2009

Forster, Andrew: Index Marmonneur

Index marmonneur est une œuvre d’Andrew Forster faisant partie du projet RACHID & ROSETTE, exposition en ligne qui a pour thème la Pierre de Rosette. Mais plutôt que d’aborder directement le thème, Forster a choisi de jouer avec le concept de traduction et de s'intéresser tout particulièrement aux mutations de sens qu’elle entraîne.

Son œuvre est ainsi constituée de phrases apparaissant à l’écran lorsque l'internaute y clique avec sa souris. Aussi, cliquer sur un mot de l’une des phrases fait apparaître une autre phrase où l’on retrouve le même mot, mais à l’intérieur d’un contexte totalement différent. Plusieurs clics à un même endroit ou en des endroits différents font apparaîtrent diverses phrases tirées de la base de données de l'oeuvre.

Bernier, Isabelle: La Malédiction de la Grande Pyramide (Égyptomanie)

La Malédiction de la Grande Pyramide est une œuvre d’Isabelle Bernier faisant partie de l’exposition Web RACHID & ROSETTE, ayant pour thème la Pierre de Rosette. L’œuvre de Bernier traite directement de ce thème en évoquant le voyage de Jean-François Champollion, qui déchiffra les hiéroglyphes égyptiens en utilisant la Pierre de Rosette. 

Après un bref prologue où l’internaute voit Champollion se préparer pour son voyage, le corps principal de l’œuvre apparaît. L'internaute est invité dans un couloir à l’intérieur de la pyramide de Gizeh, où il se déplace en plaçant la souris sur les côtés de l’écran. Des statues décorent le couloir; en cliquant sur celles-ci, diverses citations apparaissent (tirées du livre l’Orientalisme d’Edward Sahid, par exemple). Après avoir cliqué sur trois de ces statues, l’internaute a l’option de les vendre à un tiers parti de son choix. Entre les statues, quatre portes permettent d’accéder à des pièces: les deux premières présentent des vidéos d’une reconstitution du voyage de Champollion en Égypte (ces séquences sont filmées à Teotihuacan au Mexique et non à Gizeh); une troisième fait apparaître du texte illisible à l’écran, faisant écho au mystère entourant la signification des hiéroglyphes; et une dernière mène à une page d’achat sur le site du British Museum.

Lacher, Mike: Crisis: Donut

Crisis: Donut est une courte oeuvre humoristique créée par le très prolifique écrivain et artiste média Mike Lacher, en collaboration avec Amalgamated Puppetworks. Il s'agit en fait d'un jeu vidéo d'une étonnante simplicité. Sur la page d'accueil, l'internaute peut lire le titre de l'oeuvre alors qu'on entend une musique de type rock metal en trame sonore. Il faut cliquer sur un lien en bas du titre pour accéder au jeu comme tel. Dès qu'on accède au jeu, tout devient silencieux, la musique rock metal cessant subitement. Dans le coin de l'écran, on peut voir l'image grossièrement dessinée d'un beigne fourré à la confiture et recouvert de bonbons. Lorsque l'internaute clique sur le beigne, celui-ci se vide de sa confiture en émettant un «prout» retentissant alors que la musique rock metal reprend de plus bel. À ce stade, un lien placé dans le haut de la fenêtre permet de recommencer une nouvelle partie et d'écraser le beigne encore et encore et encore et encore.

À la blague, l'artiste présente Crisis: Donut comme une oeuvre «tak[ing] online gaming to a whole new level of gripping excitement, combining incredible gameplay with narrative innovation» [1]. Cette oeuvre de Lacher n'est d'ailleurs pas sans rappeler l'esthétique irrévérencieuse des oeuvres Neen de Rafaël Rozendaal et Angelo Plessas.

 

[1] Présentation dans le portfolio de l'artiste. En ligne: http://mikelacher.com/portfolio/crisis-donut/ (consulté le 29 janvier 2013)

Carpenter, J. R.: Excerpts from the Chronicles of Pookie & JR

Story Generation(s) est une série de trois générateurs programmés en Python par J. R. Carpenter à partir de scripts empruntés à Nick Montfort et publiés sur le blogue Grand Text Auto [1]. Les trois générateurs de la série Story Generation(s) sont Excerpts from the Chronicles of Pookie & JR (juin 2009), I've Died and Gone to Devon (novembre 2009) et Auto-Autobiography (février 2010). Pour utiliser les générateurs, l'internaute doit installer Python sur son ordinateur et télécharger les fichiers .py fournis par l'artiste. Une fois activés, les générateurs sont lancés dans une fenêtre terminale. Il suffit d'appuyer sur la touche Retour pour générer un nouveau bloc de texte.

Excerpts from the Chronicles of Pookie & JR raconte la cohabitation de Carpenter et de Pookie 14, un bernard l'hermite, en juin 2009. Le ton est léger et humoristique, parfois légèrement claustrophobe. I've Died and Gone to Devon est un générateur adapté d'entrées Twitter publiées par Carpenter lors d'une visite dans le Devon, en Angleterre. Les blocs de texte générés par I've Died and Gone to Devon rappellent la forme du carnet de voyage. Finalement, Auto-Autobiography produit de faux récits autobiographiques intimistes, imitant les mécanismes de la mémoire.

 

[1] Nick Montfort (30/11/2008) «Three 1K Story Generators», sur Grand Text Auto. En ligne: http://grandtextauto.org/2008/11/30/three-1k-story-generators/ (consulté le 16 janvier 2013)

Moriarty, Megan: Jointed Autumn

Jointed Autumn est un poème de Megan Moriarty qui explore les questions du rêve, de l'étrangeté et du déplacement. Essentiellement, il y est question de cette expérience déstabilisante qui consiste en se réveiller au milieu d'un rêve en un lieu étranger mais familier (par exemple, en visite chez ses propres parents), en conservant entre le souvenir et l'oubli un désir de communiquer, de partager la vision incomplète du rêve – désir qui peut parfois devenir obsession, suivant l'individu dans ses déplacements, resurgissant à l'occasion d'une conversation avec un ami.

Pour naviguer dans le poème, l'internaute utilise une interface où différents vers sont associés à des os d'un squelette humain exposé. En cliquant sur un vers, on accède à une courte section du poème. Parfois, une section ne comporte qu'une lexie où se trouve déjà le lien qui ramènera l'internaute à l'interface principale; parfois, on traversera plusieurs lexies liées linéairement par une série d'hyperliens avant de revenir à cette même interface principale.

Gibb, Susan M.: Blueberries

Blueberries est un hypertexte de fiction de Susan M. Gibb qui explore les thèmes de l'inceste, de la sexualité, de la mémoire et de la perte. Une femme qui prépare une exposition de ses peintures dans une galerie d'art se souvient de plusieurs épisodes de sa vie: le suicide de son père, les journées à jouer avec son frère, les abus sexuels infligés par son grand-père, la perte de sa virginité, les quelque dix années passées avec son amoureux rencontré au collège, etc. Tout au long du récit, les bleuets servent de métaphore aux désirs de la narratrice ainsi qu'aux idées de pureté et de perfection. D'ailleurs, toutes les peintures de la narratrice représentent des bleuets; hors, la veille de l'ouverture de son exposition, elle décide de repeinturer ses toiles en blanc...

L'hypertexte, créé sur Tinderbox (un logiciel Eastgate), est présenté dans un format très classique: le texte, en noir, contient plusieurs hyperliens identifiés en mauve. L'internaute n'a qu'à cliquer sur les liens qui l'intéressent pour progresser d'une lexie à l'autre. Lorsqu'un hyperlien est associé à une lexie déjà visitée, le lien apparaît en gris plutôt qu'en mauve, ce qui permet de garder une trace du chemin parcouru.

Carter, Roxanne: Housing Problems

Housing Problems est une oeuvre de Roxanne Carter influencée par les théories féministes de Susan Bernstein et Susan Sontag [1]. L'internaute navigue dans l'oeuvre à partir d'une interface composée d'une série de 18 images disposées en rectangle. Ces images sont des illustrations qui représentent des femmes juxtaposées à des maisons menaçantes, un peu comme les illustrations qu'on s'attendrait à trouver sur les couvertures de romans pulp des années 1950 et 1960. En cliquant sur les images, l'internaute provoque l'ouverture de fenêtres intempestives contenant différents éléments servant à nourrir le propos de l'oeuvre: vidéos mettant en scène des maisons claustrophobiques et inquiétantes, textes qui soulignent l'aliénation de la femme-prisonnière réduite à sa fonction domestique, etc. L'internaute doit tantôt cliquer sur des hyperliens pour faire apparaître d'autres sections du texte, tantôt utiliser des menus déroulant, ou encore simplement laisser les vidéos ou les animations défiler d'elles-mêmes.

Il est à noter que le cadre temporel de l'oeuvre de Carter demeure difficile à cerner, certains passages rappelant parfois le régime des anciens manoirs du 19e siècle, alors que d'autres éléments suggèrent plutôt le milieu du 20e siècle. À ce sujet, on pourrait d'ailleurs penser l'oeuvre de Carter comme une espèce de «mémoire» de la domesticité, étalée sur plusieurs décennies.

 

[1] Roxanne Carter (2009) «Artist Statement», New River Journal, automne. En ligne: http://www.cddc.vt.edu/journals/newriver/09Fall/carterbio.html (consult/ le 11 d/cembre 2012)

Barajas, Salvador: Tech-illa Sunrise: Un/a remix

Tech-illa Sunrise: Un/a remix de Salvador Barajas est une vaste oeuvre hypertextuelle qui explore les questions de l'identité chicano, de l'hybridité, de la xénophobie «blanche» à l'égard des communautés «brunes» et de la fascination exotisante des Nords-Américains pour la culture latino-mexicaine. Ces thèmes sont abordés à travers leurs manifestations dans les nouvelles technologies: paranoïa engendrée par les fichiers contaminés et les virus, problèmes de traduction du spanglish vers l'anglais ou l'espagnol, identités mutables du sujet sur le Web, etc. Les fragments textuels qui composent l'oeuvre sont des passages remixés de la performance Tech-illa Sunrise de Rafael Lozano-Hemmer et Guillermo Gómez-Peña [1].

L'oeuvre de Barajas prend la forme d'un vaste collage/remix d'images d'archives et d'images tirées de la culture populaire (bandes dessinées, portraits d'artistes, etc.). L'internaute navigue en suivant les hyperliens, associés tantôt à des mots, tantôt à des images.

 

[1] Rafael Lozano-Hemmer et Guillermo Gómez-Peña (2002) Tech-illa Sunrise, sur La Pocha Nostra. En ligne: http://www.pochanostra.com/antes/jazz_pocha2/mainpages/techilla.htm (consulté le 11 décembre 2012)

Duhamel, Denise; Bukvic, Ivica Ico: Forgetfulness

Forgetfulness est un poème de Denise Duhamel adapté pour le Web par Ivica Ico Bukvic. Il s'agit d'un poème qui traite de la maladie d'Alzheimer et de ses effets sur une patiente qui en est atteinte. Le poème de Duhamel a la particularité de prendre la forme d'un ruban de Möbius: on peut en débuter la lecture à n'importe quel endroit et la continuer indéfiniment, la longue face unique du ruban entraînant le lecteur dans une boucle infinie.

La remédiatisation du poème de Duhamel par Bukvic garde la forme du ruban de Möbius dans un environnement tridimensionnel. En effet, les vers du poème sont disposés sur une longue boucle qui revient constamment sur elle-même. Le ruban de Möbius de Bukvic ne cherche toutefois pas à rappeler sa forme papier initiale; au contraire, il est composé d'étoiles qui s'inscrivent dans un vaste espace noir suggérant l'espace. Le «ruban» de Bukvic ressemble ainsi davantage à une constellation qu'à une boucle de papier.

La position initiale de l'internaute sur le ruban varie aléatoirement à chaque visite. Pour naviguer dans le poème, l'internaute utilise les flèches de son clavier (il est possible d'avancer ou de reculer en suivant le ruban, mais pas de s'en éloigner). La barre d'espacement sert à contrôler la brillance du texte, la lettre B augmente la luminosité générale de l'oeuvre, et la touche Retour permet de passer en mode plein écran. La trame sonore, composée par Bukvic, évolue en fonction de la position de l'internaute dans le poème.

Nelson, Jason: wide and wildly branded

wide and wildly branded est une œuvre poétique de Jason Nelson qui rapporte différentes idées reçues à propos des populations de l'hémisphère sud, souvent considérées comme «moins avancées» ou «moins évoluées» que celles du nord. Présentée sous la forme d'une boussole à 36 pointes, l'œuvre permet de naviguer à travers les différents stéréotypes entendus dans l'hémisphère nord et les réalités socioéconomiques sous-jacentes.

Nelson présente deux courts vers pour chaque pointe de la boussole: l'un est nommé «poetic», l'autre «subpoetic», révélant ce qui est sous-entendu par le premier. La navigation est toute simple: l'internaute n'a qu'à positionner son curseur sur une des pointes pour appeler les textes. Lors du déplacement du curseur dans la fenêtre, des flèches et des lignes horizontales et verticales apparaissent à l'écran.

Liszkiewicz, A. J. Patrick: Count as One

Count as One est une série de 15 poèmes concrets minimalistes de l'artiste A. J. Patrick Liszkiewicz, adaptés en Flash par Lucas C. Miller. En fait, les poèmes de Liszkiewicz se présentent comme des poèmes à construire: lorsque l'internaute clique sur le titre d'un poème, une nouvelle fenêtre de visualisation s'ouvre. Cette fenêtre est soit blanche, soit noire, et comporte parfois quelques repères visuels minimalistes (des axes qui divisent l'espace ou une lettre répétée à plusieurs exemplaires). Dans le coin inférieur gauche, des petits carrés indiquent le nombre d'étapes à franchir pour construire le poème. Dans le coin inférieur droit, un décompte permet de connaître le nombre d'actions requises de l'internaute pour franchir chacune de ces étapes. Généralement, les poèmes fonctionnent comme ceci: chaque clic de l'internaute fait apparaître une lettre ou un groupe de lettres, à l'endroit occupé par le curseur de la souris. Une fois que l'internaute a disposé à sa guise toutes les lettres qui lui étaient attribuées dans une étape déterminée, la fenêtre de visualisation redevient vierge et l'internaute est invité à recommencer le processus. Lorsque toutes les étapes sont complétées, tous les éléments placés par l'internaute à toutes les étapes du poème redeviennent visibles, formant une toile dense de signes alphabétiques. L'internaute a alors la possibilité de recommencer le poème, de le publier en ligne, de l'imprimer ou de le sauvegarder. La lecture s'effectue donc au fur et à mesure de la construction du poème, l'internaute étant invité à jouer avec la plasticité de la lettre et à s'approprier l'espace visuel de son déploiement.

La série, initialement publieé dans le New River Journal (automne 2009), est aussi disponible en ligne dans la compilation afeeld (http://afeeld.com/).

Nelson, Jason: Evidence of Everything Exploding

Evidence of Everything Exploding est une oeuvre délirante de Jason Nelson qui prend la forme d'un jeu vidéo en 10 niveaux. L'oeuvre est organisée autour des thèmes de la conspiration et de la prophétie: en 2004, des climatologues auraient découvert en Arctique une boîte de métal enfouie sous 500 mètres de glace contenant 10 documents de sources diverses. Ces documents (des lettres, des entrées de dictionnaire, des manifestes artistiques, des rapports gouvernementaux et scientifiques, etc.) renfermeraient des prophéties sur l'avenir de notre civilisation... Plus concrètement, ils servent aussi d'arrière-plan aux 10 niveaux du jeu. Dans chaque niveau, l'internaute contrôle un avatar en forme de flèche qui doit traverser un labyrinthe peuplé d'obstacles et d'ennemis. Des points numérotés dans le labyrinthe permettent de faire apparaître des fenêtres de texte traitant de la conspiration et d'activer les prophéties.

Le style du jeu est halluciné, rempli de dessins «grouillants» et d'explosions bruyantes. Après chaque niveau, l'internaute accède à une vidéo où l'artiste, derrière la caméra, dévoile une conspiration loufoque et sans objet dont les indices sont révélés par des cartons d'allumettes. À la toute fin du jeu, lorsque l'internaute a réussi tous les niveaux, il n'est d'ailleurs pas gratifié par une meilleure explication qui permettrait de donner un sens à l'ensemble hétéroclite des théories proposées: la dernière vidéo, censée tout expliquer, est une simple chanson de Nelson à propos des objets qui se trouvent sur son bureau.

Evidence of Everything Exploding est au final une oeuvre absurde mais extrêmement ludique qui met en évidence le non-sens des théories de la conspiration si populaires de nos jours, que l'on pense aux fans de Dan Brown ou aux négationnistes du 11 septembre.

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