• Grammatron (navigation filmée #1)

Grammatron

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Grammatron est l’une des œuvres fondatrices de la littérature hypertextuelle. Cette œuvre à grand déploiement est constituée de plus de 1100 nœuds hypertextuels et plus de 2000 hyperliens, ce qui en fait l’un des plus grands hypertextes narratifs connus à ce jour. Soulignons aussi la présence de plus de quarante minutes de contenu audio original, formant la trame sonore de Grammatron, diffusé à la base en format Real Audio 3.0 (maintenant disponible en MP3 pour faciliter la lecture des fichiers pour les usagers). Font aussi partie de l'œuvre des images considérées comme des « natures mortes » par l’auteur ainsi que des images animées (.gif). Grammatron est la première œuvre d’art exclusivement destinée au Web à faire partie de la Biennale du Whitney (Whitney Museum of American Art, 2000).

Créée avec l'appui du Brown University Creative Writing Program et du National Science Foundation’s Graphics and Visualization Center et qualifiée par l’auteur de «public domain narrative environment»,  cette œuvre plonge l’internaute dans un futur proche où le cyberespace côtoie la sexualité virtuelle et les devises monétaires digitales. Rappelant le décor du cyberpunk, cette œuvre de fiction pousse aussi une réflexion théorique sur ce qu’est et pourrait être un monde où la production d’histoires n’est plus tournée vers le marché du livre, mais vers des environnements narratifs en réseau, nécessitant par le fait même la redéfinition du statut de l’auteur et du lecteur. L’internaute pourra à cet effet consulter l’accompagnateur théorique intitulé Hypertextual consciousness (HTC). On notera l’accent mis sur les premiers mots à être lus lors de la navigation à l’intérieur de cet accompagnateur: «I link therefore I am», résumant (grossièrement, disons-le) le principe régissant l’œuvre en ligne de Mark Amerika. On voudra aussi consulter à cet effet un autre «extratexte» de Mark Amerika, «Reconfiguring the Author: the Virtual Artist in Cyberspace», qui se veut pseudo-autobiographique, mais toutefois porteur d’une réflexion sur la démarche d’écriture au sein du réseau narratif mis de l’avant dans Grammatron.

Lors de l'entrée sur le site Web Grammatron.com, la page d’accueil présente le titre de l’œuvre en rouge, strié de lignes noires, ainsi qu’une image .gif animée juste en-dessous: on y voit des bouts de textes distordus (dont «burnt out brain») cachés en partie par ce qui pourrait être de la saleté ou des bouts de papiers déchirés, voire brûlés. L’internaute peut cliquer sur l’image pour passer à la page suivante ou attendre d’être redirigé. La page suivante présente le titre et l’image ainsi que différents liens permettant d’accéder à l’œuvre, à des articles, à des critiques et à des textes théoriques de Mark Amerika, ainsi qu'aux autres sites de l’artiste. Il suffit de cliquer sur «begin» afin d’entrer dans Grammatron. L’internaute devra choisir entre deux versions de l’œuvre, soit Interfacing (contenant l’introduction dynamique de l’œuvre) ou Abe Golam (une version écourtée de l’œuvre). Si l’internaute choisit l’option Interfacing, il est important d’attendre la redirection automatique de la page sinon l’œuvre risque de s’afficher de façon parcellaire (absence d’images et erreurs dans l’affichage de certaines lettres).

Interfacing présente des phrases et des bouts de phrases mettant en contexte l’internaute. Le jeu identitaire entre l’humain et la machine est à peine caché. Après plus d’une centaine de pages .html, l’internaute aboutira à l’histoire fragmentée et fragmentaire de Abe Golam (dont l'alter ego est Grammatron), qui doit retourner dans la cité de Prague-23 pour retrouver une ancienne compagne, Cynthia Kitchen. Cette cité, toutefois (et comme le reste de l’univers de Grammatron), est possiblement illusoire. Étant coincé à l’intérieur de Grammatron (l’œuvre) et de Grammatron (Golam), l’internaute ne peut que s’accrocher au doute et, du coup, seul le texte est en mesure de témoigner de l’existence de cet univers (qui se trouve à être le réseau). Il ne suffit donc plus de savoir où le texte de Grammatron va nous mener, mais de tenter de comprendre les mécanismes sous-jacents qui en font l'intérêt. Chaque «espace textuel» comporte son titre, qui nécessite d’être hyperlié afin d’être découvert. Mais l’internaute remarquera rapidement que le réseau ne peut être brisé: si les nombreuses entrées de Grammatron, présentées comme entrées de dictionnaire (pour reprendre les termes de Matthew Mirapaul (Mirapaul, 1997)), semblent se multiplier à l’infini, il reste que plusieurs d’entre elles ne donnent qu’une seule porte de sortie et, invariablement, le lecteur tenace reviendra à son point de départ. En d’autres cas, les choix qu’il aura effectués préalablement influencent la façon dont l’internaute est redirigé entre chaque nœud hypertextuel.

Pour citer
Bordeleau, Benoit. 15 juillet 2009. « Grammatron, par Amerika, Mark ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/grammatron-0>. Consulté le 16 octobre 2017.