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Montréal, ville augmentée

 

Notre utilisation des innovations techniques transforme notre rapport à la réalité. D’abord parce qu’elles nous permettent d’accomplir des tâches spécifiques, mais surtout parce qu’elles altèrent et complexifient notre appréhension du réel. Martin Heidegger affirmait notamment, dès 1954, que «l’essence de la technique n’est rien de technique», incitant les lecteurs et les lectrices à interroger les technologies et ce qu’elles révèlent de l’humain.

Dans cette optique, les technologies de l’information et de la communication (TIC) – mentionnons à cet égard Internet et les appareils mobiles – précipitent de nouvelles expériences temporelles et une redéfinition de l’espace que Lev Manovich qualifie de «réalité augmentée». Ce changement de paradigme activé par la technoculture du 21e siècle s’est traduit en pratiques culturelles et esthétiques multiples – d’un usage publicitaire et commercial au détournement artistique. Les artistes ont pris part à cette reconfiguration en refusant les binarismes et en explorant leur société immédiate par l’entremise du numérique.

Prenant le pouls du contemporain, les créations en ligne de ces artistes comportent une dimension interactive ou «praticable», conférant un rythme à l’exploration des participants et des participantes. Les œuvres sont cliquables, navigables et peuvent générer du son ou des GIF animés. Elles sont désignées d’«hypermédiatiques», car elles sont plurielles, combinant matériau textuel et multimédia. L’expérience esthétique repose sur une simulation – de la déambulation, de la confession, de la nostalgie – et pose les spectateurs et les spectatrices en acteurs et actrices des différentes fictions.

Or, ce qui réunit réellement les œuvres sélectionnées, réalisées entre 2008 et 2015, c’est leur souci commun de mettre à profit les technologies du numérique pour représenter la ville de Montréal à travers ses multiplicités – des pensées, des récits, des lieux et des temporalités. L’accumulation, la superposition, la succession ou l’entrecroisement sont des stratégies esthétiques qui ponctuent notre découverte d’une métropole bigarrée. La ville est abordée selon son histoire, la vie de ses habitants et de ses habitantes ou les problématiques sociales qui y sont présentes.

Trois axes ont ainsi émergé des œuvres:

Lieu

La Traversée en collaboration avec Sébastien Cliche (Gares), Max et Julian Stein (Carte sonographique de Montréal) ainsi que Marie-Pier April et Boris Dumesnil-Poulin (Le graphique et le géographique) ont tous pris comme inspiration le territoire; sa poésie interne, ses sons et son imagerie. Leurs œuvres permettent d’appréhender la ville à l’aide des moyens de géolocalisation et une esthétique rappelant la cartographie.

Voix

Certain.e.s artistes se sont attaché.e.s aux personnes qui peuplent ce territoire et portent une attention à leurs témoignages. Dans cette thématique, nous retrouvons les œuvres D’autres vies (Geneviève Sicotte) traitant des ventes de garage à Montréal, Un vendredi soir au club vidéo de Cédric Chabuel et Alexandra Viau, un hommage à ce lieu en voie de disparition et Des maux illisibles (Kenlo Craqnuques, Joannie Lafrenière, David Mongeau-Petitpas, Dominic Turmel et Simon Trépanier) s’entretenant de la situation d’analphabétisme au Québec.

Mémoire

La troisième et dernière thématique rassemble des œuvres qui retracent l’histoire, ou plutôt les histoires de Montréal. On y retrouve une collection d’archives du développement de la ville jusqu’à aujourd’hui (Dérive de l’affect par Myriam Lambert), un assortiment de six histoires interactives sur l’empreinte mémorielle des lieux – deux portant sur Montréal et les autres sur des villes à travers le Canada (Hyperlocal par Joseph Boyden, Mélissa Bull, Will Ferguson, Lisa Moore, Heather O'Neill et Miriam Toews) – et une cartographie citoyenne des terrains vagues du Grand Montréal (Wild City Mapping par Maia Iotzova, Dominique Ferraton, Igor Rončević, Marilène Gaudet et Maya Richman).

Les œuvres rassemblées ont d'abord fait l'objet d'une exposition physique lors de l'événement hypermedia.MTL: expo + atelier interactifs présenté dans le cadre du Printemps numérique 2015. Cette occurrence dans le monde physique était une première pour le NT2, laboratoire de recherche dédié avant tout à l’étude des créations textuelles et artistiques en ligne. Nous revenons ici aux sources en présentant son pendant virtuel.

(L'image de couverture provient de l'oeuvre Gares et a été produite par Suzanne Joos en collaboration avec Sébastien Cliche.)

Pour citer
Tronca, Lisa and Gina Cortopassi (curator·s). 2015. hypermedia.MTL. In Laboratoire NT2's Exhibitions. Available online: Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/en/expositions/hypermediamtl>. Accessed on September 21, 2017.