2002

O'Neill, Pat; Comella, Rosemary; Kang, Kristy H.A.: Tracing the Decay of Fiction

Tracing the Decay of Fiction, produit avec le support du Labyrinth Project, est un film interactif de Pat O’Neill, Rosemary Comella et Kristy H.A. Kang qui rend hommage au Ambassador Hotel de Los Angeles, construit en 1921 et démoli en 2005. The Ambassador est un lieu emblématique du développement de la ville de Los Angeles, connu notamment pour son fameux Cocoanut Grove nightclub, endroit prisé durant l’âge d’or du film américain. Il a aussi été le lieu de tournage de plusieurs films d’Hollywood ainsi que l’hôte de six cérémonies des Academy Awards et a accueilli plusieurs invités d’importance, dont le plus tragiquement célèbre est Robert F. Kennedy, assassiné à l’hôtel le 5 juin 1968.

Basé sur un film de Pat O'Neill, Tracing the Decay of Fiction est un mélange d’archives historiques - photographie, son et vidéo - et de fiction traitant de l’histoire de l’hôtel. Divisant le film d'O'Neill en plusieurs courtes séquences vidéo, Tracing the Decay of Fiction fait visiter les endroits importants de l’hôtel: de la suite où ont résidé les Kennedy en 1968 au Cocoanut Grove nightclub, en passant par la piscine et le hall d’ascenseur du 4e étage. L’interface est constituée d’une seule fenêtre où les séquences vidéo sont présentées. Les zones cliquables sont repérables par la transformation du curseur en mire carrée rouge: elles font apparaître de courts segments vidéo d’archives ou fictifs, ou encore des témoignages ayant trait à l’hôtel. Lorsque le curseur s'approche des bords de la fenêtre principale, deux types d’icônes apparaissent: une double flèche (>>) faisant passer à la pièce ou à l’étage suivant, et un symbole ressemblant à un T (⊤). En laissant son curseur sur le «⊤», l'utilisateur fait défiler la séquence vidéo associée à la pièce visitée; cependant, il ne s’agit que du plan séquence du film interactif. Si l’on choisit de cliquer sur le symbole au lieu de laisser la séquence défiler, un court métrage se met à jouer. On y voit alors des personnages en noir et blanc (interprétés par des acteurs engagés par O'Neill) se superposer à la séquence filmée initiale, habitant ainsi la pièce déserte. En trame sonore, on entend des dialogues originaux ou bien tirés de films hollywoodiens d’époque. Le tout nous donne l’impression de rencontrer les fantômes d’anciens résidents de l’hôtel lors de notre visite dans les lieux abandonnés.

Une carte de l’hôtel est disponible à partir d'un lien situé dans le coin inférieur gauche. Sur cette carte, les pièces filmées sont identifiées et décrites par une narratrice. Une carte du quartier adjacent à l’hôtel est également présente: on y voit des photographies d’époque et des vidéos actuelles (datant de 2002). Des discours de spécialistes (historiens, critiques, etc) les accompagnent et décrivent le rôle de l’hôtel dans le développement de Los Angeles.

Andrews, Jim: Arteroids

Arteroids est une réinterprétation du jeu vidéo classique d’Atari Asteroids, où le joueur, dirigeant un vaisseau spatial pris au centre d’un champ d’astéroïdes, doit les détruire pour survivre. Cependant, au lieu de reprendre cette mise en scène, Andrews utilise plutôt de la poésie: le joueur contrôle un mot et doit en détruire plusieurs autres pour survivre. Ce faisant, il remplit graduellement le «meanometer» qui, une fois plein, permet de passer au niveau suivant.

En arrivant sur l’œuvre, l’internaute se retrouve devant un menu lui offrant deux différentes options de jeux: «game» et «play». La première renvoie au jeu classique, où le joueur évolue au travers des 216 différents tableaux créés par Andrews. Le joueur incarne le mot «poetry» et détruit des mots qui avancent vers lui. Ces mots sont tirés d’un poème d’Andrews, «The Battle of Poetry against Itself and Forces of Dullness». Le joueur combat les mots du poème en utilisant les flèches du clavier pour se déplacer et la touche «x» pour tirer.

Dans le mode «play», le nombre de niveaux est illimité et modifiable. En effet, l’internaute peut en tout temps modifier le texte apparaissant dans le jeu, et ainsi modifier le mot contrôlé, les mots à détruire et les animations de destruction.

Kessler, Brian: oneword.com

oneword.com est un site de création littéraire exploitant l’aspect collaboratif du Web 2.0. Lorsque l’internaute arrive sur le site, on lui indique la marche à suivre: cliquer sur «Go», lire le mot apparaissant au haut de la page, et écrire pendant soixante secondes ce que ce mot évoque pour lui. Une fois le tout terminé, le court texte écrit par l’internaute est ajouté à ceux des autres participants sous la forme d’un forum. Chaque jour un nouveau mot est choisi, ce qui permet de répéter l’expérience. L’objectif est ici de pratiquer la fluidité lors de l’écriture: écrire plutôt que penser.

Il est également possible de s’inscrire afin d’avoir un profil sur oneword.com, ce qui permet de devenir un membre actif de la communauté et de garder une trace de chacune des entrées faites.

Rider, Shawn: myBALL

myBALL est un faux site corporatif en Flash conçu par Shawn Rider. myBALL est l'acronyme du produit vedette de la fausse société de Rider, le Bioreactive Artificial Learning Lifeform. Il s'agit d'une balle rouge contenant un ensemble sophistiqué de dispositifs technologiques permettant de gérer toutes les facettes de la vie de l'enfant, libérant l'adulte actif de ses reponsabilités parentales.

Le site de myBALL est conçu essentiellement comme une satire sociale grinçante. L'internaute y navigue comme dans n'importe quel autre site commercial du genre; toutefois, le contenu textuel du site révèle rapidement la posture extrêmement critique de l'artiste. La section «About Us», tout spécialement, contient un texte où Rider s'attaque ouvertement au désinvestissement parental et aux fausses solutions technologiques souvent proposées pour y palier.

Kenneth Goldsmith, Soliloquy

Soliloquy est la remédiatisation d'une performance de l'artiste Kenneth Goldsmith. Pendant une semaine, Goldsmith a enregistré tout ce qu'il a dit sur un petit appareil portatif avant d'en retranscrire l'intégralité. Sur le site Web de l'oeuvre, l'internaute peut accéder à la totalité de cette retranscription.

L'internaute peut naviguer dans l'oeuvre en utilisant le menu principal qui donne accès à toutes les paroles de Goldsmith classées en ordre chronologique, jour par jour. Un moteur de recherche permet aussi de faire des recherches ciblées pour certains mots. De plus, un index très détaillé a été mis en place par l'artiste; l'internaute n'a qu'à cliquer sur le mot de son choix pour être redirigé vers le(s) segment(s) concerné(s). À l'écran, la retranscription des paroles de Goldsmith n'est toutefois pas affichée d'un seul bloc: l'internaute doit glisser le curseur de sa souris pour faire apparaître chaque réplique.

John Cayley: wotclock

wotclock est une horloge poétique développée par John Cayley. Sur un cadran circulaire, les chiffres indiquant le temps ont été remplacés par des lettres; au centre du cadran, des vers correspondant au temps actuel sont générés en temps réel à partir d'un algorithme utilisant une chaîne de Markov. Dans chaque vers, les lettres indiquant les heures, les minutes et les secondes sont mises en évidence en rouge parmi les autres lettres blanches. En arrière-plan, l'internaute peut manipuler des photographies panoramiques de Douglas Cape: la photographie supérieure présente un panorama urbain vu de haut (chapeauté par des chiffres romains qui semblent indiquer les siècles), alors que les photographies défilant dans la partie inférieure reprennent différents plans extérieurs et intérieurs d'éléments architecturaux et de scènes urbaines photographiés «à hauteur d'homme». L'internaute qui postionne le curseur de sa souris sur l'un des ces deux plans en tenant celle-ci enfoncée, active un défilement à 360 degrés de l'image.

Paldam, Mads Skovbjerg: Associations

Associations est une oeuvre permettant d'associer ensemble différents mots. Après avoir indiqué son sexe et sa nationalité, l'intenaute fait le choix d'un mot dans une liste qui lui est présentée. Ce choix effectué, le mot sélectionné se centre dans la fenêtre du navigateur et quatre nouveaux mots apparaissent autour. L'objectif est de cliquer sur le mot présentant, selon l'internaute, la plus grande similitude avec le terme central. Ensuite, le nouveau mot sélectionné se voit placé au centre et quatre autres mots s'affichent, le processus recommençant. Après quelques clics, un indice de normalité s'installe dans le coin inférieur droit de l'écran et indique le pourcentage de similitude avec les associations des internautes précédents; il est donc possible de savoir si les choix de l'internaute correspondent ou non avec ceux de ses prédécesseurs. Un décompte des clics, qui se modifie à chaque nouvelle interaction, se trouve dans le coin supérieur gauche de l'écran. 

Stephanie Strickland et Cynthia Lawson, Vniverse

V est un poème en trois parties de Stephanie Strickland. Vniverse, accessible en ligne, en est la seule partie hypermédiatique; les deux autres, intitulées WaveSon.nets et Losing L'una, ont été publiées sur papier chez Penguin en 2002. Le poème traite de la circulation de l'information depuis la période glaciaire jusqu'à l'avènement du wreader contemporain (figure du reader/writer) et fait appel à un riche imaginaire féminin d'inspiration mythique. Pour visualiser Vniverse, l'internaute utilise une interface présentant un ciel étoilé. En promenant le curseur de la souris sur différentes étoiles, des constellations et des fragments du poème apparaissent. L'internaute peut figer une constellation en cliquant une fois à l'écran ou double-cliquer pour accéder à des segments textuels plus longs. Un champ de saisie situé dans un cercle (coin supérieur droit) permet de plus de passer directement d'un segment à l'autre, en inscrivant le numéro du segment-cible. Sur le site Web de Vniverse, un essai sur la démarche derrière le poème V est aussi disponible, de même que des informations sur WaveSon.nets et Losing L'una.

Wardrip-Fruin, Noah; Carroll, Josh; Coover, Robert; Greenlee, Shawn; McClain, An

Screen est un projet réalisé par Noah Wardrip-Fruin en collaboration avec Josh Carroll, Robert Coover, Shawn Greenlee, Andrew McClain et Benjamin "Sasha" Shine et présenté pour la première fois en 2003, au Boston Cyberarts Festival. Il s'agit d'une oeuvre conçue pour être présentée dans une «Cave», un environnement virtuel de la grosseur d'une pièce ordinaire. Équipé de lunettes et de senseurs spéciaux, le lecteur est placé au coeur de la Cave; sur les murs, du texte apparaît peu à peu et on entend une voix en faire la lecture. Lorsque les murs sont recouverts, des mots commencent à se détacher et à se déplacer. Le lecteur peut, à l'aide du senseur placé dans sa main, les manipuler pour les remettre en place ou les rediriger ailleurs. Plus l'expérience de lecture progresse, plus le nombre de mots qui se détachent est élevé et plus les "erreurs" du lecteur qui les replace au mauvais endroit rend le texte mélangé, illisible. Si le lecteur ne parvient pas à replacer assez rapidement les mots libres, le texte en entier finit par se détacher des murs et à s'accumuler en tas, au pied du mur.

De la documentation (photos et texte explicatif) est disponible sur le site personnel de Noah Wardrip-Fruin. Une vidéo montrant une lectrice en train de faire l'expérience de Screen est aussi disponible sur le site Web de l'Electronic Literature Organization.

Manetas, Miltos: whitneybiennial.com

Whitneybiennial.com est à la fois une oeuvre et une exposition en ligne. Miltos Manetas, chef de file du Neen Art, réalisant que le nom de domaine «whitneybiennial.com» n'avait pas été enregistré à peine un mois avant un des événements d'art contemporain les plus important de la ville de New York, décida de jouer un tour à l'institution muséale; pour Manetas, le fait que le Whitney Museum of American Art ait ignoré leur propre nom de domaine montre combien le musée - et avec lui toute l'univers de l'art contemporain - n'accorde qu'une attention secondaire aux arts numériques et électroniques. Whitneybiennial.com devient donc pour Manetas (pour qui, bien sûr, les oeuvres Web sont primordiales) un moyen de contestation et de détournement de l'institution établie, ainsi qu'une façon de remettre le net.art au coeur de l'actualité artistique.

En effet, l'oeuvre répond à une tendance, au début des années 2000, à dissocier le net.art et le design Web, associant le premier à l'élite et le second au monde lucratif de la culture commerciale. Pour l'artiste, il est absurde de tenter d'attacher les oeuvres hypermédiatiques au domaine muséologique, leur médium étant par essence accessible à tous, libre de toute forme de marchandage. Le site, dessiné par Andreas Angelidakis et programmé par Angelo Plessas, deux Neenstars et complices de Manetas, prend donc la forme d'un musée virtuel regroupant les meilleures oeuvres Neen. L'internaute, à l'aide de son curseur, se déplace de gauche à droite dans les couloirs virtuels. Les oeuvres exposées sont présentées comme des tableaux, accrochés classiquement aux murs blancs de l'espace muséal. Lorsque l'internaute clique sur les tableaux, une animation ou un image appartenant au mouvement Neen s'affiche soit sur la même page ou dans une nouvelle page. L'internaute peut également consulter des articles écrits sur l'événement. Le site, dans sa première version, permettait aux visiteurs de voter pour leur oeuvre préférée: «you can vote only once for each piece. assign a diamond for a piece you love, bones for the boring pieces and skulls for the terrible works» (http://www.manetas.com/eo/wb/w/index.htm).

Cherry, Paul; Morton, Chris: Googlism

Googlism, initiative de Paul Cherry et Chris Morton, n'est d'aucune façon affilié à Google.com (Google Inc), même s'il s'y alimente. Le principe de Googlism est simple: savoir ce que Google pense d'une chose, d'un lieu, d'une date, d'une personne. Pour ce faire, l'internaute est invité à entrer un mot quelconque et à sélectionner la sous-section appropriée («Who», «What», «Where», «When» ou «About»). Il peut également sélectionner un mot parmi les plus populaires, proposés sous chaque section. Googlism sélectionne ensuite dans Google toutes les occurrences du terme choisi qui sont suivies de «is». Par exemple, si l'internaute désire savoir ce que Google pense de Madonna, il inscrit Madonna et sélectionne la sous-section «Who». Les résultats auront tous la forme de «Madonna is ...». 

En 2004, Googlism était si populaire que Google a ajusté ses serveurs pour l'empêcher d'accéder à de nouvelles données. Le site fonctionne donc encore bien, mais il est impossible de trouver de l'informations sur des éléments qui se seraient inscrits dans le cyberespace après cette date.

Miltos Manetas, chef de file du mouvement Neen, considère le site de Cherry et Morton comme précurseur du Neen Art.

Carbonated Jazz: Ghost

Ghost présente un petit fantôme mauve et rose. En trame sonore, on entend des clameurs, des bruits de foule. À gauche de l'écran se trouvent sept onglets: "Sedated", "Drowsy", "Normal", "Adrenaline", "Psychotic", "Lethal" et "Silent". Lorsque l'internaute clique sur l'un de ces onglets, une séquence rythmique de batterie s'ajoute au bruit de fond. Bien sûr, la vitesse de cette séquence varie selon l'onglet sélectionné ("Sedated" étant le plus lent et "Lethal" le plus rapide). De plus, le fantôme s'anime et suit le rythme de la percussion en ouvrant et fermant la bouche à répétition. Ce faisant, il régurgite également des fiches (jacks). L'oeuvre s'inscrit dans la série d'oeuvres Neen de Carbonated Jazz (également connu sous le nom d'Alexander Chen).

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