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Welcome to Pine Point

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Welcome to Pine Point est un projet de documentaire interactif mis sur pied avec le soutien de l’Office national du film du Canada (National Film Board of Canada) et réalisé par les deux membres fondateurs de The Goggles, Paul Shoebridge et Michael Simons. Il s’agit d’une exploration de la mémoire de Pine Point, une ville industrielle des Territoires du Nord-Ouest (Canada) fondée en 1952 et fermée en 1988 suite à l’abandon des activités minières dans le secteur. Le projet a été inspiré par le site Pine Point Revisited de Richard Cloutier, entièrement consacré à la conservation des photographies et des témoignages des anciens résidents de la ville. Richard Cloutier apparaît d’ailleurs à plusieurs reprises dans Welcome to Pine Point : lorsque l’internaute accède au site, c’est sa voix qui se fait entendre en trame sonore, récitant des contrôles vocaux utilisés pour la mise en page de sites Web. Plus tard, les artistes dressent également un portrait-mosaïque comparé de Cloutier : à l’époque de Pine Point et dans les années ayant suivi la fermeture de la ville.

Welcome to Pine Point est composé d’une suite de courts segments mélangeant photographie, vidéo, texte, dessin, musique et témoignages audio. Les éléments sont juxtaposés selon une esthétique du collage rappelant la pratique du scrapbooking. Les segments eux-mêmes sont divisés en dix sections : «Intro», «Town», «Pinepointers», «Ends and odds», «Cosmos 954», «Here to work», «Shelf life», «What’s weird», «Remains» et «One for the road». L’enchaînement de ces sections permet d’organiser les éléments de l’œuvre selon une certaine logique narrative d’ordre chronologique. Pour passer d’un segment à l’autre, l’internaute utilise simplement les deux onglets «PREV.» et «NEXT» placés aux deux extrémités de l’écran. Il est aussi possible de sauter directement d’une section à l’autre en cliquant sur le menu déroulant situé dans le coin inférieur gauche. Les segments renferment des modes d’interactivité diversifiés : des liens cliquables renvoient à des vidéos qui apparaissent au premier plan lorsqu’elles sont activées; des cadres intégrés à l’image renferment des photographies et des vidéos que l’internaute peut faire se succéder en utilisant les flèches prévues à cet effet; des éléments comme des badges ou des cartes peuvent être déplacés (click & drag); de même, le texte placé au premier plan peut être caché dans les marges de l’écran en un seul clic, pour permettre de mieux voir les photographies et les vidéos; et le défilement de certaines photos panoramiques, auxquelles se superposent les dessins des artistes, est contrôlé par la position du curseur de la souris de l’internaute. Ces modes d’interactivité variés incitent à la flânerie (il est agréable de découvrir peu à peu tout ce que renferme chaque segment) et donnent à l’œuvre un caractère manifestement ludique.

Le ton général de l’œuvre de Shoebridge et Simons est doux-amer. Les images de Pine Point, datant essentiellement des années 1970 et 1980, ont quelque chose de rassurant. Pine Point semble figée dans le temps, à l’abri de tout, préservée du monde dans un coin reculé de la mémoire. Comme le disent les artistes en introduction : «Imagine your hometown never changed... Would it be so bad?» Même lorsque les artistes s’intéressent à ce que sont devenus aujourd’hui les habitants de Pine Point, c’est avec une infinie tendresse. Pas de place pour les mauvais souvenirs; l’image construite de Pine Point est celle d’une ville où les habitants «seemed to be holding a decades-long party»1. La trame sonore, composée par le groupe indie rock montréalais The Besnard Lakes, y est aussi pour beaucoup. Mais malgré ce biais évident des créateurs, il est difficile de leur reprocher d’avoir préféré dresser un portrait «émotif» de Pine Point (qui exploite notre soif de nostalgie) plutôt que d’avoir offert une image réaliste de ce qu’était la ville avant sa fermeture… Le sujet central de l’œuvre n’est pas tant «Pine Point» que notre besoin d’appartenance. Le Pine Point reconstitué par Shoebridge et Simons est un Pine Point qui peut servir de point d’attache, qui possède le côté rassurant des souvenirs d’enfance. L’espace virtuel du documentaire en ligne prend ici le relai de l’espace réel qui n’est plus pour donner à la mémoire de l’individu un lieu de refuge. C’est pour cela que Richard Cloutier avait déjà mis sur pied le site Pine Point Revisited; les créateurs de Welcome to Pine Point ne font, d’une certaine manière, que reprendre avec plus de moyens la mission de Cloutier.

Bref, Welcome to Pine Point est l’occasion de repenser avec nostalgie à sa propre ville, à sa propre jeunesse. Comme les souvenirs que nous gardons de notre maison d’enfance, le Pine Point de Shoebridge et Simons est un Pine Point épuré, rassurant, où l’on se sent temporairement protégé du monde. Dans cette œuvre, l’idée du «lieu» ou de l’«espace virtuel» prend définitivement tout son sens.

Notons qu'une barre de menu, au bas de l’écran, donne accès à un texte de présentation, à la liste des crédits, à un formulaire de contact et à une liste de films l’Office national du film du Canada abordant des thématiques similaires.

 

Pour citer
Gauthier, Joëlle. 28 mars 2011. « Welcome to Pine Point ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/welcome-pine-point>. Consulté le 18 octobre 2017.