2010

Marino, Mark C.: Living Will

Living Will est une oeuvre de Mark C. Marino qui présente à l'internaute le testament de vie de E. R. Millhouse, propriétaire fictif de compagnies d'excavation minière et de télécommunication basées au Congo. L'oeuvre, programmée sur Undum, est pensée sur la logique du jeu de rôle: l'internaute est appelé à adopter l'identité d'un des héritiers de Millhouse et peut voir ses statistiques personnelles, affichées dans le coin supérieur droit, évoluer en fonction de ses choix. Ces statistiques concernent les frais légaux encourus par le personnage du joueur, les frais médicaux pour les soins de Millhouse (invalide mais pas encore mort), etc. À la fin de sa lecture, l'internaute peut ainsi constater quelle est la part réelle de l'héritage de Millhouse que son personnage a réussi à s'attribuer – et recommencer une nouvelle lecture, s'il désire modifier ses stratégies.

Le testament de Millhouse prend la forme d'un hypertexte. L'internaute navigue en utilisant des hyperliens qui permettent de faire apparaître de nouvelles sections de texte à la suite du texte déjà affiché. Il est à noter que, une fois qu'un hyperlien est sélectionné dans un segment de texte donné et que le segment qui lui succède s'affiche, tous les anciens hyperliens inutilisés sont désactivés, ce qui rend les retours en arrière impossibles. Finalement, en parcourant les différentes sections du testament, l'internaute découvre non seulement les détails financiers concernant les compagnies de Millhouse, mais aussi de vastes pans de l'histoire sociale récente du Congo: guerres civiles, génocides, destruction de l'écosystème par les compagnies minières (extraction du coltan), etc.

Montfort, Nick; Strickland, Stephanie: Sea and Spar Between

Sea and Spar Between est un générateur de texte de Nick Montfort et Stephanie Strickland qui utilise les lexiques des poèmes d'Emily Dickinson et du Moby Dick d'Herman Melville pour créer une gigantesque «carte» de strophes. Dans le texte de présentation de l'oeuvre, les auteurs estiment le nombre de strophes générées à environ 225 milliards.

Pour alimenter leur générateur, Montfort et Strickland ont d'abord traité les poèmes de Dickinson et le livre de Melville pour identifier les mots qui étaient les plus utilisés chez l'un et chez l'autre; ce sont ces mots qui sont le plus mis de l'avant dans les strophes générées. Les strophes sont présentées en bleu sur fond bleu, rappelant la couleur de l'océan. L'internaute navigue en utilisant sa souris (la position du curseur sur l'écran fait se recentrer la carte); en cliquant sur les bords de l'écran (haut-bas-gauche-droite) pour se déplacer vers d'autres «régions»; en utilisant les flèches de son clavier pour faire défiler les trophes; et en zoomant/dézoomant à l'aide de la roulette de sa souris ou des touches «A» et «Z». Aussi, la strophe affichée au centre de l'écran est identifiée par des coordonnées de latitude et de longitude, sous le format 11380623 : 12459990. L'internaute peut appuyer sur la barre d'espacement pour faire apparaître dans une petite fenêtre au bas de l'écran les coordonnées d'une strophe à laquelle il désire retourner plus tard; cette même fenêtre peut en effet être utilisée pour entrer n'importe quelles coordonnées entre 0 : 0 et 14992383 : 14992383. (Après avoir saisi un couple de coordonnées, il faut appuyer sur la touche «Retour» pour être amené au bon endroit.)

Johnston, David Jhave: Concrete P.

Concrete P. est une collection d'une vintaine de générateurs de texte et d'oeuvres de poésie concrète de l'artiste David Jhave Johnston. Toutes les oeuvres, disposées en deux colonnes, adoptent une esthétique minimaliste noir sur blanc. L'internaute n'a qu'à cliquer sur la présentation d'une pièce pour l'activer. En trame sonore, on entend des bruits divers (pulsations, bips, etc.) qui suivent une courbe d'intensités variables.

Il est à noter que certaines des pièces de poésie concrètes sont des remédiatisations de poèmes concrets des années 1950 et 1960 (par exemple, «Birth of God/uniVerse» de Lionel Kearns, 1965; et «Wind» d'Eugen Gomringer, 1953).

Johnston, David Jhave: Spam Heart

Spam Heart est un générateur de poèmes de l'artiste David Jhave Johnston. Lorsque l'internaute active le générateur, du texte blanc défile à grande vitesse sur un écran noir. Le texte s'immobilise à toutes les trois secondes environ pour donner à lire un poème, qui reste lui-même affiché cinq ou six secondes avant que le cycle de défilement / immobilisation du texte ne recommence.

Si l'on se fie à la courte description de l'oeuvre sur la page d'accueil, Spam Heart se nourrit entre autres de pourriels et de langage académique (probablement la thèse de doctorat de l'artiste). D'un poème à l'autre, on remarque l'utilisation de certaines structures récurrentes dans l'organisation des vers.

Johnston, David Jhave: Zero Whack

Zero Whack est une oeuvre de David Jhave Johnston qui génère aléatoirement des couvertures de livres imaginaires à partir de plusieurs banques d'éléments textuels et d'images. Au total, huit banques sont utilisées: une banque de 139 titres de livres fictifs, une autre de 253 photos, une de 53 blurbs, une de 44 synopsis, une de 285 prénoms, une complémentaire de 1061 noms de famille, une de 1293 villes et, finalement, une dernière banque de 9954 maisons d'édition. Les titres et les synopsis ont d'abord été écrits par l'artiste, puis recherchés sur Google afin de s'assurer qu'ils ne retournaient aucun résultat. (En langage informatique, une recherche qui ne retourne aucun résultat est un «zero whack».) Les noms et prénoms sont empruntés à Wikipédia et aux amis de l'artiste. Les villes, utilisées pour identifier les lieux d'édition, sont des villes du Québec. Les photos ont été prises entre Berlin et Montréal en 2010. Les blurbs ont été écrits par l'artiste et «are inspired by excess catharsis everywhere» [1]. Finalement, les noms des maisons d'édition fictives sont des termes tirés de pourriels compilés par l'artiste. À chaque fois que l'internaute recharge la page de l'oeuvre ou clique sur la flèche située dans le coin supérieur gauche, une nouvelle couverture de livre fictif est générée en combinant des éléments de ces huit banques.

Il est possible de générer des couvertures de livres en français ou en anglais. Il est à noter que la version originellement travaillée par l'artiste est la version anglaise; la version française ne fait que reprendre les mêmes éléments, traités par l'outil de traduction en ligne Google Translate (ce qui donne d'ailleurs à la version française de Zero Whack un caractère loufoque certain).

 

[1] Extrait du texte de présentation de l'oeuvre, sur la page d'accueil.

Lacher, Mike: Dunston Checks In API

Le Dunston Checks In API est une ligne de code en JSON (JavaScript Object Notation) inventée par Mike Lacher et servant aux programmeurs à intégrer à d'autres applications des citations du film Dunston Checks In, un film de 1996 mettant en vedette un orang-outan. Sur le site de Lacher, la ligne de code est présentée et expliquée. Un lien permet d'aller la copier. Aussi, l'artiste offre la possibilité de «tester» la ligne de code en générant des citations-exemples (l'internaute n'a qu'à choisir le nombre de citations désirées).

L'oeuvre de Lacher se présente ainsi comme un commentaire sur la culture populaire et la récupération sur le Web de ses dérivés les plus inusités comme objets cultes spontanés.

Liszkiewicz, A. J. Patrick: M!ndsweeper

M!ndsweeper est une réinterprétation du jeu classique Minesweeper (Démineur) par l'artiste A. J. Patrick Liszkiewicz, membre du collectif Rust Ltd. Dans la version de Liszkiewicz, les clics du joueur sur les cases du jeu ne révèlent pas des chiffres, mais plutôt des lettres, dont la signification change à chaque nouvelle partie. Lorsque l'internaute clique sur une case «minée», un point d'exclamation apparaît, entouré d'une explosion minimaliste. Il s'agit à la fois d'une oeuvre de poésie concrète et d'un jeu, d'un hommage au Minesweeper et au dadaïsme. Lorsque l'internaute termine une partie, il peut en publier l'image en ligne ou l'imprimer pour la conserver comme un tableau.

Déprise est une œuvre réalisée par Serge Bouchardon et Vincent Volckaert qui explore le thème de la perte de contrôle, de la perte de prise. Divisée en six chapitres, elle est construite autour du récit d’un homme qui, vingt ans après son mariage, s’aperçoit qu’il ne connaît pas sa femme, qu’ils ont toujours été distants, et que même son fils est en train de s’éloigner de lui. Sentant que sa propre vie lui échappe et remettant en doute les fondements de son identité, il s’interroge sur ses choix passés et cherche un moyen de regagner le contrôle sur son existence, de «reprendre prise» sur celle-ci.

L’œuvre est conçue selon une logique linéaire: même si ce sont en partie les interactions de l’internaute qui déterminent le rythme de la lecture, la narration suit toujours la même séquence, ne contenant aucun dispositif hypertextuel qui permettrait de faire bifurquer le récit dans une direction ou dans une autre. De la même manière, seul un menu très discret (apparaissant lorsque l'internaute glisse sa souris sur la partie inférieure de l'écran) permet à l'internaute de choisir directement le chapitre qu'il désire visualiser, les auteurs préférant encore là encourager une lecture linéaire de l'œuvre. Avec Déprise, Bouchardon et Volckaert ne cherchaient toutefois pas à présenter un hypertexte classique, s’appuyant sur la multiplication des fils narratifs. En effet, la richesse de l’œuvre repose ailleurs, c’est-à-dire dans la complexité et la diversité des modes d’interactivité proposés à l’internaute.

Chacun des six chapitres propose une façon différente d’interagir avec le contenu affiché à l’écran et de faire progresser la narration. Dans le premier chapitre, une voix enregistrée qui formule la consigne d’«appuyer sur la touche dièse» invite l’internaute à comprendre le reste du chapitre comme une suite de réflexions faites par le narrateur alors qu’il est mis en attente sur une ligne téléphonique, patientant pour prendre un rendez-vous. (La nature du rendez-vous, par contre, demeure mystérieuse.) Pour plonger dans le chapitre, l’internaute doit d’abord appuyer sur n’importe quelle touche de son clavier, simulant l’acte d’appuyer sur la touche dièse d’un téléphone. Ensuite, il suffit de glisser le curseur de la souris au-dessus des phrases affichées pour les faire se succéder. Fait intéressant, après un moment, les mouvements de la souris de l’internaute provoquent l’apparition de taches lumineuses accompagnées de sons, dont la juxtaposition forme rapidement une toile audiovisuelle vive et colorée.

Le dispositif du faux rendez-vous, dans le premier chapitre, sert de pont pour passer au chapitre deux, où le narrateur se rappelle son premier rendez-vous avec celle qui est ensuite devenue sa femme. D’abord, tout comme dans le premier chapitre, l’internaute visualise quelques phrases en les faisant se succéder grâce aux passages du curseur de sa souris. Ensuite, plusieurs questions, posées par le narrateur à sa future femme, apparaissent simultanément: en passant le curseur de sa souris sur chacune de ces questions, l’internaute en déclenche la lecture (fichier audio) ainsi que la «mutation» en une nouvelle phrase, maladroite et dépourvue de sens, reflétant la nervosité et la confusion du narrateur. Finalement, une fois toutes les questions lues, l’internaute doit balayer la partie gauche de l’écran avec le curseur de sa souris pour faire apparaître le visage d’une femme. (En fait, les mouvements de la souris entraînent la superposition de plusieurs couches de texte – encore plus de questions posées par le narrateur – dont la toile serrée finit par laisser deviner le visage de la femme.)

Le dispositif au cœur du chapitre trois permet quant à lui de découvrir le double-sens d’un mot laissé par la compagne du narrateur à l’intention de celui-ci, vingt ans après leur mariage: s’agit-il d’un mot d’amour ou de rupture? Le texte défile lentement à l’écran, un peu comme les textes placés en introduction des films de la série Star Wars. Quand le curseur de la souris de l’internaute se trouve vers la droite, le texte défile vers le bas et se présente comme un mot d’amour. En trame sonore, on entend une pièce tirée de l’opéra Carmen. Or, quand l’internaute glisse le curseur vers la gauche, les lignes du texte s’inversent, défilant vers le haut et formant un mot de rupture. La musique elle-même joue alors à l’envers, accompagnant le retournement du sens du message adressé au narrateur.

Dans le quatrième chapitre, le narrateur s’inquiète non plus de l’éloignement de sa femme, mais de celui de son fils. Une dissertation écrite par ce dernier se forme d’abord lettre par lettre à l’écran, pendant qu’une voix en fait la lecture. Une fois le texte entier affiché, l’internaute peut le survoler de sa souris et cliquer sur certaines zones d’interactivité dont la présence est signalée par un changement de l’apparence du pointeur. En cliquant sur ces zones, l’internaute provoque la dispersion d’une partie du texte et l’apparition de phrases alternatives, révélant le sens caché que le narrateur croit percevoir derrière la dissertation de son fils: «je veux voler de mes propres ailes», «bientôt je partirai», «nous n’avons rien en commun», etc.

Dans le chapitre cinq, le narrateur s’interroge sur sa propre présence, sur son image qui semble le fuir. Pour pleinement profiter de ce chapitre, l’internaute doit avoir activé sa webcam avant d’entreprendre la lecture de l’œuvre. Sur fond d'une composition originale du musicien Hervé Zénouda, l’image vidéo de l’internaute, saisie en temps réel, apparaît au centre de l’écran. En la survolant du curseur de sa souris, l’internaute la déforme, créant des vagues et des distorsions.

Finalement, dans le chapitre six, le narrateur décide de reprendre le contrôle de son existence, d’en simplifier les paramètres pour mieux les contrôler. Ce n’est dès lors plus à l’aide de sa souris que l’internaute interagit avec l’œuvre, mais à l’aide de son clavier, mode d’interaction qui suggère une plus grande prise de contrôle. Après une courte narration initiale (une fois de plus, l’internaute glisse le curseur de sa souris sur les phrases pour les faire se succéder), un espace de saisie de texte apparaît au centre de l’écran. L’internaute comprend alors qu’il est invité à le remplir, en écrivant. Or, les lettres qui s’inscrivent au rythme des mouvements des doigts de l’internaute ne correspondent pas aux touches enfoncées; le texte réellement saisi par l’internaute n’est pas celui qui s’affiche, seule la cadence de frappe subsistant à l’écran. Donc, la reprise de contrôle est-elle réelle ou illusoire? À la toute fin de l’œuvre, alors que la dernière phrase s’inscrit dans le champ de saisie, l’illusion de contrôle se dissipe: ce qui devrait apparaître comme «Enfin, je me suis repris» devient «Enfin, je me suis reprgjkhdasjkh», ou autre version similaire, selon les touches enfoncées par l’internaute. Il y a nouvelle déprise juste au milieu de la dernière reprise.

En ce sens, les dispositifs interactifs mis en place par Bouchardon et Volckaert sont conçus de manière à faire écho au propos de l’œuvre. L’internaute navigue continuellement entre perte et prise de contrôle, entre maîtrise et frustration. (Par exemple, dans le premier chapitre, le curseur de la souris devient soudainement invisible au milieu de la lecture, rendant difficile l’accomplissement des actions nécessaires pour entraîner la succession des phrases constituant la narration.) Ainsi, si le geste (survoler, manipuler, etc.) demeure central dans l’expérience de l’œuvre, le geste est aussi problématisé [1]. De plus, la sensualité intrinsèque à l’expérience de Déprise (toucher, voir, entendre) et la manière dont les artistes la déploie pour ouvrir des espaces de doute est aussi une façon de soulever le problème de l’identité de l’individu, construite dans l’interagir avec l’autre. Le dispositif interactif devient donc pleinement une métaphore au service de l’œuvre, au-delà de son caractère superficiel de simple «novelty» [2]: le parcours difficile qu’accomplit le narrateur à la recherche de lui-même, en quête de contrôle, progresse de concert avec celui de l’internaute, qui s’efforce quant à lui de se saisir au mieux de l’œuvre et des possibilités d’interactivité offertes; si l’identité en déprise du narrateur est sollicitée de toutes parts, construite à la rencontre de la mémoire et d’effets de communication problématiques, l’internaute doit aussi multiplier de son côté les tactiques de lecture et de manipulation en espérant tout au long s’en tirer pour le mieux.

Bref, Déprise est une œuvre originale qui mobilise une grande variété de dispositifs interactifs et de problématiques identitaires. Malgré tout, son esthétique dépouillée en fait une pièce facile d’approche, de lecture facile: même si Déprise est riche de sens et aborde des thématiques complexes, jamais l’internaute ne court le risque de s’y perdre.

Il est à noter que trois versions de l’œuvre sont disponibles en ligne: une version française, une version anglaise (Loss of Grasp) et une version italienne (Perdersi). Les trois versions sont accessibles sous http://deprise.fr/ ainsi que sous http://lossofgrasp.com/. Déprise a remporté le New Media Writing Prize 2011.

 

[1] À ce sujet, voir Serge Bouchardon et Asunción López-Varela Azcárate (2011) «Making Sense of the Digital as Embodied Experience». CLCWeb: Comparative Literature and Culture, vol. 13, no 3 (septembre). En ligne: http://docs.lib.purdue.edu/clcweb/vol13/iss3/7/ (consulté le 7 janvier 2013)

[2] Scott Rettberg (13/10/2011) «Loss of Grasp -- the Multimedia work of Serge Bouchardon», sur Necessary Fiction. En ligne: http://necessaryfiction.com/writerinres/LossofGrasptheMultimediaworkofSergeBouchardon (consulté le 7 janvier 2013)

Železnikar, Jaka: Fragments of Distances

Fragments of Distances est une très courte nouvelle de Jaka Železnikar qui explore les relations entre identité, mémoire et cartographie. L'oeuvre se divise en quatre sections, contenues sur quatre pages différentes. Dans chaque section, Železnikar combine photographie, applications interactives Google Maps et texte pour faire progresser le récit. Par exemple, l'internaute doit parfois cliquer sur des bornes Google Maps pour faire apparaître les fenêtres contenant le texte, alors qu'à d'autres moments un point en mouvement sur une carte illustre le chemin parcouru par le narrateur.

La nouvelle fait découvrir à l'internaute les pensées d'un homme qui, après avoir aidé des jeunes touristes à se retrouver dans la ville, se met à errer dans ses propres pensées en se rappelant une promenade avec sa fille. Il est à noter que les cartes Google Maps employées par Železnikar sont celles de la ville de Ljubljana, en Slovénie.

Johnston, David Jhave: Reboot the Universe Now

Reboot the Universe Now est une oeuvre de David Jhave Johnston. Sur fond blanc, du texte défile à grande vitesse. En cliquant dans la fenêtre de son fureteur et en maintenant le bouton de la souris enfoncé, l'internaute fait cependant apparaître du texte immobile, pouvant être lu. Le défilement rapide reprend dès que l'internaute relâche le bouton de la souris. L'internaute peut répéter l'opération d'arrêt et de reprise du défilement autant de fois qu'il le souhaite. À chaque arrêt, un nouveau texte devient lisible. Au total, 9 textes différents se succèdent ainsi d'un arrêt à l'autre, toujours dans le même ordre.

Le texte qui s'affiche à l'écran lorsque l'internaute arrête le défilement prend toujours la même forme: les 7 premières lignes énoncent une raison pour laquelle le monde tel que nous le connaissons ne vaut pas la peine d'être sauvé et/ou présentent un argument qui souligne l'inutilité et la souffrance de l'individu. Par exemple: «INNUMERABLE NETWORKS. EXPONENTIAL INCREASE INFORMATION HEAMORRHAGING U CANNOT KEEP UP. EVERY TIME U CLICK U HURT», ou «BILLIONS OF HUMANS. UNIQUE? TRILLIONS OF GALAXIES. ENDLESS CELLS. INFINITE INFINITIES. LIFE IS REDUNDANT. ALL OF IT». La ligne suivante, la 8ième, se présente comme une ultime sommation adressée à l'internaute: «REBOOT THE UNIVERSE NOW.»

Johnston, David Jhave: Disclaimer

Disclaimer est une oeuvre textuelle aléatoire créée par David Jhave Johnston. En fait, Disclaimer «génère» de faux avertissements comme ceux placés par les organismes de censure au début des films afin de les classer. Or, dans la version de Jhave, les avertissements sont absurdes, parfois ludiques, parodiques à l'extrême. Par exemple, on pourra tantôt lire que «The following poem has been approved for emotive audiences by an autocratic process that no one really understands», ou encore que «The following erotica has been approved for spaciotemporal audiences by a consensual process that took several decades»...

Deux versions sont disponibles sur le site Web de l'oeuvre: la version originale anglaise de Jhave et une traduction française de Pascaline Knight. Il est possible de passer du français à l'anglais ou de l'anglais au français à tout moment, à l'aide de contrôles placés en haut de l'écran. Les 6 lignes de texte qui composent chaque avertissement sont combinées aléatoirement à partir d'une banque d'énoncés préexistants. Un nouvel avertissement est affiché toutes les 7 secondes, mais une touche «Pause» placée dans le coin supérieur gauche permet d'interrompre le processus et d'immobiliser l'avertissement affiché afin de faciliter la lecture.

Moriarty, Megan: Answers Fumbling Through a Wind Tunnel

Answers Fumbling Through a Wind Tunnel est un poème hypertextuel de Megan Moriarty. Chaque lexie se présente de la même manière: un premier vers incomplet occupe le haut de la lexie. Juste en bas, quatre alternatives pour compléter le vers renferment quatre hyperliens vers d'autres lexies. Le parcours du lecteur est ainsi déterminé par ses choix, par les images poétiques qu'il préfère. Par exemple, à la suite du vers incomplet «November is», le lecteur pourra répondre «a tea bag steeping», «two spooning elegies», «long and bony» ou «branches made of reaching».

Les images invoquées par Moriarty dans Answers Fumbling Through a Wind Tunnel suggèrent l'amour et le désir, la solitude et l'automne.

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