Chaire de recherche du Canada sur les arts et les littératures numériques (ALN)

Bertrand Gervais, titulaire

La transition d’une culture du livre à une culture de l’écran nous expose à un changement de paradigme quant à la manière de produire et d’assurer la transmission de la culture et de ses manifestations artistiques et littéraires; elle exige de plus que nous jetions un regard critique sur l’imaginaire contemporain et que nous repensions nos méthodologies de recherche en arts et lettres de même que nos stratégies de diffusion.

Le programme de recherche proposé par la Chaire de recherche du Canada sur les arts et les littératures numériques prend acte de ce passage à une culture de l’écran et de l’image – dont le dispositif par excellence est l’écran d’ordinateur ouvert sur un réseau –, ainsi que de ses conséquences sur notre rapport au monde, de plus en plus médiatisé par des fictions dont les cadres et limites ne sont plus apparents, sur notre capacité à interpréter les textes et les images, et sur les nouvelles formes identitaires et de communauté qui en découlent.

Ce programme a pour objectif de dynamiser de façon soutenue la recherche au NT2 et de développer le plein potentiel de cette infrastructure, pionnière dans l’étude des pratiques numériques et de la culture de l’écran. En ce sens, la Chaire poursuit trois objectifs: 1) étudier les pratiques artistiques et littéraires déployées en contexte numérique;  2) témoigner des manifestations d’une culture de l’écran et de son impact sur l’imaginaire contemporain; 3) développer des méthodologies et des stratégies de recherche en arts et lettres, reposant sur les technologies contemporaines.

Ces objectifs définissent trois axes de recherche :

Axe 1 : Pratiques artistiques et littéraires en contexte numérique. Qu’ont en commun les pratiques artistiques et littéraires contemporaines? Comment se déploient-elles dans un contexte où culture du livre et culture de l’écran cohabitent? Comment s’adaptent-elles au numérique? L’heure n’est plus au simple constat de l’existence d’une culture, voire d’une esthétique numérique, mais à l’étude soutenue de leurs manifestations, qu’elles aillent du côté du cyberespace et de son imaginaire technologique ou celui de la culture populaire contemporaine, hybride et changeante. L’enjeu est non seulement de proposer des analyses d’œuvres, mais de dresser un véritable portrait de la production actuelle à partir  du Répertoire des arts et des littératures hypermédiatiques monté par le NT2.

Axe 2 : L’écran : pour une archéologie conceptuelle. Une folie du voir (c'est le titre de l'essai de C. Buci-Glucksman, paru 2002) surdétermine notre passage à une culture de l’écran, qui se manifeste notamment par une omniprésence de ces dispositifs numériques d’inscription, de traitement et de visualisation de l’information, qu’elle soit textuelle, visuelle ou audio. Cette culture de l’écran est marquée par une image que l’on manipule, par opposition à une image que l’on regarde, par une iconotextualité (relations textes et images) devenue prépondérante, par des dispositifs techniques conviviaux et par un rapport au monde renouvelé. Elle entérine une réalité de plus en plus prégnante, celle d’une image devenue modalité identitaire et processus de connaissance. L’objectif de cet axe est de comprendre les présupposés et les implications de cette culture de l’écran en termes culturels et symboliques. Quelle place est dévolue à la littérature dans un monde d’écrans où l’image domine, où la visibilité semble l’emporter sur la lisibilité? Comment penser la fiction quand elle migre du livre à l’écran ?

Axe 3 : Environnements de Recherches et de Connaissances : vers un écosystème numérique L’apparition de pratiques artistiques et littéraires ancrées dans le numérique requiert le renouvèlement des modes d’organisation, de production, de diffusion et de valorisation de la recherche. C’est dans cette optique que l’infrastructure du NT2, sur laquelle repose le projet de Chaire de recherche sur les arts et les littératures numériques, a conceptualisé, développé et commencé à mettre en ligne une série d’Environnements de Recherches et de Connaissances (ERC). Ces ERC sont des ressources complexes, ouvertes à tous (Open Access) et déployées en temps réel, dynamiques et en développement continu, offrant des résultats de recherche et des strates d’analyse. Une telle ressource est à la culture de l’écran ce que le codex est à la culture du livre, c’est-à-dire son dispositif premier d’organisation, de transmission et de valorisation de l’information. Même si une première version de ces ERC existe déjà, il importe maintenant d’alimenter ces bases de données de façon soutenue et, surtout, de compléter leur conceptualisation et les faire évoluer en les ajustant notamment aux exigences du web sémantique. L’objectif est d’établir, en milieu universitaire, un véritable écosystème numérique, fondé sur des protocoles de sémantisation de données, dans le but de constituer une encyclopédie dynamique sur les arts et les littératures numériques. Il importe aussi de réfléchir aux implications des dispositifs numériques sur la recherche en arts et en lettres.

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Principes directeurs

Le programme de la Chaire de recherche sur les arts et les littératures numériques porte sur des pratiques émergentes qui se déploient à la croisée des catégories génériques et des médias, et qui surgissent surtout dans un environnement culturel virtuel, le cyberespace. Ce terme désigne l’environnement culturel et artistique soutenu par Internet en tant qu’infrastructure technologique. Cet environnement technologique est décentralisé. Il est fait pour résister aux hiérarchies simplificatrices et se présente comme un lieu, initialement du moins, déhiérarchisé et décloisonné. Étudier les pratiques artistiques et littéraires qui y voient le jour requiert une posture à la fois théorique, critique et méthodologique, où la notion d’imaginaire joue un rôle clé.


La posture théorique repose sur le postulat que la meilleure façon de comprendre les pratiques contemporaines est de les envisager à partir de la notion d’imaginaire, définie non pas comme un ensemble général de motifs ou de règles, mais comme une interface entre le sujet et le monde. Cette interface est marquée par des dispositifs, ainsi que par des processus médiatiques, sémiotiques et symboliques complexes (Gervais, 2008, 2009). L’imaginaire implique des relations qui se complexifient en se déployant. Celles-ci reposent sur des règles d’interprétation, de compréhension et de mise en forme, de même que sur une encyclopédie. Ces règles se présentent, quant à elles comme des traits, auxquels correspondent des figures, voire des réseaux figuraux. Par exemple, une observation soutenue des productions artistiques et littéraires contemporaines, dans le cadre de Figura et du programme RADICAL (Repères pour une articulation des dimensions culturelles, artistiques et littéraires), a permis d’identifier un certain nombre de traits interreliés: une soif de réalité (Shields, 2010), c’est-à-dire une attention surdéterminée au présent et à ses manifestations; un morcèlement du sensible, qui recouvre l’important fractionnement des identités et des communautés; une logique des flux, qui s’exprime par des rapports identitaires fondés sur l’extimité (Tisseron, 2001) plutôt que l’intimité, une identité en négociation constante; ainsi qu’une folie du voir, qui surdétermine notre passage à une culture de l’écran, marquée par une omniprésence des dispositifs numériques. Le programme de la Chaire de recherche entend tabler sur de tels résultats préliminaires pour alimenter ses axes et fournir un cadre théorique pour la description des pratiques artistiques et littéraires numériques.


La tendance face aux pratiques contemporaines est de chercher souvent à adopter une posture de repli ou de retrait (Agamben, 2008). Or, concevoir l’imaginaire comme une interface et un ensemble structuré de médiations et de traits suggère plutôt qu’il faut non pas reculer, mais avancer et se confronter aux difficultés que pose l’étude de ce qui se passe au présent, sous nos yeux. Le postulat théorique proposé s’appuie ainsi sur une posture critique qui commande une connaissance approfondie des pratiques artistiques et littéraires contemporaines. Il importe donc de multiplier les objets envisagés et les pratiques étudiées de façon à ouvrir le spectre des analyses et à permettre des inférences, qui serviront à terme à formuler des hypothèses sur leur singularité. Cette posture conduit à mettre sur pied des observatoires à large spectre qui identifient et assurent un premier niveau d’étude et de description des pratiques envisagées. Ce parti-pris critique entraine une posture méthodologique. Ces observatoires se doivent d’être dynamiques, ouverts à tous et en développement continu, offrant de nouvelles avenues de recherche afin de susciter l’intérêt des praticiens eux-mêmes. Les principaux projets d’Environnements de Recherches et de Connaissances (ERC), au cœur du programme de la Chaire de recherche, sont tous de ces observatoires à large spectre : le Répertoire des Arts et des littératures hypermédiatiques, et son complément bleuOrange, la revue de création hypermédiatique; l’Observatoire de l’imaginaire contemporain; ainsi que Entre la page et l’écran, consacré à l’exploration des liens établis entre les deux médias, ainsi qu’au développement d’outils de veille consacrés au projet "Littérature québécoise mobile".

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Bibliographie

AGAMBEN, Giorgio, Qu’est-ce que le contemporain?, Paris, Éditions Rivages (coll. Petite Bibliothèque), 2008.
ALLARD, Laurence et Blondeau, Olivier. Devenir média: l’activisme sur Internet, entre défection et expérimentation, Éditions Amsterdam, 2007.
ALLOA, Emmanuel (dir.), Penser l’image, Dijon, Presses du réel (coll. Perceptions), 2010.
ARCHIBALD, Samuel, Le texte et la technique. La lecture à l’heure des médias numériques, Montréal, Le Quartanier, coll. «erres essais», 2009.
BAETENS, Jan, Pour le roman-photo, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, 2010.
BESSON, Christian, Abductions suivi de L’œuvre et son interprétant, Paris, Musée d’Art Moderne et Contemporain (coll. Histoire à l’essai), 2006.
BLIN, Odile; SAUVAGEOT, Jacques, Images numériques, l’aventure du regard, Rennes, École des Beaux-Arts de Rennes, 1997.
BOLTER, Jay David et Richard GRUSIN, Remediation: Understanding New Media, Cambridge & London, MIT Press, 1999.
Buci-GLUCKSMANN, Christine, La folie du voir : Une esthétique du virtuel, Paris, Galilée, 2002.
CAILLAUD, Bernard, La création numérique visuelle : Aspects du Computer Art depuis ses origines, Paris, Éditions Europia, 2001.
CAUQUELIN, Anne, L’exposition de soi. Du journal intime aux Webcams, Paris, Eshel, 2003.
COOK, Sarah; GRAHAM, Beryl; MARTIN, Sarah, Curating New Media, Baltic, 2002.
Couchot, Edmond, La technologie dans l'art, Nîmes, Éditions Jacqueline Chambon. 1998.
DARLEY, Andrew, Visual Digital Culture : Surface Play and Spectacle in New Media Genres, London, Routledge, 2000.
FAROCKI, Harun. « Phantom images », Public, No. 29, Toronto, 2004.
GUELTON, Bernard, Les arts visuels, le web et la fiction, Paris, Les publications de la Sorbonne (coll. Arts et monde contemporain), 2010.
HEINICH, Nathalie, De la visibilité. Excellence et singularité en régime médiatique, Paris, Gallimard, 2012.
HUHTAMO, Erkki et Jussi Parikka (ed.), Media Archaeology Approaches, Applications, and Implications, University of California Press, 2011.
KITTLER, Friedrich, Optical Media, New York, Polity Press, 2009.
KRYSA, Joasia, Curating Immateriality : The Work of the Curator in the Age of Network Systems, New York, Autonomedia, 2006.
KYROU, Ariel, Google God. Big Brother n’existe pas, il est partout, Paris, éditions inculte, 2010.
Lalonde, Joanne, Le performatif du web, Québec, Éditions La Chambre Blanche, 2010.
Latour, Bruno, Enquêtes sur les modes d'existence: une anthropologie des modernes, Paris, La Découverte, 2012.
MITCHELL, W. J. T., What do Pictures Want ? The Lives and Loves of Images, Chicago, University of Chicago Press, 2005.
RANCIÈRE, Jacques, Malaise dans l’esthétique, Paris, Éditions Galilée, 2004.
SADIN, Eric ,Surveillance globale : Enquêtes sur les nouvelles formes de contrôle, Paris, Flammarion, 2009.
SHIELDS, David, Reality Hunger : a Manifesto, New York, Vintage, 2010.
TISSERON, Serge, Comment l’esprit vient aux objets, Paris, Aubier, 1999.
VIAL, Stéphane. L’être et l’écran, Presses Universitaires de France, 2013.
WARDRIP-FRUIN, Noah et Nick MONFORT, The New Media Reader, Cambridge/London, MIT Press, 2003.

 


Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les arts et les littératures numériques depuis le printemps 2015, Bertrand Gervais a été pendant 15 ans le directeur-fondateur de FIGURA, le Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire, un regroupement stratégique reconnu par le FRQSC depuis 2008. Il est aussi responsable de la création et de l’implantation du NT2, le Laboratoire de recherche sur les œuvres hypermédiatiques NT2, une infrastructure financée en 2004 et, à nouveau, en 2009 par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI).

B. Gervais a travaillé depuis le début de sa carrière en 1988 à un vaste programme de recherche sur les formes contemporaines de la culture et des lettres, notamment sur l’émergence d’une culture numérique, ainsi que sur les modalités de compréhension et d’interprétation des textes littéraires. Il a su maintenir durant toutes ces années un équilibre exceptionnel entre projets collectifs et individuels, ainsi qu’entre enseignement, recherche et création.
Co-récipiendaire, en 1998, du Prix de la recherche de l'Université du Québec pour les arts et les lettres, il est l’auteur de huit essais, dont le dernier a été finaliste aux Prix du Gouverneur Général (Un défaut de fabrication), de dix romans et de plus de 115 articles et chapitres de livres, sans oublier son travail d’éditeur. Ses travaux sur les théories de la lecture dans les années 1990 ont aidé à moderniser les conceptions de cette pratique. Ses recherches sur l’imaginaire de même que sur les enjeux critiques de la littérature contemporaine représentent une importante contribution dans le domaine. Par ses analyses des pratiques numériques et son vaste projet de repérage des arts et des littératures hypermédiatiques, il est l’un des pionniers de ce nouveau champ de recherche. L’écosystème numérique consacré à l’imaginaire contemporain (plus de quinze projets interreliés) qu’il met actuellement en ligne par le biais du NT2 vient renouveler les modalités de diffusion de la recherche et de formation de la relève. Universitaire internationalement reconnu, régulièrement invité, il est l’auteur de plusieurs ouvrages de fiction grandement estimés par la critique.

Contribution à l’avancement des connaissances
B. Gervais a été engagé à l’UQAM en tant que professeur en sémiologie, après avoir terminé une thèse sur la lecture de récits et la représentation de l’action. Cette recherche, Récits et actions. Pour une théorie de la lecture, lui a valu le prix de la meilleure thèse de l’UQAM en 1988 et elle a rapidement été publiée dans la collection « L’univers du discours », l’une des principales collections universitaires de l’époque. Cet essai a été remarqué pour son renouvellement des conceptions de la lecture et de la narration, et il a ouvert la voie à un ensemble de recherches qui, sur plus de 28 ans, ont porté sur les pratiques de lecture, avant de s’ouvrir aux théories de l’imaginaire et à l’étude des conséquences du passage d’une culture du livre à une culture de l’écran, thème de la Chaire de recherche.

Dès ses premiers travaux, la lecture est apparue comme une pratique qui se complexifie en se déployant, et B. Gervais a choisi d’explorer les diverses étapes de ce processus de complexification. Ainsi, en proposant que la compréhension est une variable que de nombreux facteurs peuvent influencer, dont la complexité des textes lus et le type de progression recherchée par le lecteur, il a travaillé à moderniser, dans le monde francophone, les conceptions de la lecture et de ces pratiques. Cette conception modulaire était d’ailleurs au cœur de son essai de 1993, À l’écoute de la lecture, finaliste au Prix Raymond-Klibanski, réédité en poche en 2006. Dans son sillage, il a dynamisé un nouveau champ d’étude, centré sur les pratiques de lecture, ce qui a permis de travailler, notamment, avec ses étudiants de maîtrise et de doctorat, sur des sujets aussi divers que les pratiques d’alphabétisation, les erreurs de lecture, l’écoute de livres sonores ou audio, la lecture de romans graphiques, l’attitude des collégiens envers la lecture, les effets de lecture qu’ils soient liés au fantastique, au merveilleux ou aux romans postmodernes, l’illisibilité, la traduction, les conséquences de l’adaptation cinématographique, la part narrative des jeux vidéo, la lecture d’hypertextes et d’œuvres hypermédiatiques, l’exploration des esthétiques numériques, les liens entre mémoire et oubli, les formes contemporaines de la violence.

Lecteur assidu de la scène littéraire américaine, B. Gervais a surtout étudié le roman de la deuxième moitié du XXe siècle. Il a fait paraître, en 1998, Lecture littéraire et explorations en littérature américaine en 1998 ; puis, en 2002,  dans la collection « Voix américaine » des éditions Belin à Paris, Donald Barthelme. Critique de la vie quotidienne. Il a fait paraître de plus des études sur des auteurs aussi variés que Paul Auster, Don DeLillo, Bret Easton Ellis, William Gass, John Hawkes, Cormac McCarthy, Vladimir Nabokov, Joyce Carol Oates, Robert Powers. Il ne s’est pas limité au domaine américain, il a aussi abordé des auteurs québécois (Gaétan Soucy, Pierre Yergeau, Rober Racine), ainsi que des auteurs français (Blanchot, Delaume, Echenoz, Carrère) et britanniques (Ishiguro, Self, Sterne). Il a analysé de plus des films qui lui ont permis d’exploiter ses principaux thèmes de recherche (Visconti, Lynch, Malick, Fasbinder, etc.).  

La production en recherche de B. Gervais a été accompagnée d’une production romanesque. Il a ainsi fait publier dix romans et récits et treize nouvelles. Cette production, loin de l’éloigner de ses intérêts de recherche, lui a plutôt servi à mettre en jeu, sur un mode ludique, des éléments développés dans le cadre de ses recherches. Que ce soit l’imaginaire et ses liens à la littérature (La conte philosophique en trois tomes de L’île des Pas perdus), la violence (Les Failles de l’Amérique; Le onzième homme), l’imaginaire de la fin (Gazole), le labyrinthe (Oslo), les formes troubles de la mémoire (Ce n’est écrit nulle part), ou de la dissolution (Tessons), tous ont trouvé leur place et leur forme dans des projets littéraires. Son roman Gazole a connu une édition collégiale accompagnée d’un important dossier critique. Oslo a été réédité format de poche; et Les failles de l’Amérique a été retenu comme finaliste au Prix des cinq continents de la Francophonie. Son dernier essai, Un défaut de fabrication. Élégie pour la main gauche, portait sur les liens entre créativité et contraintes physiques et il a été retenu comme finaliste aux Prix du Gouverneur Général en 2015.

Travaux récents
Le modèle des pratiques de lecture développé dans ses travaux des années 90 a ouvert la voie à des recherches dans deux directions distinctes, qui ont mené à la création du Centre de recherche  Figura, puis à celle du Laboratoire NT2.

La première avenue est une exploration des multiples dimensions de l’imaginaire contemporain, tel qu’il se manifeste par des productions littéraires, artistiques et cinématographiques. Cette recherche est au cœur du programme de Figura dont les axes exploitent, soit les soubassements de l’imaginaire contemporain, soit ses manifestations et figures actuelles.

Sous la direction de B. Gervais, depuis sa création en 1999, le Centre a été reconnu comme regroupement stratégique en fonctionnement par le FQRSC en 2008 et il a obtenu une seconde subvention en 2014. Il compte 49 chercheurs réguliers répartis dans 7 universités et 4 Cégeps, deux antennes (l’une à l’Université Concordia, la seconde à l’Université du Québec à Chicoutimi), et plus de 275 étudiants d’études supérieures. Le Centre offre un programme original sur l’imaginaire contemporain marqué par l’interdisciplinarité (les chercheurs viennent de littérature, d’histoire de l’art, d’études cinématographiques, d’éducation, de design et de théâtre). Pour B. Gervais, ce programme de recherche découle d’une nécessité : à une époque marquée par d’importantes transformations culturelles, sociales et technologiques, il est impératif d’identifier les pratiques émergentes et d’analyser les zones de tensions et de failles, tant d’un point de vue culturel que social.

Dans le cadre de Figura, B. Gervais a mené une importante réflexion sur les théories de l’imaginaire, et il a proposé une conception de la figure qui permet d’assurer la relation entre l’expérience singulière d’une œuvre et les rapports aux formes culturelles et symboliques qui permettent de les interpréter. C’est dans cette perspective qu’il a rédigé une série de trois essais intitulée Logiques de l’imaginaire. Le premier tome, Figures, lectures (2007), explorait le concept de figure, en tant qu’objet de pensée, et établissait les étapes du processus par lequel nous nous dotons de figures. Cet essai découlait de la nécessité de doter le Centre Figura d’une théorie de l’imaginaire adaptée au contexte contemporain. Le deuxième, La ligne brisée : labyrinthe, oubli et violence (2008), se servait de la figure du labyrinthe pour étudier les manifestations de l’oubli, motif central de notre contemporanéité, dans un corpus de fictions récentes. Le troisième, L’imaginaire de la fin. Temps, mots et signes (2009), s’arrêtait sur un autre motif central de l’imaginaire contemporain, les représentations de fins du monde. Ces trois tomes offraient les bases d’une conception originale de l’imaginaire, défini avant tout comme interface. Dans le prolongement de ces travaux, B. Gervais a édité une anthologie sur la notion même de figure (Perspectives croisées sur la figure, en 2012) et un ensemble de collectifs sur des problématiques contemporaines (sur l’Amérique, en 2015 et en  2013; sur les fictions du 11 septembre 2001, en 2014 et en 2010; sur les banlieues en 2015;  sur l’immersion, en 2014; sur les idiots, en 2012).  

La seconde avenue est une enquête de grande envergure sur les conséquences et les premières manifestations de passage d’une culture du livre à une culture de l’écran. Le programme du Laboratoire NT2 en est l’expression directe, car il a pour but de documenter les principaux aspects de ce changement médiatique, en permettant l’exploration des conditions et contraintes de la manipulation des formes nouvelles et en rendant compte des premières manifestations d’une cyberculture. Le NT2 est une infrastructure financée par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI). Une première subvention a été obtenue en 2004 et a permis d’acquérir une expertise unique dans l’organisation et la mise en ligne d’environnements de recherches et de connaissances. Une seconde subvention a été octroyée en 2009 au programme d’avant-garde de la FCI. Elle a permis le renouvellement de l’infrastructure à l’UQAM, mais aussi l’implantation de sites à l’Université Concordia, de même qu’à l’UQAC.

La base de donnée au cœur du NT2 est le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques. Projet francophone reconnu internationalement, le Répertoire propose un véritable environnement de recherches et de connaissances et le moteur d’une importante activité universitaire. En fait, le développement du Répertoire a permis à B. Gervais et à son équipe d’acquérir une importante expertise dans le développement de ces environnements de recherches et de connaissances. Et dans le contexte du maillage entre Figura et le NT2, il a commencé à développer un écosystème numérique complet, un réseau de bases de données en ligne et en développement continu portant sur des aspects singuliers de l’imaginaire contemporain. Cet écosystème unique en son genre offre des ressources diverses sur les pratiques culturelles, artistiques et littéraires actuelles (l’Observatoire de l’imaginaire contemporain – le projet majeur de Figura depuis six ans), la culture populaire (Pop-en-stock), les fictions du 11 septembre 2001 (Lower Manhattan Project), la géopoétique (La Traversée), le cinéma (Arthemis ; Afrique fait son cinéma ; Mnémosyne 4), la littérature numérique (bleuOrange ; Entre la page et l’écran ; Cell Project), etc. L’objectif de cet écosystème est de renouveler la façon dont la recherche se fait et se publie dans Internet, en constituant des espaces de diffusion et d’animation structurés, institutionnellement reconnus et interreliés par un même moteur de recherche.

Son intérêt pour les liens entre littérature et culture de l’écran l’a conduit à multiplier les projets. Parmi les plus importants, on peut en identifier deux. Le premier est le développement d’une Application pour tablette tactile (iPad et Androïd) développée avec l’UNEQ, l’union des écrivains et des écrivaines du Québec. Opuscules. Littérature québécoise mobile offre gratuitement depuis 2015 une anthologie de textes littéraires originaux, ainsi qu’un agrégateur de blogues littéraires. Sur la base de ce projet, B. Gervais a fait financer au printemps 2016 un développement de partenariat au CRSH pour travailler avec les principaux acteurs de la scène littéraire québécoise autour de cette application et du développement d’une culture numérique. Le second projet est le projet CELL (Consortium for Electronic Literature). Ce projet international initié en 2012 vise la mise en commun de bases de données sur les arts numériques. Il est piloté par le NT2 qui en assure le développement et soutenu par The Electronic Literature Organisation (ELO) des États-Unis, ainsi que par six universités (Portugal, Norvège, Espagne, Australie, Etats-Unis).

B. Gervais a participé récemment à de nombreuses collaborations, notamment en Europe. Il a été chercheur invité, en 2013, au CREM, le centre de recherche sur les médiations, de l’Université de Lorraine et, en 2011, au Laboratoire Paragraphe de l’Université de Paris 8 Vincennes / Saint-Denis. Il participe au projet international « Literature and Media Innovation », projet financé par le Belspo (Be) et qui réunit des chercheurs belges de quatre universités, des chercheurs de la Ohio State University et de l’UQAM. Il fait partie de l’équipe fondatrice du Leverhulme International Network for Contemporary Studies, dirigé par Margaret-Anne Hutton de l’Université de St Andrews en Écosse. Avec Alexandra Saemmer du Labex Arts H2H (Paris 8), il vient de monter un projet de coopération internationale de trois ans sur le thème : « Archiver le présent : le quotidien et ses tentatives d’épuisement ».
 
Recherche et encadrement
Auteur prolifique, tant en recherche qu’en fiction, comme en font foi ses nombreuses publications dans des revues savantes, culturelles et littéraires, B. Gervais joue aussi un rôle prépondérant dans l’organisation et la diffusion de la recherche. Il œuvre comme éditeur littéraire, dirigeant des collectifs, dossiers de revues savantes et cahiers de recherche. Il a assumé pendant quinze ans la direction de la collection des cahiers Figura (39 cahiers publiés), et il continue à assumer la co-direction d’une série d’anthologies aux PUQ, d’une collection d’essais aux éditions du Quartanier et de fictions dans le cadre de l’équipe de La Traversée.
Il est le rédacteur adjoint de la revue Recherches sémiotiques/Semiotic Inquiry, ainsi que de la revue Captures. Figures, théories et pratiques de l’imaginaire; le directeur de la revue BleuOrange; et membre du comité de rédaction de la revue Temps zéro. Il collabore à de nombreux comités de rédaction internationaux. Il a organisé ou co-organisé 50 colloques, dont la plupart étaient à portée internationale et qui ont été des lieux de diffusion importants pour les étudiants des programmes de cycles supérieurs.

Son travail de directeur de thèse et de mémoire est au cœur de son implication universitaire. Il a fait déposer ou soutenir vingt et une (21) thèses de doctorat, dans des programmes variés (sémiologie, éducation, études littéraires, littérature comparée), qui attestent de ses aptitudes multidisciplinaires. Il a fait déposer 47 mémoires de maîtrise, en recherche et en création littéraire.
 
 

 

 

Textes, articles et enregistrements vidéo, etc. présents sur Internet.

 

Réflexions sur le contemporain:

Réflexions sur le contemporain I: prolégomènes terminologiques

Réflexions sur le contemporain II: le contemporain et l'actuel

Réflexions sur le contemporain III: l'écume du contemporain

Réflexions sur le contemporain VII: le cyberespace: principes et esthétiques

Recherches diverses:

« Imaginaire de la fin du livre : Figures du livre et pratiques illittéraires », Littérature, Histoire, Théorie, Fabula, 2016, no 16.

« Arrêts sur image : fragments d’une identité-flux », revue @nalyses, dossier « Littérature et résonances médiatiques », U. d’Ottawa, vol 10, no 3, 2015.

« Géopoétique des lignes brisées : musements, chants de pistes et labyrinthes hypermédiatiques», Formes poétiques contemporaines, SUNY Buffalo, no 11, 2014,  p. 31-48.

« D’une étonnante dextérité dans l’art de l’enquête », Recherches sémiotiques / Semiotic Inquiry, vol. 30, 2014 (2010), p. 137-146.

« Dali attaqué par le réel ! Variations sur une figure de l’immersion au cœur de l’imaginaire contemporain », in Figures de l’immersion, B. Gervais, R. Bourassa, éds., OIC, cahiers ReMix, 2014.

« Violence, silence et oubli. Imaginaire contemporain de la violence », Tabuleiro de Letras. Revista do Programa de Pós-Graduação em Estudo de Linguagens da Universidade do Estado da Bahia, no 6, 2013.

« Paul Auster et la vie secrète des événements », in Poétiques et imaginaires de l’événement. Montréal : Figura, Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire. coll. Figura, vol. 28, 2011, p. 97-110.

Figures de l’envoûtement. L’exemple de La Mort à Venise de Thomas Mann”, in @nalyses, Vol. 7, no 2. Printemps-été 2012.

"Déjouer le spectacle de la violence. Représenter les événements du 11 septembre  2001",  E-rea, Revue électronique d’études sur le monde anglophone, 9.1, 2011.

B. Gervais et Anaïs Guilet, « Esthétique et fiction du flux. Éléments de description », Protée, 2011, vol. 39, no 1, p. 89-100.

« The Vanished Child: An inquiry into figures and their modes of appearance », Imaginations: Journal of Cross-Cultural Image Studies, automne 2010.

"Le son du trombone qui tombe. Lecture et imaginaire", Lecture, rêve, hypertexte. Liber amirocum Christian Vandendorpe, sous la direction de Rainier Grutman et Christian Milat, Ottawa, Les éditions David, 2009, p. 69-79.

Geneviève Gendron et B. Gervais, « Quand lire, c’est écouter. Le livre sonore et ses enjeux lecturaux », Mémoires du livre  / Studies in Book Culture, Volume 1, numéro 2,  aut. 2010.

B. Gervais et al, « Arts et littératures hypermédiatiques : éléments pour une valorisation de la culture de l’écran », Digital Studies/Le champ numérique, vol 1, no 2, 2009.

« Ulysses 101 », Magazine électronique du CIAC, n° 32, 2008.

“The Myth of Presence. The Immediacy of Representation in Cyberspace”, Images [&] Narrative, Online Magazine of the Visual Narrative, no 23, 2008.

« L’effet de présence. De l’immédiateté de la représentation dans le cyberespace », Archée : cyberart et cyberculture artistique, n° 4, mai 2007, 31 f.

« La figure au bout des doigts (à propos de Le nom sur le bout de la langue de Pascal Quignard) », colloque international Le texte du lecteur organisé par l'equipe de recherche "Lettres, Langages et Arts (LLA). Université de Toulouse-Le Mirail, 22-24 octobre 2008, conférence vidéo.

« Is There a Text on This Screen ? Reading in an Era of Hypertextuality » in A Companion to Digital Literary Studies, Ray Siemens et Susan Schreibman, éditeurs, Blackwell Companions to Literature and Culture, 2007, p. 183-202.

«Naviguer entre le texte et l’écran. Penser la lecture à l’ère de l’hypertextualité », in Les défis de la publication sur le web : hyperlectures, cybertextes et méta-éditions, Jean-Michel Salaün et Christian Vandendorpe, éds., Villeurbanne, Presses de l’enssib, 2004, p. 49-68.

« Richard Powers et les technologies de la représentation. Des vices littéraires et de quelques frontières ». Alliage. Culture, science, technique, vol. 57-58, 2006, p. 226-237.

« S'enterrer dans le texte. Au commencement était la fin.» tiré de  Edgar Allan Poe. Une pensée de la fin, Montréal, Liber, 2001, p. 121-184.

"Presbytère, hiéroglyphes et dernier mot. Pour une définition de l’illisibilité", La lecture littéraire, Paris, Klincksieck, no 3, janvier 1999, p. 205-228.

Bertrand Gervais et Nicolas Xanthos, « L’Hypertexte: une lecture sans fin », in Littérature, informatique, lecture. De la lecture assistée par ordinateur à la lecture interactive, Limoges, Pulim, A. Vuillemin et M. Lenoble, éds., 1999, p. 111-125.

« La mort du roman : d'un mélodrame et de ses avatars », Etudes littéraires, vol. 31, no 2, 1999, p. 53-70.

« Une lecture sans tradition: lire à la limite de ses habitudes ». Protée. Revue internationale de théories et de pratiques sémiotiques, vol. 25, no 3, 1998, p. 7-20.

"Lecture de récits et compréhension de l'action", Recherches sémiotiques/Semiotic Inquiry, vol 9, nos1-2-3, 1989, pp. 151-167 (repris sur le site de vox poetica)

Titulaire: Bertrand Gervais

Coordonatrice: Gina Cortopassi

Équipe médiatique:
Robin Varenas
Sylvain Aubé

Assistants de recherche:
Jean-Michel Berthiaume
Ariane Savoie
Alexandra Tremblay
Lisa Tronca-Pignoli

Projets affiliés

Programme RADICAL (CRSH)

Équipe de chercheurs:
Samuel Archibald
Sylvain David
Bertrand Gervais
Joanne Lalonde
Vincent Lavoie
Alexis Lussier
Sylvano Santini

Coordonatrice:
Sarah Grenier-Millette

Assistants de recherche:
Jean-Michel Berthiaume 
Jasmin Cormier-Labrecque
Lucille Crémier
Fanie Demeule
François David Prud’homme
Ariane Savoie
Lisa Tronca-Pignoli

Développement de partenariat Littérature québécoise mobile (CRSH)

Équipe de chercheurs:
René Audet
Bertrand Gervais
Sophie Marcotte
Alexandra Saemmer
Marcello Vitali-Rosati

Collaborateurs:
Karoline Georges
Anaïs Guilet
Sylvano Santini
Philippe St-Germain
Alice Van Der Klei

Organismes partenaires :
Agence TOPO
L'Institut Canadien de Québec
Union des écrivaines et des écrivains québécois
Université Concordia
Université Laval

Coordonateur:
Benoit Bordeleau

Aide à la coordination:
Jean-Michel Berthiaume

Assistants de recherche: