• Brain Slide (navigation filmée #1)

Brain Slide

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Brain Slide est une série de strips à quatre cases réalisée grâce au Tarquin Engine. Inventé par l'auteur de Webcomics Daniel "Merlin" Goodbrey, le Tarquin Engine permet d'utiliser le logiciel d'animation Flash afin de créer des bandes dessinées hypertextuelles (surnommées Hypercomics par son inventeur). Peu utilisé jusqu'à présent, le Tarquin Engine regorge néanmoins de nombreuses possibilités pour les créateurs de Webcomics qui se donnent la peine de comprendre son utilisation.

Brain Slide propose une expérience de lecture unique en son genre. Dès l'entrée dans l'oeuvre, un visage de femme asiatique vu de profil invite l'internaute à se perdre en cliquant autour du strip à quatre cases, en lui assurant que la progression dans la page amènera une confusion grandissante. Dans toutes les directions, on découvre des dialogues entre des créatures étranges, des présidents clonés, des scientifiques cruels et des chatons machiavéliques. L'univers glauque installé par les dialogues biscornus est accentué par un usage de noir et blanc qui crée à l'occasion des contrastes frappants, et par l'usage d'inversion lumineuse qui donne l'impression à l'internaute de regarder un négatif de film.

Puisque les strips qui composent Brain Slide ne sont visibles par l'internaute que lorsque celui-ci passe son curseur sur les zones adjacentes au strip qu'il est en train de lire, le parcours dans l'oeuvre s'effectue à l'aveugle, dans une impression de déroute et d'égarement. C'est donc un labyrinthe qui est formé par la multitude de strips qui constitue l'oeuvre, puisque la navigation dans l'oeuvre ne se fait pas dans un ordre linéaire et prévisible. De plus, ce labyrinthe a la particularité de ne pas dévoiler sa structure d'ensemble au premier coup d'oeil, ce qui fait en sorte que l'internaute ne sait jamais s'il se trouve au centre ou en bordure de Brain Slide. Comme une personne cherchant sa sortie hors du labyrinthe ne sait pas ce qui l'attend au détour d'un embranchement ou si sa progression le rapproche ou l'éloigne d'une sortie du labyrinthe (de fait, lorsqu'on se trouve à l'intérieur d'un labyrinthe, on ne sait même pas s'il existe la sortie que l'on cherche!), l'internaute qui progresse dans Brain Slide finit par ne plus chercher à atteindre une extrémité de l'oeuvre. De toute manière, les strips qui forment l'oeuvre sont liés ensemble par un réseau thématique et non par une structure narrative.
 
L'ambiance sonore joue un rôle important dans l'expérience de l'oeuvre. En effet, la bande sonore qui tourne en répétition génère de prime abord une atmosphère d'étrangeté, notamment parce que la section rythmique est composée de sons de cymbales qui sont joués à l'envers, ce qui donne l'impression que les sons sont mystérieusement aspirés par un trou noir. À mesure que l'internaute se déplace de strip en strip, des couches sonores se superposent successivement sur la bande sonore initiale, culminant en un déluge de sons qui fait passer de l'impression d'étrangeté à l'état de panique. 
 
En utilisant une combinaison de strips courts, un déplacement à l'aveugle dans l'oeuvre qui n'est pas sans rappeler la lecture d'un hypertexte de fiction, un humour noir décalé et une bande sonore réactive qui s'amplifie à mesure que la progression dans l'oeuvre s'accomplit, Daniel Goodbrey est parvenu à créer une expérience de lecture qui exploite plusieurs des possibilités que permet le passage à l'écran de la bande dessinée. Brain Slide doit donc être considéré comme l'une des premières grandes réussites dans la jeune histoire du Webcomic, dont les nombreuses potentialités sont mises en pratique à l'intérieur de cette oeuvre très réussie.
Pour citer
Gaudette, Gabriel. 1er juin 2009. « Brain Slide ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/brain-slide-0>. Consulté le 16 octobre 2017.