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Jean-Pierre Balpe ou les Lettres dérangées

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Jean-Pierre Balpe ou les Lettres dérangées se veut une œuvre hommage au chercheur et artiste du numérique Jean-Pierre Balpe. L’internaute est invité à cliquer sur l’écran dès la page titre de l’œuvre afin d’accéder à son contenu. Dépendamment de l’endroit de l’écran où le clic est effectué, l’internaute se trouve en face d’une disposition particulière du matériau textuel  utilisé. S’il est invité à déranger les lettres, la lecture hypermédiatique de cette œuvre ne se fait pas sans une certaine quête d’ordre, de remise en place des éléments.


La toile de fond des Lettres dérangées est en fait la bibliographie des œuvres de Jean-Pierre Balpe. On compte à ce nombre Shangaï-Paris, Les Immatériaux, ... nographies, FICTION et Barbe Bleue, entre autres. Ces titres sont cependant minés par des espaces laissés vides, que l’internaute, s’il se prête au jeu, peut combler, en déplaçant le curseur de la souris. La surface textuelle des Lettres dérangées se trouve ainsi délinéarisée, fragmentée. Malgré cette fragmentation, une logique sous-jacente est présente, comme dans tout générateur de texte (outil cher à Balpe). Cette logique une fois décelée (à savoir l’ordre alphabétique qui contient lui aussi ses failles, dans l’oeuvre), l’internaute se retrouve en terrain connu de la lecture puisqu’il retrouve le fil conducteur de l’alphabet.


Ce parcours linéaire doit être soigneusement reconstitué en naviguant entre les titres pour toucher les lettres manquantes. Il est à noter que ce parcours peut être effectué dans deux sens différents : de A à Z ou de Z à A. Dans le premier cas, l’internaute, verra apparaître à la «fin» de son parcours, en activant la lettre Y (Fictions d’Issy) : «Ceci n’est pas la fin.» Celui-ci se bute donc à une incapacité de poursuivre sa progression, il doit réactualiser la page pour recommencer. S’il parcourt le chemin inverse, même résultat. Si dans sa progression vers la dernière lettre de l’alphabet, la bibliographie des œuvres de Balpe devient plus claire par l’ajout de lettres, c’est tout le contraire lorsqu’on chemine vers le A. Chaque lettre disparaît jusqu’à ce qu’il ne reste que les A, ceux-ci se mettant à tourner sur eux-mêmes. Il est cependant possible de refaire le chemin inverse pour se buter de nouveau à l’absence de fin annoncée par l’œuvre.


Cette fin, qui refuse d’en être une, met de l’avant un principe fondamental de la lecture des œuvres hypermédiatiques, à savoir une lecture fragmentaire nécessitant de la part du lecteur-internaute de faire des liens avec les éléments qui lui sont présentés afin de créer son propre réseau de sens. Les titres parsemés de blancs ouvrent la possibilité d’une recherche de totalité de l’œuvre qui se révèle impossible parce que morcelée dans plusieurs textes. Ceux-ci forment la totalité sur laquelle l’internaute peut s’appuyer. Burgaud va jusqu’à faire de la lettre l’unité de sens premier, faisant du coup perdre aux titres présents dans la page toute valeur. Le plaisir de l’internaute se trouve donc inscrit dans son parcours, qu’il vient à connaître par cœur. D’autre part, il peut en oublier le but premier de l’œuvre, soit l’hommage à Jean-Pierre Balpe, mais cet oubli est nécessaire puisqu’il pose d’emblée un questionnement sur la nécessité de l’auteur de l’œuvre lorsqu’il est question d’un générateur de texte, ce dernier outil étant cher à Balpe, rappelons-le. Notons que Burgaud laisse tout de même des traces de sa pratique de la poésie visuelle au sein de l’œuvre : les lettres qui se déplacent laissent des traces à l’écran, le A tourne en rond (tout comme le lecteur!), le U lorsqu’activé évoque une fleur, et le V crée une sorte d’étoile (permettant de deviner le W absent de l’œuvre).

Pour citer
Bordeleau, Benoit. 12 novembre 2008. « Jean-Pierre Balpe ou les Lettres dérangées ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/jean-pierre-balpe-ou-les-lettres-derangees-0>. Consulté le 28 mars 2017.