• Pandemic Rooms (navigation filmée #1)

Pandemic Rooms

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Avec l’œuvre Pandemic Rooms, l’artiste Jason Nelson plonge l'internaute dans un parcours de la peur qui s'inscrit dans la crainte actuelle d'une pandémie de grippe. Si l’œuvre a été créée dans le sillon de la grippe aviaire, elle prend une nouvelle signification à la suite des épisodes de grippe A/H1N1. Fidèle à ses habitudes, Nelson nous plonge dans un univers délirant qui sert ici très bien son propos: la simple pensée de la grippe nous infecte comme la grippe elle-même. Tel que l'insinue l'inscription sur la page principale de l’œuvre, «we are the flu and the fear of the flu», l’humain est en fait plus nuisible que ce qu’il croit nuisible.

Pandemic Rooms est divisé en quatre parties principales - «the afflicted», «the emotions», «the pathogen» et «the cleansing» - qui traitent chacune d'un des quatre aspects principaux de la grippe, soient les personnes atteintes, les émotions liées au développement de la maladie (de la joie des compagnies pharmaceutiques à la peur de ceux qui ne sont pas encore malades), le pathogène lui-même et la façon de s’en débarrasser. Les deux premières parties sont divisées en quatre sections alors que les deux dernières en comptent cinq, autant de tableaux différents pour mieux comprendre l’amour de la catastrophe que les humains entretiennent.

Sous le titre «the afflicted», l’internaute retrouvera entre autres une liste de noms sur lesquels il est possible de cliquer, faisant apparaître de courts textes souvent incompréhensibles ou contradictoires. Seule la section «bird’s end» montre une certaine cohérence par rapport au thème de l’œuvre: des oiseaux et des virus sont reliés par des flèches rouges, les premiers étant identifiés par le mot «vehicle» et les autres par «weapon». Sous la multitude de figures qui se déplacent à l’écran se meut aussi une cascade de mots: «virus and birds in love».

Sous le titre «the emotions», l’artiste présente de façon ironique la joie de l’industrie pharmaceutique face à une possible pandémie. L’internaute n’a qu’à glisser le curseur de la souris sur le mot «industry» pour voir surgir des microscopes et des seringues accompagnés d’un chant enfantin. Les deux sous-sections suivantes («fills an empty life» et «panic, panic») montrent respectivement la vidéo d’un évier qui coule et le déplacement dans l’allée d’un train, accompagné d’un extrait sonore angoissant. Vient ensuite la section «overwhelming fear» dans laquelle on peut glisser le curseur de la souris sur le mot «migration» et faire apparaître les photographies d’une multitude de poulets encagés (images sans cesse retransmises par les médias durant la crise de la grippe aviaire).

La troisième partie, titrée «the pathogen», personnifie en quelque sorte le virus en lui donnant une forme, sur fond de cinq lieux vides (un pour chaque sous-section): une maison en rénovation, une pièce blanche qui pourrait être une classe vide, un couloir d’école, un entrepôt, une église… À noter que toutes les parties de l’œuvre sont présentées dans ce type de lieux. Le virus est quant à lui évoqué par des figures, du texte, des sons ou de la voix qui deviennent rapidement envahissants.

Dans la dernière partie, «the cleansing», l’internaute peut être enclin en voyant la première sous-section («kill the killers», où ce qui ressemble à de la chaux est lancé sur un carton rouge) à conclure que le virus est bel et bien la grippe, une menace extérieure à l’homme. Mais la lecture des quatre dernières sous-sections pose plutôt l’internaute devant l’artificialité célébrée par l’homme moderne et la publicité, cause réelle de l'«épidémie».

Pour citer
Bordeleau, Benoit. 10 juin 2009. « Pandemic Rooms ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/pandemic-rooms-0>. Consulté le 17 octobre 2017.