textes cités est le thème de la «promenade». D’autre part, le terme met également en valeur le fait que l’œuvre est une construction hypermédiatique, ce qui signifie que le visiteur doit se «promener» d’un texte à l’autre dans l’espace virtuel pour progresser dans sa lecture.

Toutefois, l’image statique du carnet de notes en arrière-plan et la disposition uniforme des textes de chaque lexie dans une même section de l’écran transmettent aussi l’impression familière d’être en train de procéder à la lecture linéaire d’un livre imprimé.

Concernant les choix de lecture du visiteur, il est évident que le lecteur prend des décisions actives en choisissant sur quel(s) mot(s) cliquer et, ainsi, quel(s) lien(s) suivre. Durant ce processus, il est possible pour le lecteur d’identifier un mot intéressant qui attire son attention dans un texte spécifique. Même si ce choix peut d’abord sembler être une décision relative à un sujet particulier, il entraîne plutôt l’apparition du prochain texte qui contient le mot choisi. Cela signifie que les enjeux de ce second texte, ou texte-cible, peuvent être complètement différents.

Pour conclure, Wanderkammer peut être vu comme une œuvre hypermédiatique qui met en évidence l’influence des nouvelles technologies sur la littérature et l’art. D’un côté, l’œuvre montre comment les pratiques traditionnelles de lecture sont toujours prises en considération à l’intérieur du processus de production artistique dans un environnement électronique. Toutefois, d’un autre côté, Wanderkammer démontre aussi comment de nouvelles formes de production et de consommation du littéraire et de l’artistique peuvent être développées.

 

[1] J. R. Carpenter (2011) section «About», Wanderkammer. En ligne: http://luckysoap.com/wanderkammer/credits.html (consulté le 6 décembre 2012)

Wilks, Christine: Rememori

Rememori est une hyperfiction de Christine Wilks qui traite de la démence et de son impact sur la personne atteinte et les gens qui l'entourent. Au début de l'oeuvre, on présente à l'internaute une liste de 9 utilisateurs: Father, Carer, Wife, Daughter, Nurse, Husband, Stranger, Doctor, Social Worker. L'internaute doit choisir un utilisateur à chaque nouvelle section pour poursuivre sa lecture. Chaque section se présente comme un jeu de mémoire: à l'écran, 16 pastilles organisées pour former un carré cachent 16 images. Il faut identifier les paires d'images semblables pour vider l'écran et passer à la section suivante. À chaque clic sur une pastille, une phrase de l'hypertexte apparaît brièvement, reflétant les interactions entre la personne atteinte de démence et le personnage dont l'internaute a emprunté l'identité.

Or, plus l'internaute progresse dans les 6 sections de l'oeuvre, associées aux 6 stades de la démence, plus le jeu se désorganise: les pastilles s'écartent de leur position initiale; les images cachées sont dessinées de plus en plus grossièrement ou refusent de rester en place; le texte lui-même devient confus. En essayant d'inscrire un nouvel utilisateur pour passer aux sections supérieures, l'internaute se voit d'ailleurs informé que la personne sélectionnée n'existe pas. On lui présente alors une nouvelle liste d'utilisateurs, où les utilisateurs initiaux ont été remplacés par les termes vagues «stranger», «visitor», «woman», etc. Finalement, lorsque l'internaute atteint la 6ième section, celle-ci ne renferme plus ni mots, ni images. Tout est devenu blanc, oublié, avalé par la démence.

Saemmer, Alexandra: Böhmische Dörfer

Böhmische Dörfer est une oeuvre d'Alexandra Saemmer qui a pour thème l'expérience traumatique de la «marche de Brno», parfois appelée la «marche de la mort», qui désigne l'expulsion des Allemands de Brno (Tchécoslovaquie) en 1945. Sur la route qui les mena jusqu'à la frontière de l'Autriche, où on leur refusa l'entrée, jusqu'à Pohořelice, village où ils furent finalement internés, de 700 à 8000 des quelque 20 000 Allemands de Brno trouvèrent la mort.

L'oeuvre de Saemmer, montée sur l'outil de présentation en ligne Prezi, se divise en deux parties. La première (qui est aussi la plus volumineuse) est composée d'un ensemble de fragments textuels très courts et répétitifs, dans lesquels la mère de l'artiste semble essayer de se rappeler l'expulsion, la route, les morts, mais aussi son arrivée à Pohořelice l'hiver, les difficultés à s'installer sur une terre où tout est à recommencer. La deuxième partie, beaucoup plus courte, contient un résumé très succint (voire minimaliste) des évènements de Brno, ainsi qu'un paragraphe où l'artiste parle de comment sa mère, en visite à Brno, lui a un jour montré à elle et à son frère la maison de son enfance, avant l'expulsion.

La navigation d'un fragment à l'autre s'effectue grâce à une série de zooms successifs préprogrammés sur une toile unique; tous les fragments textuels sont inscrits sur une seule grande toile de fond, présentant un film d'époque en noir et blanc où l'on voit des Allemands déportés essayer de faire avancer dans la neige des voitures tirées par des chevaux. L'internaute n'a qu'à activer la lecture automatique ou à cliquer sur les flèches de lecture en bas de la fenêtre pour progresser dans l'hypertexte. Comme dans toute présentation Prezi, il demeure toutefois possible de manipuler soi-même la fonction de zoom et de se déplacer sur la toile pour emprunter d'autres chemins de lecture.

Une version anglaise est disponible au http://prezi.com/m7lq5txsl5qz/copy-of-wegekreuz/.

Nelson, Jason: With love, from a failed planet

With love, from a failed planet est une oeuvre de Jason Nelson composées de 45 courtes vignettes satiriques écrites à propos de 45 grandes corporations, pays, institutions, etc. qui façonnent notre monde actuel. Dans chaque vignette, sur le mode du récit d'anticipation, Nelson imagine la chute de l'entité concernée, selon des modalitées toutes plus loufoques les unes que les autres: McDonald's tombant en faillite à cause d'un virus mortel dans la graisse des friteuses; CNN ruiné par des enfants cherchant à venger leur mère, une journaliste injustement congédiée; les Canadiens changeant le nom de leur pays pour une séquence binaire sarcastique après que des robots aient pris le contrôle de leurs ressources naturelles; Apple disparaissant quand Bill Gates, à sa mort, active le redoutable iDoom; etc.

L'interface de navigation prend l'apparence d'une sphère, figurant un globe terrestre, couverte de 45 logos et drapeaux. Les mouvements de la sphère sont contrôlés par les mouvements du curseur de la souris. En plaçant le curseur sur un des logos, l'internaute provoque l'apparition du texte qui lui est associé dans la partie inférieure de l'écran. En trame sonore, une mélodie composée de notes de clavier espacées plonge l'ensemble dans une ambiance de science-fiction de série B. Il est possible de télécharger une version textuelle des 45 vignettes à partir du site Web de l'oeuvre.

LeMay, Eric: Losing the Lottery

Losing the Lottery est une oeuvre d'Eric LeMay qui s'intéresse à la loterie américaine à partir de plusieurs angles différents: statistiques, histoire, impact social, anecdotes personnelles, faits divers, etc.

La première page de l'oeuvre montre 49 boules numérotées comme pour un tirage. On demande à l'internaute de cliquer sur 6 d'entre elles, qui forment alors son numéro de mise. Dès que les 6 numéros sont sélectionnés, l'internaute accède à l'interface de navigation principale, divisée en deux parties. L'oeuvre est constituée de 49 fragments textuels, qui apparaissent à la gauche. Le premier fragment, qui constitue un genre de texte d'introduction, est le seul à être attribué à une position fixe. Les 48 autres se réorganisent aléatoirement à chaque visite. Au bas du texte, des flèches permettent d'avancer ou de reculer d'un fragment à l'autre. Sur la droite, l'internaute peut voir son numéro de mise. Tout juste en-dessous, une série de numéros gagnants défilent, générés aléatoirement plusieurs fois par seconde. Encore plus bas, les statistiques concernant les gains fictifs de l'internaute sont compilées: gains de 2$ (3 numéros), de 70$ (4 numéros), de 1 500$ (5 numéros) ou de 24 600 000$ (6 numéros); total des gains; total des mises (1$ par mise). Comme les systèmes de calcul des gains et de tirage sont les mêmes que ceux utilisés notamment par la loterie classique d'Ohio et par celles de New York, de l'Oregon et du Texas, l'internaute peut voir les coûts réels du jeu – et constater à quel point gagner est improbable.

Le ton général de l'oeuvre est doux-amer, Eric LeMay s'attardant longuement à la question des presque gagnants, de ceux qui sont passés à deux doigts du gros lot, et à leur déception, leurs angoisses, leurs espoirs. Jouer à la loterie, selon LeMay, est essentiellement une question d'apprendre à perdre, encore et encore et encore.

Kim, Yong Hun: The Aleph

The Aleph, nommé en l'honneur de la nouvelle de Jorge Luis Borges, est un générateur de portraits composites alimenté par le site de partage de photographies Flickr. Le script du générateur, programmé sur Processing, permet de repérer sur le Web des photos identifiées avec un même mot-clé – par exemple, «funeral», «divorce», «wedding» ou «end». Ensuite, 10 000 visages sont identifiés sur les photographies sélectionnées et automatiquement redimensionnés en format 100 x 100 pixels, formant une banque d'images de référence. Ces 10 000 visages servent finalement à créer un portrait composite, pixel par pixel: le premier pixel du premier visage identifié aléatoirement est dupliqué dans les 100 premiers pixels du portrait (carré de 10 x 10 pixels), le deuxième pixel du deuxième visage est dupliqué dans les 100 suivants, etc. On obtient ainsi un visage «moyen», nourri des caractéristiques de 10 000 visages individuels. Comme la banque d'images identifiées par le script de l'oeuvre est constamment mise à jour, il est à noter que le portrait obtenu change lui aussi continuellement.

The Aleph est conçu pour être présenté en galerie, sur un écran LCD connecté à un ordinateur. Sur son site Web, l'artiste explique le fonctionnement de l'oeuvre, présente le script utilisé, partage plusieurs portraits obtenus grâce au générateur et donne accès à une vidéo où l'on peut voir The Aleph en action.

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