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De l'Amour

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De l’Amour est une œuvre hypermédiatique, réalisée par Xavier Malbreil, disponible sur son site http://www.0m1.com/. L’interface présente plusieurs photocopies d’extraits de poésie où une deuxième écriture, à la main, donne à voir des notes éparpillées sur plusieurs pages, comme des brouillons de messages électroniques. L’œuvre relate l’histoire d'un professeur, propriétaire des documents, et d'une fille rencontrée sur le Web. Grâce à un réseau de rencontres, l’homme et la femme se séduisent mutuellement et l’internaute a droit à des bribes de leur dialogue virtuel. Sexe et amour sont les sujets abordés. Dans certains passages, la conversation érotique est carrément vulgaire. Selon les propos de l’artiste, l’œuvre veut démontrer le sens et les enjeux de l’amour sur Internet, c’est-à-dire comment les internautes entretiennent «un dialogue amoureux, dans un environnement marqué par des technologies de l’information et de la communication» (Anonyme, 2007). Celui-ci cherche à illustrer la façon dont les identités, souvent fictives sur la toile, permettent de dépasser les limites habituellement établies dans les relations directes entre amoureux, ainsi que les pièges qui guettent ces relations virtuelles. De l’Amour tente de faire le point sur les rapports de séduction nouvellement développés depuis l’arrivée des sites de rencontre en ligne.

L'exploration du discours assez cru sur l’amour est menée de manière interactive, à travers une pluralité de supports, comme le papier de format A4, l’écriture à la main et numérique, ainsi que l’écran d’ordinateur. Le tout est étroitement imbriqué. La lecture de l’œuvre demande le déchiffrement d’une écriture parfois difficile à saisir, de dessins assez rudimentaires, de bribes de poèmes et d’extraits de photocopies à moitié présentés.

De l’Amour est encore en construction et l’artiste promet des développements à venir. Le projet est né à la suite d'un séminaire portant sur l’ennui, où une étudiante chinoise avait distribué des feuilles photocopiées en A4, sur lesquelles elle rendait compte de la traduction faite par Paul Claudel de poèmes chinois. Ces feuilles, longtemps laissées de côté, ont ressurgi dans les mains de Malbreil plusieurs années plus tard. Il avait, depuis, pris des notes éparses et griffonné des dessins sans but précis sur celles-ci. Suite à la découverte de ce document, il a eu l’idée de l’utiliser pour une œuvre. Chaque feuille, confie-t-il dans un article, a été «passée au scanner, puis agrandie considérablement, raturée, surécrite, triturée dans tous les sens, cette photocopie a révélé, dans les détails de la trame du papier, l'envers de l'écriture, au sens le plus matériel du terme» (Malbreil, 2006).

Pour lui, cette réalisation artistique est une histoire d'appropriations. Premièrement, celle de l’étudiante chinoise qui, du patrimoine littéraire de son pays, avait étudié l’appropriation faite par Claudel lors de la traduction. Deuxièmement, la seconde écriture, la sienne, vient à son tour s'approprier ces feuilles et cette poésie, déjà passées par diverses manipulations. L’œuvre est donc un document en chantier, à maintes reprises retravaillé, où les couches d'écriture se surimposent sur un contenu existant, et ce, de façon imprévue. L’intérêt du projet réside dans cette cohabitation entre la photocopie originale et ce qui s’y est ajouté avec le temps.

Pour citer
Dubé, Sandra. 15 juillet 2009. « De l'amour, par Malbreil, Xavier ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/de-lamour-0>. Consulté le 19 octobre 2017.