Délinéaire

Jouons à l'absurde avec Pippin Barr

C’est un curieux site que celui de l'artiste Pippin Barr. Créateur de jeux, blogueur et artiste Web néo-zélandais, Pippin Barr présente dans son site Web la totalité de son travail de création. En effet, blogueur depuis 2008, Pippin Barr décide en 2011 de se lancer dans la conception de petits jeux vidéos (pour la plupart conçus en ActionScript3). Principalement axée sur la relation entre l’art et le jeu, sa réflexion créatrice s’amorce dans quelques-unes des entrées de son blogue.

I’ve been thinking of games and art. Games as art. Art games. Arty games. Artistic play. Whathaveyou. [1]

Empreints d’ironie et héritiers de l’absurde existentialiste, les jeux de Pippin Barr sont d’une simplicité visuelle désarmante et font toujours réfléchir le joueur, non seulement sur l’art et sur les valeurs véhiculées pour celui-ci [2], mais aussi sur la condition humaine, l’absurdité de l’existence répétitive prônée par l’organisation sociale, etc.

GuruQuest, Pippin Barr (2011)

Compte-rendu de And Then There's This, de Bill Wasik

Culture numérique, culture virale, culture accélérée, autant de termes qui cherchent à décrire, sans toutefois résumer ou englober, le contemporain du village global connecté et occidental. Pour un essayiste, aborder ces questions mène rapidement au renoncement d’en atteindre les limites. De manière inusitée et fascinante, un journaliste professionnel, Bill Wasik, a opté pour une autre approche afin de se pencher sur certains phénomènes des nouveaux médias, soit l’expérience sur le terrain – ou plutôt, sur l’écran.

Retour sur avril 2013: mais où est l’hypertexte de fiction?

En parcourant sur le Web l’actualité de l’hypermédia pour le mois d’avril, deux articles ont tout de suite retenu mon attention: une critique d’Illya Szilak (écrite avec la collaboration de Melinda White) à propos de la récente exposition «Electronic Literature & Its Emerging Forms» [1], ayant eu lieu à la Library of Congress (Washington) du 3 au 5 avril 2013; et un article enflammé de Steven Johnson, paru dans le Wired Magazine [2], expliquant en quoi nous avons été naïfs de croire il y a 20 ans que l’hypertexte de fiction deviendrait un jour une forme littéraire courante – si ce n’est LA forme littéraire dominante du nouveau millénaire.

Retour sur les E-Formes — Compte-rendu critique de E-Formes 4 [2011]

Les éditions du colloque E-Formes

La 4e édition du colloque E-Formes s’est tenue les 1, 2 et 3 décembre 2011, à Saint-Étienne, en France, dans la continuité et la qualité de ses précédentes éditions. Occasion est d'abord offerte de faire retour sur celles-ci et de rappeler les axes thématiques principaux des éditions antérieures, ainsi que les publications des Actes correspondants.

Éditions du colloque (cliquez ici pour les programmes détaillés en format PDF):

  • E-Formes 1 (2005): «Écritures visuelles sur support numérique»
  • E-Formes 2 (2008): «Les arts et écritures numériques au risque du jeu»
  • E-Formes 3 (2009): «Parergon en secteur E-Formes»
  • E-Formes 4 (2011): «Les E-Formes face à l’éphémère numérique»

Actes publiés et à paraître:

  • Saemmer, Alexandra et Monique Maza (sous la dir. de) (2008) E-Formes Écritures visuelles sur supports numériques. Saint-Étienne: Publications de l’Université de Saint-Étienne, 220 p.
  • Saemmer, Alexandra et Monique Maza (sous la dir. de) (2011) E-Formes 2 — Au risque du jeu. Saint-Étienne: Publications de l’Université de Saint-Étienne, 288 p.
  • Saemmer, Alexandra et Monique Maza (sous la dir. de) (à paraître fin 2013) E-Formes 4 — Les E-Formes face à l’éphémère numérique. Saint-Étienne: Publications de l’Université de Saint-Étienne.

Flâner dans Montréal: portrait du projet Dérives

Une collaboration spéciale d'Eve-Andrée Lacombe

Dérives est un projet hypermédiatique collaboratif offrant un univers totalement éclaté. À la base, le concept de Dérives a été imaginé par l'auteure Victoria Welby, qui a ensuite demandé la collaboration de Benoit Bordeleau afin de créer ce qu'ils appelleront un nouveau «chantier littéraire» [1]. Tous deux ont élaboré une liste de règles plus ou moins poreuses et ont eu recours à divers matériaux (textes, photographies, images, etc.) hors du cadre du projet pour doter Dérives d’un riche intertexte. Plusieurs collaborateurs se sont greffés à Dérives au fil du temps, ce qui a entrainé quelques modifications aux règles préalablement définies, créant ainsi une ouverture toujours plus grande, laissant place à plus de possibilités de création. De plus, les règles s’avèrent plutôt comme des anti-règles, renvoyant d’elles-mêmes à la possibilité déjouées au fil des dérives des collaborateurs.

Première œuvre d’art public numérique pour Montréal

Il était temps! Montréal commandite une œuvre d’art numérique pour sa collection d’art public. L’annonce a été faite la semaine dernière et les artistes lauréates du concours sont Mouna Andraos et Melissa Mongiat, de l’entreprise Daily tous les jours.

Le communiqué de presse indique que l’œuvre s’intitulera «Chorégraphie pour les humains et les étoiles» et dotera le nouveau Planétarium Rio Tinto Alcan d’une œuvre participative.

PBS Off Book: explorer les formes contemporaines de l’art et l’impact social des pratiques Web

En juillet 2011, la branche PBS Arts de la chaîne de télévision publique américaine PBS a lancé sa série Web Off Book, consacrée à l’art d’avant-garde et aux communautés en ligne. Les épisodes, produits par le studio Kornhaber Brown et faisant en moyenne 7 ou 8 minutes, présentent des entrevues réalisées avec des intervenants du milieu artistique et des observateurs externes issus d’horizons divers: professeurs, designers, journalistes, artistes, etc.

Au fil des 41 épisodes de la série, les créateurs d’Off Book ont exploré des sujets aussi divers que le «light painting», la culture Etsy, l’impact de Kickstarter sur l’économie de la créativité, les modifications corporelles, l’art Lego, les médias rétro et l’illustration artistique. Mais ce n’est pas tout: une vaste portion des contenus proposés dans Off Book se rapporte aussi directement au monde de l’art électronique et à l’hypermédia. Les épisodes portant par exemple sur le GIF animé, le Webcomic ou la programmation créative sont particulièrement intéressants, proposant aux non-initiés un précieux survol des grands enjeux de ces mouvements, tout en renfermant une quantité appréciable de commentaires inédits et autres observations plus pointues capables d’alimenter la réflexion d’auditeurs déjà familiers avec le milieu.

Un avant goût numérique de La Nuit Blanche 2013

La Nuit blanche à Montréal arrive à grands pas! Comme à chaque année, l’innovation artistique québécoise et internationale s’offre au grand public dans une ambiance festive et éclatée. Des centaines d'œuvres sont ainsi présentées dans la nuit du 2 au 3 mars prochain.

Il est malheureusement impossible de tout voir ce que la Nuit blanche a à nous offrir. C'est pourquoi le site Web de l'événement propose de créer votre propre calendrier. Pour vous aider à le remplir, je vous propose une (très) petite sélection d’œuvres qui pourraient intéresser l’amateur d’art numérique et médiatique en vous.

Site Web de la Nuit blanche

Politiscothèque – Salle des Boiseries de l’UQAM

Il est bien évidemment inévitable de parler de l’œuvre interactive de Maxime Galand, Politiscothèque, présentée par le NT2 à la Salle des Boiseries de l’UQAM. Politiscothèque permet au visiteur-DJ de manipuler des discours extraits de la vie politique québécoise des soixante dernières années. De Duplessis à Gabriel Nadeau-Dubois, en passant par Marois et Trudeau, seize têtes fortes offrent leurs mots chantants, rythmés, débilitants et passionnants au brave citoyen qui cherche sur quel pied danser.

PixelFest 2-22 – 2 rue Sainte Catherine

De l'actualité et de l'hypermédia

Désireuse d'écrire une entrée de Délinéaire, mais n'étant pas encore fixée quant au contenu de celle-ci, j'ai décidé d'aller puiser à même les flux d'informations que m'offrent les réseaux.

Or, comme c'est souvent le cas lorsqu'on commence à errer paradigmatiquement de lien en lien, mon objet d'étude – c'est-à-dire l'actualité hypermédiatique – a vite quitté, sans que je m'en aperçoive, mon champ visuel numérique: sans que je comprenne bien comment, je me suis retrouvée en train de lire de nombreux articles sur la démission du pape Benoît XVI. Aurais-je gaspillé mon temps? Mon Délinéaire serait-il une cause perdue? Me faudrait-il conclure qu'art hypermédiatique et prêtrise ne se marieraient jamais? Oh ça non, car s'il y bien une chose que l'art Web fait, c'est témoigner du contemporain.

Forte de cette conclusion, j'ai décidé de relever le défi et de vous dénicher des oeuvres hypermédiatiques témoignant des sujets chauds des dernières semaines. Court survol de quatre oeuvres me rappelant l'actualité du mois de janvier.

Compte-rendu de l'essai Networks Without a Cause de Geert Lovink

Geert Lovink, directeur de l'Institute of Network Cultures à la University of Applied Sciences d'Amsterdam (Pays-Bas), est un théoricien de la culture numérique et du Web 2.0. Sa spécialisation pointue ne l'amène toutefois pas à prendre la posture d'évangéliste des nouveaux médias dans ses écrits, ce qu'il avait démontré par ses critiques souvent acerbes des blogues dans son essai Zero Comments (2007). Le titre de son plus récent livre, Networks Without a Cause (Polity Press, 2012) et le sous-titre, A Critique of Social Media, laissent présager que le chercheur se montrera à nouveau sceptique, voire vitriolique, face à la plus récente «révolution numérique».

Il s'avère que Lovink n'est ni prophète de malheur, ni optimiste face à la situation actuelle dans le monde de la culture numérique (et son pendant académique). La position mitoyenne du chercheur ne prend toutefois pas la forme d'une neutralité; à l'inverse, Lovink ne ménage pas ses critiques envers l'enlisement des études médiatiques dans le chapitre «Media Studies: Diagnosctics of a Failed Merger», mais croit à un avenir radieux pour la radio guérilla diffusée en direct sur le Web dans le chapitre «Radio after Radio». Tout en faisant preuve d'une rigueur analytique considérable, Lovink n'hésite pas à prendre position, notamment en faveur des socialités virtuelles du Web 2.0 et en défaveur du manque de rigueur au sein du projet WikiLeaks. Au final, la lecture de l'essai, au ton souvent pamphlétaire, est donc instructive et étonnante par moments.

On peut acquiescer aux propos de l'auteur sur la méconnaissance des penseurs traditionnels face à une réalité en transformation perpétuelle, mais on peut évidemment juger qu'il va un peu loin en accusant les pratiques institutionnelles d'être poussiéreuses et dépassées :

Heavy Rain: L'aboutissement de la narration hypermédiatique en jeu vidéo

Durant les Fêtes, un ami scénariste m'a fait jouer à un jeu vidéo qui m'a agréablement surpris, tant par sa forme que par son contenu: Heavy Rain. Paru en 2010, il s'agit d'un jeu d'action et d'un thriller psychologique sur Playstation 3 où l'enjeu du gameplay réside dans la narration: chaque action posée par le joueur a des conséquences sur le fil narratif. Une vingtaine de fins sont possibles, sans compter les centaines de détours narratifs que le joueur peut emprunter. Bien que ce ne soit pas à proprement parler une œuvre hypermédiatique, il s'agit selon moi de l'aboutissement parfait de ce type de productions, misant sur une interactivité simple et unique propre aux jeux vidéos actuels.

Rétrospective 2012: Les cinq leçons (plus ou moins utiles) de l'année

L'année s'achève sur une fausse fin du monde ratée, un Noël plutôt indigeste (trop de tourtière) et un mélange de pluie/neige horriblement déprimant. Pas de doute possible: c'est le temps des rétrospectives et des bilans, le temps de regarder 2012 une dernière fois, une petite larme dans le coin de l'œil.

Nouveau Cahier virtuel en ligne: Esthétiques numériques vintage

 

Un nouveau Cahier virtuel est maintenant en ligne! Avec des textes de Nicolas Thély, Vincent Mauger, Pierre Braun, Mathieu Mundviller, Sandrine Galand et Joëlle Gauthier, et deux analyses hors-thème de Gabriel Vignola et Joëlle Gauthier.

* * *

40 ans après la première démonstration du réseau ARPANET à l’International Computer Communication Conference et quelque 30 ans après l’officialisation du terme «Internet» pour désigner son descendant, peut-on déjà parler de vintage en art hypermédiatique? Au Laboratoire NT2, nous croyons que oui. Phénomène que nous pourrions lire comme une conséquence de l’évolution technologique galopante des dernières décennies et du régime d’obsolescence de plus en plus intense qui lui est associé, peut-être. Après tout, avez-vous essayé de lire vos données sur disquettes 8" récemment? De nos jours, qui accède encore à ses bases de données HyperCard?

Si nous avons opté pour le terme «vintage» plutôt que «rétro» ou un autre équivalent francophone du même genre, c’est pour souligner le caractère original du vintage: le vintage n’est pas une imitation, un clin d’œil «dans le style de» tel que se comprend le rétro, mais il est l’objet lui-même, parvenu jusqu’à nous, survivant d’une autre époque. La notion de vintage comporte aussi une charge émotive: son authenticité réconforte, fait appel à une mémoire culturelle partagée. Appliquée à l’hypermédia, cette notion vient s’ancrer dans nos premières expériences vidéoludiques/informatiques: les fameuses disquettes susmentionnées que l’on garde comme des petits souvenirs émouvants… Le vintage à l’ère de l’hypermédia serait-il un vintage intra-générationnel, un vintage qui nous renvoie à nous-mêmes? Un «devenu vintage» hâtif, de par la désuétude accélérée du technologique?

La révolution des princesses Leia: quelques réflexions sur la culture des comics à l'occasion du Comiccon de Montréal

Par Charlotte Pylyser (KULeuven/Figura)

En visitant le Comiccon de Montréal, événement qui a eu lieu en septembre dernier, je n’ai pas pu m'empêcher de remarquer qu'une grande partie des costumes visibles dans les allées du Palais des congrès étaient fièrement portés par des femmes.

Compte-rendu critique du "roman graphique électoral" America: Elect!

En cette journée d'élections américaines, le quotidien britannique The Guardian propose à ses lecteurs une bande dessinée interactive offrant un bref récapitulatif des points saillants de la campagne électorale ayant opposé Barack Obama à Mitt Romney. À titre d'ancien assistant de recherche intéressé par les Webcomics, j'ai lu avec intérêt cette initiative, et je partage avec vous mes observations sur l'emploi des dispositifs déployés par America: Elect!

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