Délinéaire

A Philosophy of Computer Art : tentative de théorisation d’une nouvelle forme d’art

Lorsque le laboratoire NT2 a été mis en branle en 2005, l’équipe de chercheurs associés a investi beaucoup de temps dans l’élaboration de mots-clés utilisés pour la description des oeuvres hypermédiatiques. La sélection et la définition de ces mots-clés a suscité de nombreux débats. Rétrospectivement, en observant le répertoire contenant plus de trois mille fiches d'oeuvres hypermédiatiques, il apparaît que la catégorie de l’interactivité est déterminante dans l’appréhension de ces objets. Les mots-clés qui définissent les différents types d’interactions que l’internaute peut expérimenter avec une oeuvre d’art permettent sans doute de mettre le doigt sur ce qui fait, du moins en partie, la spécificité des oeuvres que nous avons choisi de ranger sous la catégorie «hypermédiatique».


Ce livre de Dominic McIver Lopes est d’un grand intérêt pour qui s’intéresse à la notion d’interactivité à l’oeuvre en contexte numérique. Si, au Laboratoire NT2, nous avons opté pour le terme «hypermédiatique» afin de nommer ces oeuvres, McIver Lopes propose quant à lui le terme de Computer Art. Hormis cette divergence terminologique, le travail de ce théoricien aborde lui aussi l’interactivité rendue possible par l’ordinateur. Le mérite de celui-ci est d’offrir un cadre conceptuel rigoureux pour penser le Computer Art et l’interactivité, qui semble être l’une de ses caractéristiques majeures. C’est d’ailleurs un besoin de se doter d’outils conceptuels solides qui est à l’origine du livre :

Art hypermédiatique sur iPhone et iPod Touch, troisième partie: applications musicales

Il est pour le moins agréable que le iTunes Store offre quelques applications consistant en des œuvres d'art hypermédiatiques ayant comme objet principal la musique. Après tout, le iPod peut être considéré comme un ordinateur portatif dont la fonction première est de servir de baladeur très sophistiqué, les quelques mille et une applications ridicules rendues disponibles à l'utilisateur par des concepteurs sans scrupules étant plutôt de l'ordre du gadget destiné à distraire le consommateur pendant une dizaine de minutes dans l'espoir de faire un profit rapide. Heureusement, certains concepteurs ont à cœur d'offrir un produit de qualité qui transcende l'intention de basse manœuvre commerciale pour s'aventurer dans le domaine artistique. En voici deux exemples saisissants.



Pour un livre hybride (seconde partie) : Calaméo et ses publications interactives

Calaméo, créé par Jean-Olivier de Bérard et Mathieu Quisefit en 2008, est un site Internet qui propose à la fois de diffuser et de créer des publications interactives. Il est très facile d’y produire des œuvres visuellement réussies, on peut exporter des fichiers PDF, Word, Excel, PowerPoint ou provenant d’OpenOffice et ainsi constituer des documents flash aux formats variés : des magazines, des brochures, des catalogues de vente, des rapports annuels, des plaquettes de présentation, des livres d'art, des bandes dessinées mais aussi des romans et des partitions. Le document est publié sous la forme d’un « livre » numérique que l’on peut feuilleter, annoter et dans lequel on peut insérer des marque-pages. Les ouvrages disponibles sont consultables depuis n'importe quel navigateur. Il existe différents paramètres de personnalisation : il est possible de sélectionner la dimension, de choisir à quel endroit seront redirigés les clics effectués sur le lecteur et d’ajuster le défilement automatique des pages. L’utilisateur peut zoomer sur les documents, les télécharger, les imprimer, commenter et noter les publications. Le lien du document peut aussi être transmis aux potentiels lecteurs et être archivé dans le site. De plus, Calaméo offre un lecteur exportable qui permet d’intégrer les documents en version miniature dans tout blogue ou site Web. Il est disponible en plusieurs langues, à l’origine en français, anglais et espagnol, il s’est étendu aux domaines allemand, italien, portugais et japonais, et dernièrement au chinois, russe et coréen.

"Le canular, une pratique renouvelée par le Web", un nouveau dossier thématique de Simon Brousseau

Un nouveau dossier thématique vient d’être mis en ligne dans la section Recherches du site. Ce dossier, préparé par Simon Brousseau, se penche sur la pratique du canular sur le Web.

 

Ce dossier thématique présente plusieurs cas où le pouvoir de diffusion instantanée du Web a permis à certains artistes et autres farceurs de mettre en ligne un site qui se présente comme sérieux mais qui propose un produit ou une information des plus absurdes. La pratique du canular est donc renouvelée, voire exacerbée, dans le contexte particulier de publication sans vérification éditoriale qui est le propre du Web. Or, la portée du canular ne s'arrête pas à la farce, puisqu'une démarche plus sérieuse motive son élaboration.

Extrait de l'article Il ne faut pas croire tout ce que le Web vous dit:

Malgré le caractère subversif, tantôt ludique, tantôt dérangeant du canular, il est important de garder à l’esprit le fait que derrière le rire et la provocation se trouve le plus souvent un désir d’engager une réflexion, une critique. Le canular est une entreprise dont les visées sont sérieuses, bien que les moyens mis en place soient, quant à eux, de nature à susciter le rire ou encore le discrédit qu’on accorde le plus souvent au mensonge. Cependant, le canular est une pratique mensongère porteuse de vérité, dans la mesure où elle tient toujours un discours critique sur l’objet de la supercherie ainsi que sur les gens qui se font prendre au jeu. 

Bonne lecture!

Hypermédia + HBO = It's More Than You Imagined

La chaîne de télévision HBO, célèbre pour avoir produit des séries télévisées à succès telles que Sex and the City, Six Feet Under et The Wire, a mis en ligne cette année une œuvre hypermédiatique intitulée It’s More Than You Imagined. Cette œuvre se présente sous la forme d’un recueil de trente-huit fragments qu’il s’agit d’explorer afin de résoudre une affaire d’enlèvement dans laquelle banquier corrompu, amant louche et mime un peu trop bavard entretiennent des relations tout aussi intrigantes qu’illicites.


La navigation dans It’s More Than You Imagined s’amorce toujours avec l’un des deux fragments centraux, intitulés Art Heist et The Affair. Ces deux fragments constituent l’une des belles trouvailles qui participent à l’intérêt de cette œuvre. En effet, ils se présentent comme un cube dont chacune des quatre faces propose un point de vue filmé d’une scène. L’internaute, à l’aide de sa souris, peut faire pivoter le cube afin de visionner l’action sous l’angle qu’il souhaite. Plus qu’une prouesse technique, ce procédé sert l’intrigue dans la mesure où il est nécessaire de visionner ces deux scènes à partir de différents points de vue de manière à bien saisir les enjeux soulevés par celles-ci.

La machine à lire de Bob Brown

Robert Carlton Brown a fait paraître en 1929 ses « readies », décrivant une étrange machine à lire.

Cette machine à lire ne devait rien aux développements de la cybernétique et de l’intelligence artificielle (qui n’existaient pas à l’époque), elle ne posait pas la lecture comme interface, computation, calcul, cognition, elle ne participait pas de cette génération de métaphores influencée par la technologie contemporaine (moteurs de recherche, etc.). Son principe fondamental était l’écran, mais pas celui de l’ordinateur. Non, il s’agissait plutôt de  l’écran de la salle de cinéma, de cette pellicule qui défile devant nos yeux, à raison de vingt-quatre images par seconde.

Pour un livre hybride (première partie) : les « Vooks » de Simon & Schuster et Atria

Coup de marketing ou nouvelle voie éditoriale ? Les maisons d’édition Simon & Schuster et Atria Books viennent de se lancer dans la publication de cinq textes accompagnés de vidéos, surnommés Vooks, mot né de la contraction des mots « video » et « book ». Alors que le marché des ebooks est en pleine expansion, les maisons d’édition regorgent d’inventivité pour renouveler les pratiques de publication et tâcher de séduire le lecteur contemporain. Ces vooks, ou livres hybrides, peuvent être téléchargés dans deux formats différents, pour Ipod Touch et Iphone (via l’Itunes store) ou pour lecture dans un navigateur Internet. Chaque œuvre coûte 6,99$ pour la version en ligne et 4,99$ pour l’application sur Ipod. Simon & Schuster propose trois manuels (de beauté, de cuisine japonaise et d’exercices sportifs) ainsi que deux fictions auxquelles nous nous intéresserons plus particulièrement : Embassy de Richard Doetsh et Promises de Jude Deveraux.



Ajout de livres à la bibliothèque du Laboratoire NT2 (15 octobre 2009)

Plusieurs ouvrages en lien avec les champs de recherche du Laboratoire NT2 sont maintenant disponibles pour consultation:

Mark BERNSTEIN & Diane GRECO, éds, Reading Hypertext, Eastgate System, 2009

 

The future of serious writing will lie on the screen. We will read, for reading is indispensable, but we will be less closely tied to the book, to paper and ink. The chief innovation of electronic writing is the link — the connection between pages that makes the Web possible and that has already transformed the way we read.

For twenty years, fine writers have worked to explore the possibilities of the link, to come to grips with the most important new punctuation since the comma. Many of our finest critics have studied hypertext, especially such classics as Michael Joyce’s afternoon and Shelley Jackson’s Patchwork Girl.

In Reading Hypertext, Mark Bernstein and Diane Greco have selected the best and most important studies of hypertext reading and criticism, drawn from disciplines ranging from philosophy and classical philology to film theory and technocriticism. These indispensable studies reveal how much we now understand about the reading hypertext, and point the way for important new work.

(source: http://www.eastgate.com/)

Netzliteratur, un nouveau dossier thématique de Joëlle Gauthier

Un nouveau dossier thématique vient d’être mis en ligne dans la section Recherches du site. Ce dossier, préparé par Joëlle Gauthier, se penche sur la Netzliteratur, soit la littérature hypermédiatique en Allemagne.


Ce dossier thématique propose une introduction aux pratiques littéraires hypermédiatiques en Allemagne. Dans son article Les descendants du Groupe de Stuttgart et la réactivation de l'avant-garde, Joëlle Gauthier démontre comment les praticiens germanophones de l'hypermédia s'inscrivent résolument dans une posture avant-gardiste qui se reflète dans des œuvres bigarrées et audacieuses. Extrait de l'article:  

Les héritiers du Groupe de Stuttgart et de l’avant-garde nous poussent donc à penser le rejet de la toute-puissance de l’hyperlien au profit d’autres avenues d’expérimentation qui vont au-delà des frontières traditionnelles de l’hypermédia. [...] Il ne s’agit pas d’un mouvement qui se place en rupture par rapport au passé, mais de la continuité d’une réflexion profonde sur l’avenir de la poésie; il ne s’agit pas d’utiliser l’hypermédia comme simple technique, mais de prôner la réouverture du dialogue sur la création elle-même.

L'auteure tient à remercier le professeur Florian Hartling de l’Université Martin-Luther de Halle-Wittenberg pour son aide précieuse lors des recherches ayant menées à la rédaction de ce texte.

Bonne lecture!

Art hypermédiatique sur iPhone et iPod Touch, deuxième partie : applications génératives.

Dans le Délinéaire précédent, nous vous avions suggéré quelques applications pour iPod Touch et iPhone qui présentent des formes d'interactivité inhérentes à ces appareils. Pour cette deuxième partie, nous allons nous attarder à des applications qui fonctionnent par processus génératif, avec ou sans insertion.

Le iTunes Store propose quelques applications de générateurs de texte. Certaines sont plus bébêtes, notamment le Excuse Generator qui suggère au hasard des excuses à offrir à son professeur («WHAT? There was school yesterday? No one told me») ou son patron («Someone dumped a truck-load of sand in front of my driveway and I won't be in today»). Il ne fait nul doute que ces excuses ne duperaient personne. De manière plus amusante, le Love Poem Generator permet de composer une ode à l'objet de son désir en cliquant au hasard sur les différentes parties du poème. Le résultat est évidemment de la poésie médiocre, qui se rapproche toutefois assez d'efforts sincères et ratés de poètes du dimanche pour souligner le caractère formulaïque du poème passionnel. Rimes et clichés sont au rendez-vous.


Voici un exemple de création générée par le Love Poem Generator:

My love,
Never shal I kiss someone else's lips
Not having you around feels like a solar eclipse
You are unbelievably beautiful
Not having met you earlier makes me feel like a fool
You are my sweetheart day by day
I hope you will never go away
Bye bye, my love
Remember all I said above

Premières approches, un nouveau numéro des cahiers virtuels

Le plus récent numéro des Cahiers virtuels du Laboratoire NT2, édité par Gabriel Gaudette et Anaïs Guilet, est maintenant en ligne. Ce quatrième numéro propose des textes de jeunes chercheurs pour qui c'était un premier contact avec des oeuvres hypermédiatiques. Les articles de Julien Denault, Gabriel Beauséjour, Benoit Bordeleau, Jean-François Legault et Myriam Suchet proposent des analyses qui permettent de démontrer la portée et les limites des théories littéraires pour l’analyse d’oeuvres hypermédiatiques.

L'éditeur tient à remercier Olivier Beaudoin, qui a généreusement accordé au Laboratoire NT2 l'autorisation de rediffuser son court-métrage Typolution faisant l'objet d'une analyse dans l'article de Jean-François Legault. Bonne lecture!

Art hypermédiatique sur iPhone et iPod Touch, première partie : applications graphiques.

Le iPhone et son petit frère le iPod Touch, accessoires multimédias de plus en plus populaires, offrent un terreau fertile pour les compagnies informatiques désirant développer des applications pour ces ordinateurs portatifs. Le nombre d'applications qu'il est possible de télécharger à partir du iTunes Store est en croissance exponentielle et une bonne partie d'entre elles sont amusantes, mais triviales au possible.

Heureusement, dans cette prolifération de gadgets et de jeux limités, il se trouve également des artistes hypermédiatiques qui utilisent les formes d'interactivité caractéristiques des iPod Touch et Iphone (notamment l'écran tactile, la position dans l'espace de l'appareil et le microphone du iPhone) pour créer des oeuvres dont la qualité surpasse la plupart des jeux niais et des applications-gadgets prépondérants sur le iTunes Store. Voici quelques exemples de ces "applications artistiques" et des oeuvres qui en découlent.

Représentations hypermédiatiques du rêve, un nouveau dossier thématique de Sandra Dubé

Un nouveau dossier thématique vient d’être mis en ligne dans la section Recherches du site. Ce dossier, préparé par Sandra Dubé, se penche sur la représentation des rêves dans les pratiques hypermédiatiques.

Ce dossier thématique s'intéresse à la représentation des rêves dans les arts, une pratique qui a déjà connu de nombreuses occurrences dans l'histoire littéraire. L'article de Sandra Dubé fournit plusieurs exemples d'oeuvres hypermédiatiques employant le rêve comme principal matériau de création. Il propose également des catégories permettant de les regrouper. Extrait de l'article :

Du récit de rêve littéraire à la représentation hypermédiatique du rêve s’ouvre un nouveau champ de possibles grâce aux composantes hypermédias des œuvres. La musique, les effets sonores, les images, les vidéos, les animations et l’interaction accentuent et enrichissent pleinement l’effet onirique. La fragmentation ne se fait plus sentir seulement à la lecture, mais aussi à l’écoute, à la visualisation et à la participation. Le désordre qui en ressort est d’autant plus chaotique et l’immersion de l’internaute dans l’expérience labyrinthique du récit de rêve s’en trouve amplifiée.

Bonne lecture!

Un résumé des «Réseaux sociaux» d'Alain Lefebvre et quelques détournements

Arrivé depuis peu sur les tablettes de la bibliothèque du Laboratoire NT2, le livre d’Alain Lefebvre, intitulé Les réseaux sociaux. De Facebook aux nouveaux Intranets, la généralisation des réseaux sociaux1, remet en perspective la place que les services de réseaux sociaux occupent dans notre vie de tous les jours et, plus spécifiquement, dans notre vie professionnelle. Co-fondateur de SQLI et fondateur de 6nergies.net (service qui a été cédé en mai 2008, doit-on le préciser), Alain Lefebvre nous livre un survol historique du développement des réseaux sociaux, des balbutiements de Plato à Facebook tel qu’on le connaît aujourd’hui, en passant par les Friendster, MySpace, et autres LinkedIn et Xing de ce monde.

Twittori: un nouveau gadget?

Alors qu’Internet promettait un accès plus facile à l’information et à la mise en relation de tous et chacun grâce à la disparition des frontières, il conviendrait de se questionner sur certaines applications récentes fournies pour les différents réseaux sociaux en ligne. Si la déterritorialisation, évoquée par Deleuze, s’est matérialisée par le développement du Web, des applications comme Twittori (permettant de géolocaliser vos tweets) semblent indiquer la direction inverse. Au lieu de suivre les monologues ou dialogues de vos microblogueurs préférés, il vous est maintenant possible de les suivre selon leur emplacement géographique, malgré le fait que les messages entrés dans Twittori soient aussi diffusés sur votre page Twitter habituelle.

L’application est intéressante dans la mesure où il est maintenant possible de lire les tweets provenant de plusieurs individus localisés à un même endroit. Un organisme quelconque voulant utiliser Twittori pour diffuser ses informations, pourrait donc très bien avoir son compte officiel, en plus de permettre des ajouts ponctuels par les individus liés à cet organisme (à condition qu’ils écrivent à partir du même «territoire Twitter»). En effet, pour permettre le bon fonctionnement du programme, la planète a été divisée en segments d’égales dimensions, tel que spécifié sur le site de l'application:


For Twittori the world has been segmented into places of equal sizes regarding latitude and longitude degree units. Though the real length of degress variates depending on how close you are at the poles. Currently that places therefore are about 500 square meters big.

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