2001

Larsen, Deena: Intruder

Intruder est un poème interactif de Deena Larsen à propos de la rencontre d'un promeneur et d'un oiseau protégeant son nid. Sur la page d'accueil, juste en bas du titre de l'oeuvre, une pastille portant l'inscription «Click to Disturb» est placée au centre de l'image. Lorsque l'internaute la survole de son curseur, l'inscription se transforme en «you crash in» – puis, au moment de cliquer, en «you intrude». En arrière-plan, on voit la photographie d'un colibri couvant ses oeufs.

L'oeuvre se divise ensuite en trois parties. Dans la première, les mots «Everything was still – waiting» sont inscrits à l'écran, immobiles. En arrière-plan, une pluie de phrases: «of what you almost saw», «of the silences you cannot see», «flitting by just under your radar», etc. Dans la deuxième partie, les mots «waiting – for you – to leave» sont répétés encore et encore, formant la silhouette d'un nid. Lorsque l'internaute survole ces mots du curseur de sa souris, d'autres phrases incomplètes apparaissent: «muscles in flight», «uncutting edges of», «or do you care», «dark memories», «never named it»... Finalement, dans la troisième partie, l'écran est avalé par un disque noir au centre duquel on lit l'inscription «Don't come back». Lorsque l'internaute clique sur cette inscription, il est automatiquement ramené à la page d'accueil de l'oeuvre.

Mouton, Alexander: Becoming and Being Unseen

Becoming and Being Unseen est une courte oeuvre d'Alexander Mouton qui explore sur un mode métaphorique les thèmes de la vie et de la mort, du cycle des naissances et des disparitions. Visuellement, l'oeuvre est composée de fragments photographiques animés avec lesquels l'internaute doit parfois interagir – en les agrippant pour les déplacer (click & drag), en les survolant du curseur de la souris ou simplement en cliquant. Le parcours de l'oeuvre est linéaire: si les actions de l'internaute sont nécessaires pour passer d'une séquence à l'autre, elles n'influencent pas l'enchaînement des différents segments.

En fond sonore, on entend une composition de John Hassell remixée par Alexander Mouton.

Mouton, Alexander: Passage

Passage est un étrange montage photographique réalisé par Alexander Mouton autour de la question du passage, du croisement, de l'au-delà: «a fantastic journey, crossing into the beyond...» [1] Le degré d'interactivité entre l'internaute et l'oeuvre est plutôt minimal. Après avoir activé l'oeuvre en cliquant sur son titre, l'internaute est invité à intervenir à deux autres reprises seulement: la première, dès la séquence d'ouverture, en cliquant sur une horloge pour passer à la séquence suivante; la deuxième, peu de temps après, en choisissant l'une des branches d'une étoile composée de cinq chemins qui s'entrecroisent. Notons toutefois que, peu importe le chemin choisi par l'internaute, les séquences subséquentes demeurent les mêmes - il s'agit d'un choix illusoire.

Passage est composé de plusieurs photographies qui suggèrent des atmosphères inquiétantes, des espaces de transition ou des espaces isolés. Les seules figures humaines, d'ailleurs peu nombreuses, sont présentées de dos; impossible de lire leurs visages. L'ambiance sonore renforce l'impression de malaise général dans laquelle esr immergée l'oeuvre. Lorsque la dernière séquence arrive à son terme, la fenêtre de visionnement se ferme d'elle-même aussitôt, laissant l'internaute devant un vide où l'oeuvre continue de le travailler par son absence soudaine.

 

[1] Inscription placée juste en-dessous du titre, sur la page d'accueil.

Holeton, Richard: Figurski at Findhorn on Acid

Figurski at Findhorn on Acid est un hypertexte de fiction postmoderne de Richard Holeton. On y suit les aventures de Frank "Many-Pens" Figurski, un ancien condamné de prison devenu hippie, qui se retrouve mêlé à une étrange chasse au trésor après avoir fait la découverte d'un cochon mécanique construit au XVIIIe siècle; l'automate serait en fait une clef pour comprendre l'organisation mathématique du cerveau humain, du monde et du temps. Ce récit d'Holeton mélange numérologie, Scientologie, culture populaire et espionnage dans une toile narrative complexe et éclatée où s'intègrent des questions adressées au lecteur (à la manière d'exercices pédagogiques absurdes), des courriels envoyés à l'auteur par ses propres personnages, une multitude de listes et d'articles encyclopédiques plus ou moins sérieux, de fausses publicités Internet, etc. Pour naviguer dans l'hypertexte, le lecteur peut simplement appuyer sur la touche Retour, ce qui lui permet d'accéder au parcours par défaut. Cependant, s'il s'agit de la meilleure technique pour effectuer une première lecture sans trop se perdre, celle-ci ne permet pas de profiter de toute la richesse du texte d'Holeton. Pour approfondir son expérience, le lecteur doit avoir recours aux hyperliens cachés dans le texte et aux outils de navigation proposés dans l'environnement Storyspace (historique de navigation, outils de recherche, carnets de notes, signets, tables des contenus).

Larsen, Deena; Hansen, Matté: Carving in possibilities

Carving in Possibilities est une œuvre Flash où l’internaute devient sculpteur, chaque mouvement de souris donnant forme au visage d’un David virtuel. Le dispositif revisite cette figure mythique de la Renaissance avec une part d'ironie et de philosophie, faisant se cotôyer des fragments textuels sur un mode fuyant et non linéaire et mettant ceux-ci en relation productive avec l'image. La multitude des phrases qui affluent à la surface de l'image lors de la manipulation offre une pluralité de trajets possibles pour arriver au résultat, la création du visage. L'expérience se répète ainsi dans la différence, bien que les phrases restent les mêmes et soient positionnées au même endroit.

L’œuvre débute avec l’apparition sur un air glauque d’un visage flou en tons de gris, et l’indication de bouger lentement la souris «to carve out your existence». Positionner le curseur sur la zone d’activation fait surgir le commentaire «And remember where you put your ghosts». Glisser ensuite la souris sur la surface de l'image fait affluer de courtes phrases — mots, pensées et questions, sujets à réflexion. Chaque mouvement génère un son saccadé qui évoque le martellement de la matière et précise les traits du David. Le parcours dure quelques minutes. À son terme, l’internaute est invité à sculpter de nouveau. Lorsqu’il procède, la mention «for another reality» survient. Au bas, un encadré offre l’option de sortir de l’œuvre. Lorsque l’on s'y positionne, l’avis «leaving all the other ghosts behind» apparaît, faisant disparaitre le carré pour un instant et incitant l'internaute à reconsidérer sa décision.

Les Causes Perdues: L'Atopie textuelle est une cause qui se perd

L'Atopie textuelle est une cause qui se perd est un projet ambitieux du collectif d'artistes Les Causes Perdues, formé d'Alain Martin Richard et de Martin Mainguy. L'oeuvre est à la fois dans le réel et le virtuel. Dans le réel, elle s'incarne sous la forme de quatre panneaux en aluminium, installés sur l'axe des points cardinaux sur une place publique de la ville de Québec. Un poème est inscrit sur leur surface, mais celle-ci est trouée, rendant la lecture impossible. Les trous sont organisés en forme de grille, sur les cloisons faisant 7 pieds X 17 pieds; en juxtaposant le point cardinal  correspondant au panneau, cela permet de leur assigner une coordonnée (par exemple, NE.7.11). Ces coordonnées sont liées à un palet de la grosseur d'une rondelle de hockey, équivalente à ce qui a été coupé et retiré du panneau. On y retrouve la partie manquante du poème sur une face et, sur l'autre, la coordonnée du palet et l'adresse du site de l'Atopie textuelle.

C'est à ce moment qu'entre en jeu la partie virtuelle de l'oeuvre. Lors de la cérémonie de lancement officiel de l'oeuvre au printemps 2001, chaque palet fut donné à un participant. Les preneurs devaient contribuer à l'oeuvre en fournissant un texte, un son, une image ou une vidéo. Ces participations furent alors mises sur le site Web du site et liées aux palets, suivant le système de coordonnées. Par la suite, les palets furent donnés à d'autres personnes, qui devaient à leur tour contribuer à la «vie» du palet, en inscrivant sur le site où il était rendu et en contribuant à leur tour sous forme électronique. Le site Web garde ainsi la trace du voyage de chaque palet, sous la forme d'une carte du monde et d'une ligne temporelle où l'on peut voir chacune des participations individuelles.

Ayant comme objectif de leur faire faire le tour du monde, les artistes prévoyaient que les palets commenceraient à revenir au Québec autour de 2006. C'est à ce moment qu'ils seraient remis en place sur le panneau, permettant au poème de se dévoiler petit à petit. En date d'octobre 2011, un seul des palets était revenu. Mais, comme l'indique les noms de leur oeuvre et de leur collectif, les artistes ne se sont jamais attendu à ce que les palets reviennent. L'irréalisable fait donc partie intégrante de l'oeuvre.

Il est à noter que l'oeuvre gagna un concours provincial pour l'aménagement de la Place de l'Université, dans le centre de la ville de Québec. Inaugurée en 2003, cette place fut en fait aménagée en fonction de l'oeuvre, rare précédent pour une création en ligne. Un ordinateur réservé uniquement à la navigation sur le site de l'oeuvre fut aussi placé à la bibliothèque Gabrielle-Roy jusqu'en 2006.

Mazzella, Marcello: Bodydrome

Bodydrome explore la biotechnologie et ses répercussions sur l'être humain par l'utilisation de la métaphore de l'aéroport comme rampe de lancement des technologies affectant le corps. Après une brève animation présentant un humain couché, entouré d'avions et ayant une tour de contrôle sur le sexe, l'internaute est plongé à l'intérieur de la cage thoracique, qui se présente alors comme un couloir d'aéroport. On y retrouve des côtes et des vertèbres qui jouent le rôle de portes d'embarquement. Au nombre de huit, elles amènent l'internaute à se déplacer à travers des tableaux éclatés et hétéroclites, touchant aux thématiques de l'utilisation des biotechnologies sur les êtres vivants. La plus utilisée des métaphores est celle de l'avion, représentant le concept de l'artificiel, élément récurrent dans presque tous les tableaux. 

Letterscapes, Peter Cho

Letterscapes est une série de 26 tableaux poétiques ou «paysages animés» créés par l'artiste Peter Cho. Chaque tableau présente une des lettres de l'alphabet qui se déplace et subit différentes mutations en fonction des mouvements de la souris de l'internaute, rappelant les procédés de la poésie cinétique tels qu'on les retrouve aussi chez Brian Kim Stefans. Pour sélectionner un tableau, l'internaute doit cliquer sur la lettre de son choix dans l'interface principale, constituée des 26 lettres de l'alphabet tournant tranquillement sur un fond bleu foncé, un peu à la manière d'étoiles dans le ciel. Il est possible de revenir à cette interface en tout temps en cliquant sur le cadre des «paysages animés» de Cho.

Loyer, Erik: Chroma

Chroma est une réflexion en plusieurs chapitres sur la transposition des inégalités raciales dans l'espace virtuel. Erik Loyer explore cette thématique à travers le récit fictionnel de la migration des habitants de la terre vers un nouveau mnemonos virtuel, construit à l'image du mnemonos génétique primordial contenu dans la moelle osseuse. Ce récit est narré en grande partie par le Dr. Anders, découvreur de ce nouveau mnemonos, et Orion, militant en faveur de la création de corps virtuels divisés en fonction de groupes raciaux pour réguler les relations sociales à l'intérieur du mnemonos virtuel.

L'internaute navigue d'un segment à l'autre de l'oeuvre à l'aide d'un menu apparaissant à la fin de chaque chapitre. Ceux-ci sont constitués d'une trame sonore narrative (voix enregistrée), de musique et d'images animées que l'internaute peut parfois manipuler en déplaçant son curseur ou en faisant glisser certains éléments (click & drag).

Manetas, Miltos: Piracy: yes or no?

Avec Piracy: yes or no?, Manetas conteste les concepts de propriété intellectuelle et de copyright. Selon l'artiste, «l’information est aujourd’hui partie intégrante de notre organisme, elle est littéralement "installée" dans notre cerveau, et l’on ne peut l’effacer sur demande. C’est pourquoi nous avons le droit de posséder l’information qu’on nous projette: nous sommes en droit d’être maîtres de nous-mêmes!» [1] Et avec ce droit à l'information vient, forcément, le droit de reproduction et de réutilisation. Ainsi, pour Manetas, le «bien commun» qu'est Internet devrait être libre de tout brevet. À chacun la liberté de copier ou de ne pas copier. 

Manetas, qui applique rigoureusement cette philosophie à ses propres créations [2], désirait connaître la position de ses amis et collègues du monde artistique contemporain sur le sujet. Il a alors lancé, en 2001, une première version de iamgonnacopy.com, hébergée au http://manetas.com/iamgonnacopy/index2001.htm. Le site prend la forme d'un sondage très simple: pour ou contre la piraterie artistique [3] («I agree, no copyright ou intellectual proprety» ou «I disagree, copyright and intellectual property please!»). Les noms et les titres (designer, artiste, architecte, Web designer, écrivains, etc.) de ceux invités à répondre à la question sont alignés sous leur prise de position respective. À l'époque, 138 personnes avaient répondu à l'appel (96 en faveur du piratage et 42 contre).

En 2010, Manetas a décidé de réitérer l'expérience. Cette fois-ci, il a joint à sa réflexion un logo, une animation et un manifeste traduit en 6 langues (dont la version française est transcrite ci-bas). La question de ce second sondage allait comme suit: «We copy, we share, we agree with piracy» versus «We don't copy, we don't share, we don't agree». Sur un total de 48 répondants, 43 étaient pour et 5 contre. 

[1] MANETAS, Miltos (08/2010) «Piracy Manifesto». En ligne: http://www.piracymanifesto.com/ (consulté le 24 mai 2011) Reproduit ci-bas dans la section Notes.

[2] Miltos Manetas est, en quelque sorte, le chef de file d'un mouvement de net.art s'appelant le Neen Art. Toutes les oeuvres s'inscrivant sous la bannière Neen sont libres de droits d'auteurs.

[3] Il faut différencier piraterie et piratage (informatique, bien souvent) qui est couramment désigné sous le terme de «hacking».

Mencia, Maria: Birds Singing Other Birds' Songs

Birds Singing Other Birds' Songs est une exploration de Maria Mencia sur le thème de la traduction. À l'écran, l'internaute voit des nuages qui défilent et une suite de 13 contrôles permettant d'activer et d'arrêter 13 séquences différentes. Chaque séquence est composée de la silhouette animée d'un oiseau traversant le ciel accompagnée de son chant. Or, le chant de l'oiseau est en fait l'enregistrement d'une voix humaine imitant celui-ci, et la silhouette est elle-même composée de lettres se donnant à lire comme la transcription de ce même chant. Plusieurs séquences peuvent être activées simultanément. Notons que cette oeuvre de Mencia a aussi été présentée en installation, notamment à La Havane (Cuba) et à Medway (Royaume-Uni).

Jon Ingold, All Roads

All Roads est un hypertexte de fiction développé en Z-code par l'auteur Jon Ingold. L'utilisateur peut parcourir l'oeuvre directement à partir de la Z-machine en ligne Parchment ou, s'il dispose déjà d'une Z-machine sur son ordinateur, télécharger l'hypertexte sur le site d'ELO (Electronic Literature Organization). Pour progresser dans le récit, l'utilisateur doit entrer des commandes simples dans l'interface de visualisation - par exemple: "look", "walk", "talk", "fight", "take"... Il doit aussi spécifier à qui ou à quoi l'action est liée ("look at the door", "take the key", etc.). Si le système peut d'abord paraître déconcertant pour un utilisateur habitué à la logique des hyperliens cliquables, ces Z-commandes sont conçues de manière très instinctive et s'apprivoisent rapidement.

Le récit d'Ingold se déroule dans la Venise des doges, au XVIe siècle. L'utilisateur est invité à se glisser dans la peau d'un assassin engagé par un mystérieux groupe de Résistance, lui-même aux prises avec un sérieux problème de trahisons internes. Or, l'assassin d'Ingold n'est pas un assassin ordinaire; il a le pouvoir de voyager dans le temps et dans l'espace à partir de failles noires pouvant apparaître à tout moment - ce qui lui permet de sauver sa peau in extremis à plusieurs occasions. Mais pour qui travaille-t-il réellement? Qui sont ses alliés? De quel(s) côté(s) viendra la trahison? Notons que les choix de l'utilisateur n'influencent toutefois pas beaucoup le déroulement du récit, qui finit toujours par revenir sur la "bonne" voie.

Syndiquer le contenu