Hello Selfie

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Hello Selfie est une série de performances multi-disciplinaires organisées par l’écrivaine et artiste américaine Kate Durbin. Ces performances incluent la participation de nombreuses jeunes femmes qui se joignent à Durbin. Dans les incarnations à Los Angeles et à Miami, les participantes sont habillées de sous-vêtements blancs, revêtent des perruques colorées et sont recouvertes de paillettes et d’autocollants Hello Kitty. Les jeunes femmes incarnent, le temps de la performance, des «filles en série»1. Armées de téléphones mobiles et de selfie-sticks, les performeuses prennent compulsivement, durant une heure, des selfies exaltées d’elles-mêmes. L’esthétique des performances s’inscrit en continuité avec la théorisation de la «Teen girl tumblr aesthetic» avancée dans un essai du même nom écrit en collaboration avec Alicia Eler en 2013 sur Hyperallergic2. Analyser Hello Selfie en regard de cette grille théorique permet d’aller au-delà de la superficialité que pourrait nous inspirer cette performance basée sur le déguisement et la prise du selfie. Dans son œuvre, Durbin amorce une réflexion sur le selfie comme un outil d’«empowerment» et dénonce les critiques envers cette forme de photographie en centrant sa démarche sur la prise de selfie. Ces critiques illustrent le paradoxe de la femme qui doit se soumettre au male gaze mais se retrouve stéréotypée comme superficielle et narcissique, sans qu'il soit envisageable de trouver de l'empowerment dans ce qui est perçu comme une manifestation de ce narcissime. La performance de Durbin permet de représenter différentes figures féminines numériques, dans un sens se voulant non essentialiste par l'inclusion de personnes «gender queer» dans chaque performance; l’utilisatrice de la plateforme Tumblr, la Sad Girl et une certaine incarnation occidentale du «kawaii» par multiples références à la mascotte de la compagnie japonaise Sanrio, Hello Kitty. Plusieurs changements s'opèrent selon les lieux des performances. Celles de Los Angeles et de Miami rapprochent l’esthétique de la jeune femme numérique à des figures contemporaines de l’Ophélie shakespearienne et de la sirène d’Andersen, comme explique Durbin3. La performance à New York se distingue par une utilisation des codes plus sombres du gothique: perruques blanches avec boucles noirs surdimensionnées et un maquillage caricatural noir dégoulinant. En 2015, Kate Durbin a subverti son projet en ne faisant appel qu’à des performeurs masculins. Quittant l’esthétique de la Jeune-Fille4, l’artiste met en scène l’autoreprésentation des hommes d’une manière beaucoup plus sobre. Les participants, torse nu et portant des jeans, se prennent en photo, leurs selfies rappelant les profils des utilisateurs des applications de rencontre comme Tinder et Grindr. C’est en effet sur ce type de plateformes que les internautes masculins sont encouragés à se représenter, dans une optique de «female gaze» ou de «male gaze» non-hétérosexuel. La pratique du selfie est ainsi différente et semble moins naturelle chez les hommes; «It makes sense for women to objectify themselves constantly, as they are already so objectified by the culture» (Fois, 2015). Cette variation de l’idée originale questionne la manière dont les stéréotypes de genre (le narcissisme typiquement féminin versus la désinvolture typiquement masculine) influencent la manière de se mettre en scène et d’occuper l’espace.

Nous pouvons suivre les différentes incarnations d'Hello Selfie sur Instagram et Facebook par les hastags #katedurbin et #helloselfie ou en visionnant les vidéos créées par Kate Durbin sur Vimeo.

 

Pour citer
Tremblay, Alexandra. 21 janvier 2017. « Hello-Selfie ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/hello-selfie>. Consulté le 24 novembre 2017.