• What They Said (navigation filmée #1)

What They Said

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L’œuvre d’Alan Bigelow What They Said propose un discours fictif que tiendrait le gouvernement américain à sa population. Les propos seraient prononcés pendant que les gens dorment afin que le contenu pénètre dans leur inconscient à la manière d’un lavage de cerveau. L’artiste imagine des affirmations aberrantes telles que «Ask questions only when there are no answers» ou encore «Public is a private trust» et «We must kill to stop killing». De telles déclarations sont inquiétantes dans l’optique où elles révèlent des contrevérités, du moins dans ce qui est moralement accepté et acceptable. Tuer pour arrêter les tueries est illogique, et il est inutile de poser des questions en sachant d’avance qu’il n’existe pas de réponses. C’est comme si chaque proposition faite par le gouvernement américain allait à l’encontre de l’éthique sociale, servant du coup parfaitement d'outil de domination pour celui-ci. Pareil à un guide du pouvoir total dont l’unique but serait de surveiller chaque geste des citoyens et de contrôler chacune de leurs pensées, l’œuvre semble présenter une version d’une dictature à la «Big Brother», ironisant la position politique américaine face au terrorisme et à la rhétorique de la peur.

L’animation est composée de courtes phrases qui apparaissent un mot à la fois à l’écran. En arrière-plan, des images clignotent en permanence: des scènes de guerre, des avions, des fusils, des mains menottées, des clôtures barbelées, des cimetières, de l’argent américain, des empreintes digitales, des adultes enseignant aux enfants, des gens faisant des signes de silence, se serrant la main, nageant dans l’océan et dormant dans un lit. L’œuvre se présente comme un récepteur-radio remédiatisé à l’écran et se manipule de la même manière, c’est-à-dire que l’interface reprend le principe du cadran de réglage où le curseur se déplace comme l’aiguille sur une bande de radiodiffusion. AM et FM sont remplacés par AM et PM, reprenant les acronymes couramment utilisés pour désigner l’avant-midi et de l’après-midi, remplaçant la traditionnelle modulation d’amplitude et la modulation de fréquence. Ainsi, l’internaute va d’une «station» à l’autre et accède aux déclarations absurdes qui apparaissent pour un instant à un écran situé en haut de la bande de radiodiffusion, comme si le récepteur radio était jumelé à un poste de télévision.

Le texte et les images surgissent pour un instant à l’écran et disparaissent aussitôt, rendant la lecture et la visualisation parfois difficiles. Le flux du texte et des images est si intense qu’une note avertit l’internaute avant son entrée dans l’œuvre: «Please do not view this work if you or anyone in your family has ever had symptoms related to epilepsy». À cause du déroulement rapide des images et des lettres, le regard suit tant bien que mal l’ensemble de l’animation et la lecture, ce qui peut causer des crises d’épilepsie. Si toutefois l'internaute n'a aucun antécédent d'épilepsie et qu'il parvient à se concentrer et à se plonger dans l’œuvre, à suivre le rythme de l’animation, l’expérience devient alors stimulante. Il est certain que la lecture s'accomplit d’une manière saccadée; il ne peut en être autrement car le flux des mots et des images est trop rapide et, régulièrement, la reprise d'un passage est nécessaire pour tout saisir. Cette impossibilité de tout saisir à la première lecture finit par résulter en une autre approche du texte, qui demande à l’internaute une grande concentration et qui nécessite de naviguer à plusieurs reprises aux mêmes endroits découvrant ainsi de nouvelles données et de nouveaux détails.
 

Pour citer
Dubé, Sandra. 8 mai 2009. « What They Said ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/what-they-said-0>. Consulté le 17 octobre 2017.