• Le baiser (navigation filmée #1)

Le baiser

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À son état initial, l'oeuvre de Michaël Sellam présente l'image en négatif d'une personne quelconque, dont on ne voit que les épaules et la tête et dont le sexe ne peut être identifié. Des sons ambiants répétitifs accompagnent cette image. Les indications de navigation laissées par l'auteur indiquent à l'internaute que le déplacement de sa souris fera varier certaines composantes de l'image. En effet, lorsque l'internaute déplace sa souris sur l'axe des ordonnées, le volume se modifie: au bas de l'écran, l'ambiance sonore est inexistante; en haut, elle se fait omniprésente. Lorsque l'internaute déplace sa souris sur l'axe des abscisses, c'est l'angle de vue ainsi que la luminosité de l'image qui changent: très sombre et décentrée vers la droite lorsque la souris est du côté gauche, saturée et décentrée vers la gauche lorsque la souris est du côté droit. Toutefois, pour que ces variations soient fonctionnelles, il faut absolument que la souris repasse par le centre de l'écran, c'est-à-dire sur l'image. De plus, à chacun de ces passages, la couleur de l'image se modifie: elle passe du jaune au rouge, au bleu, au blanc. 

L'internaute peut aussi changer l'image en appuyant sur les touches alphabétiques du clavier. De la touche "A" à la touche "Z", un récit se construit. D'ailleurs, l'ambiance sonore se module également au fil des touches. À la touche "D", l'image, qui n'était auparavant que pixels grossiers, révèle très clairement le visage d'une femme aux épaules nues. À partir de ce point, l'esthétique générale des images rappelle celle des images captées par Webcam, et ce, particulièrement lorsque l'internaute enchaîne rapidement les touches du clavier en respectant l'ordre alphabétique, conférant une impression de mouvement (et donc de vidéo) à l'oeuvre. 

Plus l'internaute progresse dans l'alphabet et plus le visage de la femme s'approche de l'écran, jusqu'à ce que son oeil gauche l'occupe tout entier. Le titre de l'oeuvre devient alors une indication de lecture: on comprend qu'un parcours alphabétique de l'oeuvre simule un baiser donné par la femme à celui devant l'écran. La touche "Z" ramène la femme en position initiale; le baiser est terminé. 

L'oeuvre de Sellam explore donc les questions du corps et de la présence dans le cyberespace. L'internaute est celui qui contrôle le corps de la femme. Il décide du déroulement du baiser - sa vitesse, sa couleur, la musique qui l'accompagne -, mais il décide également de son existence, car il lui suffit de placer sa souris à l'extrême gauche de l'écran pour que toute présence se dissolve.

Sellam semble vouloir nous rappeler que «[la] présence n'implique nullement la permanence, mais le dynamisme. [...] C'est que l'effet de présence ne se comprend que dans le discontinu, l'interruption ou le déséquilibre. Il ne se perçoit véritablement qu'aux points de jonction de l'apparition et de la disparition» (Gervais, 2007).

La relation qui s'établit entre l'internaute et la femme anonyme est éphémère. Elle naît faiblement à la lettre «A», ne prend véritablement corps qu'à la lettre «D», se termine à la lettre «Z». Mais à tout moment elle peut s'interrompre, s'assombrir, s'assourdir; ou s'intensifier, s'illuminer. S'installe ainsi un aller-retour constant entre présence et absence.

Notons en terminant que l'oeuvre s'inscrit dans la série «Le Portrait» d'Incident.net

Pour citer
Galand, Sandrine. 2 septembre 2011. « Le baiser ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/le-baiser>. Consulté le 16 octobre 2017.