2005

Johnston, David Jhave: etay

etay (anciennement intitulé Total Awareness Now) est un projet développé par David Jhave Johnston auquel ont participé près de vingt autres artistes: Silver Hearts, francoisLeKarybou, Svetlana et Andi Wallwhore, Nick Fox-Gieg, HARS, Dream Team, Elizabeth Whalley, Suzanne Hatt et Halil Sustam, Michael Alstad et Camille Turner, Jake Elliott et Ezara Hoffman, OVARIUM et Meredith Wrede. En janvier et février 2005, les participants étaient invités à habiter, chacun leur tour et pour une période de quelques jours, un appartement situé à Montréal. Cet appartement avait été préalablement équipé de quatre caméras permettant de filmer les activités des locataires ainsi que de plusieurs surfaces de projection, ordinateurs, capteurs, etc. Pendant leur séjour, les participants pouvaient manipuler et positionner les caméras et utiliser le matériel enregistré pour créer de courtes vidéos. De même, des images captées dans certaines zones de l'appartement étaient automatiquement remixées pour créer des vidéos projetées sur différentes surfaces de l'appartement lors de son occupation.

Le site Web du projet etay présente les archives des vidéos produites par les participants. Certaines impliquent des mises en scène sophistiquées et sont riches en accessoires, alors que d'autres touchent de plus près au quotidien et à l'ordinaire. L'internaute navigue à travers les vidéos du site grâce à une interface présentant deux sufaces de projection. Des menus au bas de ces surfaces permettent de sélectionner la vidéo désirée. Les surfaces de projection sont présentées sur des photographies prises à Montréal; l'internaute peut passer d'une photographie à l'autre en utilisant un menu situé dans le haut de l'écran. Il est aussi possible d'appeler des fenêtres supplémentaires en cliquant sur le signe «+» dans le coin supérieur gauche de l'interface. Ces fenêtres supplémentaires sont mobiles et l'internaute les contrôle à partir d'un menu apparaissant dans la partie supérieure de l'écran (format liste). Finalement, une trame sonore individuelle accompagne chacune des vidéos. Il est possible de régler le volume de ces trames sonores et d'en interrompre/reprendre la lecture grâce à des barres de contrôle individuelles.

Carpenter, J.R.: How I Loved the Broken Things of Rome

How I Loved the Broken Things of Rome est une œuvre de l’artiste canadienne J.R. Carpenter qui se présente sous la forme d’un carnet de voyage interactif. L’œuvre est le résultat d’un séjour de l’artiste dans la capitale italienne; on y retrouve des photos et des vidéos qu’elle a réalisées durant cette période. Carpenter y met surtout l’emphase sur l’étrange contraste entre la Rome antique et la ville moderne qui cohabitent dans un même espace.

En arrivant sur l’œuvre, l’internaute accède à un collage de divers éléments ayant trait à la Rome antique et moderne: des cartes, un buste antique, un timbre, une pièce de monnaie, etc. Ces éléments encadrent un poème de Carpenter qui relate son expérience dans la ville et donne l’ambiance au reste de l’œuvre. Lorsque le curseur est placé sur l’un des éléments, une boîte apparaît. Elle contient des extraits de textes ou de poèmes d’auteurs parlant de Rome, de ses vestiges et de son histoire. Goethe, Marguerite Yourcenar, Elizabeth Bowen, Stendhal et plusieurs autres accompagnent ainsi Carpenter dans sa description poétique de la ville antique. En cliquant sur les boîtes, l'internaute fait surgir des fenêtres intempestives qui contiennent de plus longs extraits et d’autres éléments visuels romains. On y retrouve quelquefois des entrées de journal de Carpenter relatant des situations vécues qui mettent en contraste son émerveillement de touriste et le désintéressement des habitants de Rome, qui ont l'habitude de vivre à travers les ruines.

Mann, Chris: The Use

The Use est un projet du compositeur, poète et artiste australien Chris Mann, notamment connu pour avoir travaillé aux côtés de John Cage et de Kenneth Gaburo dans les années 1980. The Use s'articule autour de 17 textes traitant des théories de l'information, de la communication et de la linguistique. Ces textes, remplis de mots tronqués, de bifurcations surprenantes et de phrases laissées en suspens, sont les transcriptions mot à mot de lectures/performances de l'artiste. (Chaque texte est d'ailleurs accompagné de fichiers audio où l'on peut entendre Mann faire la performance initiale du texte retranscrit.)

Sur le site de The Use, l'internaute peut naviguer dans les textes en cliquant sur leurs titres, listés sur la gauche, le texte sélectionné apparaissant alors sur la droite. Aussi, un champ de saisie situé dans le coin supérieur droit offre la possibilité de faire des recherches dans les textes à l'aide de mots ou d'expressions. Les fichiers audio qui accompagnent les textes sont identifiés par des pastilles grises placées à la suite de chacun des titres. En cliquant sur une pastille, l'internaute active le fichier audio qui lui correspond. Pendant la lecture, la pastille devient rouge; lorsque l'internaute clique une nouvelle fois sur la pastille, la lecture s'interrompt et la pastille demeure identifiée en vert, ce qui permet à l'internaute de repérer plus facilement les fichiers déjà entendus. Dans le coin inférieur droit, finalement, six pastilles orphelines servent à activer des segments vidéo où l'on voit l'artiste réciter des passages des textes, toussoter, se gratter, etc. Il est à noter que plusieurs fichiers audio et vidéo peuvent être activés simultanément, permettant à l'internaute de faire l'expérience d'un environnement sonore et visuel complexe. (En accord avec ses travaux sur la théorie de l'information, l'artiste invite d'ailleurs le visiteur à s'adonner à ce genre d'expérimentations.)

Tous les fichiers audio sont offerts en téléchargement sur le site. Une version en application iPad de The Use existe depuis 2010 et est disponible sur iTunes.

Drouhin, Reynald: Monochrome(s)

Monochrome(s) de Reynald Drouhin est une exploration sur la recherche d’images sur le Web suivant l’approche des photomosaïques, en vogue depuis plusieurs années. Cependant, au lieu de représenter une image concrète, Drouhin a plutôt choisi de s’approcher le plus possible d’une couleur en aplat (il y a cinq couleurs disponibles: rouge, vert, bleu, noir et blanc). Pour ce faire, plutôt que d’avoir présélectionné des images, il a choisi d’utiliser les résultats de recherche qu’offrent le Web pour créer ses mosaïques. En effet, elles sont constituées d’images trouvées sur Google Images, et sont constamment mise à jour. Ce ne sont donc pas des images statiques, mais bien des mosaïques génératives en mouvement.

Sondheim, Alan: Dawn

Dawn est une oeuvre intimiste méditant sur la vie et la mort, par la combinaison d’images, de textes et de sons.

L'oeuvre présente une séquence d’images en mode diaporama, des paysages brumeux de l'aube, en demi-tons, sur lesquels viennent s’inscrire du texte, de courtes phrases autoréflexives à portée universelle. L’environnement sonore est minimal, composé de cliquetis et de bruits venteux. Un bouton pause se trouve au bas centre, de façon permanente. Si on y positionne le curseur, les phrases passent au gris et le mouvement s'arrête, permettant ainsi de contempler, de lire à son rythme. Lorsqu’on le déplace à nouveau, la séquence redémarre. Celle-ci, de courte durée, est mise en boucle et s’enchaîne jusqu’à ce que l'on ferme la fenêtre.

Ce parcours, où la douceur des images contraste avec l'austérité du noir qui les encadrent et de la trame sonore, entraîne l'internaute dans un univers réflexif, l'invitant à être attentif aux beautés éphémères de la vie : les êtres, les lieux, les moments.

Dan Waber, Jason Pimble: I, You, We

I, You, We, une création de Dan Waber et Jason Pimble, se présente comme une structure tridimensionnelle composée de mots en mouvements. Ceux-ci forment des lignes de fuite d'où émergent des sommets, créés par le surgissent de mots en saillie au premier plan. Au centre de cette organisation mobile figure le mot «I» (je), qui reste fixe; autour de lui, des verbes et des pronoms parsemés du mot «you» gravitent et se déplacent en fonction des rotations de la structure globale. Les rotations de la structure peuvent être manipulées par l'internaute (dispositif de click & drag) ou s'effectuer automatiquement, si l'internaute attend quelques secondes sans intervenir. Au fil des rotations, les juxtapositions accidentelles de mots créent des associations surprenantes et poétiques extrêmement variées: «I open you bore we», «you isolate inspire you dwell», etc.

Carpenter, J. R.: The Cape

The Cape est un hypertexte de fiction. De prime abord, l'internaute se trouve devant un encadré divisé en deux parties: à gauche figurent le titre de l'oeuvre ainsi que la mention du mot fiction, et à droite, l'espace est fragmenté en neuf cases imagées. En passant le curseur sur celles-ci, de courtes phrases apparaissent, qui donnent le ton du contenu à découvrir. Glisser sur les neuf images en chaîne donne un aperçu du contexte général de l'histoire qui est racontée. Cliquer sur les cases permet d'entrer en détails dans celle-ci, déployée en neuf micro-récits. Dès que l'une des vignettes est activée, la série complète se retrouve au bas de la page, en facilitant ainsi la navigation. La lecture s'effectue naturellement de gauche à droite, bien que cet ordre ne soit pas imposé, comme l'explique l'auteur dans la section «crédits, commentaires et questions». Les capsules comprennent du texte, tantôt à lire, tantôt à activer, des images et illustrations topographiques ainsi que des photographies, dont certaines portions s'animent. Dans un des micro-récits, on entend l'extrait d'un reportage radiophonique. 

L'histoire, à teneur biographique, nous entraîne du côté de Cape Cod, lieu de vie de la grand-mère et de l'oncle Carpenter, et destination familiale, à une autre époque, y apprend-t-on. L'oeuvre se déroule donc dans un lieu réel mais dans un temps passé, jouant par ailleurs sur les frontières du documentaire et de l'imaginaire: les images sont vraies mais ont été travaillées, les plans topographiques sont justes mais datent d'une autre époque, les diagrammes ne sont pas à l'échelle, etc. L'oeuvre arbore une esthétique en noir et blanc, empreinte de nostalgie. Ce travail de mémoire et de retouche développe un univers intimiste, évocateur de l'enfance, qui trouve une résonance dans la simplicité graphique de l'oeuvre et de son mode de navigation. Le dispositif est léger mais poétique, invitant à l'errance et à la projection rétroactive.

Sooth, David Jhave Johnston

Sooth est une série de six poèmes animés de l'artiste David Jhave Johnston. Tous les poèmes sont disponibles en anglais et en traduction française; l'internaute n'a qu'à utiliser les deux liens placés dans le coin inférieur droit pour passer d'une langue à l'autre.

Chaque poème est constitué d'un ensemble de vers se déplaçant aléatoirement à l'écran. L'internaute doit cliquer dans l'interface de visualisation pour faire apparaître les vers un à la fois. En trame sonore, différents sons se font entendre en réaction aux clics de l'internaute. Aussi, les poèmes sont présentés sur des fonds vidéo variés: des algues au fond d'un aquarium, une jeune femme couchée dans des draps blancs, la courbe d'une hanche nue, des vagues sur un étang, un poisson loup reposant sur des roches, une surface neigeuse filmée en gros plan. L'internaute passe d'un poème à l'autre à l'aide d'un menu situé sur la gauche.

Still Standing, Bruno Nadeau et Jason E. Lewis

Still Standing est une installation mise au point par Bruno Nadeau et Jason E. Lewis. Sur un écran blanc, des lettres apparaissent pêle-mêle près du sol. Lorsqu'un visiteur passe devant l'écran, les lettres réagissent en remuant comme si elles avaient été poussées du pied. Si le visiteur reste immobile pendant un moment, les lettres s'organisent peu à peu et se stabilisent, donnant à voir un poème prenant la forme de la silhouette du visiteur. Ce poème est intitulé "seeking sedation" et traite de notre dépendance face à la technologie. Lorsque le visiteur bouge à nouveau, les lettres retombent au bas de l'écran.

L'oeuvre n'est pas disponible sur le Web. Cependant, une description de l'oeuvre ainsi qu'une vidéo de démonstration sont disponibles sur le site de Bruno Nadeau.

Andreas Maria Jacobs, Semantic Disturbances

Semantic Disturbances est une série de quatre tableaux animés réalisés par l'artiste transdisciplinaire Andreas Maria Jacobs (A. Andreas). L'internaute navigue d'un tableau à l'autre à partir de la page d'accueil de l'oeuvre, contenant aussi une courte description du projet. Chaque tableau est constitué d'images photographiques plus ou moins manipulées auxquelles se superpose du texte provenant de recherches Google. Ces recherches sont effectuées à partir de termes dérivés des thèmes de chacun des tableaux: «fluidal», «radiator», «destruction» et «architexture». Toutefois, le texte qui s'affiche ne demeure pas stable; il est soumis à un ensemble de manipulations automatisées qui en détournent le sens, produisant du coup de nouveaux contextes de lecture.

Torres, Rui: Amor de Clarice

Le poème interactif Amor de Clarice est basé sur des extraits de la nouvelle Amor, de l'auteure brésilienne Clarice Lispector. L'oeuvre s'ouvre sur un poème de 26 vers (dont le texte intégral est transcrit dans la section «citation» ci-bas) se déplaçant lentement d'un côté à l'autre de l'écran. Chaque vers est scindé par une ligne imaginaire traversant l'écran de haut en bas et, selon que l'internaute clique à gauche ou à droite de l'écran, renvoie vers deux tableaux différents. Ainsi, les 26 vers se fragmentent en un total de 52 tableaux poétiques. Les 26 tableaux de gauche présentent tous une voix d'homme lisant un texte dont certains mots s'affichent à l'écran. L'internaute peut cliquer et déplacer (click & drag) ces apparitions furtives. Pour un même vers, les tableaux de droite ont exactement la même forme (voix, texte, interactivité), mais des images vidéo viennent s'y superposer, comme si le sens final de l'oeuvre ne pouvait vraiment pénétrer qu'avec ces ajouts. En tout temps, le texte original de Lispector est présent, en un fond d'écran statique.

Berkenheger, Susanne: The Bubble Bath

The Bubble Bath est une oeuvre de Susanne Berkenheger qui utilise les failles du logiciel Internet Explorer 5 sur le système d'exploitation Windows 98 pour questionner nos habitudes de lecture sur le Web: comment l'internaute réagit-il lorsqu'il perd le contrôle du texte? Peut-on apprendre à «discuter» avec un virus?

Originellement, l'oeuvre n'était accessible que sur Internet Explorer. Si l'internaute essayait d'y accéder à l'aide d'un autre navigateur, le message suivant apparaissait:

'the bubble bath' is set in the eye of the occupying power called Microsoft. It is therefore indispensable to use camouflage, i.e. PC and Internet Explorer.

Une fois activée, l'oeuvre déclenchait l'apparition d'une multitude de fenêtres intempestives où se manifestait le «shark75», un faux virus prenant le contrôle de l'ordinateur de l'internaute. Incapable de contenir le «shark75», l'internaute n'avait d'autre choix que de se laisser porter par celui-ci, découvrant au fil des nouvelles fenêtres le récit de l'étrange bataille en train de se livrer entre l'oeuvre et le lecteur.

Il n'est plus possible aujourd'hui de visualiser l'oeuvre dans son état original. En effet, l'évolution des caractéristiques de sécurité du navigateur Internet Explorer et des nouvelles versions de Windows empêchent tout simplement l'oeuvre de fonctionner; l'internaute qui essaie d'y accéder ne recevra qu'un message d'erreur. Toutefois, un texte de Berkenheger décrivant la «mort» de l'oeuvre et sa reprogrammation ratée en 2006 est disponible sur le site Web de l'Electronic Literature Organization. L'artiste y présente un bel hommage aux «ruines» du Web, dont The Bubble Bath fait maintenant partie.

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