• The Presence of Absence (navigation filmée #1)

The Presence of Absence

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The Presence of Absence est une œuvre dans laquelle l’artiste Peter Horvath expérimente les possibilités esthétiques liées à l’affichage Web de séquences filmées. Ainsi, l’œuvre sollicite la participation de l’internaute par le biais d’une interface interactive. Ce type de dispositif participe pleinement des mouvances artistiques que nous observons sur le Web où le mode d'exploration par navigateur appelle d’emblée certaines actions de l’internaute. La navigation fonctionnelle sur le Web nécessite elle aussi certaines interactions: pour effectuer une recherche, il est nécessaire de manipuler le curseur de sa souris, de cliquer, d’écrire et d’appuyer sur «Enter» pour lancer une recherche. C’est ce type d’interactions, certes minimales, qui sont mobilisées à des fins artistiques par Peter Horvath dans The Presence of Absence.

L’œuvre débute en affichant une image représentant le visage translucide et parcouru de lignes d’un homme. Son front est plus sombre que le reste de son corps et l'on y trouve plusieurs fragments d’images, ce qui suggère, d’une certaine façon, une métaphore de l’activité cérébrale. Ce visage constitue l’interface de navigation au sein de l’œuvre. Celui-ci est sensible au positionnement du curseur de la souris de l’internaute. De fait, on retrouve trois zones hyperliens sur ce portrait: les hémisphères gauche et droit du cerveau, ainsi que la joue droite du personnage (à gauche de l’écran). Chacun de ces hyperliens mène à un ensemble de séquences vidéo distinctes.

Ce qui fait la singularité de ces séquences vidéo, c’est d’abord, d’un point de vue formel, l’utilisation de fenêtres intempestives. Au fil de l’œuvre, de nouvelles fenêtres apparaissent et se passent le relais. Il arrive souvent que deux fenêtres affichent deux contenus différents de façon simultanée. Il nous semble important de noter cette spécificité formelle dans la mesure où elle renforce cette idée de distance entre les individus et de solitude qui est développée dans l’ensemble de l’œuvre. Pour ne donner qu’un exemple, citons cette séquence forte où un homme, le visage prisonnier dans une cage d’oiseau, tente d’embrasser une femme. Pour le formuler de façon synthétique, il faut convenir que la forme de cette œuvre embrasse de façon stimulante les propos qui y sont tenus.

Ainsi, au thème de l’isolement répond une structure narrative éclatée où l’internaute peine à reconstituer le récit. Chacun des fragments offrant toutefois des images évoquant la solitude, l’internaute ressent tout de même une impression de narrativité minimale par le biais d'une cohésion thématique. Il a, pour ainsi dire, accès à ce qui semble être un amas de souvenirs, peut-être ceux de l’homme qui figure au début de l’œuvre. Divers procédés sont déployés afin de créer cet effet de remémoration. D’abord, l’emploi d’images floues confère à l’ensemble de l’œuvre une dimension onirique. De plus, la succession rapide des images, chacune isolée dans une fenêtre de navigation, donne l’impression d’avoir accès au flot de conscience d’un individu en proie aux souvenirs. Divers jeux sur la rapidité des séquences vidéo nourrissent également cette impression. La musique ambiante du groupe Broken Social Scene et celle de Lenni Jabour contribuent grandement à ces impressions visuelles. À propos de la mobilisation de plusieurs fenêtres intempestives, l’artiste affirme sur son site Web sa volonté de complexifier l’expérience cinématographique conventionnelle en multipliant les écrans (lire ici «les fenêtres») où sont projetées les images:

«Rather than a standardized cinematic structure, I feel this technique is more experiential for the viewer, and breaks down conventions of single screen representation. And instead of being didactic, the story telling becomes more complex and layered, allowing viewers to piece together the visually abstracted narrative for themselves.» (En ligne: http://www.peterhorvath.net, section Biography (consulté le 8 mars 2010))

De façon générale, cette œuvre d’Horvath semble proposer une réflexion sur l’isolement du sujet contemporain, sur son anxiété fondamentale. Par exemple, lors d’une séquence, l’internaute peut entendre une sonnerie de téléphone à laquelle personne ne répond. Ainsi, s’il y a complexification de l’expérience filmique par le biais d’une multiplication des fenêtres de projection, c’est paradoxalement dans le cadre d’une œuvre où les thèmes centraux sont la solitude et l’absence. Il faut convenir, dès lors, que l’artiste vise à donner à voir la multiplication des solitudes. Ce faisant, le regard esthétique qu’il porte sur le monde possède une portée critique indéniable.

Pour citer
Brousseau, Simon. 8 mars 2010. « The Presence of Absence, par Horvath, Peter ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/presence-absence-0>. Consulté le 21 août 2017.