États-Unis

LeMay, Eric: Losing the Lottery

Losing the Lottery est une oeuvre d'Eric LeMay qui s'intéresse à la loterie américaine à partir de plusieurs angles différents: statistiques, histoire, impact social, anecdotes personnelles, faits divers, etc.

La première page de l'oeuvre montre 49 boules numérotées comme pour un tirage. On demande à l'internaute de cliquer sur 6 d'entre elles, qui forment alors son numéro de mise. Dès que les 6 numéros sont sélectionnés, l'internaute accède à l'interface de navigation principale, divisée en deux parties. L'oeuvre est constituée de 49 fragments textuels, qui apparaissent à la gauche. Le premier fragment, qui constitue un genre de texte d'introduction, est le seul à être attribué à une position fixe. Les 48 autres se réorganisent aléatoirement à chaque visite. Au bas du texte, des flèches permettent d'avancer ou de reculer d'un fragment à l'autre. Sur la droite, l'internaute peut voir son numéro de mise. Tout juste en-dessous, une série de numéros gagnants défilent, générés aléatoirement plusieurs fois par seconde. Encore plus bas, les statistiques concernant les gains fictifs de l'internaute sont compilées: gains de 2$ (3 numéros), de 70$ (4 numéros), de 1 500$ (5 numéros) ou de 24 600 000$ (6 numéros); total des gains; total des mises (1$ par mise). Comme les systèmes de calcul des gains et de tirage sont les mêmes que ceux utilisés notamment par la loterie classique d'Ohio et par celles de New York, de l'Oregon et du Texas, l'internaute peut voir les coûts réels du jeu – et constater à quel point gagner est improbable.

Le ton général de l'oeuvre est doux-amer, Eric LeMay s'attardant longuement à la question des presque gagnants, de ceux qui sont passés à deux doigts du gros lot, et à leur déception, leurs angoisses, leurs espoirs. Jouer à la loterie, selon LeMay, est essentiellement une question d'apprendre à perdre, encore et encore et encore.

Canyonlands: Edward Abbey In the Great American Desert est un projet développé par l’anthropologue et cinéaste Roderick Coover. Il s’agit d’un documentaire explorant la pensée et l’héritage d’Edward Abbey (1927-1989), un écologiste qui dédia sa vie à la préservation du Canyonlands National Park, en Utah. À travers une série d’entrevues avec des proches d’Abbey, de documents d’archives (lettres, cartes, photographies, etc.), de lectures de textes écrits par l’écologiste, de vignettes informatives et de graphiques statistiques de toutes sortes, l’internaute est ainsi invité à découvrir l’histoire du parc de Canyonlands des années 1950 jusqu’à aujourd’hui. Celle-ci est marquée par l’urbanisation de ses zones périphériques, par la construction sauvage de routes et de barrages, par la destruction de quelques-uns de ses plus beaux monuments naturels et par l’exploitation minière croissante de ses sols. Canyonlands témoigne des luttes qui ont été menées et perdues mais aussi des petites victoires, posant un regard lucide et impitoyable sur le mode de vie américain et sur ses conséquences sur l’environnement. Il s’agit d’une œuvre écologiste profondément idéologique, épousant de près la philosophie de résistance anarchiste d’Abbey.

Formellement, l’œuvre est constituée d’un long panorama divisé en 21 segments. Ce panorama, développé à partir de la métaphore de la carte, suggère les contours des canyons tant affectionnés par Abbey. Pour naviguer latéralement entre les différents segments, l’internaute n’a qu’à utiliser les deux flèches situées de part et d’autre de l’écran. Il est aussi possible de simplement passer par le menu placé sur la gauche, où chaque segment est identifié par un numéro renfermant un lien cliquable. Sur la carte servant d’interface de navigation, cinq types d’icones permettent d’activer des types de contenus différents: des documents produits par ou à propos d’Abbey, des vidéos basées sur les écrits d’Abbey, des entrevues avec des proches de l’écologiste, des vidéos d’archives et des textes secondaires. Les textes secondaires apparaissent dans des vignettes lorsque l’internaute survole du curseur de sa souris les icones qui leur sont associées; l’activation des autres types de contenus se fait quant à elle en cliquant sur les icones concernées. Les vidéos en cours de lecture apparaissent au centre de l’écran et aucun contrôle ne permet d’en interrompre le visionnement, d’avancer ou de reculer. En fait, une vidéo lancée ne pourra être interrompue avant terme que si l’internaute active un autre contenu audiovisuel ou passe à un autre segment du panorama. Une fonction de lecture automatique permet de visualiser dans l’ordre tous les contenus vidéo, sans avoir à les activer soi-même. Cette fonction est conçue pour offrir un premier survol d’environ 60 minutes de l’ensemble de l’œuvre. Toutefois, pour accéder aux contenus audio seulement (sans vidéo) et aux autres textes et pièces d’archives secondaires, l’internaute doit à tout prix désactiver la lecture automatique pour naviguer par lui-même dans le panorama.

Roderick Coover a pensé Canyonlands comme un documentaire cinématographique panoramique interactif, forme filmique qu’il a baptisée «cinemascape». Il s’agit en fait de sa deuxième expérimentation avec cette forme nouvelle, ayant produit Voyage Into the Unknown un an auparavant. Il est à noter que Roderick ne se détache toutefois pas encore tout à fait du documentaire classique dans sa conception de Canyonlands, ayant produit parallèlement une version filmique plus traditionnelle de son documentaire, destinée à être projetée en salles. Il n’en demeure pas moins que le développement du «cinemascape» représente une avenue intéressante pour penser l’avenir du documentaire interactif sur le Web, utilisant la métaphore de la carte pour questionner le processus de lecture. Comme l’affirme Coover à propos de son expérience du désert, au cœur de Canyonlands:

Walking in the desert constantly offers a set of choices and one needs to be aware of the signs in the moment, and paths usually aren't really visible. This makes his experience quite different from hiking along marked trails and wooded mountain tops. Walking becomes a creative experience and, in a way, it becomes a readerly process, too. [1]

Bref, cette approche géographique, où l’internaute «marche» ou «parcourt» le documentaire peut-être davantage qu’il ne le «visionne» au sens classique du terme, offre un regard très différent sur la pratique du documentaire Web, souvent associée à l’école ONF (Code Barre, PIB, Qui nous sommes, etc.) faisant la part belle aux interfaces blogue et aux index classiques de types alphabétiques ou autres, ou à l’archive simple, façon La cité des mortes. Thème, contenu et forme s’entrecroisent, se mélangent, l’un devenant l’image de l’autre, et vice versa.

 

[1] Coover, Roderick (2010) «Roderick Coover, Larry McCaffery, Lance Newman and Hikmet Loe: A Dialogue about the Desert», Electronic Book Review. En ligne: http://www.electronicbookreview.com/thread/criticalecologies/ecoconnected (consulté le 27 juin 2012)

Baker, Greenspan, Lacher, Loffredo: The Likeable Constitution

Comme son nom l'indique, The Likeable Constitution propose une version interactive de la Constitution américaine où il est possible d'«aimer» (ou «liker») chacun des amendements pour les partager sur Facebook. L'interface est plutôt simple: sur la page d'accueil, les amendements les plus «aimés» apparaissent en ordre de popularité. Un bouton «Like» à côté de chaque amendement permet de les «aimer» à son tour et de voir combien d'utilisateurs au total les ont jusque là partagés sur Facebook. En haut de la page, des fonctions situées dans une barre bleutée permettent de naviguer dans la Constitution en choisissant de consulter le Bill of Rights original, les amendements ou la Constitution dans son entièreté. Une seconde barre de menu, située juste sous la première, sert quant à elle à classer les amendements par ordre de popularité, pour tous les utilisateurs ou pour les utilisateurs de l'État américain de son choix.

Il est à noter que le ton général de l'oeuvre est plutôt humoristique, comme en témoigne son accroche: «Spreading, and ranking, what makes America the greatest country on the web – one wall post at a time.»

Voyage Into the Unknown, Roderick Coover

Voyage Into the Unknown est un documentaire interactif conçu par Roderick Coover et traitant de la première expédition d'exploration menée sur la rivière Colorado, en 1869. Coover y invite l'internaute à se glisser dans la peau de Mr. Bradley, un des membres de l'équipe de l'explorateur John Wesley Powell. L'oeuvre se présente comme une très longue carte de la rivière Colorado, sur laquelle se superposent parfois des photos plus récentes de ses berges. Sur cette carte, des icônes servent à marquer les découvertes de Powell ou à renvoyer l'internaute vers des extraits des journaux tenus par les différents membres de l'expédition. L'internaute peut utiliser les flèches rouges situées de part et d'autre de l'écran pour faire dérouler la carte ou encore se servir du menu placé sur la gauche pour passer directement à l'un ou l'autre des 20 segments de l'oeuvre. Deux icônes plus massives, situées dans les segments 18 et 20, donnent accès à des réflexions plus contemporaines sur l'expédition de Powell et ses contributions réelles à l'histoire américaine.

Andrews, Jim: The Club

The Club est une oeuvre de Jim Andrews créée à l'aide de son logiciel dbCinema. The Club consiste essentiellement en une animation de 59 min 39 s où les visages de 17 hommes célèbres se fondent les uns dans les autres, créant des figures hybrides. Ces hommes célèbres sont des politiciens, des hommes d'affaires et des psychopathes américains et canadiens qui ont marqué l'imaginaire médiatique des 30 dernières années: Ronald Reagan, Brian Mulroney, Conrad Black, Patrick Bateman (seul personnage fictif du groupe), Jeffrey Dahmer, Paul Wolfowitz, Dick Cheney, Donald Rumsfeld, George W. Bush, Andrew Fastow, Jeffrey Skilling, Bernard Ebbers, Dennis Kozlowski, Joseph Nacchhio, Bernie Madoff, Stephen Harper et Russell Williams. Andrews les présente comme étant tous coupables d'au moins un crime méritant condamnation - délits d'initiés, fraudes fiscales, agressions militaires contre d'autres pays, meurtres en série, etc. Sur la gauche, une liste de ces 17 personnalités permet à l'internaute d'accéder aux pages qui leur sont dédiées sur Wikipédia. Dans le coin inférieur gauche, un lien renvoie vers une galerie photo dynamique sur dbCinema de différents portraits hybrides créés par Andrews.

Wardrip-Fruin, Noah; Durand, David; Moss, Brion, Froehlich, Elaine: Regime Chang

Regime Change est un outil de manipulation de texte qui permet de générer des textes hybrides à partir du premier article officiel de 2003 faisant état des bombardements en Irak et du Rapport de la Commission Warren sur l'assassinat de J. F. Kennedy, produit quarante ans plus tôt. Lorsque l'utilisateur active le programme de l'oeuvre, une fenêtre dans laquelle on peut lire l'article de 2003 apparaît. Certains mots y sont soulignés en bleu; en cliquant sur ceux-ci, l'utilisateur provoque l'ouverture de nouvelles fenêtres où sont présentés au hasard des passages du Rapport de la Commission Warren commençant par ces mêmes mots. Aussi, chaque nouvelle fenêtre qui s'ouvre contient elle-même des mots en bleu cliquables permettant de générer de nouveaux montages de fragments textuels... Parallèlement, les manipulations de l'utilisateur entraînent des modifications dans le texte de l'article de 2003, affiché dans la première fenêtre: au fur et à mesure que les fenêtres s'ouvrent, des passages sont remplacés par d'autres empruntés ailleurs, détournant leur sens initial. Regime Change propose ainsi une réflexion intéressante sur la manipulation des faits et la désinformation dans les communications officielles du gouvernement américain.

Lacher, Mike: Mayors of the Waffle House

Mayors of the Waffle House est une oeuvre humoristique de Mike Lacher qui présente les listes, pour chaque état américain, des personnes visitant le plus souvent les succursales de la chaîne de restaurants familiaux Waffle House selon l'application pour téléphones portables Foursquare.

Foursquare est une application qui permet à ses utilisateurs de signaler les lieux qu'ils visitent et de laisser leurs commentaires pour les autres utilisateurs. Il est de même possible grâce à Foursquare d'accéder à des cartes virtuelles (géolocalisation) signalant les points d'intérêts dans l'entourage de l'utilisateur. Un utilisateur de Foursquare qui visite plus souvent que les autres un lieu en particulier (commerce ou autre) est nommé "maire" de l'endroit, ce qui lui donne parfois accès à des rabais spéciaux - d'où l'appellation de "maires de Waffle House" pour les individus présentés sur le site de Lacher.

Le fait d'avoir choisi de répertorier les "maires de Waffle House" est cependant tout à fait loufoque. Pourquoi s'intéresser à cette chaîne de restaurants fondée en 1955, dont l'un des slogans est "Friends don't let friends eat pancakes"? Le site de Lacher reprend d'ailleurs l'esthétique franchement kitsch et de mauvais goût de la chaîne Waffle House: faux bois, lettres noires dans des carrés jaunes, style rétro... Si le but de Foursquare est de connaître les bonnes adresses, les endroits branchés à fréquenter, que signifie en effet d'être nommé "maire de Waffle House"? L'internaute est en droit de se demander si le "tableau d'honneur" de Lacher n'est pas un "tableau du déshonneur", l'antithèse même du cool, révélant du coup le sort des losers des nouveaux réseaux sociaux.

The Smell of Roses at Night: Harris, Ian; Tijssen, Remon

The Smell of Roses at Night est la remédiatisation par l'artiste Remon Tijssen d'un poème de Ian Harris. Le poème d'Harris propose une réflexion sur la lumière, l'art et le cosmos. Pour visualiser le poème, l'internaute doit faire tourner une flèche autour d'un cercle formé de points blancs sur fond noir. Lorsque l'internaute fait tourner la flèche dans le sens des aiguilles d'une montre, le texte apparaît lettre par lettre; si l'internaute fait tourner la flèche en sens inverse, le texte disparaît de la même manière. De plus, le passage de la flèche laisse tout autour du cercle des lumières diffuses et multicolores, ressemblant à des galaxies lointaines. Une version texte du poème (html) est aussi disponible.

Tiltfactor: LAYOFF

LAYOFF est un jeu vidéo éducatif et engagé produit par la compagnie Tiltfactor. L'objectif du jeu est d'effectuer des mises à pied d'employés afin d'alléger le fardeau économique des employeurs en temps de crise économique. Le système du jeu fonctionne à la manière des nombreux jeux de puzzle où l'interface présente des objets de plusieurs couleurs et où le joueur doit, en interchangeant la position de ces objets, créer des séries de trois objets de la même couleur afin de les faire disparaître.

La particularité de LAYOFF tient au fait que les objets en question sont des travailleurs américains, issus de différents secteurs économiques; la réussite d'une série d'alignement précipite ces travailleurs vers un bureau de chômage. Le pointage de la partie est calculé en montant d'argent "sauvé" par les mises à pied. Notons également que des banquiers se glissent dans l'interface de jeu, et qu'il est impossible de les faire disparaître; comme le jeu l'explicite, les banquiers ne perdent jamais leur emploi, même dans une tourmente économique majeure. Ce jeu se révèle donc au final être davantage engagé qu'éducatif. L'impossibilité de parvenir à une quelconque "réussite" dans le jeu (on n'atteint jamais un seuil de coupures d'emploi qui permettrait de remporter la partie), la présence de texte descriptif critique au bas de l'écran tel un fil de nouvelles portant sur les réalités sordides de la crise économique, et l'humanisation des travailleurs effectuée par l'apparition d'une notice biographique lorsque le curseur survole une des "pièces de jeu", témoignent de la portée d'engagement social manifestée dans le jeu.

Dufresne, David; Brault, Philippe; Brachet, Alexandre: Prison Valley

Prison Valley est un documentaire interactif qui traite de l'industrie de la prison au Colorado. À Cañon City, il n'y a pas moins de treize prisons. La plupart des habitants de cette ville dépendent de l'industrie de la prison afin d'avoir un revenu, si bien que cette ville a été surnommée «Prison Valley». Le documentaire vise à sensibiliser l'internaute à la réalité du monde carcéral aux États-Unis. L'internaute, grâce à une carte routière et à des hyperliens, peut naviguer dans les divers fragments qui constituent l'oeuvre. Il lui est également possible de sauvegarder sa navigation afin de la reprendre plus tard.

Los Dias y Las Noches de Los Muertos est une oeuvre de Francesca da Rimini. Par une série d'images, de textes, de citations et de slogans, cette oeuvre se veut d’abord et avant tout une critique de la répression et de la violence de la part des forces de l'ordre à l'endroit des manifestants qui ont eu lieu au sommet du G8 à Gênes en 2001. Marqué par de nombreuses manifestations altermondialistes, ce sommet a dégénéré lorsqu'un carabinier a tué un jeune manifestant, Carlo Giuliani (1978-2001). L'oeuvre déborde du cadre de cette manifestation précise en montrant d'autres images de révoltes survenues partout à travers le monde, ainsi que des fragments textuels qui concernent ces événements. Il s’y trouve également des photographies des représentants du pouvoir, par exemple Colin Powell. Certains slogans tendent aussi à dénuder la logique foncièrement économique qui régit la société occidentale contemporaine.

Los Dias y Las Noches de Los Muertos fonctionne selon une logique de l’agencement d’éléments relativement hétérogènes qui sont diffusés dans un flux incessant. Pour amorcer la navigation dans l’oeuvre, l’internaute doit activer l’hyperlien intitulé «Enter the long night». Ce titre s’avère annonciateur du contenu de l’oeuvre, puisque celle-ci contient des images dont la violence donne à voir la profondeur du conflit qui oppose les groupes altermondialistes au pouvoir capitaliste. Des images sanglantes, dont celle du cadavre du jeune Carlo Giuliani, sont ponctuées de slogans qui décrivent la logique implacable du système en place. Il s’y trouve par exemple une photographie de Colin Powell qui pointe le doigt vers la caméra, laquelle est jumelée à des images d’une escouade antiémeute qui foule des pieds le corps d’un manifestant blessé. Le caractère fragmenté, disparate de ces agencements suggère la complexité des conflits qui opposent ces deux idéologies radicalement antagonistes. La révolte n’est pas un cas isolé: partout, des groupuscules se forment pour manifester leur mécontentement. Parallèlement, le pouvoir en place est organisé de manière à étouffer toute révolte qui dépasse les cadres d’une manifestation pacifique. Bref, l’oeuvre suggère que le système a les moyens de tolérer les manifestations de mécontentement, tant que celles-si sont inoffensives. Les images violentes rappellent toutefois avec force qu’il existe une ligne invisible qu’il ne faut pas franchir, sous peine d’être emprisonné, blessé, ou même assassiné.

Malgré la teinte sombre de l’ensemble de l’oeuvre, celle-ci véhicule aussi un message d’espoir pour les tenants de la résistance. Certains slogans affirment par exemple la force de la collectivité, l’impossibilité dans laquelle se trouve le pouvoir à éradiquer une fois pour toutes la révolte: «The collectivity has no central leadership or command structure -- it is hydra, multi-headed, impossible to decapitate.»

À ce sujet, notons que la force des images convoquées dans les propos de cette oeuvre participe de cette logique d’appel à la résistance. En dénonçant la répression et le manque de respect à l’égard des droits fondamentaux des citoyens, l’oeuvre suggère qu’il est vital d’organiser une révolte, une opposition forte contre la mise en place du libre-échange. Par ailleurs, le site de Francesca da Rimini propose aussi une section dans laquelle se trouvent divers textes signés par des activistes[1]. La plupart de ces textes adoptent un ton polémique, en faisant par exemple allusion au fait que les autorités de Gênes auraient engagé des gens pour que ceux-ci se fassent passer pour des membres du groupe activistes du «Black-bloc» et ainsi ternir leur image.

Cette oeuvre, à sa manière, constitue un geste de résistance en s’inscrivant dans une logique de la diffusion d’informations alternatives. Cette oeuvre de mémoire apparaît importante non seulement à l’égard de la survivance du passé, mais également en ce qui concerne le futur des événements en opposition au système en place.
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[1]. En ligne: http://dollyoko.thing.net//LOSDIAS/G8.HTM (consulté le 5 mars 2010).

Face to Face, Stories from the Aftermath of Infamy est une oeuvre de mémoire. Plus précisément, il s’agit de la mise en place d’une réflexion sur l’expérience du trauma liée à deux événements marquants de l’histoire américaine, soient l’attaque contre Pearl Harbor par l’armée japonaise le 7 décembre 1941 et les attentats du 11 septembre 2001 à Manhattan. L’oeuvre propose à l’internaute d’entendre les archives de divers témoignages relatifs à ces deux événements. Le point de vue adopté par l’oeuvre est celui des natifs américains d’origines japonaise et arabe qui ont vécu l’expérience du rejet suite à ces événements tragiques. Leurs témoignages racontent la difficulté d’être considéré par ses pairs comme appartenant au camp ennemi.

Le dispositif visuel de l’oeuvre contribue à créer l’ambiance de confession qui se dégage à l'audition des témoignages. Une fenêtre présente à l’écran le visage de quatre personnes dont on peut, à tour de rôle, entendre le témoignage. Les photographies sont en noir et blanc et les gens y sont représentés sur un fond noir. De cette esthétique minimaliste se dégage une ambiance d’intimité qui correspond à la nature des témoignages. Ces gens racontent leur expérience personnelle du trauma, le tiraillement qu’ils ont subi en se sentant exclus de la nation et en étant traités comme de véritables ennemis. Comme le souligne Joanne Lalonde, il s’agit de «[...] récits de l’inquiétude, de la douleur. Récits de l’incompréhension devant la montée subite de la haine. Récits de la perte, de l’identité scindée, du tiraillement entre l’identité nationale et l’identité culturelle.[1]» Ainsi, Face to Face, Stories from the Aftermath of Infamy permet de jeter un regard différent sur l’histoire, en adoptant le point de vue des victimes le plus souvent oubliées. Il ne s’agit pas du point de vue de l’agressé, soit la nation américaine, mais bien de celui de citoyens américains qui, à cause de leur identité culturelle, ont été considérés comme des agresseurs, des ennemis potentiels.

L’accumulation des différents témoignages constitue une critique du lien injuste qui a été établi par les autorités américaines entre l’agresseur, ici l’armée japonaise, là les terroristes, et les Américains d’origines japonaise et arabe. On y comprend comment la peur et la souffrance ont poussé les dirigeants politiques à agir avec un manque de discernement et de respect envers ces gens qui, a priori, n’avaient rien à voir avec ces événements tragiques, si ce n’est qu’ils partageaient la même identité culturelle que les agresseurs. En mettant en parallèle les événements de Pearl Harbor à ceux du 11 septembre 2001, l’oeuvre donne à voir que le traitement qui a été réservé aux minorités concernées répondait, dans les deux cas, à une logique de la peur de l’autre, de la différence.

Il est à noter que l’oeuvre propose un index thématique qui réunit les témoignages selon diverses perspectives. Les thèmes sont ceux de la peur, des enquêtes du FBI, de l’emprisonnement, de la colère, de la perte, de l’identité américaine, etc. Il est également possible pour les internautes de partager leurs réflexions à la suite de ces témoignages, dans la section du site intitulée «responses». Nous retrouvons aussi un glossaire visant à expliquer différents termes liés aux Américains d’origines japonaise et arabe. Finalement, le site propose une section didactique où du matériel d’enseignement est mis à la disposition des enseignants qui souhaitent réfléchir à ces problèmes historiques avec leurs étudiants.

Face to Face, Stories from the Aftermath of Infamy propose de réfléchir à ces deux événements marquants de l’histoire américaine en adoptant un point de vue le plus souvent relégué aux oubliettes, celui de victimes qui ont été considérées comme des ennemis par leurs semblables. Ce faisant, l’oeuvre vise à contribuer à une meilleure compréhension des enjeux identitaires liés à la perception de l’ennemi, dans les cas où des gens, appartenant aux camps des agressés, basculent soudainement du côté des agresseurs par un effet pervers lié en grande partie à la peur de l’inconnu.

Anciennement hébergé au http://www.itvs.org/facetoface/intro.html, le projet est maintenant disponible au http://archive.itvs.org/facetoface/intro.html.

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[1]. Lalonde, Joanne (2009) « Récits de la violence », Archée : cyberart et cyberculture artistique, En ligne: http://archee.qc.ca/ (consulté le 2 avril 2010).

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