• Accounts of the Glass Sky  (navigation filmée #1)

Accounts of the Glass Sky

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Accounts of the Glass Sky est un hypertexte poétique de l’auteure américaine M. D. Coverley. Il s’agit d’une œuvre mystérieuse et angoissante qui raconte la transformation du ciel en verre, de l'apparition des premiers cristaux dans les années 1920 jusqu'à la fin de l'humanité vers 1990, alors qu'il ne reste que quelques survivants amnésiques placés dans des hôpitaux spécialisés.

En accédant à l’œuvre, l’internaute déclenche une courte animation donnant le ton de l’ensemble. Sur un décor apocalyptique représentant d’étranges pierres verticales au milieu d’un désert distordu comme à travers une lentille déformante, le texte suivant apparaît par fragments: «There is something wrong with the sky. Going solid around the edges. Crystallizing at the dome. When did this begin to happen, Do we think?» Sur les pierres, on devine en surimpression les surfaces de gratte-ciels de verre. En trame sonore, un genre de bruit mécanique rappelant le verre que l’on brise ou un quelconque piston industriel se fait entendre, surgissant à quatre reprises avec une étrange violence. Pour passer à la première interface de navigation, l’internaute doit cliquer sur une roue partielle, comme brisée, à la droite de l’écran. Cette roue est présente dans toutes les interfaces, guidant l’internaute dans son parcours. À chaque fois que le curseur de la souris se pose sur cette roue, même sans cliquer, un battement de cœur enregistré par un appareil échographique se fait entendre.

Dans la première interface, la surface partielle d’un gratte-ciel apparaît en arrière-plan engloutie de part et d’autre par des masses noires. On devine parfois que la masse noire de gauche représente la silhouette d’un être humain, mais il est difficile d’en être sûr… Sur la surface des fenêtres, on retrouve une série de sept photographies. En plaçant son curseur sur ces images, l’internaute peut les agrandir. Ces photographies servent d'hyperliens vers les différents fragments du texte, accessibles en un clic. Tous les fragments portent le titre «Report of the Sky», accompagné d’une date (dans l’ordre: 1920, 1948, 1955, 1964, 1935, 1949, 1929). Chaque fragment est composé de la même manière: un court texte relatant l’histoire d’un ou de plusieurs des individus sur la photographie apparaît, traitant de l’état du ciel pendant leur vie. Par exemple: «Who would have thought that when the sky changed, it would be invisible? Not Jack – rest in peace.» Ensuite, la photographie accompagnant le texte semble éclater, se diviser, se distordre, jusqu’à couvrir le texte original, qui disparaît alors. Un court texte de quatre ou cinq lignes au ton parfois prophétique, parfois hermétique, est finalement mis en évidence, plus inquiétant que le récit initial. Par exemple: «under the bell-jar of the sky, we sense the tracings of an outcome we cannot imagine».

La deuxième interface, accessible à partir de la roue partielle présente dans le coin inférieur droit de la première interface, montre la même série de photographies. Elles sont encore placées sur un fond composé de l’image d’un gratte-ciel couvert de vitres où l’on devine la silhouette d’une femme. Toutefois, les images ne sont plus alignées les unes en dessous des autres, mais plutôt dispersées un peu au hasard. De plus, lorsque l’internaute clique sur celles-ci, elles ne mènent pas vers de nouveaux fragments; elles donnent accès au même contenu que dans la première interface.

Chacun des fragments énigmatiques qui composent Accounts of the Glass Sky évoque un peu les mêmes sentiments, les mêmes thèmes. Il y est toujours question d’une période d’innocence et d’accomplissements anodins, à peine entachés par une menace diffuse (une tache sombre, un éclat de verre à l’horizon, rien de plus) qui passe pratiquement inaperçue. Souvent, le fragment ne va pas plus loin. Par contre, plus on avance dans le temps, plus souvent il devient question d’un «après» mystérieux, après la catastrophe, après la vitrification du ciel. Les survivants s’entassent dans des hôpitaux-refuges au milieu de zones dépeuplées; le souvenir de l’«avant» s’efface de plus en plus, toujours fuyant; les projets de chacun sont entravés; etc. Au final, à travers les destins singuliers des individus à peine esquissés dans le texte, l’internaute parvient à ressentir le poids de la menace et de la catastrophe sans jamais qu’elles ne soient réellement expliquées ou même explicitées. Il y a eu des signes, mais le quotidien reprenait toujours le dessus; puis il y a eu la catastrophe, mais personne ne semble en mesure d’en parler; et finalement il y a les survivants, incapables de se rappeler des causes, des indices, des circonstances. Coverley nous fait résolument pénétrer dans l’expérience du traumatisme collectif, indicible et irreprésentable.

C’est d’ailleurs en travaillant sur la question du 11 septembre 2001 et sur une pile de vieilles photos anonymes que Coverley a développé le projet d’Accounts of the Glass Sky (Coverley, 2006). De façon poétique, elle évoque la désillusion, la perte, la rupture. Il s’agit d’un texte sensible, à fleur de peau, vécu sous le signe de la transmutation, alors que même le ciel perd l’évidence du familier.

Ressources bibliographiques: 

 

 

Pour citer
14 juin 2010. « Accounts of the Glass Sky ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/accounts-glass-sky-0>. Consulté le 16 octobre 2017.