Titulaire de la Chaire


Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les arts et les littératures numériques depuis le printemps 2015, Bertrand Gervais a été pendant 15 ans le directeur-fondateur de FIGURA, le Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire, un regroupement stratégique reconnu par le FRQSC depuis 2008. Il est aussi responsable de la création et de l’implantation du NT2, le Laboratoire de recherche sur les œuvres hypermédiatiques NT2, une infrastructure financée en 2004 et, à nouveau, en 2009 par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI).

B. Gervais a travaillé depuis le début de sa carrière en 1988 à un vaste programme de recherche sur les formes contemporaines de la culture et des lettres, notamment sur l’émergence d’une culture numérique, ainsi que sur les modalités de compréhension et d’interprétation des textes littéraires. Il a su maintenir durant toutes ces années un équilibre exceptionnel entre projets collectifs et individuels, ainsi qu’entre enseignement, recherche et création.
Co-récipiendaire, en 1998, du Prix de la recherche de l'Université du Québec pour les arts et les lettres, il est l’auteur de huit essais, dont le dernier a été finaliste aux Prix du Gouverneur Général (Un défaut de fabrication), de dix romans et de plus de 115 articles et chapitres de livres, sans oublier son travail d’éditeur. Ses travaux sur les théories de la lecture dans les années 1990 ont aidé à moderniser les conceptions de cette pratique. Ses recherches sur l’imaginaire de même que sur les enjeux critiques de la littérature contemporaine représentent une importante contribution dans le domaine. Par ses analyses des pratiques numériques et son vaste projet de repérage des arts et des littératures hypermédiatiques, il est l’un des pionniers de ce nouveau champ de recherche. L’écosystème numérique consacré à l’imaginaire contemporain (plus de quinze projets interreliés) qu’il met actuellement en ligne par le biais du NT2 vient renouveler les modalités de diffusion de la recherche et de formation de la relève. Universitaire internationalement reconnu, régulièrement invité, il est l’auteur de plusieurs ouvrages de fiction grandement estimés par la critique.

Contribution à l’avancement des connaissances
B. Gervais a été engagé à l’UQAM en tant que professeur en sémiologie, après avoir terminé une thèse sur la lecture de récits et la représentation de l’action. Cette recherche, Récits et actions. Pour une théorie de la lecture, lui a valu le prix de la meilleure thèse de l’UQAM en 1988 et elle a rapidement été publiée dans la collection « L’univers du discours », l’une des principales collections universitaires de l’époque. Cet essai a été remarqué pour son renouvellement des conceptions de la lecture et de la narration, et il a ouvert la voie à un ensemble de recherches qui, sur plus de 28 ans, ont porté sur les pratiques de lecture, avant de s’ouvrir aux théories de l’imaginaire et à l’étude des conséquences du passage d’une culture du livre à une culture de l’écran, thème de la Chaire de recherche.

Dès ses premiers travaux, la lecture est apparue comme une pratique qui se complexifie en se déployant, et B. Gervais a choisi d’explorer les diverses étapes de ce processus de complexification. Ainsi, en proposant que la compréhension est une variable que de nombreux facteurs peuvent influencer, dont la complexité des textes lus et le type de progression recherchée par le lecteur, il a travaillé à moderniser, dans le monde francophone, les conceptions de la lecture et de ces pratiques. Cette conception modulaire était d’ailleurs au cœur de son essai de 1993, À l’écoute de la lecture, finaliste au Prix Raymond-Klibanski, réédité en poche en 2006. Dans son sillage, il a dynamisé un nouveau champ d’étude, centré sur les pratiques de lecture, ce qui a permis de travailler, notamment, avec ses étudiants de maîtrise et de doctorat, sur des sujets aussi divers que les pratiques d’alphabétisation, les erreurs de lecture, l’écoute de livres sonores ou audio, la lecture de romans graphiques, l’attitude des collégiens envers la lecture, les effets de lecture qu’ils soient liés au fantastique, au merveilleux ou aux romans postmodernes, l’illisibilité, la traduction, les conséquences de l’adaptation cinématographique, la part narrative des jeux vidéo, la lecture d’hypertextes et d’œuvres hypermédiatiques, l’exploration des esthétiques numériques, les liens entre mémoire et oubli, les formes contemporaines de la violence.

Lecteur assidu de la scène littéraire américaine, B. Gervais a surtout étudié le roman de la deuxième moitié du XXe siècle. Il a fait paraître, en 1998, Lecture littéraire et explorations en littérature américaine en 1998 ; puis, en 2002,  dans la collection « Voix américaine » des éditions Belin à Paris, Donald Barthelme. Critique de la vie quotidienne. Il a fait paraître de plus des études sur des auteurs aussi variés que Paul Auster, Don DeLillo, Bret Easton Ellis, William Gass, John Hawkes, Cormac McCarthy, Vladimir Nabokov, Joyce Carol Oates, Robert Powers. Il ne s’est pas limité au domaine américain, il a aussi abordé des auteurs québécois (Gaétan Soucy, Pierre Yergeau, Rober Racine), ainsi que des auteurs français (Blanchot, Delaume, Echenoz, Carrère) et britanniques (Ishiguro, Self, Sterne). Il a analysé de plus des films qui lui ont permis d’exploiter ses principaux thèmes de recherche (Visconti, Lynch, Malick, Fasbinder, etc.).  

La production en recherche de B. Gervais a été accompagnée d’une production romanesque. Il a ainsi fait publier dix romans et récits et treize nouvelles. Cette production, loin de l’éloigner de ses intérêts de recherche, lui a plutôt servi à mettre en jeu, sur un mode ludique, des éléments développés dans le cadre de ses recherches. Que ce soit l’imaginaire et ses liens à la littérature (La conte philosophique en trois tomes de L’île des Pas perdus), la violence (Les Failles de l’Amérique; Le onzième homme), l’imaginaire de la fin (Gazole), le labyrinthe (Oslo), les formes troubles de la mémoire (Ce n’est écrit nulle part), ou de la dissolution (Tessons), tous ont trouvé leur place et leur forme dans des projets littéraires. Son roman Gazole a connu une édition collégiale accompagnée d’un important dossier critique. Oslo a été réédité format de poche; et Les failles de l’Amérique a été retenu comme finaliste au Prix des cinq continents de la Francophonie. Son dernier essai, Un défaut de fabrication. Élégie pour la main gauche, portait sur les liens entre créativité et contraintes physiques et il a été retenu comme finaliste aux Prix du Gouverneur Général en 2015.

Travaux récents
Le modèle des pratiques de lecture développé dans ses travaux des années 90 a ouvert la voie à des recherches dans deux directions distinctes, qui ont mené à la création du Centre de recherche  Figura, puis à celle du Laboratoire NT2.

La première avenue est une exploration des multiples dimensions de l’imaginaire contemporain, tel qu’il se manifeste par des productions littéraires, artistiques et cinématographiques. Cette recherche est au cœur du programme de Figura dont les axes exploitent, soit les soubassements de l’imaginaire contemporain, soit ses manifestations et figures actuelles.

Sous la direction de B. Gervais, depuis sa création en 1999, le Centre a été reconnu comme regroupement stratégique en fonctionnement par le FQRSC en 2008 et il a obtenu une seconde subvention en 2014. Il compte 49 chercheurs réguliers répartis dans 7 universités et 4 Cégeps, deux antennes (l’une à l’Université Concordia, la seconde à l’Université du Québec à Chicoutimi), et plus de 275 étudiants d’études supérieures. Le Centre offre un programme original sur l’imaginaire contemporain marqué par l’interdisciplinarité (les chercheurs viennent de littérature, d’histoire de l’art, d’études cinématographiques, d’éducation, de design et de théâtre). Pour B. Gervais, ce programme de recherche découle d’une nécessité : à une époque marquée par d’importantes transformations culturelles, sociales et technologiques, il est impératif d’identifier les pratiques émergentes et d’analyser les zones de tensions et de failles, tant d’un point de vue culturel que social.

Dans le cadre de Figura, B. Gervais a mené une importante réflexion sur les théories de l’imaginaire, et il a proposé une conception de la figure qui permet d’assurer la relation entre l’expérience singulière d’une œuvre et les rapports aux formes culturelles et symboliques qui permettent de les interpréter. C’est dans cette perspective qu’il a rédigé une série de trois essais intitulée Logiques de l’imaginaire. Le premier tome, Figures, lectures (2007), explorait le concept de figure, en tant qu’objet de pensée, et établissait les étapes du processus par lequel nous nous dotons de figures. Cet essai découlait de la nécessité de doter le Centre Figura d’une théorie de l’imaginaire adaptée au contexte contemporain. Le deuxième, La ligne brisée : labyrinthe, oubli et violence (2008), se servait de la figure du labyrinthe pour étudier les manifestations de l’oubli, motif central de notre contemporanéité, dans un corpus de fictions récentes. Le troisième, L’imaginaire de la fin. Temps, mots et signes (2009), s’arrêtait sur un autre motif central de l’imaginaire contemporain, les représentations de fins du monde. Ces trois tomes offraient les bases d’une conception originale de l’imaginaire, défini avant tout comme interface. Dans le prolongement de ces travaux, B. Gervais a édité une anthologie sur la notion même de figure (Perspectives croisées sur la figure, en 2012) et un ensemble de collectifs sur des problématiques contemporaines (sur l’Amérique, en 2015 et en  2013; sur les fictions du 11 septembre 2001, en 2014 et en 2010; sur les banlieues en 2015;  sur l’immersion, en 2014; sur les idiots, en 2012).  

La seconde avenue est une enquête de grande envergure sur les conséquences et les premières manifestations de passage d’une culture du livre à une culture de l’écran. Le programme du Laboratoire NT2 en est l’expression directe, car il a pour but de documenter les principaux aspects de ce changement médiatique, en permettant l’exploration des conditions et contraintes de la manipulation des formes nouvelles et en rendant compte des premières manifestations d’une cyberculture. Le NT2 est une infrastructure financée par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI). Une première subvention a été obtenue en 2004 et a permis d’acquérir une expertise unique dans l’organisation et la mise en ligne d’environnements de recherches et de connaissances. Une seconde subvention a été octroyée en 2009 au programme d’avant-garde de la FCI. Elle a permis le renouvellement de l’infrastructure à l’UQAM, mais aussi l’implantation de sites à l’Université Concordia, de même qu’à l’UQAC.

La base de donnée au cœur du NT2 est le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques. Projet francophone reconnu internationalement, le Répertoire propose un véritable environnement de recherches et de connaissances et le moteur d’une importante activité universitaire. En fait, le développement du Répertoire a permis à B. Gervais et à son équipe d’acquérir une importante expertise dans le développement de ces environnements de recherches et de connaissances. Et dans le contexte du maillage entre Figura et le NT2, il a commencé à développer un écosystème numérique complet, un réseau de bases de données en ligne et en développement continu portant sur des aspects singuliers de l’imaginaire contemporain. Cet écosystème unique en son genre offre des ressources diverses sur les pratiques culturelles, artistiques et littéraires actuelles (l’Observatoire de l’imaginaire contemporain – le projet majeur de Figura depuis six ans), la culture populaire (Pop-en-stock), les fictions du 11 septembre 2001 (Lower Manhattan Project), la géopoétique (La Traversée), le cinéma (Arthemis ; Afrique fait son cinéma ; Mnémosyne 4), la littérature numérique (bleuOrange ; Entre la page et l’écran ; Cell Project), etc. L’objectif de cet écosystème est de renouveler la façon dont la recherche se fait et se publie dans Internet, en constituant des espaces de diffusion et d’animation structurés, institutionnellement reconnus et interreliés par un même moteur de recherche.

Son intérêt pour les liens entre littérature et culture de l’écran l’a conduit à multiplier les projets. Parmi les plus importants, on peut en identifier deux. Le premier est le développement d’une Application pour tablette tactile (iPad et Androïd) développée avec l’UNEQ, l’union des écrivains et des écrivaines du Québec. Opuscules. Littérature québécoise mobile offre gratuitement depuis 2015 une anthologie de textes littéraires originaux, ainsi qu’un agrégateur de blogues littéraires. Sur la base de ce projet, B. Gervais a fait financer au printemps 2016 un développement de partenariat au CRSH pour travailler avec les principaux acteurs de la scène littéraire québécoise autour de cette application et du développement d’une culture numérique. Le second projet est le projet CELL (Consortium for Electronic Literature). Ce projet international initié en 2012 vise la mise en commun de bases de données sur les arts numériques. Il est piloté par le NT2 qui en assure le développement et soutenu par The Electronic Literature Organisation (ELO) des États-Unis, ainsi que par six universités (Portugal, Norvège, Espagne, Australie, Etats-Unis).

B. Gervais a participé récemment à de nombreuses collaborations, notamment en Europe. Il a été chercheur invité, en 2013, au CREM, le centre de recherche sur les médiations, de l’Université de Lorraine et, en 2011, au Laboratoire Paragraphe de l’Université de Paris 8 Vincennes / Saint-Denis. Il participe au projet international « Literature and Media Innovation », projet financé par le Belspo (Be) et qui réunit des chercheurs belges de quatre universités, des chercheurs de la Ohio State University et de l’UQAM. Il fait partie de l’équipe fondatrice du Leverhulme International Network for Contemporary Studies, dirigé par Margaret-Anne Hutton de l’Université de St Andrews en Écosse. Avec Alexandra Saemmer du Labex Arts H2H (Paris 8), il vient de monter un projet de coopération internationale de trois ans sur le thème : « Archiver le présent : le quotidien et ses tentatives d’épuisement ».
 
Recherche et encadrement
Auteur prolifique, tant en recherche qu’en fiction, comme en font foi ses nombreuses publications dans des revues savantes, culturelles et littéraires, B. Gervais joue aussi un rôle prépondérant dans l’organisation et la diffusion de la recherche. Il œuvre comme éditeur littéraire, dirigeant des collectifs, dossiers de revues savantes et cahiers de recherche. Il a assumé pendant quinze ans la direction de la collection des cahiers Figura (39 cahiers publiés), et il continue à assumer la co-direction d’une série d’anthologies aux PUQ, d’une collection d’essais aux éditions du Quartanier et de fictions dans le cadre de l’équipe de La Traversée.
Il est le rédacteur adjoint de la revue Recherches sémiotiques/Semiotic Inquiry, ainsi que de la revue Captures. Figures, théories et pratiques de l’imaginaire; le directeur de la revue BleuOrange; et membre du comité de rédaction de la revue Temps zéro. Il collabore à de nombreux comités de rédaction internationaux. Il a organisé ou co-organisé 50 colloques, dont la plupart étaient à portée internationale et qui ont été des lieux de diffusion importants pour les étudiants des programmes de cycles supérieurs.

Son travail de directeur de thèse et de mémoire est au cœur de son implication universitaire. Il a fait déposer ou soutenir vingt et une (21) thèses de doctorat, dans des programmes variés (sémiologie, éducation, études littéraires, littérature comparée), qui attestent de ses aptitudes multidisciplinaires. Il a fait déposer 47 mémoires de maîtrise, en recherche et en création littéraire.