• Degenerative - Regenerative (navigation filmée #1)

Degenerative - Regenerative

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Degenerative et Regenerative sont deux œuvres de l’artiste mexicain Eugenio Tisselli qui font partie d’un seul et même projet. Dans Degenerative, un texte écrit par l’artiste «dégénère» à chaque visite: dès que quelqu’un accède à l’œuvre, un des caractères du code html est soit effacé, soit remplacé, entraînant la dégénérescence non seulement du contenu de la page, mais aussi de sa structure. Sur le site de Degenerative, différents liens permettent d’accéder au texte dans son état actuel (une simple page noire, avec parfois un symbole unique dans le coin supérieur gauche), au texte original (voir section CITATIONS), à l’historique de la dégénérescence du texte (du jour 1 au jour 44, date à laquelle le texte est devenu complètement illisible) et à différents commentaires laissés par les internautes. Une dernière section, «read more», a été piratée par Nero Hacker et n’est malheureusement plus accessible. Selon ce que rapporte l’artiste sur la page d’accueil de Degenerative, il a fallu presque quatre mois pour que le texte disparaisse complètement: «finally, after almost 4 months of agony, the degenerative page has disappeared. sometimes, when it is visited, a single character can be seen... it is only a ghost».

Regenerative est la deuxième partie de l’expérience Degenerative. Tout comme dans Degenerative, si l’internaute tape directement l’adresse de l’œuvre dans son fureteur pour accéder au site, un des caractères du code html est effacé, entraînant la dégénérescence du contenu de la page et de sa structure. Toutefois, si l’internaute accède à Regenerative à partir d’un lien dans un autre site Web, le code essaie de se régénérer en extrayant du texte du site de référence. Si l’extraction réussit, le nouveau texte est implanté à l’intérieur du texte dégénéré. Sur le site de Regenerative, le texte dans son état actuel s’affiche dans la partie inférieure de l’écran. Dans la partie supérieure, différents liens mènent vers Degenerative, vers le texte original de Regenerative et vers un courriel reçu par l’artiste suite à la visite d’un «robot» sur son site Web. Considérant la nature de Regenerative, l’existence de ce courriel est d’ailleurs on ne peut plus amusante:

There appears to be a problem on this page of your site.

On page http://www.motorhueso.net/regenerative/regenerative.php the link to http://www.motorhueso.net/regenerative/*ht*p://www_m*torhueso.nt/degener gives the error: Not found.

As recommended by the Robot Guidelines, this email is to explain our robot's visit to your site, and to let you know about one of the problems we found. We don't store or publish the content of your pages, but rather use the link information to update our map of the World Wide Web.

Are these reports helpful? I'd love some feedback. If you prefer not to receive these occasional error notices please let me know.

Roy Bryant

Le seul commentaire de l’artiste à propos de ce courriel: «do net robots dream of regenerative sheep?»

Cette référence à la nouvelle de Philip K. Dick, Do Androids Dream of Electric Sheep? (devenu plus tard Blade Runner), n’est d’ailleurs pas innocente dans le cadre de la réflexion de l’artiste. En effet, Degenerative et Regenerative soulèvent tout le problème de la prédation, de la vie et de la mort. Dans Degenerative, la mort du texte n’est pas naturelle: elle est l’effet du code qui sommeille en elle. Le visionnement répété tue, et nos yeux sont les prédateurs de leurs cibles. Comme le dit l’artiste dans le texte original de l’œuvre: la seule chance de survie de la page est que personne ne la visite, mais alors elle n’existerait pas. Est-ce que chaque chose contient le germe de sa propre destruction? La culture visuelle est-elle un rituel de cannibalisme et de renaissance? Dans Regenerative, cette réflexion prend une autre dimension lorsque l’artiste pose la question de la nature du regard: est-ce que tout ce que nous voyons fait partie de nous? Sommes-nous la seule image que nous pouvons voir? Et si c’est le cas et que nos yeux sont des prédateurs, chaque regard est-il un acte d’autodestruction? Lorsque Regenerative utilise le texte de la page de référence d’où provient l’internaute pour régénérer son code, c’est un peu de l’internaute qui passe dans l’œuvre, la chose devenant une partie de celui qui la regarde – destinée toutefois à être détruite par le regard des autres. Pour citer une fois de plus l’artiste: «[T]he part of ourselves contained in that which we see is slowly killed with every view».

Bref, il s’agit de deux œuvres émouvantes qui questionnent ce que signifie exister, regarder et mourir. Suite à la visite de l’internaute, aucun des deux textes ne sera plus jamais le même: «seeing is not an innocent action». Et en y laissant un peu de soi, c’est l’internaute qui en repart aussi changé, légèrement altéré et incomplet. Ou du moins est-ce la proposition philosophique, fort charmante, que nous fait l’artiste…

Les deux œuvres sont accessibles à partir du site Web de l’artiste ou directement sous http://www.motorhueso.net/degenerative/ et http://www.motorhueso.net/regenerative/regenerative.php. Aussi, en version espagnole: http://www.motorhueso.net/degenerativa/ et http://www.motorhueso.net/regenerativa/regenerativa.php.

 

Pour citer
Gauthier, Joëlle. 14 septembre 2009. « Degenerative - Regenerative, par Tisseli, Eugenio ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/degenerative-regenerative>. Consulté le 17 octobre 2017.