• We Feel Fine: An exploration of human emotion, in six movements (navigation filmée #1)

We Feel Fine: An exploration of human emotion, in six movements

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We Feel Fine est une œuvre visant l'exploration des sentiments de l'humanité en ligne. Elle comprend un logiciel qui collecte systématiquement, sur des blogues, les phrases contenant le syntagme "I feel". Le logiciel extrait ces données dans un éventail important de sites d'hébergement de blogues, soit LiveJournal, MSN Spaces, MySpace, Blogger, Flickr, Technorati, Feedster, Ice Rocket et Google. Étant donné le nombre important d’usagers qui se trouvent sur ces différents sites, il n’est pas exagéré d’affirmer que cette œuvre possède une base de données représentative de la variété des discours qui se trouvent sur la blogosphère.

We Feel Fine propose six modes de visualisation des données recueillies. Dans tous les cas, il s'agit de permettre à l'internaute de sélectionner, selon divers critères (les types de sentiments, le sexe de l'énonciateur, la température, la situation géographique de l'énonciateur et la date d'écriture), des phrases qui traitent des sentiments de la foule anonyme des blogueurs. Cela permet notamment à l’internaute de répondre à une foule de questions: quelle est la ville la plus triste du monde? Quelle est l'incidence du climat sur l'humeur des gens? Y a-t-il une période de l'année où l'humanité est plus heureuse? Comment se sentaient hier les habitants de Dublin? Quelle est l’humeur générale des habitants de la planète aujourd’hui? En mobilisant des informations provenant de divers flux RSS du Web, cette œuvre vise à offrir la possibilité d’une saisie englobante des discours sur le Web. Il y a là quelque chose, pourrions-nous dire,  d'un dispositif de visualisation de l’air du temps.

Cette œuvre s'inscrit ainsi dans une logique du flux. Pour reprendre la terminologie proposée par Anaïs Guilet et Bertrand Gervais dans le dossier thématique qu’ils ont consacré au flux, il faudrait dire que cette œuvre correspond à la catégorie des œuvres mobilisant les flux du Web, qu’il faut comprendre comme étant des dispositifs de visualisation de flux informationnels1.

De fait, We Feel Fine permet à l'internaute, par son moteur de recherche, d'appréhender en temps réel la diversité des états d'âme des blogueurs de la planète. Elle permet également d’opérer divers agencements d’éléments a priori hétérogènes, en décontextualisant, puis recontextualisant des énoncés provenant des sources les plus variées. Un autre fait important à souligner est la mouvance inhérente à ce type d’œuvre : d’une expérience à l’autre, l’internaute se voit confronté à des énoncés différents et à des agencements toujours inédits. Ainsi, il faut dire, à la suite de Guilet et de Gervais, que cette œuvre n’est pas épuisable, en ce sens où elle se trouve en constant mouvement. Dès lors, l’œuvre en tant que telle réside non pas dans les différents résultats qu’elle rend possibles, puisqu’ils sont fondamentalement évanescents, mais plutôt dans le dispositif qu’elle propose.

À ce propos, les interfaces de visualisation de l’œuvre rendent bien la logique qui lui est propre. En effet, le premier dispositif de visualisation des contenus proposé par l’œuvre, intitulé «Madness», donne à voir des petites billes de couleurs en mouvement dans la fenêtre de navigation. L’internaute est alors amené à cliquer sur les billes de couleur pour faire apparaître les phrases. Ces billes figurent, de façon métaphorique, la fulgurance du Web, sa nature mouvante. Celui intitulé «Murmurs», quant à lui, propose un flot incessant de phrases, rapatriées par lœuvre en tant réel. Dans ce cas-ci, l’internaute est confronté au flux de façon plus passive, puisqu’il n’a qu’à contempler le défilement des énoncés. Les autres interfaces de visualisation des contenus visent pour la plupart à dégager des tendances, que ce soit à partir des genres, de la localisation des individus ou encore de la température.

Il est à noter que We Feel Fine s’inscrit dans la logique d’ensemble de la production de Jonathan Harris, marquée par l’utilisation de la masse d’informations qui s’accumule sur Internet, particulièrement depuis le développement du Web 2.0 et la montée des réseaux sociaux. La plupart de ses œuvres sont recensées dans le Répertoire du Laboratoire NT2. Soulignons également que cette œuvre a donné lieu à un livre imprimé2.

Pour citer
12 juin 2010. « We Feel Fine: An exploration of human emotion, in six movements ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/we-feel-fine-exploration-human-emotion-six-movements>. Consulté le 17 octobre 2017.