2006

Montfort, Nick: CC
CC

CC de Nick Montfort est un hommage à Carmen Conde composé à l'occasion du 100e anniversaire de la poète espagnole. Sur fond noir, un carré de 100 mots existant en anglais et en espagnol apparaît en gris. Il est à noter que ces mots n'utilisent aucune des lettres du mot «jaguar», en référence à l'ouvrage Jaguar puro inmarchito (Pure Unwithered Jaguar) de Conde. Lorsque l'internaute glisse le curseur de sa souris sur un des mots, celui-ci est mis en évidence en jaune en même temps qu'un autre mot, créant des associations poétiques inattendues.

Le code source de l'oeuvre est accessible à partir de la page d'info, sous le lien «?».

Wylde, Nanette: Jargon Reducer

Jargon Reducer est un petit outil ludique créé par Nanette Wylde et servant à manipuler du texte pour en réorganiser le contenu lexical. Une fois que l'internaute accède à l'interface principale du Jargon Reducer, accessible à partir de la page d'accueil, il se retrouve face à une fenêtre vide entourée de contrôles. À l'intérieur de cette fenêtre, l'internaute peut saisir le texte de son choix (manuellement ou en utilisant les fonctions copier/coller) ou appeler un des 12 textes déjà proposés par l'artiste. Ensuite, le texte peut être traité selon deux modalités: grâce à l'outil «Remover», qui retire tous les mots significatifs pour ne laisser qu'une liste de mots vides organisés alphabétiquement; ou grâce à l'outil «Revealer», qui permet au contraire de se débarrasser de tous les mots vides pour ne laisser que les mots significatifs, organisés encore une fois en ordre alphabétique. Si l'internaute traite successivement un même texte avec les deux outils, tous les mots finiront d'ailleurs par être éliminés, ne laissant au final qu'une fenêtre vide.

Mouton, Alexander: Velvet

Velvet est une oeuvre en 4 tableaux de l'artiste Alexander Mouton. Il s'agit d'une oeuvre conçue pour être explorée sous le mode du toucher: c'est en glissant délicatement le curseur de la souris sur la surface de l'image que l'internaute découvre les différents éléments cachés et accède au contenu de chaque tableau.

Velvet tourne autour des thèmes de la conscience, de la mémoire, du désir et de la souffrance. D'emblée, le premier tableau propose une vue rapprochée du visage de l'artiste, et chaque contenu activé à partir de ce visage suggère dès lors un voyage dans l'imaginaire et la conscience de l'individu, véritable fouillis de vidéos d'archives, de bribes de souvenirs personnels et d'hallucinations diverses. D'ailleurs, au fur et à mesure que l'internaute progresse, les références à la culture populaire s'entremêlent à des images plus intimistes, mettant parfois en scène des enfants; à des extraits de conversations personnelles; et à des séquences franchement plus psychédéliques, où l'on devine une référence aux états altérés de la conscience (un champignon tournoyant devant le visage de l'artiste dans le premier tableau et une mention furtive concernant le LSD plus tard dans l'oeuvre soutiennent cette piste d'analyse).

Holeton, Richard: Frequently Asked Questions about «Hypertext»

Fidèle à ce que son titre évoque, l’œuvre se présente sous la forme de questions et de réponses (FAQ: «Foire aux questions» ou «Frequently Asked Questions»). Sur la page d’accueil, neuf questions figurent à gauche d’un carré gris, dans lequel se trouve du texte au contenu inintelligible, placé sous l’intitulé «Hypertext». Ironiquement, ce dernier n’est pas activable mais les questions le sont, chacune ouvrant un onglet qui présente une réponse. La première donne des indications sur la nature du carré: c'est un poème créé par Alan Richardson comprenant trois strophes, neuf lignes et soixante neuf mots, qui serait à l’origine de l’hypertexte, apprend-t-on. Les questions et réponses subséquentes développent une histoire qui dérive rapidement vers la fiction, faisant intervenir différents registres de discours et de réalités, un mélange de cultures savante et populaire dans un esprit trivial.

L’œuvre joue sur le procédé de l’hypertexte en le retournant sur lui-même, se moquant au passage de l'idéologie qui le sous-tend. Dans chaque onglet, le texte contient des hyperliens mais ceux-ci ramènent fatalement à l’un ou l’autre des contenus de l’œuvre, de façon tautologique. L’indication «index/poem», placée dans le haut de chacun, ramène systématiquement l’internaute à la page initiale. Si l’hypertexte opère ici, ce n’est donc pas sur le plan informatique mais bien au niveau imaginaire.

Falco, Edward: Chemical Landscapes Digital Tales


Chemical Landscapes Digital Tales consiste en une série de photographies de paysages créés artificiellement, sur lesquelles se superpose du texte, développant  par cette association un panorama onirique.

L’œuvre s’amorce sur une image abstraite. En cliquant sur celle-ci, en diverses localisations, un nouveau paysage apparaît, sur lequel s’ajoute ensuite du texte, fragmentaire vers le haut, plus phrasé vers le bas. L’image est floue et fuyante, rappelant l’aquarelle, la composition s’évanouissant avant que l’on puisse saisir l’entièreté du contenu écrit. Par l’action des clics, les images-textes apparaissent et disparaissent ainsi en fondu. Entre chaque occurrence, il y a retour à l’image initiale, d’où l’activité se relance. Il est possible de rejouer une même image, et incidemment un même texte, en positionnant son curseur au même endroit.  

Le sentiment est impressionniste. L’œuvre joue sur l'imaginaire et sa mémoire furtive. Le langage est poétique,  évoquant des états naturels et phychiques, et également intermédial, croisant la littérature, la photographie et l'esprit de la peinture dans un environnement numérique.

Les photographies sont de Mary Pinto et le design de Will Stauffer-Norris
 

Alexis Lloyd: The Ad Generator

The Ad Generator est, comme son nom l'indique, un générateur de publicités, qui ont la particularité d'être crées par la juxtaposition aléatoire de textes et d'images. Elles suivent toutes le même modèle: une image en arrière-plan est accompagnée d'un slogan au bas de l'écran. Ces derniers sont quant à eux bien authentiques, provenant de campagnes de marketing de différentes compagnies. Ils sont associés à des images tirées de Flickr au hasard, démontrant de ce fait que ces slogans ne sont que très minimalement liés aux produits qu'ils sont censés vendre. En les sortant ainsi de leur contexte d'origine, Lloyd met en évidence l'insipidité des slogans commerciaux mais la richesse de leur langage.

Marko Niemi: Stud Poetry

Stud Poetry est un jeu de poker en ligne créé par Marko Niemi. Reprenant les règles du «Five Card Stud», le jeu de Niemi utilise toutefois des cartes contenant des mots plutôt que des chiffres. Chaque nouvelle main du jeu peut ainsi se lire comme un nouveau poème. L'internaute doit miser sur la valeur de celui-ci. Notons que la valeur de chaque mot est attribuée aléatoirement au début de chaque partie.

Les joueurs identifiés à l'écran, outre l'internaute, portent des noms de poètes célèbres: Paul Verlaine, Gérard de Nerval, Paul Valéry, Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Jean Mauréas, etc. Si l'internaute omet de spécifier son propre nom, il est simplement identifié comme «Our Humble Poet», ou «notre humble poète».

Oni Buchanan: The Mandrake Vehicles

The Mandrake Vehicles est un cycle de trois poèmes multiformes composés par Oni Buchanan et animés par Betsy Stone Mazzoleni. Chaque poème possède sept stades  différents. Les phases un, quatre et sept présentent trois versions distinctes du poème: une première plus longue porte sur les propriétés de la mandragore; une deuxième (version intermédiaire) est remplie de références occultes; et une troisième présente des images violentes du monde contemporain. Les quatre autres phases sont des états transitionnels, où un nombre toujours plus grand de lettres se détache pour former des mots surnuméraires étranges, relégués au bas de l'écran: par exemple, «pathetic gossamer dentist arboreal Zoroastrian garnish hobbit vacuous deet raccoon soirée lectern banal montage Gethsemane oriflamme fedora cursory ballot». The Mandrake Vehicles se pense ainsi comme un genre de cycle initiatique, où la simplification grandissante de chaque poème est vécue comme une forme d'illumination. Notons que l'internaute se promène d'un état à l'autre dans chaque poème à l'aide d'un menu situé au haut de l'écran (liens numérotés de 1 à 7, présentés en ordre croissant).

Magnhildøen, Bjørn: PlainTextPerformance

PlainTextPerformance de Bjørn Magnhildøen se compose d'une longue série de lignes de texte présentées en noir sur fond blanc. Ces lignes, formant un imposant bloc mélangeant poèmes en anglais, en français et en norvégien, images ASCII, extraits de lignes de code, fragments de courriels et pensées intimes, défilent de manière saccadée à l'écran.

Le contenu déstabilisant de cette oeuvre (impossible de donner un sens à ce long défilement éclaté d'informations partielles) a été produit lors d'une performance de l'artiste à l'université West Virginia, en septembre 2006. Au fur et à mesure qu'il tapait en direct ses pensées, poèmes, réflexions, etc., du texte produit par un générateur ainsi que différents artéfacts informatiques (rapports de système, journal des connexions, courriels, adresses IP, etc.) venaient se mélanger au texte, parasitant le flux des informations projetées à l'écran.

Laï, Tamara: a Terra sacrificada

a Terra sacrificada est un projet en deux phases auquel ont contribué près de 55 artistes d'une quinzaine de pays différents. Initié par Tamara Laï, le projet gravite autour d'un constat écologiste simple: la terre est malade.

Lors de la première phase, les artistes participants étaient invités à soumettre en ligne une contribution traitant de l'état actuel de la planète. Ces contributions, accessibles en cliquant sur les noms des participants dans la zone verte au centre de l'écran d'accueil, prennent des formes variées: vidéos, photos, poèmes, montages visuels, textes essayistiques, etc. Il y est question non seulement d'écologie, mais aussi de politique (américaine et israélienne), de nouvelles technologies et d'histoire coloniale - bref, de tout ce qui affecte la "santé" de la planète au sens large.

Lors de la deuxième phase, organisée en projet pédagogique, l'artiste a visité des écoles pour demander à des enfants de 6 à 12 ans ce à quoi ils souhaitaient que la terre ressemble quand ils seront grands. Ces témoignages ont été retranscrits et sont présentés accompagnés d'images sur le site de a Terra sacrificada.

Marinho, Chico: Palavrador

Palavrador est un environnement poétique 3D créé par Francisco Carlos de Carvalho Marinho (Chico Marinho). L'utilisateur manipule un avatar qui se promène dans un monde surréaliste peuplé de poèmes se déplaçant selon des algorithmes mathématiques inspirés des recherches en intelligence artificielle portant sur les comportements des agents mobiles autonomes. L'utilisateur active la lecture des poèmes en les approchant. Il peut de plus «lancer» des poèmes dans les airs, à l'aide d'un joystick. L'environnement se renouvelle aléatoirement, présentant une série d'éléments générés mathématiquement (par exemple, un labyrinthe fractal). Cette oeuvre de Marinho se positionne ainsi à mi-chemin entre les mathématiques, la poésie, la biologie et la cybernétique.

L'environnement 3D lui-même n'est pas disponible en ligne. Le site Web de l'Electronic Literature Organization abrite toutefois une vidéo démonstrative en anglais dans laquelle l'artiste présente le projet.

Golpe de Garcia: Jaime Alejandro Rodriguez

Golpe de gracia (dont l'expression équivalente en français serait «coup de grâce») est une oeuvre interactive de l'ordre du jeu vidéo. L'internaute doit éclaircir le mystère entourant un attentat manqué à l'encontre d'un homme, maintenu entre la vie et la mort dans son lit d'hôpital. Pour ce faire, il devra traverser trois mondes narratifs - «Cadáver exquisito» (cadavre exquis), «Línea mortal» (ligne mortelle) et «Muerte digital» (mort digitale) - mondes dans lesquels il accumulera des indices et des témoignages. L'avatar incarné par l'internaute jouera à la fois le rôle de journaliste, d'enquêteur et de victime. Certains univers narratifs, comme pour donner corps à l'expérience de mort imminente vécue par le personnage principal du récit, confondent rêve et réalité, compliquant la quête de l'internaute qui ne sait plus quelle piste suivre ou ne pas suivre. 

 

 

 

 

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