Art Post-Internet: généalogie du terme et bibliographie

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De plus en plus fréquent dans le milieu de l'art contemporain comme titre d'exposition, d'ouvrage ou d'article, le vocable «art Post-Internet», a certainement laissé sa marque. Le Laboratoire NT2 accuse un retard d'une couverture critique de ce phénomène qui a émergé il y a maintenant huit ans et qui, semblerait-il, tire à sa fin1. Ayant fait preuve de prudence face à une énième prédiction de tournant pour l'art hypermédiatique2 nous avons aujourd'hui l'avantage du recul historique et critique qui permet de constater une accumulation de documents théoriques sur le sujet, autant de la part d'artistes, de critiques et de commissaires de l'Amérique du Nord et de l'Europe. Avant de nous prononcer à notre tour sur le phénomène, nous souhaitons partager avec vous plusieurs de ces sources qui nourrissent notre réflexion et qui, nous l'espérons, nourriront la vôtre également.

D'abord, une brève généalogie du vocable «art Post-Internet».

2006-2008 - L'on attribue la première utilisation du vocable à Marisa Olson, artiste, critique et commissaire née en Allemagne et travaillant à New York. Bien qu'elle affirme l'utiliser depuis 2006 pour parler de son travail et de celui d'autres artistes de son entourage, c'est en 2008 qu'il devient plus généralisé et consacré. En 2006, elle est invitée par Lauren Cornell à une table ronde sur le «net art» à Electronic Art Intermix à New York. Déjà, elle qualifie sa pratique d'un «art après Internet» [art after the internet]. Dans son article POSTINTERNET: Art After the Internet, publié dans Foam Magazine, elle explique ce qu'elle entend par ce «après»: «I said that both my online and offline work was after the internet in the sense that "after" can mean both "in the style of" and "following". For illustration, I referred to the concept of postmodernity coming not at the end of modernity, but after (and with a critical awareness of) modernity» (Olson, 2011/2012: 60). L'entrevue avec Régine Debatty sur le site Web We Make Money Not Art a permis une plus grande diffusion de la pensée d'Oslon sur un art Post-Internet dans le milieu.

2009 - Le commissaire et critique basé à Brooklyn Gene McHugh, soutenu par la Warhol Foundation Arts Writers Grant, a tenu un blogue intitulé Post Internet du 29 décembre 2009 au 5 septembre 2010. Ses entrées ont ensuite été colligées pour en faire une publication chez LINK Editions. Ce blogue a non seulement nourri la réflexion critique autour du Post-Internet, mais il est aussi considéré comme une création performative du Post-Internet en soi, tel que le mentionne l'éditeur de la publication, Domenico Quaranta (McHugh, 2011: 2).

2010 - L'artiste Artie Vierkant publie un texte intitulé «The Image Object Post-Internet» qu'il rend accessible en PDF sur Internet. Il le conçoit autant comme un texte de démarche artistique qu'une critique du rapport aux objets et aux images dans la culture contemporaine. Il ajoute: «More than anything, it poses a survey of contemplations and open questions on contemporary art and culture after the Internet» (Vierkant, 2010: 3).

2010-2011 - Post Internet Survival Guide 2010: projet initié par Katja Novitskova prend la forme d'un livre, d'une installation ainsi qu'une série d'événements et d'expositions. Il existe également un Tumblr sur le thème «post internet survival» qui se présente comme une archive puisant au sein d'une centaine de blogues et d'autres sources du Web. 

2013 - Une table ronde organisée par Karen Archey et Rhizome intitulée «Post-Net Aesthetics» au Institute of Contemporary Arts à Londres annonçait le déclin de l'utilité du terme. La vidéo de la table ronde n'est plus disponible sur le site de Rhizome, mais il existe un Storify du fil Twitter du #ICAdebate.

2014 - Une exposition au Ullens Center for Contemporary Art à Beijing, commissariée par Karen Archey et Robin Peckham, est intitulée Art Post-Internet. Elle présente le travail, entre plusieurs autres, de Marisa Olson, Artie Vierkant, Oliver Laric et Harm van den Dorpel - dont les noms reviennent souvent comme les piliers de l'art Post-Internet, ainsi que Cory Arcangel et Jon Rafman - plus connus de la scène montréalaise. Les commissaires ont aussi publié un PDF en lien avec Art Post-Internet qui fait office de catalogue d'exposition et, selon leur texte d'introduction, de «primary source of information for research about post-internet art.»

2014 - Publication de l'ouvrage You Are Here: Art After the Internet, dirigé par Omar Kholeif et présentant les écrits de plusieurs artistes, auteurs et commissaires. «The book positions itself as a provocation on the current state of cultural production, relying on first-person accounts from artists, writers and curators as the primary source material» (http://www.cornerhousepublications.org/publications/you-are-here-art-after-the-internet/).

Nous avons colligé de nombreux articles, livres, blogues, etc., afin de tenter une vue d'ensemble sur ce qui se dit de l'art Post-Internet. Notre intention première est de rendre accessible la recherche préliminaire nécessaire à la rédaction d'un article sur un sujet d'actualité. La particularité de notre méthode de recherche nous semblait également digne de mention. L'entièreté des sources que nous avons rencontrée est presque uniquement disponible sur le Web, soit sous forme de blogues, de vidéos d'entrevues, d'articles de revues en ligne ou de PDF en libre accès. Comme quoi non seulement le milieu de l'art et de la culture, mais dorénavant tout le système discursif en histoire de l'art, se voit en constant dialogue avec Internet.

Pour la liste non exhaustive d'ouvrages traitant de l'art Post-Internet, voir la bibliographie ci-dessous.

Pour citer
Tronca, Lisa. 16 août 2016. « Art Post-Internet: généalogie du terme et bibliographie ». Dans les Délinéaires du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/delineaires/art-post-internet-genealogie-du-terme-et-bibliographie>. Consulté le 19 octobre 2017.