• De l'art si je veux (navigation filmée #1)

De l'art si je veux

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De l’art si je veux est un projet interactif de Nicolas Clauss réalisé en collaboration avec des jeunes de Le Mans (France) aux visées à la fois artistiques et pédagogiques. Les étudiants, âgés de onze à seize ans, étaient invités à exprimer leurs impressions face aux œuvres d’artistes modernes et contemporains, en l’occurrence «Arman, Francis Bacon, Ben, Christian Boltanski, Maurizio Cattelan, Jake et Dinos Chapman, Marcel Duchamp, Edvard Munch et Daniel Spoerri» (Clauss, 2004).

Dans l’un des neuf volets du projet, des œuvres des frères Chapman et de Maurizio Cattelan sont revisitées conjointement. On entend la voix d'un étudiant qui trouve particulièrement intéressant le traitement à la fois «gore» et tragicomique que réservent les artistes à leurs œuvres. S'y côtoient des adaptations transmédiatiques de The Ninth Hour (sculpture hyperréaliste représentant le pape Jean-Paul II écrasé par une météorite), ainsi que Love lasts forever (superposition des squelettes d’un âne, d’un chien, d’un chat et d’un coq) de Maurizio Cattelan (Designboom, 2004), tout comme des soldats en plastique arborant le visage des frères Chapman (White Cube). D'autres séquences rappellent leur œuvre Arbeit McFries, où des corps en état plus ou moins avancé de putréfaction sont accumulés devant un restaurant McDonald’s.

Un autre volet est réservé à la contribution de Marcel Duchamp au monde de l’art. Nicolas Clauss a ici assemblé, avec ses collaborateurs étudiants, un ready-made hypermédiatique constitué à la fois des titres des œuvres de Duchamp, mais aussi d’images de ces dernières. Qu’il s’agisse de la fameuse dégradation de la Joconde, L.H.O.O.Q. (1919), d’Étant données: 1° la chute d’eau, 2° le gaz d’éclairage (1946-1966), Fontaine (1917), Porte-bouteilles (1914), Roue de bicyclette (1913), Torture morte (1959)… Les commentaires des étudiants, pouvant être entendus en cliquant sur la surface du tableau numérique, rendent compte de l’intérêt qu'ils portent ou non face aux oeuvres citées. Les œuvres de Duchamp, dans leurs mots, passent du «génial» au «pourri».

Le tableau reprenant l’esthétique de Basquiat (graffitis et dessins) propose trois fenêtres où un homme portant un masque, représentant un visage semblable à celui du tableau In italian (1983) (dessiné sur papier), fait divers mouvements qui passent en boucle. Sous chacune des trois fenêtres se déplace un pistolet selon la position du curseur de la souris et, sous les deux premières, sont disposées des pages qui semblent tirées d'un carnet et qui reprennent l'esthétique du graffiti. En bougeant le curseur, dans le coin supérieur droit de l'écran, le texte cryptique de son œuvre sans titre de 1983 (POSTOAKOES / REST IN PEACE WHO TRUST?) est affiché. D’autres éléments sont directement tirés du tableau Tabac (1984) : la cigarette, la couronne (symbole récurent utilisé par Basquiat pour se représenter ainsi que pour référer à des figures qu’il admirait)(Castellani Art Museum), le tourbillon, «nervous system». La trame sonore est aussi constituée de boucles sonores.

Le traitement réservé au Cri de Munch est sobre et efficace. Dès son entrée dans le module, l’internaute se trouve devant l’image d’un homme assis à côté du tableau en question, se tenant la tête (comme le personnage au premier plan de l’œuvre originale). En cliquant sur l’homme, il est substitué par d'autres personnes prenant des postures  représentant la tourmente. En cliquant sur l’arrière-plan rouge et noir, qui reprend les motifs et le personnage du tableau de Munch, les commentaires de différents intervenants se font entendre.

Dans la reprise numérique des œuvres d’Arman, les accumulations, typiques de la démarche artistique d'Arman, sont faites d'une multitude d'images de deux jeunes hommes dont les mouvements, brefs et saccadés, sont repassés en boucle. Sont employées des images de l’œuvre Beyrouth Liban (Moreau et Bizos, 2006) ainsi que Colère de violon (Moreau, 1999). La trame sonore est composée, entre autres, de bruits de grincements et du discours sur le néo-réalisme (dont le son est inversé) prononcé par la même voix masculine qu’on peut entendre dans le tableau numérique traitant des œuvres de Basquiat.

Le tableau numérique sur Francis Bacon présente une version retravaillée de la Study for Portrait of Isabel Rawsthorne. Cette dernière était une amie peintre de Bacon. L’image est ici reproduite trois fois et disposée à la manière d’un triptyque (dont le peintre a fait usage de nombreuses fois au cours de sa carrière). Seul le visage déformé de Rawsthorne a été supprimé pour laisser place aux visages de trois enfants qui, à leur tour, sont déformés selon les mouvements du curseur de la souris. L’internaute peut entendre les réflexions des enfants ayant participé à l’élaboration de cette version du tableau dit monstrueux par rapport aux autres portrait de Bacon.

Dans la section Memo, les jeunes ayant collaboré à l’œuvre de Clauss ont créé un personnage à partir du nom de Christian Boltanski, soit Boris Lanchitanski, pour ensuite lui inventer une vie. Les différents intervenants ont été photographiés et enregistrés alors qu’ils présentaient un objet faisant partie de la vie du dénommé Boris. Ceci n’est pas sans rappeler les divers projets à teneur autobiographique de Boltanski, comme Vitrine de référence (1971) et Les archives de C. B. 1965-1988 (1989).

On retrouve sur le tableau reprenant le style d’écriture de l’artiste Benjamin Vautier alias Ben. Il s'agit de slogans tels que «L’art c’est naze» ou encore «N’importe qui peut faire de l’art» écrits en blanc sur fond noir (et qu’il est maintenant possible de retrouver sur des coffres à crayons et des carnets de toutes sortes). Lorsque l’internaute passe le curseur de la souris sur le texte affiché à l’écran, celui-ci se brouille pour ensuite afficher une nouvelle phrase. En cliquant autour de la zone de texte, l’internaute, comme dans les autres tableaux de De l’art si je veux, peut entendre les réflexions des étudiants sur l’art, concernant entre autres les positions artistiques de Ben et de Duchamp.

Un dernier tableau, s’attardant au travail de Daniel Spoerri, reprend l’idée de ses plats collés sur la table à la suite d'un repas, puis accrochés à un mur, transfigurant ainsi la banalité des objets utilisés au quotidien. Dans la version numérique de Clauss, le curseur de la souris permet de déplacer des ustensiles de cuisine (cuillères et assiettes, principalement) alors que d’autres éléments, comme des tasses et des plats à moitié remplis de nourriture apparaissent pas intermittence. Dans quelques-unes des réappropriations de l’œuvre de Spoerri, de courtes séquences vidéo sont répétées et agissent ainsi comme arrière-plan.

 

L'oeuvre hébergée sous l'URL originale (http://www.delartsijeveux.com/) n'est plus disponible. Il existe une version archivée sur Internet Archive (https://web.archive.org/web/20131129123141/http://www.delartsijeveux.com/).

Pour citer
Bordeleau, Benoit. 15 juin 2010. « De l'art si je veux, par Clauss, Nicolas, Meïssa Belharat, Yannis Boukhalfa, Coralie Geslot, Anthony Fisson, Amélie Fisson, Jean-François Goyer et Houria Zenasni ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/de-lart-si-je-veux>. Consulté le 18 octobre 2017.