1999

Wylde, Nanette: Descriptors

Descriptors est une oeuvre de Nanette Wylde d'abord créée en 1999 pour une exposition à San José, en Californie. La version originale, programmée sur Director, permettait de générer aléatoirement des descriptions à partir d'une banque de 750 mots. La version disponible en ligne, réalisée en 2011, est entièrement reprogrammée en Flash et utilise une banque de 2800 mots et 9 structures descriptives différentes.

L'internaute ne peut interagir avec l'oeuvre. Les descriptions défilent sans fin, à des rythmes variables, sans qu'aucune intervention ne soit nécessaire. Les descriptions s'appliquent potentiellement toutes à des êtres humains et proposent des identités souvent loufoques, telles que «street artist & general laborer», «co-pilot & brain surgeon» ou «uptight plastic surgeon».

Carpenter, J.R.: Notions of the Archival in Memory and Deportment

Notions of the Archival in Memory and Deportment est une oeuvre hypermédiatique linéaire de J.R. Carpenter rassemblant plusieurs pensées sur les effets de la technologie sur le cerveau humain. L'œuvre est divisée en trois sections: «In the era of forgetfulness and wonder», «Situations of the amassed» et «What part of me can safely house absence».

La première section se penche sur l'émerveillement et l'inconfort qu'amène l'usage des technologies de l'information et de la communication. La deuxième traite des limites humaines que cet usage permet de repousser. La troisième se questionne sur le rôle du cerveau humain une fois que celui-ci s'est fait départir de ses tâches principales par la technologie et qu'il devient de plus en plus obsolète.

La navigation dans l'oeuvre est fort simple: chaque page contient une image ou un texte écrit sur un logiciel de traitement d'image. Un simple clic sur l'élément actif suffit pour passer à la page suivante.

Sollfrank, Cornelia : NAG - net.art generator

Le NAG – net.art generator est un projet initié par Cornelia Sollfrank, une artiste conceptuelle féministe allemande. Le projet s'est échelonné de 1999 à 2003 et regroupe le travail de six programmeurs. Chacun d'eux était invité à créer un générateur de net.art; les générateurs nag_01, nag_03 et nag_05 sont des oeuvres individuelles, alors que le générateur nag_04 est le fruit d'une collaboration entre deux participants. Le but était de laisser l'ordinateur créer une pièce d'art en empruntant des données et images existant sur le Web, en suivant des algorithmes écrits dans le langage de programmation Perl. Aujourd'hui, seuls le nag_04 – moiNAG The Dada Generator et le nag_05 – THE IMAGE GENERATOR sont encore disponibles sur la Toile. Cependant, tous les codes sources des générateurs (sauf celui du nag_02) sont accessibles sur le site dans la section «Source Code».

Le projet a été présenté à l'intérieur de plusieurs expositions en Allemagne depuis 2003. D'ailleurs, Sollfrank a rédigé un livre sur le NAG et autres pratiques artistiques du net.art, paru en 2006.

Yenz : The Secret Garden of Mutabor

The Secret Garden of Mutabor est une petite aventure interactive où l’internaute est invité à sauver, comme le titre l’indique, le jardin secret de Mutabor. Pour ce faire, il doit voyager dans les huit tableaux de l'oeuvre où il rencontre divers personnages qui lui donneront des indices. Ces derniers permettront de trouver les clés qui ouvrent les portes du jardin et ainsi de le sauver d’un destruction certaine. Par rapport à l’esthétique et au ton du site, particulièrement enfantins, la finale est surprenante et noire: on y voit la Terre exploser, accompagnée du texte «How could you believe you could save the world».

L'oeuvre a gagné plusieurs prix en 1999 pour son usage de la technologie Flash (par exemple, usage de la fonction zoom à même l'oeuvre).

John Cayley: windsound

windsound est une oeuvre de John Cayley initialement conçue sur HyperCard. Les utilisateurs possédant un environnement Mac Classic peuvent télécharger la version originale de l'oeuvre sur le site de l'artiste; sinon, une version QuickTime de 23 minutes est hébergée par l'Electronic Literature Organization (il s'agit de l'enregistrement d'une des performances de windsound).

windsound présente un récit composé de plusieurs noeuds qui se fondent les uns dans les autres selon une séquence de morphing textuel lettre par lettre, générée par ordinateur. Chaque noeud n'apparaît dans sa version «pure» que pendant un très bref moment. Tout au long du processus de morphing, trois voix de synthèse alternent pour lire les mots qui se forment à l'écran. S'il est parfois possible de faire sens de ce discours, les voix sont la plupart du temps réduites à énoncer des séries de lettres sans signification.

Le récit de windsound, de facture plutôt impressionniste, s'articule autour des activités d'une poignée de personnages réunis dans un hôtel par un soir d'orage. Les pensées d'insomniaques et les extraits de livres lus à la chandelle se mêlent aux bruits du vent et au roulement continu du tonnerre, occupant l'espace sonore de l'oeuvre.

Fry, Ben : Valence

Valence est une représentation du roman The Innocents Abroad de Mark Twain. En fait, l'oeuvre lit et affiche les mots de l'ouvrage un par un et dessine les liens qui les unissent avec ceux qui les précèdent et ceux qui les suivent dans une phrase. Plus un mot apparaît souvent, plus il est placé vers l'extérieur de la représentation sphérique afin de pouvoir visualiser plus facilement les liens qu'il tisse avec les autres. Bien entendu, de nouveaux mots apparaissent au fil de la «lecture», et ceux qui sont peu utilisés disparaissent en fonction du nombre limite de mots pouvant être affichés. Il est possible de faire tourner la sphère afin de pouvoir mieux visualiser les mots affichés.

L'oeuvre disponible en ligne est une version simplifiée de l'oeuvre finale, exposée lors de la biennale de Whitney en 2002. Cette version plus complexe de l'oeuvre utilisait les génomes de l'ADN afin de porter la réflexion sur l'affichage de l'information vers la représentation d'un code génétique complexe.
 
On retrouve Valence à l'intérieur de deux films hollywoodien, Minority Report (2002) et Hulk (2003).
Benjamin Fry: Anemone

Benjamin Fry est un consultant Web qui, lors de ses études au MIT, a exploré la structure interne des sites Web. Anemone est l'une de ses explorations et affiche  le trafic en temps réel d'un site Web donné. Cependant, au lieu de générer des statistiques de navigation comme le ferait une application traditionnelle, l'oeuvre fait apparaître chaque page du site analysé comme un noeud. Fry veut faire voir la «vie» d'un site, faisant apparaître et disparaître les différents noeuds au fil de leur usage par les visiteurs du site en question. Ces noeuds, lorsqu'utilisés (activation d'un hyperlien par un visiteur du site), dessinent une branche de l'un vers l'autre, affichant ainsi le chemin parcouru par l'internaute. Plus une certaine branche est utilisée, plus elle devient épaisse. Au fil de la construction de l'arborescence de navigation du site Web, des lignes orange se dessinent, montrant les parcours les plus utilisés. Il est aussi possible de cliquer sur les noeuds, afin de faire apparaître les pages Web qu'ils représentent, ainsi que de les déplacer afin de personnaliser l'arborescence créée.

L'oeuvre disponible en ligne est en fait une reprise de l'ancien site où elle était hébergée (qui est fermé) et présente la navigation à une date antérieure, en 2005. Cependant, il est possible de communiquer avec l'artiste afin d'utiliser l'applet sur son propre site. Le code source de l'oeuvre est même disponible à l'intérieur de son livre Visualizing Data.

Tomasz, Konart: My Family

My Family de Tomasz Konart est une œuvre littéraire hypermédiatique chroniquant l’histoire d’une famille fictive, sous la forme d'un album de photographies en ligne. L’œuvre se divise en trois volets. Le premier est accessible par le bouton «play». Il s'agit d'un générateur de récits fonctionnant par choix de mots-clés aléatoires. Une structure d’histoire prédéterminée — nouvelle à chaque fois — propose au visiteur cinq choix pour la création du récit. Le deuxième volet, accessible par le bouton «enter», invite l’internaute à écrire le nom d’une personne et à choisir une année dans une liste déroulante. Une photo d’époque et une légende créée à l’aide du nom préalablement entré apparaissent, donnant l’illusion de feuilleter un album de photographies anciennes. Le troisième volet est accessible par une ligne du temps, située sous la fenêtre principale, où le nom des mois de l'année apparaissent dans le désordre. Cliquer sur l’un d’entre eux amène sur une fenêtre où récit, photographies et navigation interactive s’unissent pour suggérer la mémoire d'un évènement précis. Au bas de la page, on retrouve un index de corps célestes.

Joy, Jérôme: nocinema

nocinema est une application créée par Jérôme Joy permettant de générer des films de "documentaire/fiction" [1] à l'aide d'images captées en temps réel par des webcams dispersées dans le monde. Lorsque l'internaute active nocinema, la date et l'heure apparaissent à l'écran. Les images captées par les webcams se succèdent alors au hasard, avec de faux travelings et autres effets cinématographiques issus du processus de montage en ligne. La trame sonore est quant à elle le fruit d'une collaboration entre plusieurs artistes de la France, du Canada et du Japon: à partir d'une banque de sons régulièrement mise à jour par les collaborateurs de Joy, nocinema mixe en temps réel une trame inédite pour chaque nouveau film généré. L'internaute est invité à faire lui-même sens du film ainsi créé, cherchant dans la juxtaposition accidentelle des sons et des images les traces imaginaires d'une possible narration.

Le site de nocinema offre une variété de ressources pour comprendre le projet: historique de l'aventure nocinema, textes techniques, carte des webcams, mini-site wiki (F.A.Q., liste des performances, hypothèses de travail, etc.)... L'internaute peut accéder à la version nocinema actuelle, générant des films en temps réel avec images et sons; à des "interludes", composés de montages retravaillés par Joy et ses collaborateurs; au nocinema radiomix, offrant la possibilité de manipuler le montage sonore à l'aide d'une console de quatre pistes, tous collaborateurs confondus; et au nocinema audiomix, une seconde console de montage sonore permettant quant à elle de travailler à partir des extraits fournis par un seul collaborateur à la fois, les extraits étant divisés en différents "sets" identifiés par les initiales de chacun.

[1] Voir la section "about". En ligne: http://nujus.net/~nocinema/htmljs/info/info.html (consulté le 26 juillet 2011)

Wittig, Rob; King, Patric; Valicenti, Rick: The Fall of the Site of Marsha

The Fall of the Site of Marsha est une fiction hypermédiatique racontant la descente de Marsha, une femme de 42 ans qui s'est tournée vers les croyances Nouvel Âge après avoir perdu son père et son emploi. L'internaute peut reconstituer l'histoire de cette descente à travers trois versions différentes du site personnel de Marsha, consacré aux Anges du choeur des Trônes. Chaque version illustre un des trois stades de la colère des Anges: au début, leurs interventions sont limitées au forum. Ensuite, ils se mettent à réécrire les textes de Marsha et à révéler ses plus noirs secrets. Finalement, ils prennent entièrement le contrôle du code et déconstruisent le site en profondeur... En effet, la représentation "gentille" des Anges du choeur des Trônes en Anges Gardiens bienveillants, à des lieues de leur fonction théologique réelle, est loin de leur plaire. Offensés par les péchés de Marsha, ils décident de se manifester, rappelant leur caractère avant tout redoutable: "you have no IDEA who you're fucking with [1]." Les trois versions du site de Marsha qui constituent l'oeuvre reprennent l'esthétique des sites personnels à la GeoCities, particulièrement associée aux débuts du Web. Les pages regorgent de petites illustrations kitsch (incluant la photo d'un chihuahua déguisé en ange), de GIFs animés et de textures répétitives. L'internaute y navigue à l'aide d'hyperliens identifiés dans le texte.

[1] http://www.robwit.net/MARSHA/Summer/index.html

Dan Shiovitz: Bad Machine

Bad Machine est une oeuvre de Dan Shiovitz à mi-chemin entre l'hypertexte de fiction classique et le jeu vidéo. Dans un monde entièrement peuplé de machines, l'utilisateur est invité à se glisser dans la peau du Mover #005, un travailleur robotisé victime d'une défaillance de programme qui l'autorise temporairement à contrôler ses actions. Amené dans les hangars de réparation, il doit trouver le moyen de s'échapper avant d'être reprogrammé par les Fixers et réintégré à la force de travail, à l'état de légume bien dompté dépourvu de volonté propre.

Cette oeuvre de Shiovitz est codée en TADS (Text Adventure Development System) et nécessite l'utilisation d'une Z-machine pour être interprétée. L'utilisateur peut jouer directement en ligne grâce au logiciel-interprète Jetty ou télécharger le jeu sur le site d'ELO s'il dispose déjà d'une Z-machine sur son ordinateur. Pour progresser dans l'intrigue, l'utilisateur doit utiliser des commandes textuelles qu'il saisit directement dans l'interface de jeu - par exemple: TRANSMIT, INDEX, STATUS, ATTACH, EXITS, SYSTEM, etc. Ces commandes permettent de contrôler les actions du Mover #005 et d'explorer l'environnement créé par Shiovitz.

Il est à noter que, dans Bad Machine, Shiovitz mélange constamment langage courant et langage de programmation informatique, demandant un investissement accru de l'utilisateur pour parvenir à décoder le récit.

Museum Meltdown, Palle Torsson et Tobias Bernstrup

Après deux premiers essais de détournement du jeu vidéo Duke Nukem, Palle Torsson et Tobias Bernstrup s'intéressent cette fois à Half-Life pour reproduire l'expérience muséale sanglante de leur série Museum Meltdown. Ce troisième épisode de la série a été présenté au Moderna Museet à Stockholm en Suède. C'est d'ailleurs dans ce musée que le joueur avance pour tuer tous les ennemis sur son passage. Une version téléchargable est disponible pour reproduire chez soi cette virée meurtrière au musée. 

Syndiquer le contenu