Descriptive Camera™

Descriptive Camera™ est un objet photographique permettant de générer la description textuelle d’une image numérique. Suite à la prise de photo, il suffit d’attendre de 3 à 6 minutes pour que l’appareil, composé d’une webcam et d’une imprimante thermique, imprime une description de la scène captée, à la manière d’un polaroïd. Pour ce faire, la caméra est connectée à internet grâce à un câble Ethernet, et envoie l’image de la webcam à la plateforme web Amazon’s Mechanical Turk, un service permettant à un demandeur d'effectuer, en échange d’un paiement minimal, une tâche simple par un employé. Lorsque le travailleur effectue la traduction, celle-ci est renvoyée à la caméra pour impression, au prix de 1,25 $ l’unité. Le nom de ce service développé par Amazon fait référence au célèbre canular historique de la fin du 18e siècle du Turc mécanique créé par Johann Wolfgang von Kempelen. Cette installation permettait à un participant de jouer aux échecs contre un prétendu automate situé derrière un bureau en érable. Cependant, à l’intérieur de celui-ci se trouvait un ensemble de mécanismes contrôlé par un humain. Les mécanismes en eux-mêmes étaient visibles par des ouvertures vitrées dans le meuble, tandis que l'espace de l'adversaire réel demeure caché. La Descriptive Camera™ réactualise ce procédé mécanique illusoire qui peut être perçu comme une mise en scène archaïque d'intelligence artificielle. L'appareil de Matt Richardson permet aussi d’envoyer l’image à l’ensemble de ses contacts en ligne grâce au accomplice mode, afin que ceux-ci la déchiffrent. La capture d’une scène grâce à l’appareil ne génère qu’une description écrite, substituant l'image par le texte. Les résultats obtenus par la caméra démontrent l'importance de l'écriture, même du langage, en tant qu'outil d'archivage et de description grâce à la pérennité de sa forme dans le temps, mais aussi la grande subjectivité qu'on peut lui associer en comparaison à la photographie. 

Bien qu’au stade de prototype, la Descriptive Camera™ investit la problématique des datas liées aux images présentent sur le web, plus précisément celles de type descriptif. L'objet offre une réflexion sur la manière dont les données associées aux images sont créées et utilisés sur le web, ainsi qu'à leur monétarisation et leur clientélisme. Bien que des données de géolocalisation, de format, de date et d’heure, soient générées automatiquement lors de la prise d’une photographie à l’aide d’un appareil connecté au web, celles liées au contenu de l’image demeurent générées par l’utilisateur, comme le démontrent les tags sur la plateforme Instagram, ainsi que l'identification d'utilisateurs sur Facebook. L’appareil de Richardson ouvre ainsi la possibilité d’associer contenu et image de manière automatique afin de faciliter l’archivage de l’ensemble de nos photographies numériques, permettant une classification plus exhaustive. L’appareil de Richardson ne résout que partiellement les questions entourant la reconnaissance de contenu d'images grâce à la technologie numérique et l'intelligence artificielle, celles-ci ayant été par exemple investies par l'équipe d'ingénieurs et de chercheurs de Moodstocks depuis 2012, demeurant tributaires d’une action humaine. Descriptive Camera™ déstabilise notre croyance en la technologie web en tant qu'entité objective et non-humaine, et propose un imaginaire textuel qui renouvelle la perception de notre réalité grâce à des outils de reproduction technique. 

Pour citer
Marsolais-Ricard, Charles. 10 novembre 2016. « Descriptive Camera™, par Richardson, Matt ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/descriptive-cameratm>. Consulté le 20 octobre 2017.